IV. TRAVAIL DE GRENIER
1. — Travail de première. — On plie le cuir en 2, la fleur en dedans, la culée en dessus, la tête en dessous, et on le place sur un faux plancher incliné en talus, de 4 mètres carrés de surface, formé par des planches posées sur des lambourdes éloignées les unes des autres d'environ 30 centimètres au plus. Le cuir est placé le dos tourné du côté le plus bas, on passe entre les 2 parties une baguette ronde et bien unie de 65 centimètres de long, sur 2 centimètres de diamètre et on monte dessus le cuir, chaussé des escarpins de boutique qui sont de gros souliers à plusieurs semelles épaisses et sans talons. On se place vers le milieu de la bande, on pousse la baguette en arrière en la faisant rouler avec les deux pieds d'une extrémité à l'autre, en se tenant avec ses deux mains à une barre horizontale placée devant soi. La baguette vient de cette façon au bord de la peau, on recommence mais en mettant la tôte dessus la culée. On fait sur la culée un pli de 60 centimètres, on
LE IIONGROYAGE 345 y place la baguette qu'on fait rouler jusqu'au bout de la queue. On plie la peau de manière que la patte de derrière revienne sur le dos, on y met la baguette qu'on roule jusqu'à la nache. On rejette la culée sur la tète et on roule ; on fait un pli en renversant la patte sur le dos au moyen d'un pli qui va de la hanche au nombril, on roule de nouveau; on jette la culée sur la tète et roule le long du ventre.
On retourne la peau pliée de manière que la culée qui vient d'être travaillée porte sur le faux plancher et que la tète soit roulée, et on recommence les mêmes opérations que précédemment.
On plie la peau de façon que la chair soit en dedans et la fleur en dehors et on recommence le travail en deux temps comme du côté de la chair.
Le travail est très pénible ; un ouvrier ne peut travailler que 40 bandes par jour.
2. — Travail de dernière. — Les cuirs sont mis en pile pendant douze jours. On procède ensuite au travail de dernière qui se fait identiquement comme le travail de première : sur fleur, sur chair, du côté de la tète et du côté de la culée.
3. — Travail de grenier mécanique. — Frappé de la fatigue des ouvriers pendant ce travail si pénible et du moyen primitif employé pour arriver au résultat demandé, savoir : l'assouplissement du cuir et de le préparer à recevoir le suif en l'ouvrant, nous avons fait construire une machine simple pour une hongroirie dont voici la description : elle se compose de 10 cylindres de bois dur (fîg. 77), de 12 centimètres de diamètre et de 1 mètre de hauteur ; ils sont placés verticalement dans un bâti et peuvent tourner dans des crapaudines placées dans le plancher inférieur ; à la partie supérieure ils portent une série d'engrenages permettant de les faire tourner en sens inverse les uns des autres et à la même vitesse. On a primitivement engagé une toile entre les cylindres dans le sens indiqué par les flèches ; cette toile sert à guider les peaux dans la bonne direction au travers des cylindres. On accroche les bandes les unes après les autres, soit une fonte
ensemble ou 18 bandes, on les fixe aux deux extrémités de la toile de manière à former une chaîne sans fin. On fait tourner les cylindres lentement et les peaux parcourent successivement toutes
les sinuosités que forment les cylindres entre eux, étant travaillées de fleur et de chair alternativement par 3 cylindres. Après une première passe des peaux, on en fait une seconde en faisant tourner les cylindres le double plus vite, puis une troisième en faisant tourner les cylindres le triple plus vite. On amène la chaîne sans fin de manière que la toile seule soit entre les cylindres, on les décroche et on recommence. On peut fouler 150 peaux par jour. M. Tourin construit une machine à tirer de baguette les cuirs hongroyés, qui produit 10 bandes à l'heure avec une force d'un demi-cheval.
Fig. 77.