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KINOS

Kino. Gnmmi Kino.

On désigne sous le nom général de Kinos, des produits astringents comme le cachou, et qui contiennent le même principe, c’est-à-dire de la catéchine, mais qui ont en outre une matière colorante, qui teint la salive en rouge. Ces Kinos ne sont pas pour la plupart, des extraits; plusieurs sont un véritable suc naturel, qui n’a subi d’autre préparation qu’une dessiccation au soleil ; et si nous les plaçons ici, c’est à cause de leur parenté étroite avec les Cachous et les Gambirs.

Un grand nombre de produits, retirés de plantes diverses appartenant même à des familles très-différentes, rentrent dans le groupe des Kinos. Les types appartiennent à la famille des Légumineuses, et particulièrement au genre Pterocarpus. Celui qu’on décrit dans un certain nombre de Pharmacopées comme officinal est le Kino du Pterocarpus marsupium de Roxburgh, dont nous nous occuperons tout d’abord.

I. Kino Ile Malabar OU Kino il’Amboisc {Kino MalabariCWU seu Amboinense). C’est le suc qui découle par incision du Ptcroc arpus marsupium Mari. Ce grand arbre habite les forêts de la côte de Malabar. Il croît aussi sur les côtes orientales de l’IIindoustan, à Ceylan et dans l’Indo-Chine. Lorsqu’on veut obtenir le produit, on fait au tronc une incision longitudinale à laquelle aboutissent un certain nombre d’incisions latérales. Lu vase placé au pied de l’arbre reçoit le suc, qu’on dessèche en l’exposant à l’air libre.

KINOS.

Ce Kino arrive d’ordinaire dans le commerce en petits fragments, qui atteignent au plus la grosseur d’un pois. Us sont anguleux, marqués de stries parallèles sur une face, d’un rougenoir, brillants, transparents en lames minces, et paraissant ainsi d’un rouge de rubis. La substance est très-friable et se divise facilement sous le simple effort des doigts. Elle paraît amorphe sous le microscope. Elle n’a pas d’odeur particulière; sa saveur est astringente.

Le Kino se ramollit dans la bouche, s’attache aux dents et donne à la salive une coloration rouge. Il se dissout en grande partie dans l’eau froide et lui communique une couleur rouge, d’une astringence marquée : il reste un résidu pâle floconneux. Dans l'alcool, il se dissout complètement en donnant aussi une solution rouge, d’une réaction acide au papier de tournesol.

Le chlorure ferrique versé dans les solutions aqueuses de Kino en précipite une matière d’un vert grisâtre; les acides minéraux produisent un précipité d’un rouge-brun qui est de l’acide Kinotannique. Cet acide paraît très-voisin de l’acide cachutannique, sinon le môme. En outre, le Kino donne, lorsqu’on le distille à sec, un corps qu’on a appelé Pyrocatéchine, et qui se produit dans la distillation du cachou et de la catéchine. Traité par les alcalis hydratés, il donne aussi, comme la caléchine, du cachou, de l’acide protocatéchique et une sorte de sucre, soluble dans l’éther, cristallisable , colorée en violet foncé par le chlorure ferrique, qu’on nomme Phloroglucin. Ces faits pourraient faire penser qu'il contient de la catéchine comme le Cachou de Pégu et les Gambirs ; mais l’éther ne permet de retirer du Kino que de la Pyrocatéchine. Enfin le Kino contient une substance, qu’on appelle rouye de Kino et que lui donne sa couleur spéciale. Ce rouge paraît être primitivement une substance incolore, qui prend sa teinte particulière sous l’action de l’oxygène.

IL Une espèce de Kino produite également par un Pterocar -

DES EXTRAITS. — LÉGUMINEUSES

plis est le Kino «le Gamliie OU Kino «l'Afrique, désigné aussi SOUS le nOIU de Gomme astringente «le Gambie ( Gunvni VUbrum astrmgens Gcvmbiense). C’est le Kino, qui est arrivé le premier dans le commerce vers le milieu du dix-huitième siècle ; il est maintenant extrêmement rare et n’offre plus qu’un intérêt de curiosité.

Il est retiré du Pterocarpus erinaceus Lam. ( Drapanocarpus sencgalensis Nees), grand arbre qui croît sur les côtes occidentales d’Afrique, depuis la Sénégambie jusqu’à Angola. — Le suc exsude naturellement de l’écorce, mais on l’obtient en plus grande abondance par des incisions. On le fait sécher à l’air.

11 esten tous petits morceaux, anguleux, noirs et opaques, vus en masse, mais d’une belle couleur rouge de rubis, dans les lames minces et transparentes. Il est très-fragile, brillant dans sa cassure. Il a une saveur astringente marquée. Il a, au point de vue de sa solubilité et de ses propriétés chimiques, des ca- ’ ractères tout à fait analogues à ceux du Kino de Malabar.

III. Kino «le itutca. — Gomme astringente naturelle du Butea, Kino du Bengale, Kino de Palasou de Pulas.

Sous ces noms divers on désigne un suc qui découle du Butea frondosa Roxb., arbre de la famille des Légumineuses, qui croît dans les Indes Orientales, où on lui donne le nom de l’alas. La plante laisse découler à travers les fissures de son écorce, ou par des incisions, un liquide, qui se concrète en une sorlc de gomme astringente, friable, de couleur rouge.

Ce Kino se présente en petites larmes ou en morceaux anguleux, qui peuvent atteindre I à 1,3 centimètre de large. Ces fragments sont le plus souvent couverts sur une de leur face par une sorte de duvet grisâtre provenant de la surface des feuilles sur lesquelles ils ont séché. Les autres faces sont lisses, d une couleur noire et opaque, quand on voit la substance en masse : mais chaque morceau placé entre l'œil et la lumière, se montre, en réalité, transparent et d’une belle couleur rouge

Kl NOS.

de rubis. Il colore légèrement la salive en rouge; il n’a pas d’odeur, sa saveur est franchement astringente.

Mise à macérer dans l’eau la substance se gonfle lentement; elle ne se dissout qu’en partie, et colore le liquide en rouge. L’eau chaude en dissout davantage et forme une liqueur rouge foncé, qui se trouble par le refroidissement. L’éther prend une petite quantité de pyrocatèchine . L’alcool bouillant dissout jusqu’à 46 pour 100 de ce Kino, et la solution, qui n’est pas très-colorée, traitée parle pcrclilorure de fer, donne un précipité gris verdâtre, dû à un tannin, analogue à l’acide Kinotannique. La substance donne en outre 1 à 2 pour 100 de cendres. Le reste est formé d’un principe mucilagineux, qui n’a pas été suffisamment étudié.

IV. Kinos «l’Australie. — Ivinos d’Eucalyptus. Kinos de Botany-Bay. — Suc astringent naturel d 'Eucalyptus.

Depuis quelque temps, il arrive dans le commerce européen, par la voie de l’Angleterre, des Kinos, qui sont produits en Australie par divers Eucalyptus.

Le suc de ces My rtacées, dont un grand nombre d’espèces vivent dans la Nouvelle-Hollande, se concrète tantôt dans les lacunes intérieures de l’arbre, tantôt à la surface de l’écorce. Des incisions donnent issue à une assez grande quantité du liquide, qu’on a quelquefois reçu non desséché sur le marché de Londres : il est visqueux, et a donné par évaporation 33 pour 100 de Kino solide.

Les espèces d’Eucalyptus qui donnent le meilleur Kino paraissent être (1), l 'Eucalyptus rostrata Schlecht., Y Eucalyptus corymbosa Sm., Y Eucalyptus citriodora llook., etc. : il faut y joindre Y Eucalyptus resinifera, dont les produits avaient déjà été rapportés par Lesson.

Ces produits présentent naturellement des différences en rapport avec les diverses espèces d’où ils découlent. Mais les

(1) Wiesner, Zeitchrifi des osterreich. Apothekervereines. IX. 497 (1871).

DES EXTRAITS. — LÉGUMINEUSES

bonnes sortes présentent les plus grands rapports avec le Kino du Pterocarpus marsupium Willd. Elles sont plus ou moins solubles dans l’eau et dans l’esprit-de-vin. Lcnrs solutions donnent avec les acides minéraux étendus un précipité d’acide Kinotannique; avec les sels de 1er, un précipité d’un gris verdâtre. Ils contiennent, les uns de la Cat échine, les autres delà Pyrocatéchine. En outre, on y trouve une quantité de gomme variable selon les espèces. Cette gomme est de la nature de celle des acacias : soluble dans l’eau, insoluble dans l’alcool, si bien que certains Kinos, qui contiennent une grande proportion de cette gomme, ne se dissolvent qu’avec beaucoup de peine dans l’esprit-de-vin.

Les Kinos d’Australie n’ont pas d’odeur très-marquée ; ils ont une saveur astringente, et contiennent une matière rouge qui colore la salive. Ils sont destinés à prendre une certaine importance dans le commerce.

V. Kino de la Jamaïque. — Kino des Indes Occidentales. On a décrit sous ce nom, non plus un suc naturel, mais un extrait retiré du Coccoloha uvifera Jacq. Cet arbre de la famille des Polygonées, a un bois d’une couleur rougeâtre et en même temps astringent, qu’on traite par décoction dans l’eau et qui fournit, après l’évaporation de la liqueur, l’extrait qui présente les caractères suivants :

Il est en fragments brisés, de 2 à 3 centimètres d’épaisseur, portant sur une face l’empreinte d’un réseau rectangulaire. 11 est brun foncé à l’extérieur, et recouvert d’une poussière qui lui donne une teinte rougeâtre. La cassure est noire, brillante, et montre çà et lâ quelques vacuoles. La substance est opaque. Elle n’a pas d’odeur prononcée ; elle est astringente et un peu amère. — Elle ne se dissout qu’imparfaitemenl dans l’eau froide, complètement dans l’eau bouillante. Elle est peu soluble dans l'alcool froid, davantage dans l’alcool chaud. Les solutions précipitent en gris noirâtre par le sulfate de fer.

A 1. Kino »ie la (Joiomiiie. — Guibourt décrit sous le nom de

GAMMRS.

Kino de la Colombie un suc retiré par incision des manglicrs ou palétuviers (R/iàophora Man g le L), qui sont très-communs sur les côtes d’un grand nombre de régions tropicales. Ce suc est séché au soleil. 11 est arrivé quelquefois dans le commerce sous le nom de Sang-dragon.

Ce produit est en pains aplatis, pesant 1 kilog. à 1 kilog. et demi, et portant ;\ la surface l’empreinte d’une feuille de palmier ou de canne d’Inde. La couleur est brune, rendue rougeâtre par la poudre qui recouvre l’extérieur. La substance est friable, et se divise en petits morceaux anguleux, brillants, transparents sur les bords. La saveur est astringente et amère ; l’odeur assez spéciale.

Le Kino de la Colombie est en grande partie soluble dans l’eau froide, plus soluble encore dans l’eau bouillante, presque complètement soluble dans l’alcool. Les solutions sont d’un beau rouge. L’acide nitrique y produit un précipité d’un rouge orangé, le sulfate de fer un précipité vert noirâtre.

RUBIACÊES.

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