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I. - DE LA SURFACE SENSIBLE

i" De la rapidité de la surface sensible.

Venons-en maintenant aux facteurs chimiques.

Ils tiennent, avons-nous dit, à la nature de la surface sensible et à l'énergie du révélateur.

Dans les surfaces sensibles, il y a lieu de considérer : i" le degré de rapidité; 2° le degré d^orthochroniatisnie ; 3" le degré de persistance de V impression lumineuse.

Par degré de rapidité d'une surface sensible, nous entendons son aptitude à s'impressionner plus ou moins promptement sous l'action de l'image qui se forme dans la chambre noire.

Cette aptitude dépend naturellement de la constitution intime de la surface sensible. En fait, la rapidité des diverses préparations varie dans des limites très étendues. On en jugera, si nous disons que, en moyenne, les plaques au coUodion sec sont trois fois plus rapides que celles à Talbumine; que le collodion humide est luimême dix fois plus rapide que le collodion sec; que la sensibilité du collodiobromure et celle du gélatinochlorure oscillent entre la sensibilité du collodion sec et celle du collodion humide; et qu'enfin le gélatinobromure peut s'impressionner trente fois plus vite que le collodion humide. De la plus lente des préparations, l'albumine, à la plus rapide, le gélatinobromure, l'écart est donc considérable, puisque, si l'on pose i avec celle-ci, il faudra poser près de 5oo avec celle-là.

Aujourd'hui, la Photographie utilise presque exclusivement les

préparations au gélatinobromure; l'amateur, en particulier, ne recourt jamais aux autres procédés négatifs. Il n'a donc intérêt à connaître que la sensibilité relative des divers produits, plaques, papiers ou pellicules au gélatinobromure d'argent. Là encore, les différences sont assez considérables, car les variations de rapidité peuvent atteindre la proportion de i à 7.

En général, cependant, les préparations au gélatino du commerce se classent en trois catégories dont la première est dite lente^ la deuxième rapide et la troisième extra-rapide ou instantanée.

Et, le plus souvent, les degrés de sensibilité s'échelonnent à peu près comme i, 2 et 3, c'est-à-dire que les préparations dites instantanées sont trois fois plus sensibles et exigent trois fois moins de pose que les préparations qualifiées de lentes.

Toutefois, cette progression est loin d'être constante. Non seulement les degrés de rapidité ne sont pas comparables pour des fabrications différentes, car il n'existe aucune base commune et l'on voit tel industriel dénommer extra-rapides des plaques en réalité assimilables aux plaques lentes d'une autre production, mais encore, pour une même fabrication, l'écart entre les degrés peut être plus ou moins grand (*).

Bien plus, la sensibilité des préparations de même catégorie et de même origine n'est pas toujours régulière.

On ne peut y compter que pour des plaques portant à la fois la même marque et le même numéro de fabrication.

IJ opérateur est donc dans la nécessité de déterminer la rapidité relative des diverses surfaces sensibles dont il est appelé à faire usage.

Ici encore, de même que pour les autres coefficients du temps de pose, il ne peut procéder que par voie de comparaison.

Il doit donc prendre pour unité la rapidité d'un produit déterminé eiy rapporter la sensibilité des autres.

Divers moyens ont été préconisés en vue d'arriver à ce résultat ;

(') Sous la déaominalion de plaques, disons-le une fois pour toutes, nous comprenons non seulement les glaces, mais aussi les papiers, pellicules et plaques souples.

parmi les appareils proposés, un seul est entré dans la pratique courante ; le sensitomètre Warnerke.

Bien que, comme nous le verrons tout à l'heure, l'amaleur ne soit pas contraint d'y recourir, nous devons en parler, car il peut rendre des services, et d'ailleurs les fabricants tendent de plus en plus à faire connaître le degré de rapidité de leurs plaques par la graduation du sensitomètre.

On sait que les substances phosphorescentes conservent leur éclat lumineux pendant un certain temps après la disparition de la cause qui Ta provoqué. Le sulfure de calcium, notamment, jouit de la propriété de prendre presque instantanément, quand une lumière vive vient le frapper, un éclat maximum, qui reste indépendant de la coloration de la source lumineuse et même de sa durée d'action.

Le sensitomètre Warnerke se compose d'un petit châssis assez analogue aux châssis à positifs. Du côté occupé par la glace, dans le châssis ordinaire, se trouve une plaque recouverte d'un enduit phosphorescent, à base de sulfure de calcium, qui est séparée par une planchette d'un photomètre constitué par une feuille de verre portant vingt-cinq teintes en gélatine colorée. Ces teintes se dégradent depuis le n° 25, le plus fort, jusqu'au n° i, le plus faible. Enfin, toujours comme dans la presse à positifs, une planchette pressée par un ressort ferme le tout. L'appareil comprend, en outre, un étui renfermant du magnésium et, sur cet étui, un disque fixe, sorte de règle à calcul, portant vingt-cinq cases numérotées et une échancrure. Sous ce disque, s'en trouve un autre mobile qui porte de même vingt-cinq cases numérotées et en plus vingt-cinq autres cases contenant divers chiffres qui servent à indiquer des sensibilités relatives.

Quand on veut comparer la sensibilité de deux séries de plaques, on se met dans le cabinet noir et l'on place contre le photomètre la couche sensible de l'une des glaces. Cela fait, et la planchette bien fixée, on enlève la plaque phosphorescente et l'on brûle le plus près possible de sa surface, en le promenant, un fragment de ruban de magnésium, de i pouce de long (o™,o3 de longueur, o*", 0001 5 d'épaisseur, o™,oo2 de largeur), qui provoque son maximum de phosphorescence. Cela fait, on replace la plaque

lumineuse dans le châssis et l'on alLend deux minutes exactement. Au bout de ce temps, on tire la planchette qui se trouve entre la plaque phosphorescente et le photomètre, et on laisse agir pendant trente secondes. La lumière, traversant le photomètre, aura impressionné la glace; on la développe; elle laisse apparaître, par exemple, comme dernier numéro lisible, le n° 16. On recommence l'opération avec une glace de la deuxième série : elle donne le n" 14. On fait alors tourner le disque mobile jusqu'à ce qu'on ait amené dans l'échancrure du disque fixe le n" 16. On cherche sur ce disque le chiffre 14, et l'on trouve en face sur le disque mobile i f , ce qui veut dire que la deuxième glace demandera f de pose de plus que la première (*).

Voici les coefficients de sensibilité correspondant aux numéros usuels du sensilomèlre.

Table X.

Coefûcients de sensibilité d'après le sensitomètre AVarnerke.

Coefficients de pose selon le degré de rapidité de la surface sensible.

marqué

par la plaque.

COEFFICIENT de pose.

marqué

par la plaque.

COEFFICIENT de pose.

La •ensibillté d'une pl.q ic matquanl le n* 15 est prise puur unité.

(I) Nous n'avons pu mieux faire que d'emprunter à peu près textuellement noire description à M. D.vvanne, La Photographie, t. I, p. i5o.

Tel est le sensitoiuèlre Warnerke. On ne peut s'y fier aveuglément lorsqu'il s'agit de coefficients provenant de sources différentes, car rien n'assure l'égale phosphorescence des diverses préparations au sulfure de calcium, ni ne garantit l'identité des conditions dans les modes d'impressionnement, de développement, etc.; mais un seul et même instrument, utilisé par le même opérateur, fournit, en général, des résultats parfaitement concordants.

M. Warnerke vient d'apporter divers perfectionnements à son appareil; l'échelle du nouveau modèle comprend trente cases, au lieu de vingt-cinq, ce qui permet de comparer entre elles les plaques les plus rapides.

Nous avons dit que le sensitomètre n'était pas indispensable à l'amateur.

Celui-ci, en effet, a à sa disposition un procédé, sinon plus commode, du moins fort peu compliqué.

Une simple bougie peut lui suffire. Qu'il mette dans un de ses châssis négatifs la surface sensible qui doit lui servir de type; qu'il place ce châssis dans le laboratoire obscur, à une distance déterminée, soit o™,5o, d'une bougie allumée; qu'il découvre la plaque par fractions successives et à des intervalles égaux, de façon à l'exposer par bandes dont les temps de pose iront en croissant suivant une progression régulière en sens inverse du mouvement du volet : de I* à lo* par exemple, si le volet a été tiré en dix fois et de seconde en seconde.

Qu'immédiatement après, il opère de même avec la surface à comparer. Qu'il traite enfin les deux plaques simultanément, dans la même cuvette, par le même révélateur et pendant le même laps de temps, c'est-à-dire qu'il les développe dans des conditions rigoureusement identiques.

L'opération terminée, en rapprochant des teintes du cliché type les teintes du cliché essayé, il en déduira immédiatement, par la comparaison des temps de pose, la sensibilité relative des deux préparations.

Une variante du même procédé, préférable à la précédente, consiste à photographier un sujet à l'extérieur, d'abord avec la plaque

type, puis avec la plaque à essayer et à comparer les résultats obtenus.

Voici comment Ton devra opérer. On choisira un sujet d'une couleur uniforme, assez étendu pour occuper la largeur entière du verre dépoli tout en ne présentant qu'un seul plan, et également éclairé dans son ensemble : une rangée d'arbres ou la façade d'un monument sombre remplit très bien ces conditions.

On déterminera par des essais préalables, si on ne le connaît déjà, le temps de pose nécessaire pour obtenir, avec la plaque type, un bon cliché du sujet dont il s'agit. Ce temps de pose étant connu, on expose d'abord la plaque type. Immédiatement après, et rien n'étant changé dans l'appareil, ni dans l'éclairage, c'est-à-dire les conditions demeurant les mêmes, on exposera la plaque à comparer en la découvrant par fractions successives, comme dans le procédé à la bougie. Le volet du châssis sera tiré horizontalement, d'abord de ^ environ, et Ton posera | du temps d'exposition de la glace type; puis, découvrant le second cinquième de la plaque, on posera le même temps, et ainsi de suite, de manière à obtenir une série de bandes verticales, ayant posé des temps inégaux, lesquels seront aux temps de pose de la plaque type dans les proportions de

On exposera ensuite une troisième plaque, prise comme la précédente dans la série à comparer, et l'on procédera exactement de même, en modifiant toutefois les temps de pose de telle sorte qu'ils soient au temps de pose de la plaque type dans les proportions de

Puis on développera les trois clichés dans la même cuvette, avec le même révélateur et pendant le même espace de temps. Si l'on ne disposait pas d'une cuvette assez grande pour contenir les trois plaques à la fois, on découperait au milieu de chacune d'elles une bande horizontale et l'on développerait seulement ces trois bandes.

L'opération terminée, il ne restera plus qu'à choisir parmi les

bandes verticales des clichés à comparer celle dont Tintensité sera identique à Tintensitë du cliché lype ; la comparaison des temps de pose de ce dernier et de la bande choisie donnera le rapport des sensibilités.

Nous recommandons de prendre, pour cette expérience, un sujet peu éclairé et de diaphragmer fortement, afin de se placer dans des conditions qui demandent une durée d'exposition relativement longue. Il est, en effet, beaucoup plus difficile de comparer et même de réaliser exactement des temps de pose très courts que des temps de pose un peu prolongés. Enfin, on aura soin d'emploj^er un objectif embrassant un angle peu étendu, pour que Tillumination de Timage soit sensiblement la même sur toute Tétendue du verre dépoli.

En faisant usage du procédé que nous venons de décrire, Tamateur obtiendra sans peine des résultats d'une précision très suffisante pour la pratique.

Qu'il se garde d'ailleurs, soit de changer souvent de plaques, soit de chercher à utiliser selon ses divers travaux plusieurs marques de sensibilités différentes ; ce serait se créer à plaisir des complications bien inutiles. Deux marques suffisent largement : Vune, de rapidité ordinaire, pour les paysages, reproductions et portraits; Vautre, extra-rapide, pour la photographie instantanée. Que Tamateur s'en tienne là; il s'en trouvera bien.

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