‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 54 sur 221 · Epilage à l'ammoniaque. — Ce mode de débourrement des · texte numérisé non relu

Epilage à l'ammoniaque. — Ce mode de débourrement des

peaux est un des meilleurs à notre connaissance, mais son mode d'emploi est très compliqué et surtout gênant pour les ouvriers. Nous sommes le premier qui l'ayons appliqué en grand avec succès; il n'est employable que pour les grandes installations. Sans revenir sur nos premiers essais, voici notre méthode actuelle: on se sert de cuves en bois rondes, de lra,50 de diamètre sur autant de hauteur ; elles sont munies d'un couvercle en fonte de 5 centimètres d'épaisseur se manœuvrant avec une charnière et un contrepoids. Ces cuves, au nombre de 4 ou 5 suivant l'importance de la tannerie, communiquent par un tuyau supérieur avec un tuyau horizontal qui les longe ; chaque tuyau communiquant porte un robinet; elles portent à leur partie inférieure un tuyau de vidange. A leur intérieur se trouvent 3 tasseaux de 20 centimètres de hauteur pour soutenir un fort cadre en fer muni de chaînes se terminant en un seul anneau comme les plateaux d'une balance. Sur ces cadres retirés se mettent les peaux à ébourrer ; on les sépare avec des barres de bois de 5 centimètres d'épaisseur et 10 centimètres de largeur, que l'on place simplement dessus les peaux de manière à laisser un intervalle entre elles. On met ainsi une pile de 100 à 150 peaux suivant la grosseur ; au moyen d'une poulie on soulève le cadre par les chaînes et on le place à l'intérieur de la cuve sur les tasseaux ; on fait arriver de l'eau claire jusqu'à 20 centimètres au-dessus des peaux, on referme le couvercle de fonte qui s'appuie sur des bandes de caoutchouc et on le fixe par un verrou à vis. On prépare de cette façon une série de cuves.

A l'extrémité du tuyau horizontal supérieur avec lequel les tubes communiquent se trouve une chaudière à dôme en fonte de la contenance de 200 litres chauffée par un serpentin de vapeur ou un double fond. Dans cette chaudière se prépare l'ammoniaque.

Supposons que nous commencions complètement le procédé et que nous ayons 2 cuves de 750 kilos de peau, soit 1,500 kilos de peaux à dépiler; on mettra dans la chaudière 50 kilos de sulfate d'ammoniaque du commerce, 100 litres d'eau et 20 kilos de chaux éteinte. On chauffe avec précaution et très lentement la chaudière ; l'ammoniaque se dégage lentement et est absorbée de même

par l'eau des cuves. Comme la solution d'ammoniaque dans l'eau est plus légère que l'eau, elle reste toute à la partie supérieure; nous avons mis au-dessous des tasseaux un agitateur mécanique à hélice qu'un ouvrier tourne du dehors au moyen de la manivelle ; on agite pendant les premiers moments de l'absorption pour bien régulariser la dissolution. Il se dégage ainsi 10 kilos d'ammoniaque qui se répartit dans les 2 cuves, soit 665 grammes par 100 kilos de peaux. L'opération dure une heure, on ferme les robinets de communication par le tube horizontal, on agite le liquide le matin et le soir ; lorsqu'on peut faire agiter mécaniquement, cela n'en vaut que mieux. Au bout de deux jours l'épilage est terminé. On ferme la communication de la chaudière avec le tube horizontal, on met les cuves en communication avec ce dernier, on ouvre la communication avec une pompe à air, qui aspire l'ammoniaque des cuves et la refoule dans la chaudière renfermant une solution concentrée de bicarbonate d'ammoniaque. Cette dissolution absorbe l'ammoniaque au fur et à mesure qu'elle est amenée par la pompe. En une demi-heure l'eau des cuves ne renferme plus d'ammoniaque; on arrête la pompe, on ouvre les cuves, on fait couler le liquide, qui n'est que de l'eau chargée de matières organiques, on referme les cuves, on met en jeu la pompe à air dix minutes pour extraire les dernières traces d'ammoniaque qui pourraient y rester. On décuve, on lave les peaux, on les épile.

On recommence une autre opération, mais cette fois la pompe à air n'a qu'à aspirer l'ammoniaque de la chaudière et la refouler dans les cuves; on chauffe la chaudière à 50 degrés. Dans ce procédé l'ammoniaque est toujours récupérée; il n'y a dans les appareils bien construits qu'une perte de 5 p. 100 d'ammoniaque.

Le prix de revient ne dépasse pas 1 franc pour 1,500 kilos de peaux, soit un demi-centime par veau de 7k,5.

Ce procédé réunit tous les avantages du procédé à la soude, sans en avoir les inconvénients; il donne des peaux propres, dont le poil s'enlève facilement, pas altérées dans leur tissu, à fleur lisse, à tannage facile et à corroyage docile.

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