II. — MISE EN PATE OU HABILLAGE
L'habillage est le tannage des peaux mégissées. On se sert à la place du tannin d'un mélange de sel, d'alun, de jaune d'œuf et de farine. Nous allons étudier séparément ces 2 derniers corps pour connaître leur composition et l'action de leurs éléments sur la peau.
1. — Jaune d'œuf. — L'œuf est composé de 60 parties de blanc et 40 parties de jaune. Il faut 3,660 œufs pour obtenir 60 kilos de blanc et 40 kilos de jaune. Le blanc renferme 16 p. 100 d'albumine sèche. 9,150 œufs donnent 100 kilos de jaune. Le jaune est composé de :
Eau 51,486
Vitelline 1 5,760
Margarine et oléine 21,304
Acides oléiques et margariques 7,226
Acide phosphoghycérique 1,200
Cholestérine 0,438
Matière cérébérique 0,300
Matière extractive analogue à l'extrait de viande. . 0,400 Phosphates et chlorures de potasse, soude,
ammoniaque, chaux, magnésie 1,333
Matière colorante, acide lactique et fer 0,533
Le jaune d'œuf (Vitellus) est visqueux, épais, peu transparent, d'une couleur variant du jaune orange au jaune citron. Avec l'eau le jaune d'œuf forme une émulsion blanche, peu colorée, à réaction alcaline, se prenant à l'ébullition en une masse friable. La glycérine le dissout complètement. Le jaune d'œuf n'agit en mégisserie que par l'huile et la matière albuminoïde qu'il renferme.
L'huile que l'on rencontre dans le jaune et que l'on nomme huile d'œuf se présente sous la forme d'un liquide semi-fluide, d'une
belle couleur jaune foncé. Elle se fige à 10 degrés. Elle rancit aisément.
La vitelline est une matière albuminoïde ressemblant à l'albumine de l'œuf ; elle se coagule à 76 degrés, elle fermente facilement et dégage une odeur infecte.
Pour éviter cette prompte altération des jaunes d'œuf s, on emploie des antiseptiques que l'on mêle à leur masse, mais tous ont une action plus ou moins prononcée sur ces derniers, jusqu'à l'acide salicylique ; celui qui a donné les meilleurs résultats jusqu'à ce jour est le ghycéroborate de sodium. Ce corps se prépare en chauffant un mélange de 150 parties de glycérine et 100 parties de borax, à 160 degrés, pendant une demi-heure. On coule le liquide sur des plaques en cuivre. Ce corps est très soluble dans l'eau et l'alcool est fortement antiseptique.
Analyse du jaune d'œuf. — Comme le jaune d'œuf du commerce est exposé à un grand nombre de falsifications, on y dosera les principaux éléments qui devront se trouver en rapport avec l'analyse publiée ci-dessus :
1° On s'assurera de la couleur qui peut être falsifiée par la racine de curcuma, on ajoute une solution de soude caustique qui la brunira immédiatement ; l'essai se fait dans un verre de montre ou une soucoupe de porcelaine.
2° On s'assurera que le jaune d'œuf se dissout entièrement dans la ghycérine.
3° On dosera l'eau, comme cela se fait pour le dégras ; elle ne devra jamais dépasser 52 p. 100.
4° On dosera l'huile comme suit : on prend 2 parties de jaune d'œuf, on les délaye dans 5 parties d'eau et on met le tout dans un flacon bouché à l'éméri ; on verse dessus 1 partie et demie d'éther, on laisse en contact huit heures en agitant toutes les demi-heures. On laisse en repos, l'éther chargé d'huile monte à la surface, on le décante et le distille; le résidu est pesé. On place le résidu du flacon dans un ballon avec de l'alcool bouillant, on filtre on évapore et pèse le résidu. La somme des 2 résidus graisseux laissés par l'éther et l'alcool donne le poids des matières grasses. Ce poids sera toujours de 25 p. 100 dans le jaune d'œuf naturel.
5° On déterminera le point de solidification de l'huile, qui devra
toujours commencer à + 9 degrés. Nous avons trouvé que 5 p. 100 d'huile animale faisait baisser la solidification de 1 degré. On se rendra compte ainsi si le jaune d'œuf a été additionné d'huiles étrangères et la proportion approximative.
6° On déterminera la vitelline, en délayant le jaune d'œuf frais dans vingt fois son poids d'eau, on laisse éclaircir, on décante la liqueur surnageante, on la remplace par de la nouvelle eau, puis par une troisième. On réunit toutes les eaux, et on y dose la vitelline par une solution titrée de tannin. 1 gramme de tannin précipite 95 grammes de vitelline.
7° On déterminera le poids des cendres par la calcination comme pour le dégras. Le poids des cendres devra être ni plus ni moins de 1 gr. 400 p. 100. Ces cendres devront renfermer deux tiers d'acide métaphosphorique et un quart de chlorures.