VIII. — CONSERVATION DES FOURRURES
Les fourrures sont exposées à l'attaque de divers insectes qui les rongent, les piquent et en détachent les poils aux endroits endommagés. Les dermestes causent beaucoup de dégâts; le dermeste renard est le fléau des magasins de pelleteries, le dermeste des peaux (Attagenus peliio), dont les larves dévorent les plumes et les fourrures. Les chenilles de plusieurs teignes sont aussi très redoutables; la teigne des pelleteries (Tinea pellionella coupe les poils des fourrures. La teigne fripière [Tinea sarcitella), qui dévore les vêtements de laine, l'anthrène, etc., attaquent aussi les pelleteries.
Ces insectes sont lucifuges ; ils se laissent tomber quand on aère et expose à la lumière les objets attaqués.
On a proposé différents moyens pour détruire ou éloigner les insectes. Voici les meilleurs :
{. — Battage. — Les fourrures sont serrées dans des boîles, tiroirs, armoires, dont on bouche les moindres fissures en y collant des feuilles de papier. On les examine de temps en temps, et on les bat chaque fois avant de les remettre dans leurs cartons ou armoires. Nous avons dit que les insectes étaient lucifuges ; ils se laissent donc tomber par ce battage, et leurs œufs sont également chassés des fourrures.
Yoici comment nous voudrions voir appliquer ce procédé de conservation :
2. — Chambre à pelleteries. — Les peaux seraient mises à cheval sur des baguettes horizontales, le poil en dessus, dans une chambre de 2 mètres de hauteur, 5 mètres de longueur et 3 mètres de largeur. Les murs de la chambre portent 2 fenêtres sur chacun des grands côtés, et 1 fenêtre sur chacun des petits. Le plafond est un ciel ouvert. Le plancher est muni de plaques de fer-blanc très brillant et ondulé agissant comme réflecteur. Cette chambre est donc très claire. Les peaux sont battues de temps en temps comme dans l'ancien procédé.
La lumière arrête énormément la multiplication des insectes et on est moins sujet à voir les fourrures piquées comme dans le battage simple.
3. — Vétiver. — Comme complément du mode de conservation précédent, on joint souvent aux fourrures des produits aromatiques dont l'odeur éloigne les insectes. Les plus employés sont : le vétiver et le pyrèthre.
Le vétiver n'est autre que Tandropogon^ genre de plante de la famille des graminées, ou barbon plat. On en connaît plusieurs espèces.
L'andropogon muricatus, appelé chiendient des Indes, est le plus important. Il porte aux Indes les noms de wetti-vayr, vetti-ver, cuscus; ses racines ont lo à 33 centimètres de longueur; elles ont une odeur particulière et pénétrantè due à une essence particu-
Hère que Ton extrait dans le pays sous le nom khuss, qui vaut 1.000 francs le kilo. L'andropogon ischœmunetsquarrosus donnent des racines odorantes.
Il suffit de les placer sur les fourrures, dans l'armoire ou dans la chambre qui les renferment.
4. — Plantes teignicides. — Les plantes suivantes ont la propriété d'éloigner les insectes des fourrures et des lainages, quoique à un moins fort degré que le vétiver, à partie pyrèthre, dont l'efficacité est supérieure.
L'ambrette jaune ou centaurée odorante. L'ambrette musquée ou ketmie musqué de l'Inde. L'acbe des rochers ou persil de Macédoine, dont les feuilles seules sont employées. La racine d'açore, ou jonc odorant, ou roseau aromatique, ou canne. Les graines d'anone des Antilles (A. squamosa), réduites en poudre. L'aloès, le poivre, le tabac, etc.
5. -—Teignicides. — Voici diverses recettes préconisées par différents auteurs :
1° Humecter les fourrures avec la dissolution de 5 grammes de bichlorure de mercure, 10 grammes de camphre dans 100 grammes d'alcool à 90 degrés.
2° Camphre en poudre : bon préservatif, beaucoup employé par les pelletiers.
3° Poudre de pyrèthre, composée de camphre 1 et pyrèthre 10.
4° Clous de girofle, graines de Carri, noix muscade, macis, cannelle, fève tonka, mélangés à parties égales, que Ton additionne d'une égale quantité de racine d'iris.
;i° On met dans les armoires ou la chambre des soucoupes renfermant de l'acide phonique.
6° La naphtaline est très employée ; malheureusement son odeur est désagréable.
7° On a proposé de graisser les peaux avec de l'huile de pin.
8° Enfin une solution alcoolique d'iode donne d'excellents résultats.
G. — Procédé Villon à l'air comprimé. — Nous avons reconnu
que les fourrures placées dans une chambre close où Ton comprime de l'air à 5 atmosphères restaient inaltérables. Le procède est économique et facile à employer; nous recommandons autant que possible une chambre claire.
7. — Nettoyage des fourrures. — Le nettoyage de l'hermine se fait en rebroussant le poil avec un morceau de flanelle douce, en frottant le poil avec de la farine de froment, battant la peau, et nettoyant le poil avec un morceau de llanclle propre. Le petit gris se nettoie de même.
La zibeline, le chinchilla, l'écureuil sont brossées et frottées avec du son chaud et brossées de nouveau.
Les fourrures blanches se nettoient aussi très bien, en les humectant sur la table avec de l'eau chaude, séchant avec du son, puis avec du son chaud; on termine en frottant avec de la magnésie calcinée et un tampon de mousseline.