HYDROPISIES DU TISSU CELLULAIRE
Suivant MM. Devilliers fils et Regnauld *, les hydropisies du tissu cellulaire chez les femmes enceintes se distinguent en : 1° œdèmes ou anasarques simples avec affection des organes de la respiration et de la circulation ; 2° œdèmes ou anasarques avec albuminurie. Leurs causes générales sont d'abord les modifications éprouvées surtout par le sang, dans lequel, outre la diminution des globules et l'augmentation de la fibrine et du sérum, on remarque une diminution notable de Talbumine (de 68,6à 66,4;aulieu de 70 pour 1,000, comme cela a lieu en vacuité), principalement vers les derniers mois ; les privations, les fatigues, les affections morales, le refroidissement, la pléthore, etc. Enfin, pour l'anasarque avec albuminurie, diverses altérations des reins, telles que la congestion à divers degrés et l'affection granuleuse de ces organes.
Dans l'œdème simple, la production de l'infiltration, limitée presque toujours à la moitié inférieure du corps, reconnaît surtout pour cause locale la gêne de la circulation par la tumeur utérine.
Les hydropisiesdu tissu cellulaire se développent, engénéral, dans les trois derniers mois de la grossesse, rarement plus tôt, et apparaissent graduellement. Dans l'œdème simple, elles se bornent aux membres inférieurs et à la partie inférieure du tronc ; elles mon-
' Hydropisie des femmes enceintes. (Archives générales de médecine, 4« série, 1848, t. XVI, p. 158.
tent plus haut lorsqu'elles sont la suite d'aflections organiques du cœur, etc. Elles envahissent presque toujours les parties supérieures du corps, principalement le visage, lorsqu'elles ont pour cause l'albuminurie.
Quelquefois on observe, avant le début de l'infiltration séreuse, des symptômes de pléthore, des malaises, de la céphlalgie ; le plus souvent elle n'est précédée par aucun signe précurseur.
Dès qu'elle a paru, elle persiste, en général, pendant tout le reste de la grossesse, augmentant vers la fin de la journée, si l'œdème est simple et a son siège aux parties inférieures du corps, et disparaissant ou diminuant le matin sous l'influence du repos horizontal ; augmentant au contraire à ce dernier moment de la journée et diminuant le soir, si l'œdème occupe les parties supérieures du corps et se lie surtout à une albuminurie.
Dans ce dernier cas et lorsqu'il y a affection organique du cœur, l'infiltration séreuse peut prendre une extension telle qu'elle finit par gêner la respiration, empêcher la marche et même envahir plus tard toutes les cavités splanchniques y compris celles du cerveau. On la voit cependant, parfois, diminuer de volume aux approches du travail de l'accouchement. Après celui-ci elle disparaît généralement en fort peu dejours (2 à 8) quelle qu'en ait été la cause.
Les hydropisies du tissu cellulaire, chez les femmes enceintes, n'offrent donc de gravité réelle qu'autant qu'elles se lient à des maladies organiques du cœur, des poumons, ou à une albuminurie.
Dans ce dernier cas, en effet, l'un des plus importants à étudier, MM. Devilliers fils et Regnauld ont observé dans près de la moitié des cas le développement de convulsions puerpérales soit avant, soit pendant, soit après le travail. Aussi ne doit-on jamais négliger, lorsque chez une femme enceinte on observe des traces d'œdème assez prononcées, surtout aux mains et au visage, de faire l'analyse de ses urines à l'aide de l'acide nitrique et de la chaleur, afin de s'assurer si elles ne contiennent pas de traces d'albumine, cas dans lequel on se tiendrait sur ses gardes et l'on prêterait la plus grande attention aux symptômes précurseurs des convulsions et surtout au traitement prophylactique. (Voyez à l'article Éclampsie.)
Quant au traitement de l'hydropisie elle-même, lorsqu'on s'est assuré qu'elle est simple, dépourvue des complications graves qui viennent d'être indiquées, bornée aux extrémités inférieures du corps, le repos horizontal suffit pour en obtenir la diminution ; mais la saignée est indispensable au début, si l'on observe quelques symptômes de pléthore. On y joindra l'usage des diurétiques et des toniques si l'œdème persiste et augmente, et si la constitution paraît af-
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faiblie. L'anasarque qui accompagne les affections du cœur exige le même traitement que ces maladies. Celle qui est déterminée par le passage de l'albumine, par les urines, demande l'emploi des évacuations sanguines locales à la région lombaire, lorsqu'on soupçonne une congestion des reins, la saignée générale lorsqu'il y a symptômes de congestion au cerveau, et de plus les diurétiques, la digitale surtout, les laxatifs légers associés aux préparations ferrugineuses, le tout administré pendant longtemps et avec toutes les précautions convenables, suivant les indications posées plus haut.
Lorsque, malgré les moyens mis en usage, l'anasarque a augmenté au point de distendre à l'excès les téguments des membres inférieurs et les lèvres de la vulve, il peut devenir nécessaire, aux approches du travail, de pratiquer des mouchetures nombreuses, mais éloignées les unes des autres, afin d'obtenir un écoulement artificiel et plus rapide de la sérosité, et d'éviter un obstacle et des lésions au moment de l'engagement de la partie fœtale à travers les organes génitaux externes. Il ne faut cependant les mettre en usage que dans un cas de nécessité absolue, puisqu'elles peuvent être suivies de gangrène. J'ai vu une femme, dont les cuisses et les grandes lèvres étaient aussi infiltrées que possible, accoucher seule. L'ascite et Thydrothorax ont quelquefois aussi exigé la ponction avant le travail de l'accouchement.
L'anasarque, ou l'infiltration générale, constitue une affection grave qui peut entraîner la mort de la femme, avant qu'elle ait atteint son terme. Mais ce n'est, en général, qu'après le terme de la viabilité fœtale que l'œdème peut acquérir un développement aussi inquiétant. Si donc, à celte époque, tous les moyens indiqués plus haut avaient échoué, et si tout faisait craindre une issue funeste, on aurait recours à l'accouchement prématuré artificiel. (Voyez plus bas. Vices de conformation du bassin pendant la grossesse.)
ARTICLE IV
DES CONVULSIONS ET DE l'ÉCLAMPSIE.
Les affections convulsives dont les femmes peuvent être atteintes pendant la grossesse, le travail et les couches, sont de plusieurs espèces.
De ces affections convulsives, les unes sont des maladies le plus ordinairement préexistantes, dont le cours n'a été ni interrompu ni modifié par l'état de l'utérus, et qui restent, à leur tour, sans influence sur ses fonctions: telles sont l'hystérie, la catalepsie, l'épilepsie; les
autres se rattachent à la grossesse qui tantôt en est la cause immédiate, tantôt la cause occasionnelle seulement, mais qui, dans tous les cas, leur donne des caractères communs.
Cette seconde catégorie, la seule qui doive m'occupe r, est désignée sous le nom conomun à'éclampsie.
On distingue plusieurs espèces d'éclampsie :Vépilepti forme, Vhystériforme, la catalepti forme et la tétanique.
Véclampsieépileptiforme est la. plus commune; elle peut se manifester pendant la grossesse, le travail ou les suites de couches. Rare jusqu'au sixième mois, elle s'observe plus souvent après l'accouchement, mais elle est surtout fréquente pendant le travail. Gomme elle, présente pour le traitement des dissemblances très-importanles à noter, suivant qu'elle se manifeste à l'une ou à l'autre de ces époques, je l'envisagerai d'abord pendant la grossesse.
L'éclampsie épileptiforme est, comme je l'ai dit, rare dans les premiers mois de la grossesse ; ce n'est, en général, qu'à sept ou huit mois qu'elle se manifeste. Je l'ai cependant observée chez la femme d'un jeune confrère enceinte de deux mois : elle ne céda qu'après l'expulsion du produit. Cet accident est malheureusement plus fréquent qu'on ne le pense généralement, surtout dans les hôpitaux. On a cependant avancé le contraire.
Selon quelques-uns, la proportion des cas d'éclampsie serait de trois sur deux m.ille accouchements. D'après les relevés de madame Lachapelle, elle se manifesterait à peu près une fois sur deux cents, et, suivant Merriman, Cusak, Granville, Collins, Churchill, Renton, Simpson, etc., une fois seulement sur quatre cents. J'ai pu observer, à la Clinique, douze cas d'éclampsie épileptiforme, un d'éclampsie hystériforme. Je possède toutes ces observations, qui sont consignées sur le registre delà Clinique. Mais encore ici, comme dans les autres maternités, cette affection s'observe plus souvent qu'à la ville, parce que bien des malades qui seraient restés chez eux sont apportés àrhôpital.
L'éclampsie se manifeste indifféremment à toutes les époques de l'année; cependant, soit que cela tienne à Timitation, soit que cela dépende d'une influence atmosphérique particulière^ ona remarqué, dans les hôpitaux consacrés aux femmes en couches, que plusieurs de celles-ci étaient atteintes en même temps. C'est une observation déjà faite par madame Lachapelle, et que j'ai pu vérifier par moimême.
Cette affection est caractérisée par des mouvements musculaires indépendants de la volonté, désordonnés et en désaccord avec les besoins de l'individu.