‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églisesChapitre 83 sur 234 · LA GROSSE · texte numérisé non relu

LA GROSSE

1 . Le mot français crosse est la traduction littérale de ces deux expressions de la basse latinité crocia et crossa, qui signifient bâton d'appui, béquille, potence. Dans le langage liturgique on dit, avec raison et d'une manière plus exprès* sive, baculus pastoralis et en italien, par abréviation, pasioraie. C'est, en effet, la houlette ou bâton des pasteurs des Ames et Tinsigne symbolique de leur juridiction spirituelle.

2. La crosse se compose de deux parties : la hampe et la volute. La hampe, qui sert de support, est divisée également par des nœuds et terminée en pointe à sa partie inférieure. La volute, qui s'arrondit en forme d'ornement, a, à sa base, un nœud saillant et une douille, dans laquelle s'enfonce la hampe.

Les armoiries se gravent au sommet de la hampe.

3. La crosse se démonte par morceaux et se dépose, quand on n'en fait pas usage, dans une boite longue, marquée sur le couvercle aux armes du dignitaire. Pour les fonctions, on Tappuie contre le mur, à la crédence.

4. La crosse appartient de plein droit aux cardinaux de Topdre des évêques et des prêtres et aux évêques ; par concession pontificale, aux abbés commendataires et aux abbés réguliers. Elle est interdite aux abbesses * et aux protonotaires apostoliques '.

« ■ SyPONTINA. — Moniales S. Clarœ et S. Benedicti civiUtU Sypontii declarari petierunt : An earum abbatissis liceat in choro adhibere bacuhim •piscopalem, euoidemque liceat, cum exponantur abbatissarum earumdenL cadavera, earum manibus aptari, vel prope apponi? — Et S. R. G. jnant Aâmoneatur episcopus^ ut hujusmodi abusum dirimat. » Die 29 Jan. 1656.

* < Non baculo paatorali utantur. » {Const. Apost Sedis de Pie IX.)

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5. Les cardinaux, s'ils n'ont pas demandé au pape la faculté de tester, lèguent en mourant leur crosse au trésor de la chapelle Sixtine et les évéques à celui de leur église cathédrale.

6. La crosse, par sa volute recourbée, symbolise une juridiction qui a des limites. Aussi le pape, quoiqu'évêque deRomo, ne la porto pas, parce que sa juridiction s'étend à la catholicité tout entière. Les cardinaux-prêtres ne peuvent^ à Rome, s'en servir que dans leur titre et les évéques, dans leur propre diocèse et ailleurs, seulement avec la permission de l'Ordinaire ou s'ils fout une consécration, une ordination ou une bénédic* tion personnelle '. Les abbés n'ont pas le droit de la prendre, mémo avec rasseutiment de l'Ordinaire, en dehors de leurmonastèrc ou do leur territoire et, pour exprimer que leur juridiction est liée et restreinte plus que celle des évéques, ils ajoutent à la volute un ruban blanc pendant'.

7. La crosse se porte de la main gauche, afin de laisser la main droite libre pour bénir. Les évéques tournent la volute en dehors et les abbés en dedans, parce que pour ces derniers la juridiction est intérieure.

8. La crosse ne se prend jamais seule, mais concurremment avec les autres insignes pontificaux. Elle suppose le prélat paré et va de pair avec la mitre \ On n'en fait pas usage aux jours de deuil, parce que la juridiction ne s'exerce que sur les vivants et ne s'étend pas aux morts ^

* « Utitur episcopus haciilo pastoruli iu sua tantum civitate vel dicecesi et etiam alibi, ex peruiissioDe loci ordiuarii et ubi consccrationes aut ordinatio- Des vcl beiiedictioijeâ personaleis facere, ipsi Apostolica auctoritate concedi» iur. » (Czr. episc.y lib. I, cap. ivii, n. 5.)

s « Baculuin pastoralein aibo velu aitpcnso deferaot; ab iisque, et aliis poatiâcalibuSf eliain de ordinariorum licentia, extra ecclesias sibi subjectas prorsus abstincnnt, et neque in processionibus, quos ab corum ecclediis per Tias extra ambituoi, vel parochiam ducuutur^ iusiguiis prcedictis utantur, Tel pênes se perferri facianL a (S. R. C, 27 sept. 1659.)

* « Alitra et baculus in episcopo sunt correlativa. » (Cxrem. epise., lib. I, cap. xvii, n. 8.)

^ a Excipiuntur tamen ab bac régula officia et missœ pro defunctis, in qui* i)U8 usus baculi cessât. » (lôid,, n. 9.)

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9. La crosse est en or ou vermeil pour les cardinaux et les patriarches, en argent pour les archevêques et évêques, en bois pour les trappistes, d'après leurs constitutions.

10. La Glose du droit a fixé ainsi le symbolisme de la crosse : les péche%(rs sont adirés par la courbe de la volute^ les justes conduits avec la hampe droite et les retardataires stimulés par la pointe aigûe * :

« In baculi forma, prœsul, datur base tibi norma : Allrahe per curvum, medio rege, punge per imum ; Attrahe peccantes, justes rege, punge vagantes ; Attrahe, sustenta, stimula, vaga, morbida, lenta. »

Les oraisons du Poiitifical expriment une idée analogue : correction des vices par la pointe^ fermeté par la hampe, miséricorde par la volute,

11. La crosse reçoit une bénédiction spéciale du consécrateur, le jour du sacre, par cette oraison, suivie d'une aspersion d*eau bénite :

« Sustentator imbeciUitatis humana^, Deus, bene f die bacnlum istmn et quod in eo exterius designatur, interius in

* « Baculus pastoralis correetioucm pastoralem significat, propter quod a GOD&ecratore dicitur consecrato : « Âccipe baculum pa&toralis offîcii, ut sis ia corrigeodis vitiis pie saBviens. » De quo dicit Apostolus : a la virga veniam ad TOB. » Virga igitur pastoralis potestas intelligitur saccrdotaiis quam Christus eÎB contulit, quaudo apostolos ad prcedicandum misit, prsecipicns eis ut bacalos tollerent et Moses cum \irga missus est iu iEgyptum... Baculus est acutas in fine, rectus in medio et retortus iu summo; désignât quod pontifex débet pangere pigros, regere débiles sua rcctitudine et colligere vagos. » (GuiU. Duraat, /<(7/. div, offic, cap. iv.^

Le musée de Rouen possède une crosse en cuivre du xiiio siècle, qui a été trouvée dans le tombeau d'une abbessede S. Amand, à Rouen. On lit au bas de la volute ces trois mots :

: ARGVE : OBSECRA : INCREPA

Le B« Adam, abbé de S. Josse, en Picardie, qui mourut en 1166, ordonna, en léguant sa crosse à son successeur, qu'on y gravât ces mots : Onus non htmor; c'est une charge et non un honneur que je vous lègue en vous remettent cet insigne de ma dignité. (Corblet. Hagiographie du diocèse d'Amiens^ iom. 1, p. 13.)

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moribus htijus famuli tui tu» propitiationis dementiE op»retur. »

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