Je termine par une dernière réflexion
Je ne saurais dire quelle impression pénible j'ai éprouvée plusieurs fois en rencont?'ant dans des églises ces chemins de croix hybrides, composés de tableaux de différents maîtres, non moins opposés par le style que par le pays qui les vit naître : l'école française y coudoie l'italienne, peut-être aussi l'espagnole et l'allemande. Quatorze fois Jésus-Christ y est peint avec une figure différente et les personnes qui Tassistent varient à chaque station. Vêtements, paysages, armes,, monuments ne se ressemblent pas plus que les personnages, quoique d'un tableau à l'autre leurs fonctions soient constamment identiques. La marche même du cortège, qui se dirige vers le Calvaire, est interrompue par des retours en arrière qu'on ne s'explique pas.
La grande loi de l'unité est donc ouvertement violée, et avec elle disparaît le charme de la composition, quelque belle qu'elle soit à d'autres titres. Un auteur sérieux doit comprendre que son œuvre, pour lui appartenir en propre, a besoin d'être fortement marquée de ce cachet d'unité, qui attache au lieu de surprendre et intéresse, loin de distraire.
Composez une plante, avec une tige, des feuilles, des boutons et des fleurs empruntées à autant d'autres plantes que la vôtre doit présenter de parties, et vous aurez formé une anomalie, une monstruosité. La beauté ne s'offre pas dans la nature avec cette apparence de fausseté. D'ailleurs le beau, a dit Platon, est la splendeur du wai : l'histoire s'oppose à cet éclectisme tout autant que le goût.
Je m'arrête. Rome a tracé les règles canoniques, l'esthétique m'a indiqué les principes généraux, maintenant l'archéogie nous fournira les modèles ^
* A consulter : Grimouard de saint Laurent. Le chemin de la croix au point de vue de l'art chrétien. {Rev, de l'art chrét., t. III.)