DE^ L'ALBUMINURIE
Toutes les femmes enceintes peuvent être atteintes d'albuminurie ; mais, par une prédilection dont on n'a pas compris jusqu'ici la raison, elle atteint les primipares en plus grande proportion.
Des causes appréciables, telles qu'une maladie du cœur, l'obstacle apporté à la circulation veineuse des reins par la grossesse, certaines intlammalions de la vessie, des uretères, des calices et des bassinets, expliquent la présence de l'albumine dans les urines ; mais il est rare alors qu'elle s'y trouve en quantité considérable. Quelques autopsies ont prouvé que l'albuminurie était symptomatique de la néphrite albumineuse dans certains cas fort rares ; aucun des auteurs qui se sont occupés de ce sujet ne nous a appris si ces cas étaient ceuxoii l'urine est décolorée et peu chargée de sels. Le plus souvent, la présence de l'albumine ne peut s'expliquer que par une congestion active des reins, comme cela a lieu dans la scarlatine. Cette congestion existerait toujours, selon M. Cahen ; des autopsies pratiquées par M. Blot ont prouvé que cette règle trouvait des excep • tions. Aussi a-t-il invoqué l'irritation nerveuse des reins, sympathique de la grossesse, comme une des causes probables de l'albuminurie dans certains cas. Cette explication me paraît problématique.
La plupart des causes queje viens d'énumérer sont ce que j'appellerai des causes prochaines; après la primiparité, on n'a pas découvert jusqu'icilesinfluences hygiéniques ou physiologiques qui déterminent cette complication de la grossesse.
Par elle-même l'albuminurie des femmes enceintes ne conduit presque jamais à la mort, à moins qu'elle ne soit symptomatique de la néphrite albumineuse chronique ; cette terminaison funeste, lorsqu'elle a lieu, résulte de complications plus ou moins graves. Les complications les plus ordinaires consistent dans des congestions sanguines et séreuses, qui n'ont pas une grande valeur tant qu'elles ont pour siège le tissu cellulaire ou un organe de peu d'importance, mais qui peuvent devenir mortelles si elles atteignent un organe essentiel à la vie, tel que le cerveau ou les poumons. Les hydropisies du tissu cellulaire qu'il n'est pas rare d'observer chez les femmes enceintes, l'éclampsie qui se déclare pendant te grossesse ou au moment du travail, reconnaissent pour cause des congestions de ce genre ; mais un article spécial étant consacré à chacune de ces affections, je me contenterai d'examiner l'influence exercée par l'albuminurie sur la marche de la grossesse, l'avortement et l'accouchement prématuré.
Ici nous nous trouvons entre deux assertions contradicloires : M. Cahen disait, au moment où il publiait sa thèse, que, jusqu'à ce jour, il ne lui était pas arrivé de trouver chez une femme enceinte,
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plus OU moins atteinte d'anasarque, que la grossesse ait suivi une marche régulière lorsqu'il reconnut la présence de l'albumine dans l'urine; l'avortement, l'accouchement prématuré, conséquence euxmêmes d'une congestion utérine, d'une apoplexie placentaire, de la mort du fœtus, seraient, selon lui, les conséquences fréquentes de l'albuminurie. M. Blot affirme de son côté que cette influence est loin d'être démontrée.
Les faits soumis à mon observation ne me permettent pas de partager entièrement les opinions de MM. Rayer etCahen; je pense, avec M. Blot, que la grossesse et les suites de couches parcourent régulièrement leur marche chez un grand nombre de femmes qui ont présenté de l'albumine dans les uriness t même de l'infiltration séreuse pendant leur grossesse ; mais je suis disposé à admettre que, dans certains cas qui ont été incomplètement déterminés jusqu'ici^ l'avortement ou l'accouchement prématuré ont été la conséquence de l'albuminurie.
La divergence d'opinion desauteurs quejeviens de citer tient peutêtre, en grande partie, au théâtre différent sur lequel ils ont observé. M. Blot, étudiant indistinctement toutes les femmes de la Maternité qui présentaient des urines albumineuses, a dû rencontrer rarement des accidents qui parussent se rattacher à cette circonstance. La présence de l'albumine dans les urines pendant quelques heures, quelques jours, et même pendant deux ou trois semaines, n'a pas dû suffire, en général, pour troubler le cours de la grossesse. "MM. Rayer et Cahen, au contraire, dont les observations ont été recueillies à la charité, ont dû rencontrer une grande proportion de cas graves, ceux qui forçaient les malades à entrer à l'hôpital. N'y a-t-il pas d'ailleurs quelque contradiction à regarder le développement de l'éclampsie et d'un grand nombre d'hémorrhagies après l'accouchement comme nécessairement lié à l'existence de l'albuminurie, et à ne pas vouloir que des fluxions et des congestions sanguines, analogues à celles ([ui président au développement de ces deux accidents redoutables, ne puissent se développer à une période moins avancée de la grossesse, solliciter les contractions utérines, déterminer des apoplexies, placentaires, etc. ? Je laisserai aux pathologistes le soin de tracer la, pathogénie de ces congestions sanguines, de décider si elles sont une conséquence d'une altération du sang, consécutive elle-même, à l'émission de l'albumine du sang par les urines ; ou si, au contraire, tous ces accidents (albuminurie, congestions sanguines ou séreuses) sont sous la dépendance d'un môme état morbide général. Ce qu'il m'importe de constater, c'est la possibilité devoir la grossesse menacée dans son cours chez une femme atteinte d'albuminurie, sur-
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tout si ce symptôme s'est manifesté à une époque peu avancée de la grossesse, s'il est considérable, s'il s'accompagne d'oedème, etc. ; si la décoloration des urines, les douleurs lombaires, etc., font soupçonner l'existence d'une véritable néphrite albumineuse.
Le traitement de l'albuminurie chez les femmes enceintes sera calqué sur celui du môme symptôme à la suite de la scarlatine. S'il existe des signes de pléthore et de congestions viscérales, si le pouls est fort, plein, développé, si les urines sont rouges, chargées de sels, la saignée, les délayants seront indiqués ; on y joindra avec avantage l'usage des minoratifs salins (crème de tartre, sulfate de soude, de magnésie), les diurétiques froids (nitre, digitale).
Les purgatifs salins et les diurétiques froids seront seuls employés dans les cas où la pléthore séreuse paraîtra l'emporter sur la pléthore sanguine.
Si les signes d'anémie sont manifestes, le fer, les toniques (quinquina), les amers, les diurétiques chauds (vin diurétique amer de la Charité), trouveront leur indication.