NÉVRALGIES
la lête et le COU. Cellos-ci avaient paru au commencement du deuxième mois de la grossesse ; elles se manifestaient par des attaques d'une durée moyenne de deux à quatre jours; elles étaient toujours trèsvives, et n'envahissaient jamais qu'un seul côté à la fois ; mais elles passaient alternativement de l'un à l'autre. Des pilules de Méglin et des emplâtres opiacés avaient été conseillés; sous l'influence de ces moyens, les douleurs de tête s'étaient notablement amorties sans disparaître complètement; mais les douleursabdominales étaient tellement pénibles qu'elles absorbaient toute l'attention de la malade. Il a été impossible de préciser avec exactitude l'époque à laquelle ces dernières se sont montrées. Tout ce que la femme Mongrolle put affirmer, c'est qu'elles étaient postérieures aux autres. Elle les a regardées, dans les premiers temps, comme des douleurs liées à son état. Elles ont pris de l'accroissement à mesure que la grossesse avançait. Une saignée et des bains chauds conseil lés vers le quatrième mois n'amenèrent aucun soulagement.
Pour caractériser ses douleurs, la malade se servait du mot de coliques ; mais des symptômes pathognomoniques, dans le détail desquels la nature de cet ouvrage ne me permet pas d'entrer, démontraient leur nature névralgique. Tout ce qu'il est nécessaire de dire, c'est que les douleurs étaient remarquables par leur intensité et par le nombre des points douloureux observés à droite et à gauche. Indépendamment de ceux qui siégeaient au dos et aux lombes, on en rencontrait un au-dessus du ligament de Fallope, vers sa partie moyenne, du côté droit; un autre dans la grande lèvre du même côté. Enfin le col de l'utérus présentait dans toute sa circonférence une sensibilité très-exaltée : le contact du doigt arrachait des cris à la malade.
Les pilules deMéglin, qui avaient été efficaces une première fois, et des mèches enduites de pommade belladonisée apaisèrent les douleurs d'une manière notable. Dès le 10 janvier (cinq jours aprèsl'entrée à l'hôpital), on pouvait espérer une prompte guérison, lorsque la névralgie reprit son intensité première, et s'accompagna d'une particularité importante au point de vue obstétrical. Les élancements douloureux étaient ordinairement suivis d'un soulèvement marqué de la paroi abdominale dans la région hypochondriaque gauche. En étudiant ce dernier phénomène, M. Marrotle ne tarda pas à acquérir la certitude qu'il se rattachait aux mouvements actifs du fœtus. Appliquant à plusieurs reprises la main sur ce point du ventre qui correspondait au fond de l'utérus, il sentit chaque fois un choc évidemment occasionné par les pieds de l'enfant, et qui arrachait un cri à la malade. Ce choc était suivi d'une contraction partielle et lente du point correspondant de l'utérus, qui s'arrondissait en une tumeur
du volume d'une grosse orange, et soulevait la paroi abdominale. Les pilules de Mégiin, les mèches beliadonisées, un vésicatoire appliqué à la région hypogastrique et pansé avec l'hydrochlorate de morphine, produisirent un calme de plus en plus prononcé, et le lo janvier les mouvements du fœtus provoquaient moins de douleurs, et n'étaient pas suivis de contractions partielles de l'utérus.
Une nouvelle exacerbation suivit bientôtce calme passager. Dans la nuit du 15 au 16 janvier, les douleurs reparurent avec une nouvelle force, qu'elles conservèrent jusqu'au lendemain midi. Les nuits suivantes, nouveaux accès accompagnés de symptômes fébriles : frissons, chaleur et sueur, qui se renouvellent évidemment sous le type double-tierce , et pendant lesquels se reproduisent îes contractions partielles et douloureuses de l'utérus, sollicitées par les mouvements du foetus.
A cette circonstance remarquable du type s'en joignit une autre beaucoup plus importante au point de vue de la grossesse et du travail. Pendant le premier accès, les douleurs les plus aiguës avaient leur siège dans les reins, et leur intensité seule empêchait de les prendre pour les douleurs de l'enfantement. Pendant la rémission , alors qu'elles étaient sourdes, la malade leur reconnut, sans hésiter, un caractère différent de celui des douleurs névralgiques, et les rapporta à un commencement de travail.
Dans les accès suivants, la nature des douleurs se transforma d'une manière lente, mais qui devint manifeste les trois derniers jours qui précédèrent l'accouchement. Elles perdirent insensiblement leur caractère pathologique pour prendre celui des véritables douleurs de reins. Des modifications correspondantes eurent lieu dans l'état du col : le 16 janvier, il présentait encore un bourrelet épais et légèrement saillant ; le 1" février, il était aminci et complètement effacé; le 2, la dilatation égalait en largeur une pièce d'un franc. En même temps que la dilatation s'opérait, la névralgie se concentrait déplus en plus vers la matrice : le l"'^ février^ le doigt, promené sur l'orifice utérin, déterminait une douleur assez forte pour arracher des cris, tandis que les points cutanés étaient à peine sensibles. Le travail marchait avec une grande lenteur, comme on le voit : le 3 février seulement, les douleurs, sans perdre entièrement leur caractère névralgique, se régularisèrent et déterminèrent des contractions synergiques des parois abdominales. La malade n'accoucha que le 4 à onze heures du matin ; c'est-à-dire que, malgré l'emploi simultané des pilules de Mégiin, du sulfate de quinine à la dose d'un gramme par jour, et des mèches beliadonisées, malgré une cautérisation superficielle du col de l'utérus avec le nitrate d'argent pratiquée le
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2 février, cautérisation qui, pour le dire en passant, enleva comme par enchantement la sensibilité pathologique de cet organe; malgré tous ces moyens réunis, la névralgie ne céda pas complètement, entretenue sans doute par le travail, et celui-ci fut prolongé pendant neuf à dix jours par la présence de la névralgie, A partir de l'accouchement, toute douleur névralgique disparut pour ne plus revenir.
Si nous récapitulons les points principaux de cette remarquable observation, nous trouvons :
1° La participation de l'utérus à la névralgie constatée par le toucher, constatée par l'impression pénible que produisait le choc de l'enfant;
2° La contraction partielle évidente de l'utérus, qui aurait pu devenir générale si les narcotiques à haute dose à l'intérieur et à l'extérieur n'avaient modifié la névralgie;
3° L'action réciproque du travail sur le retour des douleurs, et des douleurs sur la lenteur excessive et la fatigue du travail.
Autant de sujets de recherches importantes propres à expliquer, les unes la sensibilité excessive de certaines femmes aux mouvements du fœtus; les autres, certains avortements, certains accouchements prématurés ; d'autres enfin, la durée et la fatigue du travail dans quelques accouchements à terme.
Je suis d'autant plus disposé à adopter cette manière de voir que j'écrivais les lignes suivantes dans ma précédente édition :
a Les femmes enceintes éprouvent assez souvent des points douloureux, dans différentes parties de l'abdomen. Souvent ils sont déterminés par les mouvements actifs du produit, et tiennent le plus ordinairement à un état de souffrance particulier d'un point de l'utérus. Souvent aussi la femme accuse plutôt un sentiment de crampe qu'une véritable douleur; cette sensation est indépendante des mouvements actifs ; elle peut se manifester dans différents points ou dans un seul, revenir par accès ou se prolonger pendant toute la grossesse. »
Il serait superflu, je crois, d'insister, dans un livre comme le mien, sur le traitement des névralgies. Indépendamment des indications générales fournies par la pléthore, l'anémie et l'état nerveux, les névralgies comportent les narcotiques à l'intérieur; et à l'extérieur, les modificateurs irritants (vésicatoires, cautérisations avec le nitrate d'argent), chez les femmes enceintes aussi bien que chez celles qui ne le sont pas. Je dois donc laisser à l'expérience et à la sagacité de chaque médecin l'emploi et la direction des moyens de traitement.
DE l'albuminurie.
Le docteur Cahen, adoptant les idées de son maître M. Rayer, n'a pas hésité à rattacher à la néphrite albumineuse l'existence de l'albuminurie chez les femmes enceintes. Mais les obscurités qui régnent encore à ce sujet, malgré les recherches de MM. Devilliers fils et Regnauld, Braunt^, Irnbert-Gourbeyre 2, Leudet ^ et Lorain *, m'engagent à suivre l'exemple du docteur Blol ^, et à considérer la présence de l'albumine dans les urines comme un symptôme se rattachant à des causes diverses.
A l'état normal, il n'existe pas d'albumine dans l'urine des femmes enceintes. Sur 205 femmes dont M. Blot a indistinctement examiné l'urine, 41 seulement ont présenté de l'albumine.
La proportion de cet élément est très-variable : tantôt il n'en existe que des traces, tantôt on en trouve une quantité considérable.
Les urines ont, dans la majorité des cas, une grande pesanteur spécifique, un excès d'acide urique ou d'urate d'ammoniaque, une couleur foncée, quelquefois même rouge, et due à la présence de globules sanguins; elles se présentent, en un mot, avec les caractères qu'on lui retrouve dans quelques maladies accompagnées accidentellement de congestion des reins, et spécialement dans la scarlatine. Ces caractères s'observent dans les deux tiers des cas.
D'autres fois, elles sont pâles, décolorées, peu chargées de sels et analogues à celles de la néphrite albumineuse chronique.
Le passage de l'albumine dans les urines n'a lieu quelquefois que pendant le travail; d'autres fois il le précède de quelques jours, de quelques semaines; on l'observe chez d'autres femmes plusieurs mois avant l'accouchement, rarenient cependant avant le quatrième mois: tels sont au moins les résultats obtenus par M. Blot.
Quelle que soit l'époque de son apparition, l'albuminurie disparaît, dans la pluralité des cas, peu d'heures ou peu de joui's après l'expulsion du produit. Lorsqu'elle persiste au delà de ce terme, elle est liée à la néphrite albumineuse chronique.
1 Essai sur l'éclampsie. (Revue étrangère médico-chirurgicale. Paris, 1868.) - Mémoires de l' Académie impériale de médecine. Pari?, lS5Ci, t. XX.
3 Gazette hebdomadaire de médecine, 1SS4.
4 De l'albuminurie. Paris, 1860, p. 121 et suiv. — Val'elx, Guide du médecin })raticien, 4^ édit., par Racle et Lorain. 1860, t. IV, p. 605.
^ Thèses de la Faculté de médecine de Paris, 18 i9.