Rachitisme et ostéomalacie
Le rachitisme et l'ostéomalacie, quoique très-distincts par leurs caractères anatomiques, dont nous n'avons pas ici à nous occuper, produisent cependant les mômes résultats. Aussi, nous allons étudier leur influence sur les déformations du bassin, sans distinction. Le rachitisme et l'ostéomalacie n'ont pas cependant tout à fait la même influence sur le tissu osseux : le premier, qui est propre à l'enfance, s'accompagne souvent d'un certain degré de ramollissement, mais ce qui le caractérise surtout, c'est un arrêt de développement; tandis que dans l'ostéomalacie, qui ne sévit que chez l'adulte, le ramollissement est bien plus prononcé, mais les os ont acquis leur entier développement. Ces deux affections sont donc les causes premières des diverses déformations que peut présenter le bassin ; mais à ces causes il faut joindre l'action d'une force extérieure sans laquelle la conformation du squelette resterait intacte.
En eff"et, dans le rachitisme, le ramollissement n'est jamais assez prononcé pourqueles os s'affaissent par leurpropre poids. Cela pourrait tout au plus avoir lieu dans quelques cas rares d'ostéomalacie; aussi on ne peut attribuer les déformations qu'à une force extérieure qui agit comme cause secondaire : la force musculaire, par exemple, et le poids que le bassin a à supporter.
Dans la station, le poids du corps transmis des vertèbres lombaires aux têtes des fémurs, suivant deux lignes divergentes, la réaction ou la résistance qu'opposent les membres inférieurs à cette force de pesanteur, tendent à déprimer de haut en bas la partie postérieure du cercle osseux que le bassin représents, et à élever la partie antérieure; de plus, cette force, en môme temps qu'elle pousse le sacrum en bas, le pousse aussi en avant, et la portion des os pubis, voisiné
de la cavité cotyloïde, doit, sous l'intluence de cette cause réagissante, se rapprocher de l'angle sacro-vertébral.
Ce qui explique conament les vices de conformation sont bien plus fréquents au détroit supérieur et bien plus prononcés, et pourquoi dans ce cas le diamètre antéro-postérieur et les obliques sont bien plus souvent rétrécis que les autres diamètres.
Maintenant si la pesanteur agit plus spécialement d'un côté, l'affaissement est plus marqué da-ns ce sens. C'est ce quia lieu dans les cas où l'un des membres inférieurs est plus court que l'autre. Si l'on joint à cela l'influence de l'habitude de la femme, la nature des travaux auxquels elle se livre, on comprendra comment la déformation peut affecter plus spécialement un côté du bassin, et comment se constitue alors le bassin oblique de Nsegele.
Cependant, dans ce dernier cas, en expliquant comment l'angle sacro-vertébral se rapproche d'une cavité cotyloïde, en s'abaissantde haut en bas etd'avant en arrière, comment une des cavitéscotyloïdes peut se rapprocher aussi du sacrum, et s'élever ou s'abaisser en même temps, on n'explique pas l'ankylose de la symphyse sacroiliaque du côté vicié, et c'est, suivant Nsegele, le caractère pathognomonique du bassin oblique. Cette ankylose est-elle congéniale ? est-elle déterminée par un travail inflammatoire des surfaces articulaires, survenu après l'enfance ? NeegeJe n'a pas encore complètement éclairé la question, il pense cependant que cette ankylose est déterminée par un arrêt de développement.
La compression latérale, ou le rétrécissement du diamètre transverse est rare ; elle se combine presque toujours avec la compression antéro-postérieure pour vicier l'un des diamètres obliques. Elle résulte du décubitus prolongé des enfants sur le même côté, de la compression exercée sur une des hanches par les nourrices qui portent toujours du même bras ; cette circonstance peut aussi déterminer l'élévation et la compression en dedans de latubérosité de l'ischion ; enfin, si l'enfant reste habituellement assis, le sacrum se courbe sur lui-môme, le coccyx se rapproche de l'angle sacro-vertébral qui s'abaisse aussi, et les deux diamètres antéro-postérieurs des deux détroits sont viciés.