LE0RES1NE DE COI'AIIU
Baume déviait à droite le plan de polarisation. Le poids spécifique atteint 0,993; il contient seulement 34 pour 100 d’essence et 0(3 de résine.
3° Copaliu «le Cayenne. — Guibourt a décrit sous ce nom une sorte de Copahu, qui c>l remarquable par son odeur non désagréable, parfumée au contraire comme le bois d’aloès, et par sa saveur d'une amertume marquée, mais non repoussante et persistante comme celle des autres especes. Mais ce ne sont là que des échantillons de droguier, et nous ne sachions pas que cette sorte soit jamais venue en abondance dans le commerce, comme les deux précédentes.
Le Copahu se dissout, avons-nous dit, dans l’alcool absolu ; mais si l’alcool devient faible, s’il descend au-dessous de 70 ou 75°, l’intluence de l’eau se fait sentir et l’alcool ne donne plus qu’un mélange très-trouble. Les alcalis donnent tantôt une dissolution claire, et tantôt, avec certaines sortes, qui ne sont pas cependant falsifiées, une dissolution trouble. Les bases alcalino- terreuses, la chaux, la baryte et la magnésie se combinent avec le Baume de Copahu, et donnent, au bout de quelque temps, un mélange qui s’épaissit et prend beaucoup de consistance. Mais il faut pour cela une condition ; c’est l'existence d’une petite quantité d’eau. Si les deux corps sont anhydres, le Copahu reste à l’étal liquide; si l’un d’eux est humide ou hydraté, il suffit d’un seizième de magnésie pour amener le corps à la consistance pilulaire.
Le Baume de Copahu se mêle facilement avec les huiles essentielles et les huiles grasses. On a profité de cette circonstance pour l’altérer, soit avec de l’essence de térébenthine, soit, en Amérique, avec l’huile de Sassafras. Enfin, on y a mêlé des huiles grasses. — Voici les principaux moyens de reconnaître la fraude :
Pour reconnaître la présence des huiles grasses, autres que l’huile de ricin, l'alcool absolu est le meilleur moyen. En
effet, ce véhicule s’empare du Baume de Copaliu, qu’il dissout, et laisse en évidence l’huile qui a été surajoutée.
Bour 1 huile de ricin, on ne peut pas employer ce moyen, car ce corps gras est complètement soluble dans l’alcool ; mais il est un grand nombre de procédés proposés pour arriver à ce résultat. Nous nous bornerons à quelques-uns.
Tout d’abord on peut faire tomber dans de l’eau bien pure une goutte du liquide qu’on veut essayer. On voit immédiatement se former à la surface de l'eau un cercle, dont les contours sont parfaitement arrêtés, quand le Copahu est pur. S’il y a de l’huile, on voit, au contraire, la tache circulaire centrale s’étendre dans toutes les directions, et former ainsi une sorte de réseau à la surface de l’eau. — Ue même, si on laisse tomber une goutte du liquide suspect sur un morceau de papier et qu’on l’expose à la chaleur, on voit, dans le cas où le Baume est pur, la résine, débarrassée de l’huile essentielle qui s’est volatilisée, former un cercle très-net et consistant. Dans le cas où une huile grasse aurait été mélangée, elle laisserait une tache persistante, qui entourerait la résine et lui formerait une sorte de bordure grasse caractéristique.
Un autre moyen,. qui a été proposé depuis longtemps par Henry, rappelle un peu celui que nous venons d’indiquer en dernier lieu. Si l’on fait bouillir dans un litre d'eau 5 grammes de Copahu, et qu’on laisse vaporiser complètement tout le liquide, il ne reste, si le Copahu est pur, qu’une résine dure et cassante. Dans le cas, au contraire, où une huile grasse y a été ajoutée, cette huile, qui est restée mêlée à la masse résineuse, la rend d’autant plus molle qu’elle s’y trouve en plus grande quantité.
Enfin, M. Fliickiger a proposé un moyen de mettre en évidence l’huile île ricin, isolée du reste de la masse. On mélange ensemble 4 parties d’alcool (d’une densité de 0,84) et 1 partie du baume suspect; on porte le mélange ù 40 ou (JO", et on laisse refroidir. Dans cet état, la couche supérieure du liquide
OLÉORÉSINE DE COPA1IU. 2o.»
contient en dissolution l’huile cssenliellc du Copalui, une trèspetite quantité de résine et de l’huile de ricin, quand elle existe dans le mélange. On chasse parla distillation l’essence et l’alcool, et on laisse à nu l’huile, mélangée d’une proportion insignifiante de résine.
Ce procédé pourrait aussi mettre en évidence la présence des autres huiles grasses et même des huiles essentielles, telles que l’essence de térébenthine et l'essence de Sassafras. Comme, en effet, le point de l’ébullition de ces huiles essentielles est plus bas que celui de l’huile essentielle de Copalui, 1 odeur s’en manifeste bien avant, et on peut ainsi, par ce seul caractère, les reconnaître très-suffisamment.
On connaît dans les Indes orientales sous le nom d’Bluile •le bois, Yood-oil des Anglais, ou encore sous le nom de staume «ie Gur.jun, une sorte de Baume qui découle de diverses espèces de la famille des Diptérocarpées, et particulièrement des Dipterocarpus lœvis Blume, Dipterocarpus trinervis Blume, üipt. alaïus Roxb, Dipt. turbinatus Gœrtn. etc., etc. Ce liquide ressemble par son odeur et sa saveur au Copahu, mais il s’en distingue par une couleur moins franche ; par une matière résineuse en suspension, qui trouble la transparence du suc ; par son poids spécifique plus considérable, par son goût plus acre, et enfin surtout par cette circonstance, qu’à la température de 180 à 130° il se prend en une sorte de gelée; avec les alcalis, il forme d’ordinaire une dissolution trouble, mais cependant certaines sortes paraissent se dissoudre complètement et donner un mélange tout à fait clair.
Lorsqu’on filtre le liquide, il prend beaucoup plus l’apparence du Copahu, et on l’a apporté dans le commerce sous le nom de Balsamum Capivi. Son huile essentielle surtout rappelle beaucoup celle du Copahu. Il est facile à reconnaître aux caractères précédents, lorsqu’il est pur, mais la chose devient plus difficile quand on le mêle au Baume de Copahu. Dans ce cas, M. Fliickiger a proposé le procédé suivant :
On dissout le baume suspect dans la benzine et l’on traite la liqueur, liltrée s'il est nécessaire, par l’alcool amylique ou l’alcool œlhylique. Si le Baume est pur, la couleur reste claire ; s’il est impur, il y a un trouble caractéristique. — Si l’on veut avoir une nouvelle preuve de la pureté, on chasse par la chaleur les huiles essentielles. La résine qui reste, comme résidu, fond vers 100° et est solide au-dessous de G0° ou même de S0°, tandis que la résine du 1 ood-oil, qui est molle au-dessous de (J0U, n’est pas arrivée à l’état de fusion à 100°. Enfin, tandis que l’alcool œlhylique dissout complètement la résine de Copahu, il ne prend qu’une partie de celle de l’autre baume (1).
Le Copahu est une solution d’une matière résineuse dans une huile essentielle. L’essence a l’odeur caractéristique de la substance ; nous avons vu que les proportions varient beaucoup dans les diverses sortes : depuis 34 à 33 pour 100, jusqu’à 80. Ces proportions doivent nécessairement influer beaucoup sur l’état du Baume, qui est d’autant plus fluide qu’il contient plus d’essence, et dont le poids spécique varie aussi par la même raison.
Quant à la partie résineuse, elle est formée elle-même de deux résines, dont une est mollasse et visqueuse, et dont l’autre est acide et a é Lé nommée acide copahivique. Cette dernière est d’une couleur jaune d’ambre, cristallisable, soluble dans l’alcool et l’éther. C’est la partie qui se combine avec les bases salifia blés pour former des sels solubles dans l’alcool et l’éther.
Dans le Copahu de Maracaïbo, on trouve un acide un peu différent de l’acide copahivique ; on l’a désigné sous le nom d’acide métacopaiuuique (2).
(1) Pour toutes ccs falsifications, on peut consulter Flückiger, Bemerkungeu vber Copciliu-balsam ( Sc/tweiz . Wochenschrift fiir Pharmacie , mai 1800), et Wiggers k t IIisiauNN, Juhresberichl für Pharmacognosie, 1807. p. 102.
(2) N oir Strauss, Ueber enige Bestandtheile (1er Copaivaba/sams [ Thèse, inaugurale, à Tubingue, année 1SG5\ et Wiggers et Husema.nn, Jahresbcrieht ( 1er Pharmacognosie, année 1807, page 158.