IV. — TANNAG E
Le gonflement, la préparation de la peau à recevoir le tannin à la passerie, les refaisages se font comme pour les cuirs forts, mais plus lentement, plus graduellement, pour ne pas surprendre la fleur, qui est extrêmement délicate; le coudrement, qui demandait beaucoup de peine aux ouvriers, se fait généralement à la coudreuse mécanique, qui a la propriété de bien répartir l'action des jus sur toutes les parties de la peau. Le tannage en fosse s'effectue de la même manière que pour le cuir fort, mais il demande moins de temps.
1. — Coudreuses. — Les cuves en bois ou en maçonnerie sont munies à leur partie supérieure, dans le sens de leur longueur, d'un moulin à coudrer. Cet appareil consiste en un axe horizontal, portant vers ses deux extrémités un plateau de bois rond, vertical, en chêne, fixé sur l'axe par une clavette. Les 2 plateaux sont
Fig. 39.
réunis par 6, 8, 10 ailes en bois placées suivant leurs rayons (fig. 39). Le moulin ainsi composé ne trempe dans l'eau de la cuve que le tiers de sa hauteur; lorsqu'il est en mouvement, les ailes chassant l'eau y déterminent un mouvement giratoire qui se communique aux peaux. Pour faciliter ce mouvement, on donne aux cuves la forme d'un demi-cylindre ayant son axe parallèle à celui du moulin. La maçonnerie se prête bien à ce genre de construction.
M. Ghoureau a eu l'idée d'incliner les ailes du moulin, de ma-
nière à les faire agir comme une hélice et à produire un double mouvement vertical et horizontal.
Enfin on emploie quelquefois des cuves de forme elliptique que I on appelle ovales ; elles sont munies de 2 moulinets parallèles au petit axe de la cuve et tournant en sens contraire, de manière à former un seul courant.
Ces coudreuses sont mues soit en bras d'homme dans les petites tanneries, soit mécaniquement par une poulie de commande. Dans ce cas, on les place sur une même ligne et on les actionne par le môme arbre de transmission.
2. — Passerie. — Les veaux sont mis dans une cuve de dégorgement marquant 1 ou 2 degrés au pèse-tannin ; on y introduit les peaux, on les coudre une heure, on les laisse reposer deux heures et les agite une demi-heure. On les place ensuite dans la première cure, contenant du jus faible, venant des fosses à jus, marquant 4 degrés au pèse-tannin, on les coudre une demi-heure, on les laisse au repos deux heures, on ajoute dans la cuve 1 kilo de tan fin par 10 veaux, on coudre une demi-heure, nouvelle ajoute de
1 kilo de tan par 10 veaux et coudrage d'une demi-heure. Le grain commence à monter. On ajoute du tan dans les mêmes proportions et on continue le coudrage une demi-heure. Le grain se dessine parfaitement bien. On lève les peaux sur le bord de la cuve. Pendant ce temps on jette encore dans la cuve 1 kilo de tan lin par 10 veaux. Après un quart d'heure, on abat les peaux dans la cuve, une par une.
On opère ainsi pour faire développer le grain lentement et graduellement; si on allait plus vite, le grain serait trop prématuré. Cette première phase de l'opération dure quatre heures.
Après deux heures de repos, on lève les peaux en les pliant en deux, la fleur en dedans; on ajoute à la cuve 2 kilos de tan par 10 veaux. Après un quart d'heure on abat les peaux, on les coudre une demi-heure et on les laisse au repos trois heures. Au bout de ce temps, on lève les peaux de la même manière, on ajoute
2 kilos de tan par 10 veaux à la cuve, après une demi-heure on les rabat, on les coudre un quart d'heure et on les laisse au repos trois heures. Après ce temps on recommence la même opération.
Ce travail commencé le matin ne se termine que le soir. On laisse les peaux passer la nuit en reoos. Le lendemain les peaux sont levées et le bain augmente de 2 kilos de tan par 10 veaux; on abat les peaux, les coudre une demi-heure et les laisse en repos la journée. Le soir, le lendemain matin et soir, et le jour suivant, matin et soir, mêmes opérations. On laisse ensuite en repos quatre jours.
La première cuve dure neuf jours et demande 20 kilos de tan pour 10 veaux.
On les passe à la seconde cuve en observant les mêmes précautions. Cette cuve est composée avec des jus plus forts. On ajoute 4 kilos de tan par 10 veaux. On continue à lever une heure; coudrer une demi-heure, et ajouter 4 kilos de tan à la cuve, pendant quatre jours, tous les matins. On laisse en repos quatre jours.
La seconde cuve dure huit jours et demande 16 kilos de tan pour 10 veaux.
On passe à la troisième cuve, confectionnée avec un jus plus fort. On lève les peaux deux heures, on coudre une demi-heure, ajoute 4 kilos de tan par 10 veaux, tous les matins, pendant quatre jours, et on laisse reposer un jour.
La troisième cuve dure cinq jours et demande 16 kilos de tan pour 10 veaux.
La durée de la passerie est de vingt-deux jours; on emploie 1 kilo de tan par kilo de peau fraîche.
3. — Refaisage. — On commence par la mise en potée ; pour cela les peaux, au sortir de la troisième cuve, sont égouttées trois heures, puis étalées au fond d'une cuve, la fleur en dessus ; on a préalablement mis dans la cuve 15 on 20 centimètres de jus pesant 5 au pèse-tannin. On empile les peaux en les séparant par quelques poignées de tan humecté. Lorsque le jus est absorbé, on en reverse d'autre, et ainsi de suite, jusque en haut. On met ainsi 100 veaux avec 200 kilos de tan. On recouvre la cuve avec un chapeau de 15 centimètres de tannée. On laisse quinze jours dans cet état.
On met au refaisage, pour cela, au fond de la cuve, 15 centimètres de tannée fine, on y étend les veaux à plat, la fleur en dessus, on jette dessus des poignées de tan, moins dans les parties faibles que sur le noyau ou la gorge ; on procède comme pour la
mise en fosse. Le dernier veau, à la partie supérieure, la fleur en dessous; on met un chapeau de 15 centimètres de tannée. On abreuve la cuve avec du jus fort, 5 degrés au pèse-tannin. On emploie 200 kilos de tan pour 100 veaux. On laisse ainsi un mois en refaisage.
4. — Mise en fosse. — Nous ne dirons rien de cette façon, qui se fait identiquement comme celle du cuir fort. On ne donne que 2 poudres de deux mois chacune.
En résumé, le travail des veaux demande :
15 jours de pelain et travail de rivière.
30 — pour les 3 cuves de la passerie.
lo — pour la potée.
30 — p-our le refaisage.
60 — pour la première fosse.
60 — pour la deuxième fosse.
Total : 210 jours ou 7 mois.
Le peaux sont sôchées avec précaution, puis mises en piles pour faire disparaître les plis. On a les veaux en croûtes.
Un veau frais de boucherie pesant 7k,5 perd au travail de rivière lk,5 et pèse après tannage 4k,5 environ.