LUSTRAGE
Le lustrage a rpour but de cacher soit les inégalités ou les défauts des fourrures, soit à changer la couleur du poil, soit, enfin, à rendre le poil plus brillant. Toutes ces façons s'exécutent sur le poil. Nous allons les passer en revue en indiquant les procédés que la routine seule a donnés et qui sont employés depuis un temps immémorial, et ceux qui ont été dictés par la science.
1. — Blanchiment des fourrures. — Les fourrures blanches qui sont ternes, celles qui sont jaunâtres, ou celles qui présentent des mouchetures, sont dépréciées et leur valeur est bien moindre; on décolore celles qui sont ternes et on blanchit celles qui sont colorées.
Voici les procédés employés:
1. — Soufrage. — Les peaux sont mises dans une chambre cubique de 2 mètres sur chaque face, achevai sur des traverses en bois horizontales que Ton a placées à cet effet. On ferme la porte de la chambre et on allume du soufre dans une terrine que Ton introduit dans la chambre par une petite ouverture située vers le bas. L'acide sulfureux qui se produit décolore très bien les peaux peu colorées. On a soin de mettre les peaux dans l'étuve, le poil légèrement humecté et peigné. On doit laisser les peaux douze heures au moins dans la chambre.
2. — Ihjdrosuljite de soude. — Voici comment nous appliquons ce corps à la décoloration : on imbibe le poil au moyen d'une solution étendue de ce corps, préparé, comme il a été dit à la Décoloration du cuir, avec une éponge fine, et on les transporte dans une chambre analogue à celle à soufrer et dans laquelle on fait arriver de l'acide carbonique. Ce dernier corps décompose lentement Fhydrosulfite, et la décoloration se fait régulièrement et relativement vite. On répète plusieurs fois l'opération jusqu'à obtention de l'effet voulu.
3. — Essences. — On frotte le poil avec une éponge trempée dans de l'essence de lavande ou de serpolet chauffée à 35 degrés
centigrades, et on les étend au soleil. Ce procédé a le défaut d'être long; il exige au moins quinze jours.
4. — Eau oxygénée. — On étend la fourrure sur une table, on la dégraisse en frottant les poils avec une solution de carbonate d'ammoniaque à 5 p. 100, on imbibe bien le poil, et on laisse dans cet état un quart d'heure, on lave le poil avec de l'eau claire, puis avec une dissolution tiède de savon; ensuite on imbibe d'eau oxygénée (à 8 volumes) dans laquelle on a ajouté 0,5 p. 100 d'ammoniaque, et on laisse sécher à l'air. On recommence si la blancheur n'est pas atteinte. On obtient un bon résultat.
Un autre procédé consiste à imbiber les poils d'un mélange pâteux composé d'eau, de bioxyde de baryum et de silicate de potasse à parties égales. On laisse dans cet état le temps voulu.
On peut opérer à la trempe; le procédé n'en vaut alors que mieux.
Azurage. — Pour rendre le blanc plus éclatant, on l'azuré légèrement avec de l'eau dans laquelle on a mis du carmin d'indigo.
2. — Lustrage en blanc. — Le lustrage en blanc consiste à donner plus de brillant à une fourrure, à lui restituer celui que le blanchiment lui a enlevé, lui donner un toucher moelleux, doux, à assouplir les poils et enfin à donner de la main à une fourrure.
Le lustrage en blanc se fait en frottant le poil avec un vernis de sandaraque préparé ainsi :
Alcool 1,000
Sandaraque 80
Cérésine 80
Glycérine 50
Jaune d'œuf 80
Lorsqu'on veut donner simplement du brillant, on le frotte de même avec des gélatines brillantes dont nous avons donné la formule, ou du blanc d'œuf mélangé à la moitié de son poids de glycérine.
3. — Teinture ou lustrage en noir. — Anciens procédés. — La formule bizarre suivante a été donnée par Roland en 1790:
Eau de chaux il I. 17
Noix de galle i, 500 grammes.
Litharge. ... -, 500 —
Sel ammoniac G ."> —
Alun 128 —
Vert-dc-gris. „ G4 —
Antimoine 04 —
Mine de plomb 32 —
Limaille de fer 128 —
Couperose verte 384 —
On met dans un chaudron sur le feu toutes ces substances, moins la noix de galle et la litharge. On les délaye avec une parlie de l'eau de chaux et on fait chauffer sans laisser bouillir en remuant avec une spatule. On met la couperose dans un baquet avec la noix de galle et on verse dessus le contenu du chaudron, et le reste de l'eau de chaux, on remue bien et on laisse reposer une heure, et le lustre est prêt à servir.
Malgré tout l'empirique d'une pareille recette, nous ne l'avons reproduite ici que parce qu'elle est employée par un grand nombre de fourreurs qui la conservent comme un secret.
La peau étant étendue sur une table on passe sur le poil, de la tête à la queue, le lustre au moyen d'une brosse de soie de porc ou de sanglier ayant 2 centimètres de longueur, 1 centimètre de largeur et 55 centimètres de longueur de poil. On passe une seconde fois en tremblant pour agiter les poils, en allant de la tête à la queue. On passe une troisième fois sans trembler. Enfin, à la quatrième fois, on secoue la brosse pour laisser tomber quelques gouttes de teinture que Ton étend aussitôt uniformément. Lorsque les peaux sont sèches, on les porte à la cave, le cuir en dessous, pour les faire revenir, on les frotte sur chair avec du saindoux, on les passe au tonneau avec du sable chaud, on les bat et on les pare.
Trempe de fouine. — Cette teinture est destinée à donner du fond, c'est-à-dire à teindre le poil dans toute sa longueur. Elle est composée:
Eau de chaux 50 litres.
Noix de galle brûlée 5 kil. 874 grammes.
Litharge 489 —
Sel ammoniac 489 —
Vert-de-gris. 243 grammes.
Couperose verte 070 —
Rouge d'Angleterre 367 —
Alun de Rome 070 —
Sumac bouilli dans l'eau de chaux. . 958 —
On l'emploie comme la teinture ordinaire noire.
Lattre en 2 parties. — Une modification des recettes précédentes a été de supprimer les drogues inutiles. Les fourreurs se servent communément d'un premier mordant :
Chaux 1,500 grammes.
Sel ammoniac 500 —
Alun de roche 500 —
Eau 10 litres.
avec lequel on donne 2 couches; on passe ensuite, de môme le second mordant:
Couperose verte 2,000 grammes.
Vitriol bleu 50 —
Eau 10 litres.
Enfin, on donne la teinture avec le bain suivant:
Noix de galle 1,200 grammes.
Couperose verte 200 —
Alun de roche 200 —
Verdet 200 —
Sel marin 200 —
Eau de chaux 10 litres.
4. — Teinture ou lustrage en noir. — Nouveaux procédés. — Grâce aux progrès incessants de l'art de la teinture, il n'est pas difficile de comprendre que les recettes précédentes, quoique donnant plus ou moins bien le résultat cherché, n'ont aujourd'hui aucune valeur scientifique ni positive. On est en possession de procédés simples pour arriver à coup sûr à la teinte cherchée.
1 . — Procédé Cougny. — On commence par appliquer un premier mordant composé :
Eau 10 litres.
Chaux 1,000 grammes.
Sel ammoniac 250 —
La solution no doit pas marquer plus de S degrés Baume. On brosse fortement le poil avec une brosse douce en évitant de toucher la peau ; on met la peau ainsi humectée douze heures sur un chevalet, dans l'hiver on la laisse ving t-quatre heures ; ensuite on la fait sécher à Fétuve. On la dégraisse au tonneau avec de la sciure de bois d'acajou mêlée de grès pilé fin, on la bat à la baguette ou au tonneau à claire-voie.
On applique ensuite de même un second mordant:
Eau 10 litres.
Couperose verte 1 kilo.
On sèche et dégraisse la peau sur le second mordant comme sur le premier. On passe le troisième mordant, qui a la môme composition que le premier, et le quatrième mordant, qui a la môme composition que le second, de la même manière, et on termine par les mômes opérations.
La teinture de la pointe du poil se fait avec le liquide suivant:
Eau 10 litres.
Couperose verte 100 grammes.
Noix de galle 800
Alun 100 —
Verdet 100 —
Extrait de campêche à 10° B. . 1 litre et demi
On passe la teinture sur le poil fortement avec la brosse, sans toucher la peau. On sèche et on dégraisse comme pour les mordants.
La teinture de fond se prépare comme celle de la pointe du poil, seulement on emploie 25 litres d'eau au lieu de 10. On réunit les peaux 2 à 2, cuir contre cuir, et on les foule dans la teinture, et on termine de même.
2. — Procédé de ï auteur. — Les fourrures à teindre sont travaillées après teinture. La première opération consiste donc dans le mouillage pour faire revenir les peaux; nous l'exécutons au turbulent. Les peaux sont ensuite essorées et boursées, les poils en dehors.
Nous dégraissons les poils pour leur enlever le suint qui les entoure et qui empêche de prendre la teinture; pour cela nous agitons les peaux dans une solution de carbonate d'ammoniaque
à 5 p. 100, dans le turbulent et nous finissons par un lavage dans le même appareil.
Nous donnons un léger bain de sumac ; le liquide marque un demi-degré Baume. Nous manœuvrons dans le bichromate à un demi p. 100, et nous donnons le bain de teinture tiède (40 degrés) avec un extrait de :
Eau 100
Gampêche 5
Bois jaune 0,500
Sumac 0,500
On manœuvre un quart d'heure au turbulent, on laisse au repos un quart d'heure, on agite cinq minutes et on étend les peaux sur des perches pour les faire égoutter et essorer. On leur donne ensuite le pied de fer avec une dissolution d'acétate ferreux obtenu en décomposant le sulfate de fer ou couperose verte par l'acétate de plomb ; on leur donne un vent en les étendant sur des perches à l'air, pour oxyder l'acétate de fer et foncer la couleur. Si la couleur n'est pas assez foncée on donne un bain de teinture et un pied de fer ; on donne encore un vent pour oxyder et on lave au turbulent.
On débourse les peaux, et on leur fait subir le travail des fourrures sur cette teinture qui se solidifie de plus en plus. Nous donnons du brillant avec la laque grasse.
Pour teindre la pointe du poil on procède à la brosse, sans bourser les peaux.
3. — Autre procédé de l'auteur. — Nous donnons soit au turbulent, soit à la brosse: 1° un bain d'acétate de protoxyde de manganèse ; 2° un bain de soude étendu ; 3° un lavage à l'eau froide énergique ; 4° un bain de chlorure de chaux ; 5° un bain de chlorhydrate d'aniline obtenu en faisant dissoudre 500 grammes d'aniline dans 4 kilo d'acide chlorhydrique et étendant le produit de 40 litres d'eau ; 6° un lavage dans une solution de bichromate de potasse à 2 p. 400.
4. — Procédés divers. — On peut employer les teintures noires employées pour le maroquin et nous recommandons le noir au vanadate d'ammoniaque.
5. — Teinture ou Lustrage en marron- — V A ncien procédé, — « Roland indique le magma suivant :
Noix de galle en poudre cuite . . . .
"oU gl tlIIlIllLS.
— — — crue . . e .
Z-to —
. 3 seaux.
On l'applique comme le lustre noir.
2. — Procédé Cougny. — On applique les 4 mordants qui servent pour le noir, seulement les doses des matières sont réduites de moitié.
La teinture de la pointe du poil se compose :
Eau 10 litres.
Noix de galle 400 grammes.
Verdet 100 —
Alun 100 —
Couperose verte 50 —
Extrait de Sainte-Marthe (Brésil) ... 3 litres à 10° B.
On passe la solution sur le poil cinq ou six fois, selon que Ton veut obtenir un marron plus ou moins foncé. On termine comme pour le noir.
La teinture de fond se donne avec la même teinture dans laquelle on n'a mis que 1 litre et demi d'extrait de Sainte-Marthe.
Les mordants n'ayant pas atteint le cuir, la teinture du fond est plus pâle que celle de la pointe du poil.
3. — Procédé de V auteur. — On teint toujours avant le travail, la teinture de la pointe du poil se donne à la brosse et la teinture de fond au turbulent. Nous donnons successivement les bains suivants. 1° Dégraissage au carbonate d'ammoniaque; 2° bain d'alun (eau 100, alun 4, crème de tartre 2); 3° bain de cachou (eau 100, cachou 2, alun 0,500, sulfate de cuivre 0,750) ; 4° bain de chro-
maie (un demi p. 100) ; 5° bain de sel d'étain (1 p. 100) ; 6° bain de bois (brésil 2, quercilron 1, campèchc 500, eau 40). Après chaque bain on laisse essorer une demi-heure à l'air. De cette manière les bains montent graduellement la couleur, qui se fixe solidement sur le poil.
4. — Divers. — On peut employer les couleurs indiquées pour le maroquin, en ayant soin d'opérer en solution doublement étendue. On peut terminer avec des couleurs d'aniline pour donner de l'éclat.
G. — Teinture ou lustrage en fauve. — 1. — Ancien procédé. — Roland indique le lustre rouge suivant:
Eau de chaux 10 litres.
Litharge d'or 500 grammes.
Alun 250 —
Couperose blanche 250 —
Sel ammoniac 128 —
Vert-de-gris 90 —
Noix de galle 1,500 —
On le passe comme le lustre noir.
2. — Procédés de l'auteur. — Les procédés suivants nous ont donné de bons résultats :
1° Bain de dégraissage et bain d'eau 1,000, cachou 2, brésil 2, alun 2. On expose à l'air une demi-heure, on donne un second bain, et ainsi de suite, jusqu'à obtention de la teinte voulue.
2° Bain de dégraissage, bain d'eau 1,000, tartre 3, bois jaune 4, cochenille 0,500, dissolution d'étain 3. Opérer comme ci-dessus.
3° Bain de dégraissage, bain d'eau 1,000, bois jaune 20, alun 12, tartre 12, santal 10, garance 5, carmin d'indigo 0,500.
3. — Divers. — Employer les procédés de teinture en fauve indiqués pour le maroquin.
7. — Métallisation et irrisation des fourrures. — Pour donner aux fourrures l'aspect métallique, on emploie les procédés décrits pour les cuirs mordorés. On obtient le plus bel effet.
La dorure et l'argenture se font comme celles du maroquin.
8. — Tachetage et mouchetage. — Lorsqu'on veut imiter les taches, les raies, les ondulations, le pointillé des animaux, cela peut se faire de 2 manières, suivant que l'on opère sur des peaux blanches ou colorées.
1° Pour faire des taches blanches sur une peau de couleur, on décolore ces parties avec de l'hydrosulfite, que Ton applique au pinceau, ou tout autre moyen de blanchiment.
2° Pour faire des taches noires sur des peaux blanches, on applique la teinture noire par places toujours au pinceau ; celle teinture doit être épaissie comme pour l'impression du cuir.
3° Pour faire des taches noires sur un fond brun, on teint en noir les places en noir et on donne ensuite la teinture de fond.
Toute la réussite de ces opérations dépend de l'habileté de l'ouvrier.
9. — Maniage et brillantage. — Pour donner du brillant au poil et plus de main on le frotte avec ce que nous appellerons la laque grasse composée de :
A \ Alcool 1,000
/ Gomme laque blanche 80
/ Glycérine 400
g ) Jaune d'œuf 80
) Cérésine 50
\ Huile de coton 30
On en frotte bien le poil, d'abord avec les mains puis avec une brosse.