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II. — THÉORIE DE l'ÉPILAGE

Nous avons dit que les poils sont terminés dans le derme par un bulbe renfermant une matière albuminoïde que nous avons étudiée et nommée la pilline, laquelle présente tous les caractères des matières alburninoïdes en général. Elle en diffère par une grande solu-

bilité dans les alcalis, les sulfures alcalins elles sels basiques solubles.

Nous avons déterminé sa composition ; elle correspond à la formuleC25 H43 Az4 O12.

Le bat de l'épilage est de détruire cette matière, qui laisse alors le poil libre. On emploie pour cela la fermentation, les alcalis et les sulfures.

1. -r- Epilage à l'échauffé. — Qu'elle soit naturelle ou artificielle, on soumet les cuirs humides à la température de 20 à 25 degrés jusqu'à ce que le poil tombe.

Nou§ avons découvert l'agent principal de la fermentation, qui est un microbe du genre bactérie, aérobié, c'est-à-dire vivant à F air et vivant de la pilline. Il transforme cette substance en leucine, tyrosine, acides butyrique, margarique, moins riches en azote et en ammoniaque, qui se dégage, se dissout dans l'eau qui imprègne la peau, et dissout la coriine et par conséquent gonlle la peau. Il vit en présence d'autres bactéries et d'autres vibrions de la putréfaction que nous avons cités; ceux-là vivent de la matière de la peau; on doit donc éviter de les produire et de les laisser multiplier; c'est pourquoi il faut une si grande surveillance pour éviter les exploits de ces malfaiteurs.

Le microbe spécial à la pilline est représenté par la figure 100 ; nous l'avons nommé bactérie pilline. Cette bactérie vit autour du poil; on n'en rencontre presque pas dans le liquide qui s'écoule des peaux. Sa multiplication à la surface de la peau, la quantité d'ammoniaque produite, le coefficient de résistance des poils sont dans un rapport constant, ainsi que nous l'avons constaté dans un grand nombre d'expériences. Nous avons surveillé jour par jour l'échauffé naturelle et artificielle, nous avons cherché :

1° Le nombre de microbes existant sur une superficie de peau. Nous avons adopté le millimètre carré. Il nous est impossible d'entrer dans tous les détails minutieux et compliqués d'une pareille étude, cela nous entraînerait trop loin et sortirait du domaine de la pratique.

2° Nous avons dosé Fammoniaque dans l'air de l'étuve et dans le liquide contenu dans 100 grammes de peau.

3° Le coefficient de résistance des poils à l'arrachage. Nous nous

sommes servi d'une pince à vis fortes, avec mâchoires en liège cannelé, avec laquelle nous pincions exactement 100 poils de la peau fixée solidement, à plat sur une table. La pince était attachée

Fig. 100.

à une corde fixée à un levier mobile autour d'un axe, la petite branche du côté de la corde et la grande branche, dix fois plus longue, portait à son extrémité un seau taré. En versant de l'eau dans le seau on opérait une traction sur la corde, insensiblement jusqu'à ce que les poils cèdent. Le poids de l'eau versée multiplié par 10 donnait ce que nous appelons le coefficient de résistance des poils.

L'opération de l'échauffé était conduite par les ouvriers à la manière ordinaire sans aucun changement. Nos essais portaient sur 2 peaux. Dans l'échauffé naturelle, une peau était placée vers la partie supérieure du bas et une au milieu ; dans l'échauffé artificielle une peau était placée contre le mur de l'étuve et l'autre au milieu du plafond.

Sur chaque peau on a fait 4 essais, 2 dans les parties fortes et 2 dans les parties faibles.

Nous avons Consigné, dans le tableau suivant, les résultats moyens de 5 séries d'échauffés.

Il résulte de ces essais que l'échauffé doit se faire par une température régulière, sans changements brusques et aussi rapidement que possible pour éviter que d'autres bactéries ne viennent détériorer le corps de la peau. Lorsqu'on laisse les peaux trop longtemps en échauffe, et lorsque la pilline a disparu, la bactérie pil-

line attaque la peau elle-même et la pique. Il faut donc saisir juste le moment.

Pour nous assurer que la bactérie pilline est bien la cause de la fermentation épilatoire, nous avons fait les essais suivants dans le laboratoire :

1° Nous avons cultivé la bactérie pilline dans de la gélatine additionnée d'ammoniaque pour l'isoler des autres bactéries et l'obtenir pure en suivant la méthode de M. Pasteur.

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