Traitement de l'éclampsie
Les ressources de l'art sont malheureusement bien souvent impuissantes à combattre les accès ; mais ils peuvent les prévenir en détruisant les prédispositions. Le traitement se divisera donc en traitement préventif e,V en traitement curatif.
A. Traitement préventif. — Les meilleurs moyens de prévenir l'éclampsie sont ceux qui combattent le plus efficacement les causes prédisposantes. Les indications fournies par la pléthore, l'état nerveux ont été exposées plus haut. L'attention devra se porter plus spécialement sur les causes des hydropisies du tissu cellulaire, en particulier sur l'albuminurie, cette affection étantla compagne presque inséparable de l'éclampsie, surtout lorsqu'elle donne lieu à l'infiltration.
Aussi je ne crois pas superflu de revenir avec quelques détails sur les principaux moyens que j'ai déjà conseillés.
S'il existe de la douleur de tête, du trouble dansja vision et dans les idées, de la cécité, de la surdité, la saignée, les dérivatifs, les bains, les diurétiques, les antispasmodiques sontindiqués. La malade fera usage d'une boisson de pariétaire, dans laquelle on ajoutera depuis 1 jusqu'à 2 ou 3 grammes de nitrate de potasse (sel de nitre); elle prendra du vin blanc à ses repas, et chaque matin une pinte de
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petit-lait sucré et nilré ; la nuit, elle fera usage d'une potion diurétique ainsi composée :
Miel scillitique 16 grammes.
Ëther nitrique 4 grammes.
Laudanum de Sydenham 5 gouttes.
Eau distillée de valériane 100 grammes.
Sirop des cinq racines 30 grammes.
Les dérivatifs seront portés spécialement sur le tube intestinal. L'eau de Sedlitz, le calomel, à la dose de 25, 40 à 50 centigrammes, doivent être préférés. En lavement, on administrerait la décoction de scille unie à 8 ou 40 grammes de miel de mercuriale, ou de sulfate de soude.
On s'est souvent très-bien trouvé aussi d'un cataplasme saupoudré de sel de nitre appliqué sur l'hypogastre.
Dans le cas où il y aurait des douleurs à l'épigastre, on y appliquerait des sangsues ; on devrait aussi pratiquer une petite saignée, si la femme est pléthorique; la saignée du bras, plusieurs fois répétée pendant la grossesse^ aura un grand avantage ; elle sera même indiquée chez les femmes nerveuses infdtrées ; mais elle devra, dans ce cas, être peu abondante et moins répétée. Des femmes se sont trèsbien trouvées des bains tièdes dans les trois ou quatre derniers mois ; ils sont surtout avantageux à celles qui sont d'un tempérament irritable.
Si l'albuminurie s'accompagnait de pâleur, de faiblesse, d'anorexie : les eaux ferrugineuses aux repas, les pilules de Valette au nombre de 5 à 10, l'extrait de quinquina à la dose de 4 à 8 grammes en vingt-quatre heures, le vin diurétique amer de la Charité (15 à 30 grammes) rendraient de véritables services.
Quant à la céphalalgie, qui emprunte tout à fait les caractères de la migraine, elle résiste k tous les moyens. Cependant elle a paru céder quelquefois à l'usage de l'émétique administré en petite quantité, de manière à produire des nausées sans vomissements : 30 centigrammes dans une potion calmante de 100 grammes, administrée par cuillerée d'heure en heure. Si l'accès paraît imminent, on aura soin de faire coucher la malade. .
B. Traitement curatif. — Quand l'éclampsie se manifeste pendant la grossesse, le médecin peut arriver auprès de la malade pendant l'accès ou après Taccès. Le traitement varie alors en raison de ces deux circonstances. Le traitement curatif comprend aussi les moyens généraux et les moyens spéciaux.
Pendant l'accès, le premier soin de l'accoucheur doit ôlre de
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contenir la malade * et de rentrer la langue dans la bouche, dans la crainte qu'elle ne soit mordue. Si l'on n'y pouvait parvenir, il faudrait engager entre les dents le manche d'une cuiller enveloppé de linge, pour empêcher les deux mâchoires de se rapprocher ; mais il ne faudra pas faire usage du bouchon, généralement conseillé, parce qu'il peut se rompre sous l'effort des dents, à moins qu'on n'ait la précaution de l'envelopper d'un linge. Enfin on videra la vessie, seulement ' elle est très-distendue, et l'on fera sur le visage des aspersions d'eau froide.
Après l'accès. — Moyens généraux. — L'accès passé, une saignée du bras, proportionnée à la force du sujet, sera pratiquée. La saignée convient dans tous les cas : qu'il y ait pléthore ou non, quand même la femme serait infiltrée, c'est le meilleur moyen de prévenir les conséquences de l'éclampsie ; c'est en outre un excellent sédatif du système ner\'eux. Dix sangsues seront appliquées derrière chaque oreille; des cataplasmes sinapisés seront promenés sur les extrémités inférieures, mais on aura soin de ne les laisser que dix k quinze minutes, et de les changer ensuite de place ; car l'insensibilité de la malade l'empêche de percevoir l'effet des sinapismes, et si, par cela seul qu'ils ne semblent rien produire, on se croyait obligé de les laisser plus longtemps, on s'exposerait à déterminer des escarres plus ou moins profondes des téguments. En même temps, on fera administrer un lavement avec une poignée de sel de cuisine en dissolution ; de la glace, de l'eau de puits contenue dans une vessie, seront maintenues sur la tête; enfin, si la malade peut avaler, on lui fera prendre une potion antispasmodique composée de :
Sirop de fleurs d'oranger 30 grammes.
Eau distillée de laitue GO grammes.
Eau distillée de tilleul CO grammes.
Éther sulfurique 30 gouttes.
Laudanum de Sydenham 10 gouttes.
Dans le cas contraire, on fait administrer à la malade le calomel, à la dose de 60 à 80 centigrammes, dont on donne 1 décigramme d'heure en heure. Chaque dose de calomel est mélangée à un peu de miel; on introduit le tout dans la bouche. Ainsi administré, le calomel ne tarde pas à produire des effets purgatifs, parce que, malgré la difficulté de la déglutition, il finit par gagner peu à peu l'estomac.
Gemme un moyen antispasmodique par excellence, on plongera la femme dans un bain tiède très-prolongé, qu'elle soit dans l'état
1 Quoique ces mouvements ne soient pas désordonnés, cependant ils sont si multipliés, que si le lit n'était pas solidement fait, les malades pourraient petit à petit en gagner le bord et tomber à terre.
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de stupeur ou que les accès se succèdent ; mais il sera surtout trèsavantageux et d'une administration plus facile dans les moments de lucidité. C'est surtout pendant qu'elle sera dans le bain qu'on aura soin d'entretenir des réfrigérants sur la tête, et sans interruption. Dans une lettre adressée à mon honorable ami, M. le docteur Richelot i, j'ai conseillé l'usage du chloroforme en même temps que je m'élevais contre la pensée de préférer l'expectative à l'accouchement prématuré artificiel.
Mais comment un jeune médecin osera-t-il user de ce moyen
dans une affection qui peut déterminer immédiatement la mort de
la femme? 11 sera retenu par la crainte que ce triste résultat ne
f cil allribué.
Appréciation de ces moyens généraux. — La saignée, comme je l'ai
dit, est le moyen sur l'efficacité duquel presque tous les accou-
' cheurs s'accordent. Elle peut être générale ou locale. Cette dernière,
d'après l'avis de M. P. Dubois, ne peut être considérée, pour les
cas qui nous occupent, que comme auxiliaire de l'autre, et c'est
toujours à la saignée générale qu'il faut avoir recours.
On a préconisé aussi la saignée du pied, et l'on sait quels étaient les avantages qu'on se promettait d'en retirer; mais, outre que ces avantages sont fort problématiques, ce moyen ne peut être employé chez les femmes infiltrées, et, chez celles qui ne le sont pas, il n'agit pas avec assez de promptitude pour qu'on doive y avoir recours.
La saignée du bras est celle qui convient le mieux; c'est aussi celle qui est pratiquée le plus souvent.
Pour ce qui concerne la quantité de sang qu'on doit tirer en une seule fois, les avis sont part-agés. Quelques accoucheurs, se fondant sur l'état de prostration et de débilité apparente des malades dans la période de stupeur, prétendent qu'il faut se borner à une évacuation de 300 à 330 grammes. D'autres, au contraire, et notamment ceux qui ne voient dans l'éclampsie que le résultat exclusif d'une congestion cérébrale, conseillent de retirer à la fois jusqu'à i 200 grammes de sang. Hamilton prétendait que trente années d'expérience lui avaient prouvé l'utilité des saignées abondantes, et que c'est à ce moyen qu'il devait un succès constant dans les cas dans lesquels de copieuses saignées pouvaient être pratiquées.
En général, la saignée ne doit pas être au-dessous de 5 à 600 grammes, mais aussi elle ne doit pas dépasser 7 à 800. On choisit entre ces deux limites, selon l'intensité et la répétition des accès, selon l'état du pouls, la constitution de la malade, etc.
1 Union médicale, 1853. . .
Celle règle est aussi applicable aux femmes qui sont infiltrées, à moins d'une débilité réelle.
La saignée dans beaucoup de cas doit être répétée. Ceci s'applique surtout aux femmes d'une constitution robuste et à celles chez lesquelles les accès sont violents et répétés, le pouls développé et le sang couenneux. Mais on ne doit avoir recours à une seconde évacuation sanguine qu'une ou deux heures après la première ; et à mesure qu'on mulliplie les déplétions, la quantité de sang que l'on retire doit être moindre. Chez les femmes qui se trouvent dans les conditions opposées à celles que nous venons d'énumérer, on peut se servir des sangsues comme moyen auxiliaire. On applique celles-ci en nombre variable, selon les circonstances, et sur le lieu le plus rapproché du point de départ présumé de la maladie. Ainsi, trèssouvent on les applique sur les apophyses masloïdes, quelquefois à Fépigastre, surtout chez les malades chez lesquelles une douleur dans cette région a précédé l'invasion de l'attaque.
Les moyens dérivatifs constituent une médication qui, dans quelques cas particuliers, vient en aide au traitement antiphlogistique. Ils sont de deux espèces : les uns sont destinés à agir sur le canal intestinal, les autres s'adressent à la peau. Tous les purgatifs, excepté les drastiques, peuvent être employés pour remplir la première indication.
Dans quelques circonstances, on associe le calomel au jalap (50 centigrammes de jalap et 25 de calomel). Ce mélange est fréquemment employé en Angleterre : il a pour but d'activer l'action du mercure, et d'empêcher les accidents que son administration, à une dose un peu élevée, pourrait occasionner.
Les dérivatifs appliqués à la peau sont des rubéfiants ou des vésicants. On ne doit avoir recours à ces derniers que dans des cas particuliers où la marche de la maladie n'est pas rapide, et oii le traitement antiphlogistique n'a pas pu être employé avec assez d'énergie. Deux cas de cette nature, remarquables par les résultats qui en ont été obtenus, sont cités par le professeur Hamilton. Dans ces cas, pour des raisons que l'auteur n'a pas exposées avec assez de détails, la médication antiphlogistique n'avait pas été poussée assez loin, des vésicatoires furent appliqués sur la tête ; il s'en est suivi une sécrétion extrêmement abondante, à laquelle a été attribuée la guérison.
Les moyens révulsifs consistent en des applications faites sur la tête dans le but de diminuer la congestion qu'on y suppose exister. Ce sont les applications froides qui remplissent cette indication.
M. Dubois n'a jamais expérimenté les bains froids. Il lui paraît