II. — GONFLEMENT ET ÉBOURRAGE
1 . — Echauffe naturelle. — L'échauffé naturelle consiste à mettre les peaux en pile, les unes sur les autres, pliées suivant leur longueur, oupliées en quatre, le poil en dedans. Lorsqu'un commencement de fermentation se déclare, l'échauffé est suffisante pour faciliter l'épilage. On doit avoir soin de visiter les peaux très souvent afin de saisir le moment où la fermentation est arrivée à un degré convenable, c'est-à-dire lorsque le poil crie en s'arrachant.
L'INDUSTRIE DES CUIRS Eï DES PEAUX
Il ne faut pas dépasser le terme, sans quoi les peaux se piquent et s'altèrent à la fleur.
Pour remédier à une altération trop prompte de la fleur, on répand quelques poignées de sel sur la moitié de chacune avant de les plier. En Allemagne quelques tanneurs emploient pour le même but du vinaigre de bois avec lequel ils humectent légèrement les peaux.
En visitant les peaux on doit retirer de réchauffe celles qui sont faites à point et remettre en pile celles dont l'état n'est pas encore satisfaisant. Nous avons remarqué une température de 25 à 30 degrés dans des échauffes normales et 3o à 40 degrés dans des échauffes défectueuses.
Deux ou trois jours suffisent pour gonfler la peau et répiler.
Les peaux sont quelquefois suspendues à des perches dans une chambre bien close, comme à Givet, où on l'appelle pendoir, jusqu'au moment de la fermentation.
L'échauffé naturelle est déplus en plus abandonnée; outre l'altération du tissu de la peau, elle est insuffisante pour les grosses peaux étrangères.
2. — Echauffe à l'étuve. — Ce système n'est autre que celui du pendoir, dans lequel on active le gonflement, en allumant sur le sol de la chambre, vers le milieu, un feu de tannée sèche qui brûle lentement en répandant beaucoup de fumée; c'est pourquoi on a appelé cette sorte d'étuve-fumoir chambre à fumée. Deux j ours suffisent.
3. — Echauffe à la vapeur. — Ce procédé a été décrit, en 1838, par M. Delbut, tanneur à Saint-Germain-en-Layc ; il était employé depuis longtemps par les praticiens de Montbéliard.
Les peaux sont suspendues dans une chambre appelée échauffe, qui est voûtée et mesure 3 mètres de hauteur, 3 mètres de largeur et 3m,50 de longueur. Elle est pourvue de deux planchers, un inférieur, eu pierre, faisant partie delà maçonnerie de la chambre établi en peu le et portant une rigole pour l'écoulement des liquides; le second est en bois, à 20 centimètres du premier, porte un nombre considérable d'ouvertures circulaires. On dispose les
peaux sur ce plancher. La vapeur est «amenée par un tuyau qui débouche dans l'intervalle qui sépare les deux planchers; elle pénètre dans la chambre par les orifices du faux plancher ; Feau condensée tombe par les mêmes orifices.
La température est maintenue entre 20 à 25 degrés ; on doit la régler avec un grand soin, car on sait que, sous l'influence de la double action chaleur et humidité, il pourrait se produire de la gélatine ou une fermentation sous l'influence des organismes étrangers qui déterminent des piqûres comme dans l'échauffé naturelle. L'opération demande de quinze à dixrhuit heures.
Les cuirs sont mis à cheval sur des perches situées horizontalement dans Féchauffe et à une assez grande hauteur pour qu'aucune des extrémités ne touche le plancher. On laisse un certain intervalle entre chaque cuir pour que toutes ses parties soient bien exposées à l'air ambiant.
4. — Echauffe parle procédé américain. — On place les peaux dans une cave de 4 mètres de longueur, 3 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur. On pénètre dans cette cave par un couloir de 2 mètres de long, fermé par une porte à chaque extrémité ; la porte qui donne accès est à doubles parois remplies de tannées à l'intérieur pour éviter le refroidissement par l'air extérieur. Une conduite construite en planches de 28 à 30 centimètres de côté est disposée sous terre à lm,20 de la surface du sol; une de ses extrémités débouche au centre du plancher de la cave; l'autre, se trouvant à 20 mètres de la première, débouche dans une tranchée faite dans la terre ; cette conduite est légèrement inclinée depuis le centre delà chambre.
Le toit de cette cave est de niveau avec la surface du sol. On dispose sur le toit 2 rangs de planches posées de champ, laissant un espace entre elles de 5 centimètres. Tout le toit est recouvert avec de la terre sur une épaisseur de 1 mètre au moins, sauf l'intervalle qui sépare les planches et qui forme une cheminée étroite et longue. Au moyen de tuyaux on amène de l'eau dans des gouttières situées le long de la corniche des parois verticales, afin que ce liquide, coulant en petite quantité, forme une nappe liquide sur les murs ou une pluie fine.
On a ainsi une chambre à température constante, froide, de manière que les peaux puissent être débourrées sans s'échauffer et sans fermentation. L'eau que l'on emploie ne doit pas dépasser ] 0 degrés de température ; elle a pour but de saturer l'atmosphère et d'absorber la chaleur que les peaux peuvent dégager et de maintenir une température uniforme dans la cave.
On suspend les peaux dans cette cave au moyen de 3 barres placées suivant la longueur, à égales distances, près du toit, munies de crochets de fer distants entre eux de 5 à 6 centimètres. Au sortir du bassin, les peaux sont accrochées par la tête et maintenues ouvertes. On ferme les portes de la cave, puis on fait couler Feau. Un courant d'air ascendant traverse la cave, en entrant par l'extrémité de la conduite de bois, se refroidissant en parcourant 20 mètres sous terre, en entrant clans la chambre par le milieu du plancher et s'échappant par l'ouverture longitudinale supérieure. L'eau suit un mouvement inverse, tombant de la partie supérieure; en absorbant les vapeurs de la chambre, elle s'écoule sur le plancher et par la conduite de bois.
La température ne doit pas être au-dessous de 7 degrés ni audessus de 12 degrés. Quand la température s'abaisse au-dessous de 7 degrés, on couvre en partie la fente du toit, et lorsqu'elle dépasse 12 degrés, on introduit soit de l'air froid, soit une plus grande quantité d'eau froide.
Au bout de trois à quatre jours, lorsque le poil des peaux commence à se détacher sur les parties supérieures, on les retourne et on les suspend du côté de la queue jusqu'à ce que le poil s'enlève uniformément.
Les peaux exigent de six à huit jours pour leur débourrage complet.
C'est un bon procédé avec lequel on ne risque pas autant de détériorer les peaux.
5. — Echauffe à l'eau chaude. — On emploie aussi en Amérique l'échaufTe à l'eau chaude, qui ne diffère de l'échauffé à la vapeur qu'en ce que le courant de vapeur y est remplacé par un courant d'eau chaude. Elle présente les mêmes inconvénients et demande une surveillance excessive.
6. — Echauffe froide, — appelée encore échauffe à l'américaine, consiste à placer les peaux dans les fosses à maçonnerie enduites de ciment, pourvues d'un canal de bois pour faire écouler l'eau. On y maintient de l'eau à la température de 6 à 12 degrés. On trempe les peaux vingt-quatre heures dans cette eau, puis on les met en pile vingt-quatre heures en les arrosant avec un arrosoir muni de sa pomme toutes les six heures. On recommence trois fois la môme opération, et les peaux sont prêtes.
On emploie pour le clépilage d'autres procédés nouveaux connus sous le nom de procédés chimiques; nous en parlerons à propos des cuirs mous pour lesquels ils sont principalement destinés.
7. — Ébourrage, — que l'on nomme aussi : dépilage, épilagc, pelage, délainage, ébourrement.
Au sortir de l'échauffé les cuirs sont plongés dans un bassin d'eau une heure, on saupoudre le poil avec du sable très fin. Quelques tanneurs préfèrent employer des cendres tamisées, qui n'ont pas l'inconvénient d'érailler la fleur comme le sable.
L'ouvrier commence à faire une couche en plaçant sur le chevalet de rivière plusieurs peaux pliées en deux pour obtenir l'élasticité nécessaire pour son travail. Il place ensuite la peau à débourrer sur la couche, le poil en dessus, et au moyen du couteau rond, que quelques-uns appellent couteau sourd, il enlève les poils en le promenant de bas en haut sur la fleur. Si le poil ne quitte pas assez facilement, l'ouvrier rajoute, ou ajoute s'il ne l'a pas encore fait, un peu de sable ou de cendre. On doit éviter les éraflures en prenant garde qu'il n'y ait aucun corps étranger entre le couteau et la peau. On doit soigner les bordages.
On remplace quelquefois le couteau rond par la gueurse, sorte de pierre ou d'ardoise ayant la forme de la lame du couteau et emmanchée comme lui.
Les peaux sont mises dans l'eau pour les rincer; on les y laisse deux ou trois heures.
8. — Ecollage. — Au moyen d'une faux on écolle la peau, c'està-dire qu'on retranche les nombrils entre deux chairs, on coupe les tétines, on déborde les culées et la queue, on coupe les oreilles,
les extrémités des pattes; etc., et toutes les parties inutiles. Ces débris prennent le nom de colle et servent à fabriquer de la graisse et de la colle. Cette opération est faite par un homme adroit et spécial qui ne doit retrancher que le strict nécessaire.
9. — Echarnage. — Cette opération a pour but d'enlever les chairs qui restent adhérentes à la peau.
Les grosses chairs sont enlevées légèrement avec la faux. Les autres chairs s'enlèvemt avec le couteau à écharner, qui ne diffère du couteau rond que parce qu'il est tranchant. L'ouvrier travaille sur le chevalet à nu en poussant le couteau de haut en bas, enlevant toutes les chairs et quelques parties épaisses de la peau. Les ouvriers appellent l'opération pousser les chairs.
10. — Queursage. — Opération qui a pour but d'adoucir et d'égaliser le grain de la peau. On se sert de la queurse. Si on a employé la queurse pour l'ébourrage, on supprime généralement cette opération. Entre chacune de ces opérations on a soin de bien rincer la peau dans l'eau claire. On termine par la grande façon ou dernière façon, c'est-à-dire qu'on nettoie parfaitement les deux côtés de la peau, jusqu'à ce que l'eau de lavage sorte claire. Aujourd'hui cette dernière façon s'exécute dans le foulon à purger de chaux que nous décrirons dans la molleterie.
11. — Machine à ébourrer. — Quoique l'invention des machines ait fait de grands progrès, le travail de rivière continue à être généralement fait à mains d'hommes et à part l'emploi du foulon tous les tanneurs én sont encore tenus au travail rude et fatigant de rivière.
M. Lepelley, tanneur à Paris, est l'inventeur d'une machine à queurser et à façonner qui a été le point de départ de toutes les autres. Elle se compose d'un cylindre à double hélice sur lequel on fait passer les peaux; les spires de l'hélice s'allongent en sens contraire de droite à gauche et d'une table garnie de pierres à queurser. La peau est grattée par le cylindre et frottée par les queurscs. Cette machine a été modifiée par M. Allard, de Chàteaudun, Jonquet, de Paris, Adler, et enfin par MM. Beaudoin et Damourette en 18GG.
Fi g. 26.
Los principaux organes de la machine Damourette sont : un cylindre travailleur à double hélice et un clavier à touches mobiles, tous deux avec table élastique en regard; une table queurse avec contre- table en liège, et enfin un rouleau entraîneur pour peau.
Le cylindre travailleur, la table queurse et le clavier à touches sont portés par des bâtis fixes de la machine et placés les uns audessus des autres, tandis que le rouleau entraîneur, la table en liège et les deux tables élastiques se trouvent sur un grand chariot mobile qui permet de rapprocher ou d'écarter les tables des organes correspondants.
Le cylindre travailleur présente des spires hélicoïdales dont le pas se développe à droite et à gauche à partir du milieu. Ces spires sont venues de fonte ou formées de cornières rapportées à vis. On emploie pour ces cornières divers métaux suivant le travail que l'on veut obtenir, savoir : pour le nettoyage et le foulage, des couteaux en fonte, fer ou aciers émoussés ; pour l'écharnage, des couteaux en acier à arête vive.
La table en face du cylindre doit être élastique et flexible, c'està-dire à charnières et recouverte de liège, feutre ou caoutchouc; des ressorts placés à l'arrière appuient cette table contre la peau en travail et contre le cylindre.
Le clavier à touches mobiles est une longue traverse creuse en fonte, dans laquelle sont logées les unes à côté les autres et parallèlement de petites touches en cuivre pouvant avoir un petit mouvement horizontal indépendamment les unes des autres. Ces touches, qui portent à l'arrière un petit ressort à boudin enroulé autour d'une tige-guide, pressent la peau sur toutes ses parties contre une table rigide et servent ainsi à achever d'une manière complète le travail du cylindre, soit à faire disparaître les moindres inégalités de la peau.
La table queurse est disposée de façon à ce que l'arête des pierres forme une ligne saillante horizontale et parallèle au cylindre. Sur cette arête vient s'appuyer une table en fonte garnie de liège en forme de gouttière renversée ; cette table, assez lourde, peut se relever à volonté au moyen de leviers manœuvrés à la main.
La table de liège étant relevée et la barre du rouleau soulevée, on étend la peau sur la queurse, le cylindre et le rouleau, on abaisse la barre que l'on fixe solidement, on laisse retomber la table en liège et on met en route. La peau s'enroule sur le rouleau entraîneur, est grattée par le cylindre et soumise à Faction de queurses sur lesquelles s'appuie la table en liège. L'entraîneur consiste soit en un rouleau creux avec une rainure et barre de retenue, soit en un rouleau en bois plein avec lanières et crochets pour saisir la peau : dans ce dernier cas de petites gorges circulaires permettent aux lanières de se noyer dans le bois sans dépasser le diamètre extérieur.
Les divers organes sont disposés les uns au-dessus des autres dans l'ordre suivant en partant du bas : le cylindre-hélice, le clavier, la queurse, le rouleau entraîneur. Au-dessous du cylindre on peut placer une table en bois inclinée, qui rend Fétendage plus facile.
L'opération se fait en une ou deux passes pour chaque face.
On étend la peau sur le chariot écarté, on l'attache au rouleau entraîneur, et on rapproche le chariot de manière à amener la peau en contact des organes travailleurs. Pendant l'opération on fait arriver sur la peau en travail de l'eau au moyen d'un tuyau longitudinal percé dans toute sa longueur de petits trous par lesquels l'eau s'échappe en pluie et chasse les poils, la chaux, les chairs et les impuretés enlevés par les organes travailleurs.
La machine à ébourrer et à façonner de rivière de M. Richard, tanneur à Joigny (Yonne), est celle de M. Damourette avec des perfectionnements pour la conduite et la marche. Une machine semblable travaille 12 cuirs à l'heure. Durant la première partie de l'opération les deux servants ont le temps de prendre le cuir suivant sur pelains ; durant la seconde, rde le rincer et de le mettre en pile.
12. — Trempe. — Après 1 echarnage les peaux sont jetées dans un bassin contenant de l'eau claire ; les changer d'eau, les laisser quatre ou cinq heures, et si, à nouveau, elles salissent l'eau, les changer une troisième fois. Une trempe de vingt-quatre heures dans une eau claire et froide augmente le rendement parce qu'elle ouvre le tissu de la peau, l'attendrit et le dispose aux opérations
ultérieures. Un bon trempage donne 4 p. 100 do pins do poids de la peau on tripe] c'est ainsi qu'on appelle la peau arrivée à être encuvée.
Une bonne eau de tannerie doit être douce, claire et à la même température, à peu de chose près, pendant les opérations du tannage. Son degré hydrotimétrique ne doit pas dépasser 15.
Les eaux renferment principalement: du carbonate de chaux, du sulfate de chaux, du carbonate de magnésie et de l'acide carbonique. Dans le travail de rivière, seuls les bicarbonates de chaux et de magnésie influent sur la peau ; le sulfate de chaux agit moins. L'acide carbonique est un bon auxiliaire, aussi les eaux bien aérées sont-elles préférables aux autres. Pour adoucir les eaux de tannerie on a recours à plusieurs moyens ; voici les plus recommandables :
1° Le silicate de potasse ou de soude du commerce à la dose de 10 grammes par mètre cube et par degré hydrotimétrique;
2° Le chlorure de baryum, à la dose de 10 grammes par mètre cube d'eau et par degré hydrotimétrique ;
3° L'alun, à la dose de 20 grammes dans les mêmes conditions;
4° L'acide oxalique et les oxalates, l'acide borique, le borax.
On opère en ajoutant la drogue dans l'eau contenue dans une grande cuve, on brasse avec un rable, on laisse reposer la nuit; on pompe l'eau du réservoir, ou on la fait écouler, en ayant soin que l'orifice du tuyau se trouve à 10 centimètres du fond de manière à ce que les impuretés qui se sont déposées restent au fond ; après quoi on les fait écouler au canal.
Ces procédés quoique excellents sont encore trop compliqués pour être adoptés; la manipulation quoique simple présente des difficultés.
Que cherchc-t-on ? A enlever les carbonates calcaire et magnésien simplement. Au lieu de les précipiter, pourquoi ne pas les faire entrer dans une combinaison solide et soluble; l'eau resterait claire, ne changerait pas d'aspect et on éviterait ainsi les décantations et les manipulations. C'est ce que nous avons fait dans dans plusieurs tanneries qui ont été contentes du résultat. Nous employons pour cela l'acide chlorhydrique ou acétique.
On emploie 20 grammes d'acide chlorhydrique du commerce, à
20 degrés Baume par mètre cube d'eau et par degré hydrotimétrique, ou 20 grammes d'acide nitrique du commerce à 36 degrés Baumé, ou encore 25 grammes d'acide acétique à 9 degrés Baumé, pour la même quantité d'eau. Il suffit d'ajouter le liquide acide dans l'eau contenue dans une cuve en bois ou même en ciment, de remuer avec un bâton, et l'eau est suffisamment douce pour les opérations de la tannerie.
Ainsi, si on a 25 mètres cubes d'eau à 23 degrés hydrotimétriques, et si on emploie l'acide nitrique, on devra donc ajouter 20 x 25 x 23 = 11,500 grammes d'acide nitrique, au prix de 30 francs les 100 kilos, soit une dépense de 3 fr. 35 pour 25 mètres cubes, soit 0 fr. 13 par mètre cube. La dépense n'aurait été que de
0 fr. 03 si on avait employé l'acide muriatique.
En résumé, pour ce qui concerne les eaux de tannerie, elles doivent remplir les conditions suivantes ;
1° Etre douces ou adoucies par les procédés ci-dessus décrits;
2° Etre à une température invariable, froide ou tiède, ce que l'on peut obtenir en la faisant séjourner dans la tannerie.
3° Etre bien aérées, ce que l'on obtiendra en la faisant couler en cascade ou de baut de façon à la faire bouillonner.
13. — Déchet de rivière. — Une peau pesant 100 demi-kilos par exemple en sortant de l'abattoir ne pèse plus après l'extraction des cornes et des crânes et des 8 petits ergots des pattes que 91 demikilos, soit un déchet de 9 p. 100. Le regonflement dans les bassins produit avant l'cpilage un surplus de poids de 17 demi-kilos; la peau pèse donc 108 kilos. Le regonflement augmente donc le poids de la peau de 17 p. 100 (en réalité de 18,5 p. 100 sur 91 kilos de peau.) La peau augmente donc réellement de 17 — 9 = 8 kilos, soit 8 p. 100.
Après 1 ebourrage la même peau repèse 100 demi-kilos, poids de boucherie; elle perd donc 8 demi-kilos, soit 8 p. 100. Après l'écharnage la peau ne pèse plus que 92 demi-kilos, soit 8 p. 100 de déchet encore.
La peau a donc perdu en définitive : 8 p. 100 de cornes et crânes ;
1 p. 100 de petits ergots et patins; 8 p. 100 de bourre; 8 r. 100 de colle; soit au total, 25 p. 100 de déchet.
100 — 25 = 75 p. 100 que la peau devrait peser; comme elle pèse 92 p. 100, c'est donc une différence de 17 p. 100 qui est due à l'eau absorbée pendant le gonflement.
Cette peau en tripe mise à sécher de fond donnera 25 p. 100 de peau sèche; elle renfermait donc 92 — 25 = 67 p. 100 d'eau. Ce qui est juste puisque 67 — 17 = 50 p. 100; or la peau de boucherie renferme 50 p. 100 d'eau.
Une bonne trempe ramène nos 92 demi-kilos à peser 96.
Donc en résumé une peau de 100 demi-kilos renferme.
50 demi-kilos; d'eau au sortir de boucherie soit 50 p. 100.
67 — après la lre trempe 67 —
72 — — après l'écharnage 72 —
76 — — après la 2e trempe 76 —
Ceci est compté bien entendu sur la sèche de fond, c'est-à-dire sèche complète à l'air libre. Quoique une peau sèche de fond paraisse sèche, elle renferme en réalité encore 15 p. 100 d'eau énergiquement retenue par la peau ; il faut une température prolongée plusieurs jours à 100 degrés pour l'enlever complètement.
m. — PASSERIE
Dans la passerie les cuves subissent le travail du gonflement et s'apprêtent à recevoir le tannin. C'est une opération délicate d'où dépend le bon ou le mauvais rendement et la qualité du cœur mis en œuvre. La peau sortant du travail de rivière est un enfant qui vient de naître ; on doit l'entourer de soin, surtout pendant les premiers âges, tout comme une mère a soin de son enfant; c'est en se pénétrant bien de cette idée qu'on arrivera à faire du bon cuir.
On exécute l'opération au moyen de la jusée ou des acides.
1. — Jusée. — La jusée est de l'eau qui a macéré sur de la tannée ou tan épuisé provenant généralement du recouchage en deuxième poudre. Comme nous aurons l'occasion d'y revenir, le tan n'est jamais épuisé dans les fosses, il reste toujours 1 p. 100 de tannin au moins, qui ne peut être extrait à froid par le jus des
fosses. En lessivant ces écorces on obtient des jus faibles qui ne tardent pas à s'aigrir au contact de l'air par la décomposition du tannin en acides organiques divers.
Ce lessivage s'opère bien simplement; une simple cuve clans laquelle on met le tan épuisé; on verse l'eau dessus, après six ou sept heures, on déverse cette eau au moyen d'une ouverture pratiquée dans le fond dans un puisard, d'où on l'extrait au moyen de ]a 'pompe à jus pour le reverser de nouveau sur la tannée jusqu'à ce qu'elle soit complètement épuisée, ce qui arrive au bout de trois macérations.
Dans certaines tanneries on se sert d'une fosse enfoncée dans le sol, dans laquelle se trouve un canal en bois formé simplement par quatre planches de 15 centimètres de côté. On met la tannéedans la cuve et l'on verse dessus une quantité suffisante d'eau. Le liquide traverse toute l'épaisseur de la tannée, dissout le tannin, ser rend dans le fond de la cuve d'où il pénètre dans le canal, qui se trouve ainsi transformé en un puits et d'où on le retire avec la pompe, pour le renverser de nouveau sur la tannée, et ainsi de suite jusqu'à épuisement.
Voici maintenant comment doit se faire une installation de fosses à jus méthodiques.
On choisit un emplacement dans la cour de la tannerie, vers les fosses, pour y installer le lessivage rationnel de la tannée. Les cuves que l'on emploie peuvent être en bois ou en briques cimentées ; elles ont 3 mètres de diamètre sur autant de hauteur, elles portent un faux fond à 10 centimètres de leur base, percé de 100 trous au mètre carré. Le fond porte une ouverture conique, ou bonde fermée avec une tige de bois également conique de 3 mètres de hauteur, cette tige passe clans une cheminée en bois; carrée, de 10 centimètres de côté, portant à sa base des trous sur ses quatre faces. La figure 27 donne les détails des différentes parties de la cuve.
On les dispose circulairement au nombre de quatre: A, B, C, D, (fîg. 28) autour, d'un puisard E enfoncé dans terre dans lequel le tuyau d'écoulement de chacune d'elles aboutit avec une légère pente, a, b, c, d. Le fond de la cuve A communique par un tuyau à robinet L avec la partie supérieure de la cuve B, la partie infé-
rieure, de la cuve B communique avec la partie supérieure de La cuve D au moyen du tuyau à robinet M; le tuyau N remplit le morne office entre la cuve D et la cuve C; enfin, le tuyau 0 relie de la même manière la cuve C avec la cuve A. Ces tuyaux sont en cuivre et ont 10 centimètres de diamètre, ils partent de la partie inférieure de la cuve, entre le fond et le faux fond, et aboutissent à 20 ou 30 centimètres de la partie supérieure de la cuve suivante.
Les cuves sont chargées de tannée, il faut commencer le train, Pour cela, au moyen d'un tuyau de toile amenant de l'eau, K, on emplit la cuve A en ayant soin de boucher l'orifice du tuyau 0, enfermant le robinet; l'eau, en traversant toute la couche de tan, se charge de principes tannants ; lorsqu'elle est pleine, on la fait macérer pendant deux heures. On ouvre le robinet d'eau K sur la cuve A ; cette eau nouvelle force le premier jus à passer par le tuyau L dans la partie supérieure de la cuve B. On laisse deux heures pendant ce temps une nouvelle eau épuise le tan de la cuve A et le premier jus se charge du nouveau principe tannant dans la cuve A. Après ces deux heures, on ouvre de nouveau le robinet d'eau K sur la cuve A, le contenu de la cuve B vient en D, celui de A en B, et de l'eau claire charge la cuve A. Au bout de deux nouvelles heures, on fait couler de l'eau sur la cuve A, le contenu de D passe en C, celui de B en D et de l'eau pure reste en A. Au bout d'une heure; on fait écouler le jus de la cuve C, qui est suffisamment chargé, en soulevant la tige de la bonde, le jus s'écoule par le tube G dans le puisard E, d'où il peut être conduit par le tuyau souterrain P dans l'atelier de passerie ; pour le faire écouler, il faut soulever la bonde conique II.
Dans la cuve A, le tan est complètement épuisé; on décharge donc la cuve et on la charge avec du tan nouveau. Elle perd son rang de première et devient dernière.
On fait alors écouler l'eau par le tuyau K dans la cuve B, le jus de G passera en A, celui de D en G et celui de B en D ; on laisse deux heures. On vide le jus de A dans le puisard I; la tannée de la cuve B est épuisée; on fait donc écouler l'eau claire qu'elle renferme par le puisard qui par un tuyau spécial va la rejeter au canal, on la charge avec de la tannée neuve, elle devient dernière, et ainsi de suite.
FABRICATION DES CUIRS FORTS Ï4o
On peut encore modifier ce train de cuve de la manière suivante pour en avoir une simplification sensible ; les cuves, au lieu d'avoir leurs tuyaux de vidange a, b, c, d en bas, Font en haut, au-dessus du niveau des tuyaux de communication L, M, N, 0. On supprime les bondes et désormais les cuves peuvent être enfoncées en terre comme les fosses, le puisard un peu en dessous; la charge et la décharge sont alors plus faciles et la manipulation plus simple.
Fig. 27. Fig. 28. Fig. 29.
Fig. 27 à 29. — Cuves à jus.
Fig. 27, coupe \erticale d'une des cuves. — Fig. 28, plan des cuves. — Fig. 29, détails dft la bonde
plan de la bonde.
L'eau arrivera constamment, en mince tilet, par le tuyau K dans la cuve A ; ce débit sera calculé de telle façon qu'en deux heures l'eau écoulée soit égale à la capacité d'une des cuves. La cuve B se remplira donc en deux heures, puis le changement du jus de B en D et de A en B s'opérera constamment, en deux heures.
Après huit heures, la cuve G sera pleine et le tan en A épuisé, on arrêtera l'écoulement du tuyau K dessus la cuve A et on le place sur Béton ferme le robinet de communication de la cuve Cet de la cuve A. L'eau claire coulant en B, le jus fait coulera par le tuyau de vidange supérieur a dans le puisard E. Cet écoulement demande deux heures pendant ce temps on fait écouler l'eau claire de la cuve A dans le ruisseau, on la charge ensuite de tannée neuve. On ouvre le robinet du tube 0, on ferme celui du tube L, et on fait couler l'eau claire dessus la cuve D; le jus C coule en A, celui D en Cet B en