‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 172 sur 221 · I. ESSAIS PHYSIQUES DU CUIR TANNÉ · texte numérisé non relu

I. ESSAIS PHYSIQUES DU CUIR TANNÉ

1. — Aspect. — Nous avons donné, dans un chapitre spécial, les défauts que présentent les cuirs tannés ; nous n'y reviendrons pas.

Les cuirs forts à la jusée, dits cuirs à semelles, doivent être fauves, à tissu serré et nerveux, et la coupe grise. Ils sont livrés

en peaux et demi-peaux de 4 à 5 millimètres d'épaisseur à l'échiné, s uis têtes, ni pattes, ni queues, c'est-à-dire que les pattes doivent être coupées au jarret et au genou et les tètes à 10 centimètres en arrière du trou de l'oreille. Le poids de chaque cuir est de 20 kilos au minimum, et la longueur minimum, 2 mètres, à partir de la naissance de la qUeue jusqu'à la section faite, 10 centimètres en arrière du trou de l'oreille. Pour un poids minimum de 24 kilos et maximum de 27 kilos, la longueur par cuir est de de 2m,30 à 2m,40 de la naissance de la queue à la corne, sur 95 centimètres à lm,05 de largeur, du dos au ventre mesuré au milieu du côté.

Les croupons ont 2m,25 de longueur sur lm,40 de largeur et une épaisseur de 3 millimètres et demi.

Les cuirs de vache molle ont lm,50 à lm,60 de longueur sur lm,o0 de largeur, 2 millimètres d'épaisseur et un poids de 4 à

5 kilos.

Les ventres de vaches de pays pèsent 3 à 4 kilos la paire, ont une longueur de lm,75 à lm,85 et une largeur de 40 centimètres, mesurés au milieu.

Les veaux cirés en sorte, un tiers de femelles, pèsent 8 kilos la douzaine ; les veaux grenés pèsent 15 à 22 kilos la douzaine.

Les basanes ont 90 centimètres sur 80 au milieu et pèsent

6 kilos la douzaine.

2. — Résistance. — Un cuir est d'autant meilleure qualité qu'il résiste plus à la traction; de là l'essai dynamométrique, que l'on fait subir aux cuirs avant leur réception. Ceci ne s'applique qu'aux cuirs de bœuf et de vache. Un bon cuir de bœuf offre une résistance de 3 kilos par millimètre carré de section ; le cuir de vache 2k,500 et le veau 2 kilos. Cette résistance a une grande importance pour les cuirs destinés aux travaux de force, comme les cuirs à courroie par exemple. Les grandes compagnies de chemins de fer exigent une résistance de 2k,500 pour ces cuirs. Pour faire cet essai, on se sert de différentes machines : Une machine que nous employons est représentée à la figure 96 ; elle se compose d'un pignon B, mû par la manivelle A, mettant en mouvement une roue dentée C, d'un diamètre dix fois plus

grand. Cette roue dentée fait corps avec une vis sans fin Y, à l'extrémité de laquelle se trouve un chariot H. Le pas de cette vis est très fin et par conséquent la force de traction est très grande. Au moyen de cette disposition, la force appliquée à la manivelle est augmentée de mille fois au chariot ; par contre, le chariot fait mille fois moins de chemn ique la main de l'opérateur. Le cuir se trouve donc soumis à une force de traction progres-

Fig. 96.

sive et à un allongement lent qui donnent le vrai coefficient de résistance. La bande de cuir, de 20 centimètres de longueur sur 5 de largeur, soumise à l'essai, est fixée d'un côté par une pince au bâti de la machine et d'autre part au chariot par une autre pince. Le chariot porte à ses 2 côtés une aiguille P se déplaçant devant une règle divisée R' ; qui indique l'allongement p. 100, et l'autre, portant en dessous un ressort à boudin, indique par une aiguille fixée à ce ressort la force déployée à la façon d'un dynamomètre.

ANALYSE DES CUIHS 473

L'essai est très simple ; il suffit de tourner la manivelle jusqu'à ce que le cuir rompe et de faire les deux lectures.

Cette machine présente l'avantage de permettre de construire la courbe d'allongement d'un cuir à la traction dynamométrique correspondante, depuis l'état normal jusqu'à la rupture.

Plus l'allongement est grand sous une même force, plus le cuir est de bonne qualité; rallongement d'un bon cuir est régulier, ou à peu près, jusqu'à la rupture. Moins un cuir s'allonge, et si la

Courbe de l'allongement du cuir.

AAA, bon cuir. — BBB, mauvais cuir. — X, moment de la rupture.

Soo Coo joo &oo €)oo i-aoo j.zoo j.uoo i.3oom4oo I-.'joo i.âoo i.jotj jMoo 2.yoo 2.000 sjtmj -Z.2GO z.3oo <2.èao z Jco 2 6oo 2.j(M> z.Boo

Force par millimètre carré de section, en grammes. Fis. 97.

rupture se fait d'un seul coup, sans allongement progressif au préalable, moins le cuir est de bonne qualité.

Nous représentons 2 courbes d'allongement de 2 cuirs : un de bonne qualité, l'autre de mauvaise qualité.

La machine Thomasset se prête très bien à l'essai par traction des cuirs. Elle se compose (fig. 98) de 2 parties bien distinctes, l'une servant à la production de l'effort et l'autre à la mesure de cet effort.

La première se compose d'un volant de manœuvre A actionnant une vis sans fin au moyen du pignon B et de la roue C. Cette vis

sans fin commande la roue D, qui rappelle une vis E, fixée à Tune des grilles L qui maintiennent l'éprouvette V du cuir à essayer. Le volant M de la vis E sert, au début de l'opération, à bien mettre l'éprouvette sur les griffes ou pinces.

La partie de la machine servant à mesurer l'effort se compose

Fig. 98.

d'un levier coudé I articulé à la seconde griffe L par son bras le plus court; l'autre bras appuie au moyen d'un couteau sur le centre d'un plateau ou piston F reposant sur un diaphragme en caoutchouc. Ce caoutchouc est serré dans un joint à boulon G et vient presser une mince couche d'eau communiquant avec un manomètre à mercure à air libre H. Les 2 bras de levier sont dans le rapport 1 à 5. Lorsque par la vis E on agit en K sur le levier coudé, le bras I oscille autour de l'axe M et vient appuyer sur le diaphragme. La pression sur la couche d'eau est un cinquième de l'effort de traction. Cette pression est mesurée par un manomètre à mercure placé près de l'opérateur ; ce manomètre est gradué en

kilo d'effort effectif agissant sur l'éprouvette. Un index N glissant le long d'une tringle sert à conserver l'indication de la hauteur de la colonne mercuriclle au moment de la rupture.

3. — Cassure. — Un des principaux défauts des cuirs, c'est d'être cassants ; on s'en aperçoit en pressant un morceau de cuir plié en 2. Pour mesurer ce degré de cassure, nous avons imaginé le petit appareil suivant (fig. 99) :

Une plaque de fonte A A' de 1 centimètre d'épaisseur, ou mieux

Fig. 99.

une plaque d'acier, est fixée sur un plateau B B', que l'on peut ajuster sur une table quelconque au moyen de boulons R. Cette plaque est divisée en 2 parties et réunies par une charnière en G, de sorte que la portion A est lixe et la portion A' peut s'abaisser au moyen d'une vis D fixée en E sur le plateau B B', au moyen d'une charnière, de façon qu'elle puisse osciller légèrement; cette vis passe dans une plaque d'acier filetée G fixée à l'extrémité de la plaque A' ; elle est commandée par une roue à main R, graduée en centièmes. Le bout de la plaque G porte une aiguille Y se déplaçant devant une portion de cercle graduée K portant des divisions de 1 à 100 exprimant le degré de cassement du cuir.'

Pour essayer le cuir, on le place en a sur la plaque de fonte, en ayant eu soin d'y faire 2 trous pour laisser passer les 2 vis L LT ; dessus ce cuir on place 2 plaques b et b, qui le maintiennent

fortement serré contre les plaques A et A1 et dans toutes ses parties, sauf en 0, où se fera le pli du cuir qui amènera la cassure. On fait tourner la roue R de gauche à droite, la plaque A' s'abaisse, le cuir commence à se friser, puis éclate à ce moment; on lit la division sur la règle K et les centièmes ou dixièmes sur la roue R.

Le cuir le plus cassant que Ton puisse trouver marque 1 et le cuir le moins cassant, la peau en triple, le cuir chamoisé, marque 100. Il faut autant que possible opérer avec des cuirs de même force et môme épaisseur. Les chiffres donnés par cette machine ne sont vraiment utiles que comme termes de comparaison.

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