VI. PRÉPARATION DES FOU?, RURES
Les peaux arrivent chez le fourreur simplement séchées au soleil. Il ne faut pas oublier que toutes ces peaux doivent être tendues quand elles sont fraîches, de manière à éviter qu'il se produise des plis qui occasionneraient des moisissures.
Les peaux grandes comme celles du lion, du tigre, du cerf, de l'ours, etc., sont mégissées ou chamoisées comme nous l'avons expliqué pour ces deux industries au Travail des peaux dites haussées. Les autres peaux sont traitées par les fourreurs qui leur donnent l'apprêt, la teinture et le lustre. Nous allons passer en revue les différentes opérations de ce travail.
APPRET
1 . — Mouillage. — On met les peaux dans un bassin avec de l'eau salée (S p. 100 de sel) pour les faire revenir. Le premier et le second jour on les laisse bien s'imbiber d'eau ; pendant les jours suivants *
on les foule matin et soir avec les pieds; on renouvelle l'eau au bout de trois jours, on la remplace par de l'eau inoins salée (2,5 p. 100), trois jours après on la remplace par de l'eau pure. Dix jours suffisent en moyenne pour faire revenir les peaux. L'emploi du turbulent donne d'excellents résultats.
2. — Echarnage. — On enlève les chairs et la graisse, qui sont adhérentes à la peau, sur le banc à tirer. Cet instrument se compose d'un banc de 50 centimètres de hauteur, 75 centimètres de longueur, et 25 centimètres de largeur à l'extrémité duquel se trouve un montant portant un couteau rond, placé verticalement, semblable au fer à écharner. On se met à califourchon sur le banc, et, tenant la peau par les deux bouts avec les deux mains, on frotte la chair sur la partie convexe du couteau en la promenant alternativement de droite à gauche et en présentant successivement toutes les parties. On obtient ainsi un écharnage régulier.
3. — Boursage. — On coud les peaux poil contre poil. Les peaux closes ne sont point cousues ensemble, on ne ferme que la partie ouverte. Les peaux closes sont celles qui n'ont point été ouvertes par le ventre, comme les fouines, les martes, le petitgris.
4. — Sapinage. — Certaines peaux, comme celle du petit-gris, par exemple, ont leur poil recouvert d'une humeur visqueuse et glutineuse qui colle les poils les uns contre les autres et qu'on appelle sapiné en terme de métier. Avant le boursage on enduit les peaux du côté du poil avec de l'huile d'olive pour détremper la matière et la détacher du poil. Certains pelletiers font subir cette opération à toutes les peaux indistinctement. C'est ce qu'on appelle sapinerles peaux.
5. — Graissage. — On moyen d'un gipon on enduit les peaux, du côté de la chair, avec de la graisse de porc, du beurre de galam, du beurre ordinaire ou de l'huile d'olive. On y réserve les dépôts d'huile d'olive épurés. Nous avons vu employer les compositions grasses suivantes :
1° Huile d'olive 50, huile de coton 30, huile de colza 20. 2° Huile de coton 80, huile de vaseline 20. 3° Beurre de coco 30, huile de ricin 30, huile de haleine 10, graisse de castor 20, huile de vaseline 10.
On met 5 p. 100 de corps gras du poids de la peau.
6. — Broyage. — Le broyage a pour but de faire pénétrer le corps gras et d'assouplir les peaux. Dans les ateliers routiniers le broyage s'effectue encore avec les jambes. Pour cela les peaux sont placées dans un tonneau défoncé, on en met une dizaine, plus ou moins suivant leur grandeur. L'ouvrier entre dans le tonneau, nu jusqu'à la ceinture et muni d'un jupon de toile avec lequel il recouvre le tonneau pour y concentrer la chaleur ; il piétine les peaux pendant trois heures environ, jusqu'à ce que le corps gras soit incorporé et les peaux assouplies. De temps à autre il examine les peaux pour reconnaître les plus dures à habiller et auxquelles il fait subir un foulage plus vigoureux. Certaines parties des peaux comme les têtes, par exemple, exigent plus de travail. Après chaque examen l'ouvrier sort les peaux dont le broyage est terminé, et il graisse de nouveau celles qui ont besoin d'huile.
On reconnaît que le foulage est terminé lorsque les fibres sont dilatées et que leur tissu a une couleur blanchâtre.
On doit éviter dans le foulage 2 inconvénients. Le premier est le trop grand échauffement des peaux, qui a pour effet de faire tomber les poils ; le second est un foulage trop longtemps prolongé qui feutre et pelotonne la fourrure. Dans tous les cas, pour un bon broyage la température doit être de 20 degrés.
Aujourd'hui, chez les fourreurs importants, on a remplacé ce pénible travail par des foulons, qui donnent un travail beaucoup plus régulier.
On emploie le foulon de mégisserie que nous avons décrit. On le dispose généralement comme le représente la figure 95. horizontalement. Il se compose d'un bâti quadrangulaire en forts madriers de bois, ayant 2m, 50 de longueur, suri mètre de largeur, A, A, A, portant à l'une de ses extrémités un arbre horizontal B actionné par une poulie volant P. Cet arbre porte une manivelle et une bielle C, actionnant la mailloche M qui foule les peaux placées dans l'auge R.
M. Thiron, de Paris, a imaginé unfouloir à cames composé d'une auge solide dans laquelle se meut un foulon en arc de cercle muni de 2 bras tournant autour d'un axe ; le foulon est soulevé par les cames d'un arbre fixé sur un bâti et que Ton manœuvre soit à la main, soit au moteur.
Fig. 95.
Nous avons vu employer le turbulent pour le môme usage; des boulets en fonte de 2 kilos chacun mis avec les peaux accéléraient le broyage.
Dans tous les cas on doit surveiller attentivement les peaux pour éviter tout échauffement et toute irrégularité dans le broyage.
7. — Assouplissage. — On débourse les peaux en les décousant. Les peaux closes sont fendues longitudinalement par le ventre avec le couteau de fourreur à lame mince et très tranchante et muni d'un manche très court. On les étend et on les fait sécher. Ou donne un contre-écharnage et on les assouplit soit à la baguette, à la corde ou au palisson. L'assouplissage à la baguette se fait en tenant dans une main 2 peaux chair contre chair et en frappant de l'autre avec une baguette, en tournant alternativement la main qui les soutient afin qu'elles soient exposées tour à tour aux coups de la baguette. L'assouplissage à la corde s'opère en frottant vivement par un mouvement de va-et-vient les peaux, du côté de la chair, sur une corde tendue. L'assouplissage au
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palisson est la meilleure méthode ; nous l'avons décrite pour l'ouverture des peaux mégies.
8. — Dégraissage. — Cette opération a pour but d'enlever la graisse ou l'huile qui adhère au poil et à la peau et qui n'a pu pénétrer dans le broyage. On exécute cette opération dans un tonneau de 1 mètre de longueur sur 50 centimètres de diamètre, muni (F mi axe qui passe par le milieu de ses deux fonds dont les extrémités reposent sur des supports. On peut le faire tourner au moyen de 2 manivelles placées aux extrémités de l'axe. La paroi intérieure du tonneau est munie de chevilles saillantes de 25 centimètres de longueur et disposées en quinconce. Enfin, une partie de la circonférence du tonneau est munie d'une ouverture de 35 centimètres de côté. Les grands tonneaux sont actionnés par la vapeur.
On met les peaux dans le tonneau par l'ouverture, on y ajoute du sable fin, ou de la craie, ou du plâtre, ou de la terre d'infusoire, ou du kaolin, ou de la terre de Sommières. Pour les fourrures fines on emploie la sciure de bois ou le son. Toutes ces matières avant leur introduction dans le tonneau sont échauffées à 50 degrés. On fait tourner le tonneau. Ces poudres aidées par la température absorbent la graisse. Pour certaines fourrures, on opère avec les matières dégraissantes froides; l'opération est seulement plus longue.
9. — Battage. — - Au sortir du tonneau, on bat les peaux pour détacher la craie, le plâtre et autres poudres et pour Yéveiller, c'est-à-dire l'ouvrir. L'opération se fait comme Passouplissage à la baguette.
L'opération se fait dans les grands ateliers dans un tonneau semblable au tonneau à dégraisser, mais à claire-voie.
10. — Parage. — On étend la peau horizontalement sur une table ; on la déborde pour enlever toutes les parties dures et cornées et l'égaliser. On la nettoie de la poudre qui lui reste encore adhérente par un battage à la baguette ; on l'assouplit de nouveau au palisson ou sur le fer à parer. On brosse et on peigne le poil avec un peigne à manche.
L'appretage est alors terminé.