CHAPITRE V
1. L'imagerie religieuse a pris, de nos jours, un développement considérable ; malheureusement, sa voie est aussi pernicieuse que déplorable. A part d'honorables exceptions, elle semble n'être plus faite pour édifier, mais pour scandaliser. Ses allures sont profanes, ses devises à double sens, ses emblèmes stupides.
Le mal vient uniquement de ce que ce commerce n'a pa» été surveillé par l'autorité ecclésiastique, qui a abandonné une question, pourtant si importante, à des artistes sans instruction ou à des hommes sans idées.
Les acheteurs sont aussi coupables que les vendeurs, car l'on produit 8n raison de la consommation et s'ils refusaient impitoyablement tout ce qui blesse leur goût et leur conscience, le style changerait vite. Soyons donc plus sévères : mieux vaut ne pas distribuer d'images que d'en répandre de fausses et de dangoreuses.
2. Que l'Ordinaire surveille et épure la fabrication, c'est son droit et son devoir : on ne se risquera pas sur une pente té-
méraire, quand on saura que le contrôle peut aller jusqu'à la censure et à la prohibition.
3. Que le fabricant reste dans les traditions. Le besoin d'innover cause sa perte. Qu'on revienne résolument aux images de saints, aux principaux traits de leur vie, aux faits les plus populaires de l'ancien et du nouveau Testament, avec une brève explication par derrière. Les sujets ne manquent pas, mais bien les études préalables.
4. Les emblèmes requièrent à la fois beaucoup de délicatesse et de prudence. Trop raffinés, ils ne sont pas intelligibles ; trop vulgaires, ils rabaissent la religion ; trop multipliés, ils faussent et fatiguent l'esprit.
5. Plus les images seront simples, plus elles seront élé gantes. On croit faire merveille avec les surprises, les découpures, les boursouflures, les paillettes, etc., et l'on aboutit à des mièvreries et à des jeux d'enfants. Soignez davantage le dessin et la coloration, ce qui est infiniment préférable ; vous produirez alors de petits chefs-d'œuvre qu'on gardera et aimera comme des miniatures.