OPÉRATIONS PRÉPARATOIRES
1. — Reverdissage. — Les peaux employées pour la fabrication du veau mégis sont généralement des peaux sèches ; ce sont celles qui sont d'ailleurs les plus recherchées. On fait tremper les peaux dans un bassin pendant vingt-quatre heures, plus ou moins suivant le degré de sèche ou l'épaisseur de la peau, on donne un coup de fer sur chair et sur poil pour enlever les impuretés du poil et des chairs adhérentes ; on donne à cette opération le nom de recassage, que quelques mégissiers nomment égraminage,
2. — Ebourrage. — Les peaux sont étendues les unes après les autres sur une table, la chair en dessus, et enduites d'une bouillie d'orpiment et de chaux, ou de chaux et sulfure de sodium, ou un sulfhydrate alcalin quelconque (voir Epilage des cuirs mous) ; cette opération porte le nom à'enchaussènement. Un ouvrier peut préparer 85 peaux par heure.
Les peaux sont mises en retraite. On les plie en 2, chair sur chair, et on en forme des piles qu'on laisse ainsi six à douze heures suivant la température et la qualité des peaux. La laine ou le poil se détache ensuite avec facilité.
On procède au rinçage dans l'eau courante ou dans des cuves munies d'une coudreuse.
Le pelage se fait sur un chevalet de rivière reposant sur 4 pieds, long de lm,25, la partie antérieure élevée de 1 mètre au-dessus du sol et la partie postérieure de 33 centimètres seulement. La peau est placée sur le chevalet, la tête en haut, la chair en dessous et parfaitement étirée. On ébourre comme à l'ordinaire avec le couteau rond ou avec une queurse.
On jette les peaux dans un bassin d'eau pure, où on les laisse un jour.
Lorsque les peaux sont garnies de surpoils, on les met tremper dans un lait de chaux faible (on donne préférence à la chaux du gaz), 3 litres de chaux par 100 litres d'eau. C'est le pelanage. On procède au rinçage, puis à Yêcharnage, et au déôordage, comme à
l'ordinaire. On pratique un second rinçage, on donne un coup de fer sur fleur et sur chair.
L'ébourrage se fait également avec les machines ; les plus employées sont celles d'Adler, de Jonquet et de Baudoin et Damourette, que nous avons décrite.
Lorsque le mégissier reçoit des peaux de mouton non tondues et brutes, il doit enlever la laine pour être revendue aux marchands spéciaux. Avant de procéder à l'ébourrage, il doit enlever le suint et l'échardonner. On fait cela avec des machines spéciales dues à M. Tavernier et à MM. Tisserenc et Aubanel. La tonte se fait avec les mêmes machines.
Enfin, c'est à ce moment qu'on refend les peaux de mouton au moyen de la machine à refendre. On nomme canepin ou cuir de poule une pellicule extrêmement mince enlevée sur des peaux d'agneau ou de chevreau.
3. — Foulage. — Les peaux prennent le nom de cuirets après l'ébourrage. On les passe à l'eau claire en leur imprimant un mouvement continuel. Primitivement cela se faisait en battant les peaux dans une cuve avec des pilons.
On se sert aussi d'une cuve conique, plus large en bas qu'en haut, à parois plates, de telle manière qu'une section horizontale forme un rectangle portant une roue coudreuse.
On la remplit d'eau, on y met les peaux et on agite le liquide.
On a presque généralement adopte le turbulent de M. Iwaskiewiez (fig. 78), qui est un tonneau de forme cubique tournant autour d'un axe passant par 2 angles opposés, de sorte que toutes ses faces sont inclinées : les peaux roulent sur elles-mêmes et sont renvoyées continuellement d'une face sur l'autre. Fis- 78-
4. — Mise au confit. — Cette opération consiste à soumettre les peaux à l'action d'un liquide en putréfaction qui ouvre les pores de la peau et la prépare aux opérations suivantes*
Cette préparation se fait en plaçant les peaux dans une grande cuve remplie d'eau et de fiente de chien; pour 1,000 peaux on met 2 seaux de ce dernier produit qu'on a soin de délayer au préalable avec 4 seaux d'eau. On y laisse les peaux six à douze heures ; il se produit une fermentation qui détruit la raideur de la peau et la gonfle. On admet généralement que cette méthode dégoûtante est abandonnée, mais il n'en est rien, cela tient à l'opiniâtreté des contre-maîtres qui s'y opposent énergiquement, et sur plus de 20 mégisseries que nous avons visitées nous en avons rencontré 14 qui employaient le susdit produit.
Les excréments de chien sont composés de :
Matières organiques 17,46
Chaux 64
Acide phosphorique 0,50
Chlorures 0,50
Potasse 0,43
Soude 0,50
Acide carbonique 0,12
On a employé pour le même usage la colombine (fiente de pigeons), la poulence (excréments de poule) et le guano (déjections d'oiseaux de mer appartenant au genre gnanaës) dont la composition est :
Matières organiques et sels ammoniacaux. . . 52.52
Phosphate de chaux 19,52
Acide phosphorique 3,12
Sels alcalins 7,56
Sable 1,46
Eau 15,82
On a remplacé ces fientes par de la colle de gant que l'on fait fermenter; nous avons nous-mêmes essayé la colle de graine de lin. On a proposé des formules plus rationnelles et moins dégoûtantes. On met fermenter
Eau 100
Phosphate de potasse I
Sulfate de magnésie 1
Phosphate de chaux 1
Citrate d'ammoniaque 2
Ou encore les corps suivants :
Sulfate de magnésie 1
Azotate de chaux 1
Phosphate de potasse 1
Chlorure de calcium 1
On y plonge les peaux comme pour le confit de chien. On a eu dans le commerce un corps dénommé phosphobutyroline provenant de la fermentation lactique et butyrique du glucose à laquelle on ajoute du phosphate de chaux. Tous ces nouveaux produits ainsi que l'excrément de chien agissent par l'acide butyrique et lactique ainsi que par le dégagement g azeux qui se développe -
On passe ensuite au confît de son. On place les peaux dans une cuve renfermant de l'eau et du son lavé, maintenue à la température de 30 à 35 degrés. On met 200 grammes de son par peau ; on les met à plat dans la cuve et on les sépare par une poignée ou deux de son. On les laisse trois jours, en ayant soin de les retirer tous les jours pour les fouler au turbulent.
Au sortir du confit les peaux sont rincées et on leur donne un coup de fer sur le chevalet pour enlever les chairs et le son adhérents.
5. — Mise au gaz. — Etant persuadé que la mise au confit n'est qu'un gonflement modéré et un assouplissement de la peau, nous avons imaginé après un grand nombre d'essais le procédé suivant, dont les résultats sont très appréciés par 2 maisons qui l'emploient. Nous nous servons d'un turbulent octogone en forte tôle galvanisée ; les tourillons sont creux et munis de vannes. Nous y plaçons les peaux avec une solution à 0,5 p. 100 de carbonate d'ammoniaque, nous fermons hermétiquement la porte et nous faisons arriver de l'acide carbonique, d'abord sous une pression d'une demi-atmosphère, que nous laissons en contact une demi-heure, et nous augmentons d'une demi-atmosphère de demi-heure en demi-heure ; l'opération dure six heures. L'acide carbonique provenant d'un foyer étant à la température moyenne de 35 degrés, les peaux sont par cela même portées de 25 à 28 degrés, température qui accélère le gonflement. On se trouve
en présence d'un procédé réglable à volonté et n'exposant pas la peau aux altérations d'une putréfaction trop vive.