ET ABREUVÉ DE FIEL
Saint Marc et saint Matthieu vont nous faire assister à cette scène déchirante^ et nous fournir en partie les éléments historiques nécessaires pour son interprétation iconogra» phique.
Jésus est arrivé, avec son escorte, au sommet du (rolgotha^ que Ton nomme aussi Calvaire : « Et perducunt illum in 6olgotha locum, quod est interpretatum CalvaridB locus. » (S. Marc, cxv, 22.) — « Et venerunt in locum qui dicitur Golgotha, quod est Cal varias locus. i> (S. Matth., xxvii,. 33.)
Aussitôt les soldats mettent la main sur sa personne sacrée^ lui arrachent ses vêtements et portent à ses lèvres un mélange fort, mais amer, de vin et de myrte. Les évangélistes passent sous silence le dépouillement dô Jésus, quoique plus loin ils en admettent la conséquence^ qui est le partage des vêtements, tunique et fémoraux ^ et le tirage au sort de la robe sans couture '.
^ s. Berhasdi, Lib. de Past. Domini^ cap. xli ; au Bréviaire romain, fête des dnq plaies de Notre-Seignenr.
s c Et milites ,Ye8timentis Jeeu sorte divisis, caligas non habebant quas tollerent. Nec enim poterat hahere Dominus quod proLibuerat servis. » (8. Bimo- ., Epist. 91. ad Agemc. )
' Annales archéologigues, vol, xx^ p, 18.
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C'est après cet acte révoltant qaè Jésos-Chriist, suivant l'usage adopté pour les criminels, fut exposé sous les yeux dm peuple^ entièrement nu. Ainsi l'ont pensé saint Ambroiae </n Luc, 1. x), saint Athanase {Orat. de Pass. etcruce Dom.)^ éBint Augustin {De civit. Dei^ I. xvi, c. 2) et Saint Gyprien {Episi. 63).
Ecoutons à sujet saint Bonaventure» si naïvement traduit par dom Le Bannier :
« Comme donc le Seigneur Jésus, mené par une bande d'impies, fut parvenu au lieu très-puant du Calvaire^ tu peux considérer les ouvriers d'iniquité embesognés, de tous côtés, à oiiérer leur forfait. Or, à cela, rends-toi présentes do tout le regard de ton âme, et envisage diligemment toutes les choses qui sont contre ton Seigneur, et celles qui sont dites et faites par icelui. Vois donr, des yeux de ton âme, les uns ficher la croix en terre, les autres préparer les clouds et martels, d'autres apprêter l'échelle ot autres instruments, d'autres ordonner tout ce qu'ils doivent faire, d'autres enfin dépouiller le Seigneur. On le dépouille, en effet, et il est nud, ce maintenant, pour la troisième fois, devant toute la multitude. Ses plaies se renouvellent par l'enlèvement de ses habits collés à sa chair. C'est lors la première fois que sa mère voit son fils ainsi pris et apprêté, pour subir la douleur de la mort. Aussi est-elle attristée outre mesure, et rougit-elle de honte de ce qu'elle le voit tout nud ; car ils ne lui ont pas même laissé de fémoraux. Elle court donc vitement et approche de son Fils, l'embrasse et le ceint du voile de son chef*. »
A l'appui do ma thèse sur la nudité absolue du Christ, lorsque les soldats lui eureat enlevé ses vêtements, je citerai plniiéurs autres textes. En voici un du xv' siècle, que j'extrais d'une « oraison très-dévote à la benoiste Yierge Marie » :
<c Et par la sainte compassion et douleur que tu eubz quant tu veoyes ton filz Nostre-Signeur Ihesu-Crist tenant la- croya tou nud et en yceile eslevez et esclanes, et le vis pendant cra-
t Méditations, t. U, p. 171.
86 LIVBE SEPTIÈME.
cifle et naure et si le oys hucher a boire et luy vis mettre en la bouche flel et via aigre * . »
Le chanoine Bocguillot, en homme érudit, étaye son sentiment sur des révi^lations et des monuments connus, comme la yîsion d'un prêtre de Narbonne, l'apparition do Notre-Seigneur à sainte Brigitte et le linge conservé au ddme d'Âix-la-Cbapelle. On ne lira donc pas sans intérêt le passage suivant, qui se recommande, d'une manière toute spéciale, par les judicieuses observations qu'il contient :
« Plusieurs anciens supposent que le divin Sauveur, pour mieux expier le péché, a permis que fes bourreaux l'aient crucifié sans habits, « nudus in nuda cruce. » Cela parait conforme à l'histoire de l'Evangile ; mais, au rapport de saint Augustin, les chrétiens ont imité la conduite respectueuse de Sem et de Japhet envers leur père. Ainsi, non-seulement dans les églises des Grecs, mais encore parmi nous, dit Molanus, on voit d'anciens crucifix vêtus d'habits. Tel est celui de l'église principale de Louvain, qui, dans les processions extraordinaires, est porté par deux prêtres. Celui do l'église cathédrale de Narbonne représente Notre-Seigneur enveloppé d'un linge, d'après une vision arrivée jusqu'à trois fois à un prêtre.
« C'est maintenant Tusage le plus commun, parce que, dan» cet état, l'image du Sauveur paraît plus propre à exciter la compassion et la dévotion que s'il était entièrement vêtu. Peut-être même que cette pratique est conforme à la vérité historique, car on lit dans les révélations de sainte Brigitte : « Mox jussus vestes posuit, parvumque linteum verendis praetexit. » Quoique l'Eglise* ne regarde pas ces révélation» commodes articles de foi, elle permet d'y croire comme ne contenant rien de contraire aux saintes Ecritures et à la plus ancienne tradition. François Polygrane appuie cette opinion sur des raisons de décence, et sur ce qui était prescrit au
1 Livre d'Heures, appartenant à M. Guigou, chanoine de la cathédrale d^Angoulâme.
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graod ptétre de l'ancieime loi. Les chanoines de la basilique d'Aix prétendent posséder ce linge précieux. « (Holanus, 1.