Examen externe
Ces recherches préliminaires terminées, l'accoucheur se livrera à l'examen externe avec toute la circonspection possible. Cet examen peut être fait, la femme étant debout ou couchée, mais toujours à travers l'épaisseur d'un linge. Suivant M. Velpeau, si l'allure de la femme est aisée^ libre et bien dégagée, si les membres inférieurs sont droits, si les hanches sont de niveau, plus larges que la base du thorax et bien arrondies (la largeur des hanches est double de l'étendue du diamètre transverse du détroit supérieur), les grands trochanters convenablement écartés; s'il n'y a point d'ensellure (enfoncement du sacrum, au point où il s'articule avec la colonne vertébrale); si la symphyse des pubis n'est, ni trop enfoncée, ni trop saillante, ni trop haute, on aura quelque droit d'annoncer une bonne conformation. S'il existe de la claudication, le médecin examinera si elle dépend de la courbure plus prononcée d'un membre que de l'autre, de l'aplatissement de la paroi antéro-latérale, d'une maladie ancienne ou récente de Tarticulation coxo-fémorale, d'une ancienne fracture. Si cette exploration metl'accoucheur à même de reconnaître quelques-uns des signes qui annoncent une mauvaise conformation, il ne devra plus s'en tenir à ces caractères qui ne peuvent donner que des probabilités, mais il devra recourir à des moyens qui lui permettent de faire une appréciation aussi exacte que possible.
En effet, ce n'est pas sur de simples probabilités que l'accoucheur peut interdire le mariage à une jeune fille, ou peut se déterminer, pendant la grossesse, à pratiquer une opération qui peut être plus ou moins grave pour le produit, dans le but d'éviter à la mère tous les dangers d'un accouchement à terme. Il lui faut aussi des données plus exactes pour le guider dans le choix de l'opération qui sera devenue nécessaire au moment du travail.
On a imaginé, pour arriver à ce résultat, une infinité d'instruments dont l'application se fait, soit à l'extérieur, soit à l'intérieur; mais, sans contredit, le doigt est le meilleur pelvimètre. Cependant le compas d'épaisseur de Baudelocque(fig. 90), entre des mains habiles^ peut donner des résultats assez satisfaisants, quoiqu'il soit loin d'offrir un degré de certitude absolue.
Pour celte exploration, la femme sera couchée sur le côté, si l'on veut apprécier l'étendue du diamètre antéro-postérieur du détroit inférieur. Une olive de l'instrument sera placée au-devant de la partie supérieure de la symphyse des pubis (0), après avoir eu soin d'écarter les parties molles ; l'autre sera maintenue par un aide sur
l'apophyse épineuse de la première fausse vertèbre du sacrum (I).
Le curseur, si le bassin est bien conformé, devra marquer 19 centimètres.
Il faut alors défalquer 3 centimètres pour l'épaisseur des pubis.
Fi2. SO.
Fl2. 91.
et près de 7 centimètres pour celle du sacrum, et il restera 11 centimètres. Maintenant, si le curseur ne marque que 16 centimètres, au lieu de 19 centimètres, c'est le diamètre antéro-postérieur qui aura perdu toute cette différence de 3 centimètres, il n'aura plus que 8 centimètres, et ainsi de suite.
Si l'on veut mesurer les diamètres obliques, l'instrument sera placé en arrière de la femme ; une olive sur la face externe du grand trochanter, et Fautre sur la partie saillante de l'articulation sacroiliaque du côté opposé.
Le curseur doit marquer 24 centimètres, sur quoi il faut déduire 7 centimètres et demi pour l'épaisseur de la symphyse postérieure et 5 centimètres pour celle de la paroi antéro-latérale. Reste pour le diamètre oblique 12 centimètres environ, si le curseur marque moins de 24 centimètres. Défalcation faite de l'épaisseur des parties, ce qui restera donnera l'étendue du diamètre oblique vicié.
Deux circonstances peuvent cependant induire l'accoucheur en erreur : 1° la difficulté de bien fixer les olives sur les points indiqués; 2° les variations qui peuvent se rencontrer dans l'épaisseur des os.
Sur un bassin bien conformé, il est facile de placer une olive sur les pubis, l'autre sur le premier tubercule du sacrum^ etc. Mais sur le bassin mal conformé, les parties n'ayant pas conservé entre elles leurs rapports naturels, il est extrêmement difficile d'arriver à déterminer exactement les points oii l'on doit fixer les olives. J'ai pu souvent me convaincre de cette difficulté par moi-même, et en aidant. M. P. Dubois, à la Clinique, dans les invesiigations de cette nature;.
je l'ai môme quelquefois vu renoncer au compas pour ne s'en fier qu'à son doigt.
Je suppose maintenant les olives bien fixées. Dans un bassin mal conformé, l'épaisseur des os n'est pas toujours la môme, elle varie extrêmement, et pour le diamètre antéro-postérieur, par exemple, il serait possible qu'on obtînt 19 centimètres, sans que pour cela il y ait H centimètres de passage entre les pubis et le sacrum.
Néanmoins le pelvimètre de Baudelocqueest un instrument utile, surtout chez les jeunes filles, chez lesquelles l'exploration intérieure ne doit pas être employée, à moins d'une nécessité absolue.
Pour apprécier les rétrécissements des diamètres du détroit inférieur, les doigts appliqués à l'extérieur suffisent seuls.
La femme est placée sur le bord d'un siège ou debout. Pour le diamètre antéro-postérieur, la pulpe de l'indicateur de l'accoucheur est portée sur la pointe du coccyx, et le sommet du pouce sur le bord du ligament sous-pubien, après quoi les deux doigts, maintenus dans cette position fixe, sont portés sur une règle graduée pour en déterminer l'écartement.
Pour le diamètre transverse, l'index sera placé sur une tubérosilé ischiatique, le pouce sur l'autre tubérosité.
La mensuration externe ne donne pas, comme on peut le penser, des résultats assez certains pour qu'on doive s'en tenir à elle seule dans les cas où la mensuration interne est permise. Chez une femme mariée, par exemple, il est indispensable de mesurer exactement, à l'aide du toucher, les dimensions du bassin.