IV. - DE LA PHOTOGRAPHIE SANS OBJECTIF
On sait qu'il est possible d'obtenir des photographies en faisant usage, aux lieu et place de l'objectif, d'un simple trou d'aiguille percé dans une mince plaque métallique ou même dans une feuille de papier noir.
Ce procédé a l'inconvénient de donner des images dont la netteté laisse à désirer et d'exiger des poses de longue durée.
En revanche, il présente de nombreux avantages : i" angle de vision d'une amplitude extrême, permettant de photographier.
( ' ) Voir p. \h.
DE l'objectif. G1
quand le recul est impossible, des monumeats très rapprochés; 2"" grande profondeur de foyer, donnant la mise au point simultanée de tous les objets placés dans le champ de 'l'appareil, quelle que soit leur distance ou Fécartement de leurs divers plans, ce qui constitue une ressource précieuse lorsqu'on a à reproduire, sans s'en éloigner, des sujets présentant de la profondeur : machines, statues, etc. 5 3"* possibilité d'obtenir, de la même place, et par h seul fait d'un plus ou moins grand tirage de la chambre noire, la reproduction d'un même sujet à des échelles différentes ; 4" absence complète de distorsion et, par suite, images d'une précision géométrique que la topographie peut utiliser^ 5° possibilité d'opérer, sans crainte de voile, en ayant le soleil en face, etc.
Ce mode opératoire peut donc rendre de réels services, d'autanl plus qu'il n'est pas impossible d'améliorer la netteté des images : il suffit de prendre d'abord, en grande dimension, la vue désirée, et de réduire ensuite l'épreuve en la photographiant à son tour avec un objectif ordinaire.
Quant à la longueur de la pose, si elle exclut l'instantanéité, elle importe peu pour le plus grand nombre des sujets.
Mais comment déterminer exactement les durées d'exposition nécessaires avec le trou d'aiguille?
La plupart des opérateurs l'ignorent, et leur incertitude à cel égard est le seul obstacle qui se soit opposé jusqu'ici à la diffusion du procédé.
11 n'y a là cependant aucune difficulté sérieuse.
Sauf une double correction, le calcul à opérer est le même que lorsqu'il s'agil d'apprécier le pouvoir lumineux d'un objectif.
On se trouve également en présence : i" d'une ouverture qui donne accès aux rayons lumineux et en admet d'autant plus que sa surface est plus considérable; 2® de la distance qui sépare celte ouverture de la surface sensible, distance qui est la longueur focale de l'appareil, et que la lumière franchit en s'affaiblissant suivant la loi d'optique précédemment citée.
Aussi le temps de pose varie-t-il toujours comme le carré de la longueur foca]<*, et inversement comme le carré du diamètre de l'ouverture.
Le pomoiv lumineux d'un appareil sans objectif, de même que celui d'un appareil à lentilles, est directement proportionnel au carré du quotient de la longueur focale par le diamètre de Couverture,
Et le coefficient de clarté se détermine en comparant le pouvoir lumineux de Vappareil au pouvoir lumineux dUin objectif pris pour terme de comparaison.
Toutefois, il doit être tenu compte d'une double différence :
i" Dans tout objectif, le verre des lentilles absorbe et réfléchit une certaine quantité de rayons qui se trouvent ainsi exclus de la chambre noire. La perte de lumière occasionnée parce phénomène est de 20 pour loo en moyenne.
Or, cette cause d'affaiblissement de l'illumination n'existe pas avec le trou d'aiguille. On peut donc admettre que, toutes choses égales d'ailleurs, l'appareil sans objectif laisse pénétrer |^ de lumière de plus que l'appareil muni de lentilles (*).
Par conséquent, pour la photographie sans objectif, il est nécessaire de réduire de \ les coefficients de clarté fournis par le calcul,
2° En second lieu, quand les intensités lumineuses deviennent très faibles, le bromure d'argent perd de sa sensibilité relative : c'est un fait d'expérience. Les temps de pose déduits proportionnellement des durées d'exposition ordinaires seraient alors insuffisants.
Rechercher la cause de cette anomalie nous entraînerait trop loin; qu'il nous suffise de faire connaître les constatations de la pratique : au-dessous de F/45o, il faut commencer à majorer les coefficients; vers FjSoo^ il faut les doubler; à F/iooo, ils doivent être multipliés par 2,5; etc. (Ce sont là des moj'ennes, car il serait bon, par les éclairages les plus sombres, de forcer encore les chiffres ainsi obtenus; en revanche, par les éclairages brillants et avec des plaques extra-rapides, on pourrait les réduire de près de moitié.)
(') Cette comparaison est théorique, car un objectif ne tolérerait pas un diaphragme de dimensions aussi réduites que le trou d'aiguille : il se produirait de la diffraction.
i)E l'objectif. 03
La Table IX ci-après a élé établie d'après ces divers fadeurs. Elle fait connaître les coefficients de pose résultant des varialions du pouvoir lumineux des appareils habituellement employés pour la photographie sans objectif.
Les diamètres d'ouvertures qui donnent le maximum de nclteté sont respectivement :
Yq de millimètre : longueur focale principale o,o5
Tô " " " "»">^^
Tô » " " <>>44
Vô » » » ..^... o,Gr
Une variation d'un demi-dixième de millimètre dans le diamètre d'ouverture entraîne des écarts assez importants dans les longueurs des distances focales. Or, en pratique, l'approximation dans la mesure des diamètres ne peut guère dépasser le j^ de millimètre. C'est pourquoi nous avons fait figurer sur la Table, non seulement les coefficients correspondant aux longueurs focales principales qui résultent d'un diamètre rigoureusement exact (ai sont les chiffres en caractères noirs), mais aussi les coefficients correspondant à toutes les autres longueurs focales pouvant résulter d'une variation d'un demi-dixième de millimètre dans le diamètre de l'ouverture.
D'ailleurs, la tolérance de mise au point est assez grande pour que l'on puisse utiliser indifféremment l'une quelconque des longueurs inscrites en regard de chaque diamètre : l'opérateur choisira donc celle en rapport avec les dimensions qu'il voudra donner à l'image.
L'unité de pose de la Table est la même que celle de la Table Vi : le pouvoir lumineux de l'objectif dont l'ouverture est le -^ de la longueur focale, soit F/io, est pris pour base.
Pour faciliter les comparaisons entre les deux Tables, une colonne spéciale donne les ouvertures exprimées en fonction de la longueur focale, c'est-à-dire par le résultat obtenu en divisant cette longueur par le diamètre de l'ouverture.
Enfin, les coefficients de la Table [X ont été calculés en lenan
compte à la fois de la quantité de lumière absorbée et réfléchie par les lentilles dans les objectifs ordinaires, et de la perte de sensibilité relative éprouvée par les plaques sous l'action des très faibles éclairages : la concordance est donc complète entre les deux Tables.
Ilh résume, les chlJJ'ies de la Table IX doivent être utilisés exactement comme ceux de la Table V L
d:-: l objectif.
Tablk IX.
Coefficients de clarté pour photographie sans objectif.
Coefficients de pose selon les variations du pouvoir lumineux de r appareil.
CQ