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ESSENCE D'AMANDES AMÈRES

L’essence, au point de vue chimique, est un aldéhyde (1) benzoïque ; c’est-à-dire que, sous l’action de l’air, elle se transforme peu à peu en acide benzoïque. On peut la considérer aussi comme un hydrure du radical, qu’on a nommé bcnzoïle et qui a pour formule G14 IiB O1 2 3.

L’essence d’A mandes amères a été assez souvent falsifiée, surtout au moyen de l’acool et d’autres essences, particulièrement du produit artificiel qu’on a appelé essence de mirbane ou nitrobenzine .

L’alcool diminue le poids spécifique de l’essence. Quant aux essences et à la nitrobenzine, on a proposé de les reconnaître en traitant par une solution concentrée et chaude de bisulfate de potasse ou de soude : la liqueur est rose et claire, quand l’essence d’amandes amères est pure : elle est au contraire trouble quand l’essence est falsifiée.

L 'essence de mirbane est une huile pesante, dont l’odeur rappelle celle des amandes amères et dont le mélange avec l’essence est par suite difficile à reconnaître. Nous avons indiqué déjà un procédé, nous en mentionnerons quelques autres.

Wagner (2) s’estfondé sur la différence de densité des liquides : à 12°, 5 le poids spécifique de l’essence d’amandes amères est de 1,04 à 1,044; 5 centimètres cubes de ce liquide pèsent donc de ogl',2U à ogr,22, tandis que la nitrobenzine, dont la densité est de 1,2 à 1,8 pèserait sous le même volume o,9 a G grammes. De là des différences appréciables dans le poids des mélanges. — Mais il faut, pour appliquer ce procédé, qu’il n’y ait réellement en présence que de la nitrobenzine et de l’essence d’amandes amères.

M. Fliickiger (3) se fonde sur les colorations que prend

(1) Ou nomme aldéhydes des corps qui résultent de l’oxydation des alcools, mais qui, eux-mêmes, sont susceptibles d’absorber de l’oxygène et de donner des acides. Ce sont, en somme, des intermédiaires entre les alcools et les acides.

(2) Wagner, Zeitschrift fur analyt. Chimie, v, 285.

(3) Fluckiger, Sc/iweizer. Woschenschrift fur Pharmacie, 1870, p. IDG.

320 HUILES ESSENTIELLES. — MYHTACÉES.

l'aniline traitée par divers réactifs. Pour cela, il met la nitrobenzine contenue dans l’essence en état de se transformer en aniline, sous l’influence de l’hydrogène naissant. 11 prend du zinc granulé, y verse de l’acide sulfurique étendu, avec quelques grammes de la liqueur à essayer et laisse quelques heures en contact, en secouant de temps en temps. Il filtre et obtient ainsi la liqueur qui doit être essayée. Si l’essence contient de la nitrobenzine, il se produira par le bichromate de potasse une coloration bleue, qui passera rapidement au rouge, au brun et finalement au vert foncé presque noirâtre : le sesquichlorure de fer colorera en rouge; le chlorate de potasse en violet, ou s’il est en très-petite quantité, en un beau rose pur.

Enfin M. Bourgoin (1) propose le moyen suivant : « On traite une petite quantité d’essence, 1 gramme par exemple, dans un tube à essai, par la moitié environ de son poids de potasse caustique pure; on agile pour favoriser l’action de l’alcali. L'essence est-elle pure, elle prend seulement une coloration jaunâtre; contient-elle de l’essence de mirbane, la couleur jaune fait rapidement place à une teinte jaune rougeâtre, qui disparaît en moins d’une minute pour donner lieu à une coloration verte ; si alors on ajoute une petite quantité d’eau, le mélange se sépare nettement en deux parties; une couche inférieure jaune et une couche supérieure verte, qui devient rouge du jour au lendemain. »

MYHTACÉES.

Les Myrlacées sont des plantes remarquables par le nombre de glandes à huile essentielle qu’elles contiennent dans les tissus de leurs feuilles, de leurs ileurs ou de leurs fruits. Aussi, un grand nombre d’enire elles donnent-elles des essences, dont plusieurs sont employées dans nos pharmacies. Nous avons eu l’occasion d’étudier déjà quelques uns tic ces organes et d’in-

(1) E. Bourgoin, Journal de Pharmacie et de Chimie, 4° série, \\ . ÏS2.

M YRTACKKS.

cliquer la structure des glandes, qui rappellent celle des Aurantiacées. — Les feuilles d’Eucalyptus, les clous de Girolle, les fruits du Piment de la Jamaïque, nous ont offert ces éléments anatomiques; on les trouve également dans les feuilles et les fleurs du Myrte commun, qui donne une essence au commerce, et dans les feuilles des Melaleuca, qui fournissent à la pharmacie l’huile de Cajeput.

Ces plantes viennent toutes dans les pays chauds, depuis la région méditerranéenne, où est répandu le Myrte, jusque sous les tropiques, où croissent les Girofliers, les Piments, et d’où les Eucalyptus sont partis pour être transportés et se naturaliser clans les régions chaudes ou abritées de la Méditerranée, la Provence, l’Espagne, l’Algérie, etc., etc.

On n’utilise guère dans nos pharmacies que trois de ces huiles essentielles : l'Essence «le ftiroll«‘, l’Essence «le Cajeput et 1 Essence «l Eucalyptus. Mais il en est quelques autres qui méritent une mention.

Tout d’abord l’Essence de Myrte , qu’on retire des feuilles du Myrtus commuais L. et qui se compose aux trois quarts d’un hydrocarbure bouillant à 160 ou 170°. On employait autrefois l’eau distillée, dont cette essence faisait le fond.

L’Essence des Piments de lu Jamaïque , que nous avons déjà étudiés (tome 1, p. 306), est quelquefois employée en guise d’essence de girofles. Elle est jaune ou jaune-brun, épaisse, fortement réfringente. Elle a à 8° une densité de 1,03 ; elle est, par conséquent, plus lourde que l’eau; mais, lorsqu’on la met dans ce liquide, elle se divise en deux parties, dont l’une tombe au fond, tandis que l’autre monte à la surface. — Elle a une odeur qui rappelle celle de l’essence de girofles et une composition tout à fait analogue. Traitée par la potasse, elle donne line certaine proportion d 'acide eugénique, qui se dissout dans l’alcali, et il reste un carbure d’hydrogène, bouillant à 253°, ayant pour densité 0,98 eL exerçant sur la lumière polarisée une légère déviation vers la gauche.

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