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UTILES ESSENTIELLES

La figure .‘503 montre la formation de glandes internes dans les feuilles d’une Diosméc, la Fraxinielle ; on y voit comment les cellules [A, c, p), qui doivent former la glande se divisent, sécrètent (Z?, c) la matière oléagineuse et se détruisent en partie de manière à laisser une partie vide remplie par une grosse goutte d’essence (C, d , o). — La figure 304 montre une des glandes placées sur la surface des pédicelles floraux, des bractées et des sépales de la même plante, qui, à un moment donné, sécrète une assez grande quantité de produits volatils pour être entourée d’une véritable atmosphère inflammable. On voit en A des cellules sous-épidermiques se diviser en 2, puis en 4, sécréter de la matière oléagineuse, se développer en 15 au-dessous de l’épiderme, faire saillie sur l’organe, et enfin devenir la glande complète avec poil terminal, qu’on remarque en C. — Un grand nombre de végétaux présentent des éléments organiques analogues. Parfois, les glandes, au lieu de porter un poil à leur extrémité, sont au contraire terminales, portées par un pédicelle ou par un véritable poil, qu’on appelle poil glanduleux.

D’autres fois encore, l’essence imprègne les tissus ou remplit les vaisseaux; c'est ce qu’on voit par exemple dans le bois de Santal.

Les produits contenus dans ces divers éléments anatomiques sont souvent des essences toutes pures ; c’est le cas du camphre, des essences de citrons et d’oranges, de Labiées, etc., etc. Mais d’autres fois, l’essence est engagée dans un mélange intime avec d’autres principes; la gomme résine, dans les Ombellileres ; la liésinc, dans les Térébenthines des Conifères, etc., etc.; si bien qu’au lieu d’extraire l’huile volatile directement de la plante, on la retire parfois des produits gommo-résineux ou oléo-résineux qu’elle a donnés.

Dans fous les cas, on peut dire (pic les essences sont un produit plus ou moins artificiel et qui a déjà nécessité une opération pharmaceutique. Aussi beaucoup de celles (pie nous

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décrirons peuvent-elles et doivent-elles môme être faites dans le laboratoire du pharmacien, cl ne devraient pas être comprises dans le groupe des drogues simples, si le commerce ne les offrait souvent toutes faites et s’il n’y avait pas avantagc a connaître leurs véritables caractères. — Deux moyens peuvent être employés pour leur extraction. Le plus général, tpi on peut appliquer à toutes les essences que nous étudierons ici, est la distillation avec l’intermédiaire de l'eau ou de la vapeui . Mais un autre moyen, qu on a quelquefois employé, Poui les essences des écorces de citrons et d’oranges est l'expression. Quelques essences ont pu être formées de toutes pièces par voie de synthèse : ainsi par exemple, l’essence d’Ulmaire, l’essence de W inter Green.

Les essences sont très-peu solubles dans l’eau, assez cependant pour donner de 1 arôme aux eaux distillées qui les contiennent. L’alcool les dissout très-bien pour la plupart, d’autant plus qu il est plus concentré. L’étlier, l’essence de térébenthine, les huile.-, grasses les dissolvent aussi. Elles peuvent à leur tour dissoudre divers corps simples, entre autres le phosphore elle souiie. Le point d ébullition des diverses essences varie entre 140° et 2d0° environ. Elles se décomposent quelquefois par l’ébullition. — Elles s’enflamment facilement et brûlent en donnant une flamme fuligineuse. Exposées à l’air, elles tendent à absorber 1 oxygène et, par cette sorte d’oxydation, elles se durcissent et se résinifient. D’autres fois elles s’acidifient; l’essence de cannelle donne, dans des conditions semblables, de l’acide cinnamique; l’essence d’amandes amères de l’acide benzoïque; l’essence de cumin, de l’acide cuminique.

L aire géographique des plantes qui contiennent des essences est extrêmement étendue; on peut même dire que toutes les régions du globe peuvent en présenter. Cependant, c'est surtout dans les pays chauds qu’on remarque un plus grand développement de ces produits volatils. Les Conifères qui contiennent les essences a l’état doléo-résine, sont, nous

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l’avons vu, très-répandues depuis les régions froides du Nord jusque dans les parties chaudes, en prenant une extension considérable dans les montagnes des régions tempérées. Les Composées, les Crucifères sont également répandues dans les latitudes moyennes; les Labiées et les Ombellifères, les Aurantiacées prennent leur développement le plus considérable dans la région méditerranéenne : les Pipéritées , les Laurinées, dans les parties chaudes ou tropicales. Les Itutacées s’étendent dans les deux hémisphères austral et boréal, depuis les régions chaudes jusque dans les régions tempérées, où elles donnent, dans l’un des hémisphères, l’essence de Ilue, dans l’autre les Bûcha ou Bucco du Cap, que nous avons déjà étudiés.

Les diverses essences ne sont pas toujours faciles à distinguer entre elles, sinon à leur odeur, qui, lorsqu’elle est diluée, rappelle d’ordinaire celle de la plante qui a fourni le produit. Mais lorsqu’on veut faire abstraction de ces propriétés organoleptiques, on sc trouve en présence de difficultés sérieuses pour la détermination. Aussi les auteurs ont-ils multiplié les moyens de distinguer entre elles les essences et de constater leur pureté. Nous indiquerons les principaux, et nous nous en servirons pour établir le tableau, qui résume les caractères distinctifs de ces produits.

Tout d’abord on peut diviser les essences en deux catégories, suivant qu’elles sont plus ou moins denses que l’eau, à la température ordinaire. 11 est en effet des huiles, comme celles de Cannelle, de Moutarde, d’Amandes amères qui tombent au fond de l’eau, lorsqu’on les verse dans ce liquide. C’est un moyen de distinction commode et que nous ne devons pas négliger. Les essences moins lourdes que l’eau ont un poids spécifique qui ne s’éloigne pas toujours beaucoup de celui de ce liquide; il est en effet des essences dont la densité est 0,91). Les plus légères pèsent 0,74.

Une autre considération, tirée des phénomènes physiques, est le pouvoir rotatoire des essences. Nul dans quelques-

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uns, il est en général assez nettement marqué, tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. D’ordinaire le sens du pouvoir rotatoire est constant pour une môme espèce; cependant il est des essences chez lesquelles il varie d’une sorte à l’autre; c’est ainsi que les diverses essences de térébenthine sont les unes lævogyres, les autres au contraire dextrogyres.

A ces caractères, il faut ajouter les signes qui peuvent résulter de la réaction d’un certain nombre de corps sur les essences. A cet égard, on a varié beaucoup les expériences. Nous allons les résumer en quelques mots.

L’un des réactifs qu’on a le plus préconisé est l’iode. Si, dans un verre de montre, on verse cinq ou six gouttes d’essence, qu’on y mêle vivement deux grains d’iode fondu ou finement divisé, et qu’on agite avec une baguette, il peut se produire divers phénomènes, qui ont fait classer par Zellcr les essences en cinq groupes distincts : — 1° les unes, comme les essences de Conifères et d’Auranliacées par exemple, produisent une petite explosion, avec élévation de température et volatilisation d'une partie de l'iode, qui donne des vapeurs violettes; — 2° d’autres essences ne donnent pas une réaction aussi vive; les vapeurs qui se produisent sont d’un jaune rougeâtre, et il se fait un mouvement centrifuge, qui rejette vers la circonférence la solution; — 3° d’autres encore produisent une élévation de température, mais pas assez forte pour emmener la formation de vapeurs; — 4° dans le quatrième groupe se rangent les huiles, qui ne donnent pas avec l’iode d'élévation sensible de la température; l’iode se dissout tranquillement, sans aucun tumulte dans la liqueur; — 3° enfin, dans la dernière catégorie, se trouvent les essences qui se montrent Lout à fait indifférentes vis-à-vis de l’iode, qu’elles ne dissolvent pas.

Les réactions de l’acide azotique ne sont pas moins curieuses. Si on môle dans un verre de montre 12 à H! gouttes d’acide, pesant 1,28, avec 3 ou 4 gouttes d’essence, l’huile reste incolore ou prend des teintes vert bleu, rouge brun, ou jaune. Les réac-

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tions peuvent être plus ou moins vives. Dans un premier groupe Zeller a placé les essences, qui, à la température ordinaire, manifestent une vive réaction, une élévation considérable de température et un dégagement de gaz. Dans le second groupe, se trouvent les essences, qui donnent également une vive réaction et un dégagement tumultueux de gaz, mais seulement lorsqu’on élève la température. Le troisième groupe comprend les huiles qui produisent, par l’élévation de la température, un dégagement lent et tranquille de gaz. Enfin, dans un dernier groupe, se trouvent les essences, qui ne sont pas attaquées par l'acide azotique, même à la température de l’ébullition.

L’acide sulfurique a été préconisé également comme moyen de détermination. Hager(l) a remarqué que, si on met dans un tube 5 à 6 gouttes de l’huile volatile à essayer avec 25 ou 30 gouttes d’acide sulfurique concentré, et qu’on les agite ensemble, le mélange tantôt reste froid, tantôt produit une élévation de température, qui est quelquefois assez vive pour emmener le dégagement de vapeurs. D’ailleurs, le liquide est parfois clair, d’autres fois plus ou moins trouble ou même laiteux et de colorations assez diverses. Si, au mélange refroidi on ajoute 8 à 10 centimètres cubes d’alcool fort et qu’on agite, on s’aperçoit que ia liqueur est tantôt clair et tantôt trouble, que la couleur peut être pâle ou foncée. De là des différences assez marquées qu’on peut utiliser pour la détermination des produits. M. Fltickiger(2) a proposé de rendre plus nettes et plus faciles à observer les réactions des acides sulfurique et nitrique, en les mélangeant de sulfure de carbone, qui ne diminue en rien l’action, mais la rend au contraire plus marquée et la prolonge davantage.

Certains corps colorés subissent, sous l’action de certaines essences, des réactions, qu’on peut utiliser pour la détermination de ces huiles. La Santaline ou matière ruutje du Santal est plus

(1) IIagcr. I'harmaceutische Cenlralhaüe, XI, I ( ! 0 - 1 7 2 . 187-188 ot 19Ô-197.

(2) Flückigcr. Schweizer, Woschenscliri/t ftter Pharmacie, 1870, p. 261.

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ou moins soluble dans ces huiles, quelquefois tout fait insoluble (I).

Quant à la Fuschine, qu’on a proposée clans ces derniers temps comme un bon moyen de détermination, elle peut présenter avec les huiles les particularités suivantes : ou bien elle est soluble froid dans les essences, et reste h son état ordinaire sans réduction et décoloration, quand on élève la température; ou bien encore, elle est soluble à froid et réduite chaud ; ou enfin, insoluble à froid dans l’essence, elle peut être réduite lorsqu’on la fait dissoudre dans l’alcool par exemple, et qu’on la mêle alors à blinde volatile.

A tous ces signes caractéristiques, on peut joindre la réaction tantôt acide, tantôt neutre des produits. Mais il faut observer que plusieurs essences tendent par la vétusté à s’acidifier, et qu'il faut par conséquent ne faire l’essai que sur des huiles récentes.

Les essences sont souvent mélangées de corps étrangers. Nous indiquerons, à propos des principales, les moyens de reconnaître les falsifications spéciales à chacune d’elles, niais il est quelques procédés généraux, pouvants’appliquer à la plupart des essences et que nous devons indiquer ici.

Les corps étrangers, qu’on mêle d’ordinaire aux huiles essentielles sont: des huiles grasses, de l’alcool, du sulfure de carbone, de l’eau, des essences de moindre valeur commerciale, de l'essence de térébenthine par exemple, ajoutées aux huiles essentielles plus rares et plus chères.

L’addition d’une huile grasse se reconnaît assez facilement,

(1) D’après Vogel, la Santalinc est insoluble dans les essences d’anis, de bergamote, de camomille commune, de citron, de néroli.de fenouil, de baies d'' genièvre, de macis, de térébenthine, de valériane et dans l’huile grasse d’amandes; — peu soluble dans les essences de cajeput, de succin, dans les huiles grasses d’olive et de pavot; — soluble seulement en partie, dans les essences d’anis étoilé, de calainus, de carvi, do lavande, de menthe poivrée, de sabine, de sassafras ; — complètement soluble dans les essences d’amandes amères, de girolle, de cannelle do Chine, de menthe crépue, d’origan de Crète, de roses et de tanaisie.

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lorsqu’il yen a une quantité un peu considérable : l’huile grasse laisse en elfel sur le papier une tache persistante, même lorsqu’on la soumet à une température élevée. En outre, la liqueur ne se dissout pas complètement dans huit parties d’alcool, la teinture reste louche et laiteuse, tandis qu’elle est claire lorsque l’huile essentielle est pure. L’huile de ricin échappe seule à ce procédé de vérification, parce qu’elle est complètement soluble dans l’alcool (I).

On ajoute assez souvent aux essences, surtout à celles d’Aurantiacées une certaine quantité d’alcool. Le procédé le plus simple pour déceler la fraude, dans le cas où la quantité d’alcool est assez considérable, consiste à secouer le liquide avec de l’eau dans un tube gradué; l’eau s’empare de l’alcool et la couche d’essence, qui se sépare, a une épaisseur bien moins considérable qu’avant l’expérience. — Si La quantité d’alcool ajoutée à l’essence est faible, on peut employer un autre procédé, proposé par Borsarelli. On met le liquide dans un petit tube et on ajoute un petit fragment de chlorure de calcium en chauffant quelques minutes. Si ce corps reste solide et n’est pas attaqué, c’est que l’essence est pure : s’il est dissous ou s’il devient mou et pâteux, c’est qu’il y a de l’alcool, et la diminution de volume de l’essence indique la quantité plus ou moins grande de liquide ajouté. — Enfin Bottger {2) propose d’agiter l’huile essentielle avec de la glycérine. Celle dernière entraîne avec elle l’alcool, s’il y en a, et la diminution de volume de l’essence, qui surmonte la glycérine, indique sensiblement les proportions du liquide alcoolique.

Le sulfure de carbone, qu’on ajoute quelquefois aux huiles essentielles, distille lorsqu’on met le mélange dans un bain d’eau bouillante et se sépare ainsi de l’essence.

(1) On peut voir dans le Büchnei’s Nettes liepertorium , XXI, p. 50?, un procédé proposé par i\l. Rhien et qui s’applique à, la lois à toutes les huiles grasses : l’auteur regarde comme le moyen lu plus simple et le plus sur de vérification une distillation faite avec précaution, de l’huile volatile suspecte.

(2; Bottger, Uuchner's nettes Reperlorium, XX, 500.

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11 est <jcs essences, qui contiennent une certaine quantité de l’eau avec laquelle on les a distillées, sans pour cela cesser de rester parfaitement claires cl homogènes. Pour dccelcr la présence de ce liquide, le meilleur moyen, d’après Leuchs(l), est d’agiter l’essence avec la benzine. 11 se fait alors dans la liqueur un trouble, dû à la présence de petites gouttelettes microscopiques provenant du mélange de l’eau et de la benzine, qui restent suspendues au milieu de l’essence.

Quant au mélange de certaines essences entre elles, il est quelquefois beaucoup plus difficile de le reconnaître. L’essence de térébenthine, qu’on mêle souvent à d’autres, peut jusqu’à un certain point être décelée par son odeur très-prononcée et caractéristique; il faut pour la mettre bien en évidence verser quelques gouttes sur la main et frotter rapidement.

Lorsque l’odeur ne suffit pas, il faut recourir aux caractères, soit de l’ordre physique, soit de l’ordre chimique, que nous avons énumérés ci-dessus, et les appliquer à l’huile essentielle dont il s’agit. Par exemple, si on obtient avec l’iode une vive réaction, une explosion avec production de vapeurs, on est sûr qu’on a dans le mélange des huiles du premier ou du second groupe, et si l’huile, qu’on veut éprouver, appartient à un antre groupe, on sait qu’il y a falsification. — Pour chacune des essences en particulier, nous indiquerons la manière dont elles doivent se conduire vis-à-vis des principaux réactifs et nous donnerons ainsi les moyens de reconnaître leur pureté.

Pour le moment nous allons appliquer ces divers caractères à leur détermination, en résumant dans le tableau suivant le moyen de les distinguer les unes des autres (2).

(1) Leuclis, Journal fur pract. C/temie Neue Folge, VI, 159. — D'après cet auteur, les essences qui peuvent contenir de l’eau, sans que leur aspect soit modifié sensiblement, sont : les essences de lavande, d’aspic, de girofles, de cannelles, de romarin, de sassafras, do genévrier, de citrons et de bergamote.

(2) Nous rappellerons ici, ce que nous avons dit plus haut, c’est que l’odeur particulière de chaque essence, rappelant celle de la plante qui l’a donnée, est

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