Epilage au sulfure de sodium. — Proposé par Boudet
FABRICATION DES CUIRS MOUS i87
en 1838. (Brevet du 17 août.) C'est un composé très soluble dans l'eau, qui se rencontre dans le commerce comme résidu de la fabrication de la soude Leblanc. Il renferme : sodium ;>8,97 et soufre 41,03; celui du commerce a pour formule Na S, 9 HO, ce qui fait 62,7 p. 100 d'eau.
Dans ces conditions l'alcali et le soufre agissent tous deux dans le dépilage ; l'action des deux corps est infiniment supérieure à celle de l'alcali employé libre. On emploie généralement des sulfures plus chargés en soufre, que l'on désigne sous le nom de polysulfures. Voici la préparation des plus actifs :
1° On chauffe dans une marmite en fonte 100 kilos de carbonate de soude du commerce desséché avec 90 kilos de soufre ; la réaction s'opère à la température de fusion du soufre ; on coule la masse sur des plaques de tôle; on la met ensuite en dissolution.
2° On fait bouillir jusqu'à dissolution complète 100 d'eau, 30 de soude caustique et 25 de soufre.
On peut employer le produit comme la soude caustique, mais on est d'usage de s'en servir comme suit : on étend les peaux fraîches ramollies sur une, table, la chair en dessus; on applique le sulfure sur toutes ses parties, on empile les peaux chair contre chair et on les couvre de planches que l'on charge de pierres ; on peut enlever le poil au bout de peu de temps.
M. Watteau a préconisé en 1872 l'emploi du sulfure double de sodium et de calcium qu'on prépare en faisant bouillir pendant six heures : 4,800 litres d'eau, 630 kilos de chaux, 400 kilos de soude et 140 kilos de soufre. On enduit la chair avec ce liquide, et deux jours après le poil tombe. Le sulfure de baryum commence à être employé.
7. •— Epilage au sulfhydrate de chaux. — Ce sulfhydrate se prépare en faisant bouillir de la chaux éteinte délayée dans l'eau avec du soufre; parties égales, on filtre. Ce système a été préconisé en 1840 par Bœtger en Allemagne et Darvaulten France.
On étend la peau sur une table en pierre ou en bois, la fleur en dessus ; on imprègne légèrement le poil avec une bouillie du sulfure de calcium, au moyen d'une truelle de bois qui sert à faire pénétrer la substance jusqu'à la racine des poils. On pré-
pare de la même manière les autres peaux, on les empile poil sur poil, et on les couvre de planches chargées de pierres. Au bout de deux heures on peut enlever facilement le poil.
M. Lindner a proposé l'emploi de la chaux qui a servi à l'épuration du gaz et qui renferme des sulfures de calcium.
Dans l'emploi du rhusma, mélange de chaux et d'orpiment (sulfure d'arsenic), c'est le sulfure de calcium qui agit, ou plutôt un sulfoarsénite de chaux.
8. — Epilage au sulfoarsénite de chaux. — Le Rhusma est employé depuis fort longtemps par les congrégations religieuses de l'Orient pour préparer des pommades épilatoires.
L'orpiment, l'orpin, l'orpingeau, ou trisulfure d'arsenic, ou encore acide sulfoarsénieux, est composé en poids de 61 d'arsenic et 39 de soufre; il est jaune, fusible, volatil. On l'obtient en chauffant 3 parties et demie d'acide arsénieux impur avec une demi-partie de soufre; cet orpiment des arts renferme beaucoup d'acide arsénieux libre. Il se combine aux sulfures et aux alcalis ; avec la chaux il donne le sulfoarsénite de chaux, qui agit fortement pour dépiler. On l'applique du côté de la chair comme le sulfure le sodium, mais il n'est guère employé que dans la mégisserie.
Le sulfoarsénite de sodium agit de même.
Tous ces composés sont la base des épilatoires vendus dans le commerce, qui ne sont, en général, que de simples mélanges plus ou moins bien appropriés au travail des peaux et que nous passerons sous silence.
9. — Epilage au charbon de bois. — Découvert par Anderson en 1874. On fait une bouillie claire d'eau et de charbon de bois pulvérisé, 1 kilo par veau, on y plonge les peaux en les agitant fréquemment ; à la température de 25 degrés, on met en retraite tous les jours. Une peau de veau s'épile en cinq jours. Les poils se détachent d'un seul coup sans que la peau soit gonflée ; la fleur est très douce.
On n'est pas d'accord sur l'action du charbon de bois dans ce cas; on croit qu'il forme une fermentation intérieure régularisée par le pouvoir absorbant du charbon. (Yoir Théorie.)