CHAPITRE VII
CORPS GRAS (IIUILES ET REURRES)
(OLE! PINGUIA. — BUTYRA.)
Les Corps gras, qui sont fournis à la matière médicale par les végétaux, sont OU des corps liquides (Huiles grasses OU Huiles proprement dites), ou plusrarement des corps de la consistance du beurre à la température ordinaire ; de là le nom général de Beurres qu’on leur a donnés. Ce n’est là du reste qu’une différence d’état, qui peut varier pour un môme corps, suivant les climats : c’est ainsi que l’huile de Palme est un liquide oléagineux sous les tropiques, tandis qu’elle est en masses butyreuses dans nos régions tempérées ou froides.
Tous ces corps se reconnaissent à ce caractère empirique, que nous avons eu déjà l’occasion de signaler plusieurs fois, c’est qu’ils font sur le papier une tache, qui ne disparait ni avec le temps, ni par l’exposition à la chaleur. Un autre caractère d’un autre ordre, c’est que ces corps sont saponifiables parles alcalis et les oxydes minéraux en général. Lorsqu’on les traite par ces réactifs, il se sépare de la glycérine et un savon ayant pour base l’oxyde qu’on a employé. On fait ainsi les savons solubles à base de soude et de potasse, les savons insolubles à base de chaux, ceux à base de plomb, qui forment les emplâtres, etc., etc.
Les Corps gras naturels sont des mélanges de plusieurs principes immédiats, qui sont surtout YOléine, la Pcilmitine et la Stéarine. Ces principes sont tous des combinaisons d’un acide gras {acide oléique, acide palmitique , acide stéarique) avec un corps, qui, dans la saponification, absorbe de l’eau et devient
CORPS GRAS
tic la glycérine. L’olcinc est le principe liquide des graisses ; c’est elle qui domine dans les huiles ; tandis que la palmitine et la stéarine sont les principes solides et dominants dans les beurres. Outre ces corps principaux, il en est d’autres, de nature analogue, qu’on rencontre dans des produits gras particuliers et auxquels on a donné différents noms, que nous aurons l’occasion d’indiquer dans l’étude spéciale des diverses substances.
Les Corps gras sont plus légers que l’eau. Ils ont une réaction neutre au papier de tournesol. Ils sont insolubles dans l’eau, en général peu solubles dans l’alcool (l’huile de ricin fait seule exception), solubles dans l’éther et dans les huiles essentielles. Ils sont combustibles et brûlent avec une flamme éclairante. La chaleur les décompose ou les détruit en donnant des produits d’odeur désagréable, en particulier l’acroléine. — Lorsque ces corps sont exposés à l’air, ils peuvent se conduire différemment. Les uns, comme l’huile d’olive, par exemple, restent liquides ; d’autres, au contraire, s’épaississent en prenant l’oxygène de l’air. Mis en couches minces, ils se durcissent au bout de quelque temps: telles sont les lniilos de lin, de noix, d’œillette, etc. On dit que ces dernières huiles sont siccatives. Les corps gras liquides non siccatifs ou les beurres peuvent absorber plus ou moins facilement l’oxygène de l’air et prendre alors un goût désagréable : on dit qu’ils rancissent.
Les corps gras sont contenus tout formés dans les végétaux. Un grand nombre de plantes en renferment, dans leurs divers organes, et ces plantes se trouvent très-diversement distribuées dans le règne végétal. Il est cependant certaines familles naturelles, qu’il convient de citer d’une manière spéciale, comme fournissant plus particulièrement des substances grasses : telles sont les Crucifères, les Papavéracées, les Amygdalées, les Ombellilères, les Composées, les Sapotées, les Oléacées, les Myrislicécs, les Urlicées, les Eupliorbiacées, etc., etc. — Quant aux organes dans lesquels on peut trouver ces corps gras, ils sont
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aussi très-variés: c’est ainsi qu’on a constaté leur présence dans les racines de Carotte, de Gentiane, de Pivoine, de Rhubarbe, etc., etc. ; dans les rhizomes de Polypode, de Fougère mâle, d’Hellébore blanc; dans les tubercules de Colchique; dans les tiges de plusieurs Labiées, du Polygala amara; dans les écorces d’Orme, de Marronnier, de Monesia, de Quinquina, etc., etc. ; dans les fleurs de Genêt, de Bouillon blanc, de Camomille, de Cousso, etc. Mais c’est surtout dans les graines et dans les fruits que se rencontrent les huiles et les beurres : c’est même uniquement de ces organes que sont extraites les substances que nous aurons à décrire. Dans les fruits, les corps gras sont contenus dans le mésocarpe, plus ou moins charnu : ainsi dans les Olives et dans les fruits de Y Elaiis gui neensis. — Dans les graines, c’est l’amande qui contient la matière grasse, soit que cette amande soit uniquement formée de l’embryon, comihe dans les Crucifères, les Amygdalées, les Linées, les Sapotées, les Juglandées ou les Oléacées, soit qu’elle comprenne, outre l’embryon, un albumen, plus ou moins développé, comme dans les Eupliorbiacées, les Myristicées, les Papavéracées ou les Palmiers.
Les éléments anatomiques dans lesquels sont contenues les huiles grasses sont généralement des cellules : elles n’offrent rien de particulier dans leur forme et on ne les remarque que par leur contenu, fortement réfringent. La matière grasse est accompagnée soit de fécule, comme dans le Cacao par exemple, soit de substances albuminoïdes et de grains d'Aleurone. Nous avons déjà figuré(tom. I, pag. 417), une coupe de la graine de Ricin dans laquelle on voit très-nettement cette aleurone, dans les cellules riches en huiles tixes.
L’extraction des huiles demande toujours une opération particulière. Le plus souvent, on exprime les grains ou les fruits oléagineux et on faiL intervenir la chaleur, qui d’une part coagule les principes albuminoïdes et les sépare d’autant plus nettement de l’huile qu’on veut obtenir, et d’autre part tend à
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rendre plus fluides et plus facilement coulantes les huiles épaisses. Parfois on fait intervenir l’eau chaude : enfin, mais beaucoup plus rarement, et seulement pour les parties du végétal pauvres eu matière grasse, on emploie le traitement par l’éther, qui s’empare du principe et le laisse ensuite déposer par évaporation ou distillation. — En réalité, les huiles grasses ne sont pas, plus que les huiles essentielles, un produit naturel dans l’acception rigoureuse du mot ; mais on fait rentrer la plupart dans le groupe des drogues simples, parce que le commerce lesolfre toutes préparées au pharmacien, et qu’il importe de connaître leurs caractères, pour en constater la pureté.
Les végétaux qui contiennent des corps gras en assez grande abondance pour pouvoir être exploités sont répandus dans presque toutes les régions chaudes et tempérées. Un certain nombre ont quitté leur patrie primitive pour être transportés par la culture sous des climats différents; c’est ainsi, par exemple, que le Pavot somnifère, originaire d’Orient, est maintenant répandu dans le nord de la France et en Belgique, où il donne l’huile d’œillette; de même le Noyer, qui paraît être venu de Perse, se fait remarquer dans toute l’Europe centrale par son abondance et le beau développement qu’il y acquiert. — Le nord et le centre de l'Europe, depuis les côtes de la mer du Nord et de la Baltique, jusque dans la région méditerranéenne, cultivent le Lin, le Colza eL les autres crucifères oléagineuses, le Chanvre, l’Œillette ( Papaver somniferum) et le Noyer. — La région méditerranéenne a, comme plante oléifère caractéristique, l’Olivier, qui s’y trouve, soif il l’état spontané, soit à l’état cultivé (I). — Les régions chaudes et tropicales fournissent en abondance l’huile de Sésame et l’huile d’Arachides et les Corps gras, qui, dans nos climats, prennent la consistance solide et que nous avons désignés sous le nom de
(1) L’olivier n’est pas réellement spontané dans les parties du midi de la France situées à l’ouest do la Provence. 11 y présente tous les caractères d’un arbre introduit.