‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 6 sur 221 · II III IIII · texte numérisé non relu

II III IIII

quarante livres. soixante. quatre-vingts.

. Une incision horizontale située au-dessus des lignes précédentes

indique 10 livres en plus; ainsi 30 livres seront représentées par une incision verticale et une horizontale:

On aura aussi :

TT ni 1 1 1 1

cinquante. soixante-dix. quatre-vingt-dix.

Si le trait horizontal est placé dessous, il représente une valeur de S livres. 25 livres se marqueront:

5o livres:

Les livres uniques se marquent en dessous de la ligne horizontale des o par des barres verticales ; ainsi, par exemple, 57 livres se marqueront:

TT Tf

Avec cet alphabet conventionnel, on peut représenter tous les nombres depuis 1 jusqu'à 100, 100 est représenté par une croix : +,. et le surplus marqué comme ci-dessus.

Pour marquer un poids de 99 livres, qui se présente assez souvent, on fait les incisions suivantes:

îîîT mi

Les peaux pesant 60 livres et au-dessous sont dites petites; audessus, elles sont payées comme grandes peaux à la raie.

Il existe, dans le commerce des peaux, un abus dont il a été impossible d'obtenir la suppression et contre lequel le tanneur doit toujours être en éveil. On peut classer en troiy groupes les fraudes observées dans la vente des cuirs frais: 1° faux poids; 2° peaux surchargées de débris appelés émouchets ; 3° peaux crottées.

1° D'après le système de marquage du poids des peaux que nous avons indiqué, il est facile à des gens peu scrupuleux de faire une ou deux incisions de plus et d'augmenter ainsi le poids du cuir de

1 ou 2 livres. Cette fraude est facilement reconnaissable à la réception.

2° Les bouchers sont clans l'usage de ne pas séparer les peaux des cornes, des nerfs, des flanchets, des os de la tête, des babines, des oreilles, appelés vulgairement ëmouchets, autres que ceux tolérés.

Une peau fraîche de 100 livres donne en moyenne:

Cornes et crâne . 3 kilos.

Poil : 3 —

Eau et sang qui imbibent le poil. ... 2 —

Chairs 3 —

Oreilles, babines, museau, nerfs des

pattes, ongles 3 —

Total 14 kilos.

On a donc un déchet forcé de 18 p. 100 qui est très onéreux. A Lyon, on livre sans cornes ni crâne; à Glascow également; on a donc un déchet de 6 à 7p. 100 de moins, car on compte qu'un bœuf a 7 à 8 livres de cornes et de crâne et une vache 3 livres. Nous posons comme déchet loyal 22 p. 100; au cas contraire, il sera facile au tanneur de se rendre compte de l'excès de poids et d'en diminuer autant le poids du cuir et de ne payer que suivant le poids réel.

Un cuir frais est souvent fraudé par une humidité trop forte, mais un praticien reconnaît facilement l'excès d'eau au toucher de la peau et surtout des poils.

3° La question de la crotte est de la plus grande importance. Pour rendre les peaux plus pesantes, les bouchers font coucher les animauxdansla fange avant de les tuer ou bien ilsy font traînerles peaux après le déshabillage. On a ainsi une surcharge qui peut s'élever jusqu'à 15 livres par peau, surtout lorsqu'on réfléchit que la crotte prend très bien l'humidité. Au point de vue du tanneur, la crotte présente les désavantages suivants : 1° surcharge forcée des cuirs qui peuvent peser plusieurs kilos de plus que leur poids réel; 2° la crotte, que l'on paye le prix du cuir, est transportée à cher prix à la tannerie ; 3° pour ceux qui achètent au cours, ils payent souvent comme lourds des cuirs qui, une fois décrottés, seraient ou moyens ou légers; 4° supplément de travail pour le décrottage

avanl la mise au travail; 5° un cuir crotté se dépouille moins facilement qu'un autre et il est plus sujet aux coutclures. Une belle peau renferme toujours au moins 2 livres de crotte ; les peaux ordinaires en renferment 4 livres. A certaines époques de l'année, les peaux sont plus crottées, en hiver principalement; c'est ce qu'on appelle les mois de la crotte, pendant lesquels les cuirs sont sensés baisser de prix: 4 à 5 francs par 100 livres. Le poids de la crotte est alors de 5 à 6 kilos. Les tanneurs doivent se faire livrer sans crotte les peaux fraîches. A Lyon, à Glascow, à Rome, à Lisbonne, à Toulouse et à Bordeaux, on livre sans crotte. On se débarrasse du fumier des peaux sur le chevalet ou sur une raclée.

Lorsqu'un tanneur reçoit des cuirs défectueux ou fraudés, si par exemple la marchandise vaut 100 francs les 100 kilos, et que sa perte de poids soit de 4 kilos, ce n'est pas 4 francs qu'il perd comme on est tenté de le croire, mais le double, c'est-dire 8 francs. En effet, un cuir frais rapporte 50 p. 100 environ de cuir tanné sec à 4 francs le kilo. Si le cuir frais sans aucun défaut rapporte 25 kilos de cuir tanné à 4 francs, cela fera une vente de 100 francs, tandis qu'un cuir défectueux ne pesant que 23 kilos après enlèvement de la surcharge donnera une vente de 92 francs. Nous admettons, ce qui se passe en tannerie tous les jours, qu'un cuir de 25 kilos ne demande pas plus de manipulation et de frais qu'un cuir de 23 kilos.

o. — Salage des peaux. — Les peaux fraîches qui doivent subir le transport et celles que le tanneur ne veut pas soumettre immédiatement au tannage sont conservées par des substances antiseptiques qui préviennent leur décomposition. On a recours généralement au salage. On étend les peaux à terre, le poil en dessous et la chair en dessus, on les recouvre de sel marin concassé menu en prenant soin de surcharger un peu plus dans les parties fortes, le dos et les bordures, que sur les autres parties. On laisse dans cet état pendant un jour ou deux. On plie ensuite les peaux en long, patte sur patte, puis on forme les autres plis l'un après, l'autre en commençant par les jambages; on forme un second pli longitudinal de façon à amener la pointe du ventre vers le dos ; on forme un pli en travers qui amène tète sur queue, puis l'on ter-

mine par un pli semblable qui double le tout. La peau n'est plus qu'un carré de 30 à 35 centimètres de côté disposé sur huit doubles. On dit que la peau est pliëe en toison. Les peaux de veau se plient d'abord longitudinalemcnt, puis deux fois transversalement. On ficelle les peaux et on les empile les unes sur les autres en mettant entre chaque paquet une couche de sel.

On emploie 5 kilos de sel pour une peau moyenne de bœuf de 50 kilos, en été, et un peu moins en hiver, généralement 4 kilos. 2 kilos de sel suffisent pour conserver une peau huit jours, 4 kilos pour celles que l'on veut conserver pendant un mois, 7 à 8 kilos, comme à Buenos-Ayres ou Montevideo, pour celles qui doivent subir des trajets de plusieurs mois.

D'une manière générale on doit très peu saler les peaux pour molleterie que l'on destine à l'huile, parce que le salage leur enlève une partie de la souplesse qu'elles doivent avoir; au contraire, on doit saler fortement les peaux destinées à la fabrication du cuir fort. Pour ces dernières, on doit surcharger les reins, près de la queue, sur la gorge et sur toute la tête.

Le sel que l'on additionne aux peaux, dans le but de les conserver, accroît d'abord leur poids ; mais au bout d'un certain temps, la peau salée perd de taille et d'épaisseur et devient ferme ; le sel a absorbé une certaine quantité de l'humidité qu'elle renferme et s'écoule avec elle sous forme de saumure. Le sel jouit de la propriété de dépouiller les tissus animaux de l'humidité, à un tel point qu'ils ne s'agglutinent plus. Les peaux sont devenues plus légères sans être sèches, tout en ayant les propriétés de conservation voulues.

Le salage doit être fait bien uniformément ; sans quoi il se produirait des plaques qui, après le tannage, se traduiraient par des taches d'une couleur plus ou moins foncée. En corroierie, après les dernières façons qui font beaucoup ressortir les marbrures, on attribue, à tort, ces défauts au sel, — c'est au salage qu'il faudrait dire.

En effet, lorsque le salage n'est pas uniforme, les peaux sont privées par places de la portion de sel qui leur est nécessaire pour leur inaltération. Les portions de peau qu'elles représentent sont sujettes à la fermentation ou putréfaction qui peut s'y

déclarer sous rinlluence des microbes qu'aucune trace de sel n'empêche de se développer : ils détruisent la fleur et pénètrent jusqu'à une certaine profondeur clans le tissu même du derme. Une fois celte destruction opérée, il est impossible de la réparer par quelque moyen mécanique ou chimique. Ce sont ces parties de la peau altérée qui produisent les taches si redoutées en corroierie.

Le sel employé est le sel marin ordinaire qui doit être le plus pur possible. On doit rejeter le sel gemme qui renferme souvent des matières (oxyde de fer et oxyde de manganèse) qui sont nuisibles à la peau. Comme le sel est soumis aux droits pour la consommation, on dénature celui destiné à l'industrie en y ajoutant des matières étrangères qui le rendent impropre aux usages domestiques. Pour la tannerie, on est d'usage en France de dénaturer le sel au moyen du goudron et de la poudre de savon.

Ces substances ont été assez mal choisies par le comité consultatif des arts et manufactures : le goudron a l'inconvénient de tacher les peaux et de laisser une odeur préjudiciable aux peaux; la poudre de savon est plus inoffensive, mais néanmoins forme des savons calcaires à la surface de la peau qui produisent des taches après le tannage.

La dénaturation du sel par l'alun est onéreuse pour les opérations subséquentes du tannage : les cuirs salés avec ce sel subissent un commencement de tannage et, au dépilage, les poils s'en vont difficilement ou seulement par places. De plus, les cuirs ne gonflent plus sous l'influence des jus acides. Il se produit, d'autre part, une double décomposition entre l'alun et la chaux des pclains, avec formation de sulfate de chaux (plâtre), qui produit une peau marbrée après le tannage.

L'alun, qui doit être exclu pour la dénaturation du sel pour le salage des peaux, est au contraire recommandable pour la dénaturation de celui employé en mégisserie.

La naphtaline, proposée par le comité consultatif, a le double inconvénient de durcir les peaux, dureté qui ne fait que croître par les opérations ultérieures de la tannerie. Il en est de même de la créosote, de l'acide pyroligneux, de l'huile de poisson, du pétrole, de l'huile de pin, de schiste ou de lignite, qui présentent <l.cs désavantages analogues.

L'acide phonique recommandé par M. Mûntz à la dose de 0\i pour 100 kilos de sel est d'un bon emploi, la petite quantité de cet antiseptique ne pouvant nuire à la peau ni lui laisser une odeur trop prononcée. Mais ce moyen de dénaturation ne sera jamais accepté par le gouvernement, vu la petite quantité de phénol ajouté, qu'un lavage dans une eau légèrement caustique enlève complètement.

Nous recommandons la dénaturation du sel par le sulfate de soude, qui n'a aucune influence sur la peau et qui est bon marché. On peut employer 5 p. 100 de sulfate desséché ou 10 p. 100 de sulfate hydraté.

Nous rappellerons à ce sujet que la 'Société des tanneurs de Bohême en 1880 a adopté le salage des cuirs par le sulfate de soude privé d'eau par la dessiccation et pulvérisé. Ce sel agit comme le sel ordinaire : l'eau de la peau est retirée, mais elle reste combinée au sulfate de soude, qui devient cristallisé ; il ne se produit pas de saumure liquide. Le tout reste sec, l'eau ne fait que de changer de place et par conséquent la peau ne varie pas de poids.

Enfin on peut employer pour dénaturer le sel les matières suivantes que nous avons essayées et vérifiées maintes fois : chlorure de baryum, borax, sulfate de magnésie, sulfate de zinc, azotate de soude, sulfate d'ammoniaque, dans la proportion de 10 p. 100 du poids du sel.

Les peaux salées se cartonnent et produisent un déchet plus ou moins considérable, selon le temps qu'elles sont salées. Les chairs et les poils se collent à la peau et il est alors difficile de reconnaître les coutelures, les piqûres, les marques de feu, etc., surtout lorsque les poils sont longs, mais des tanneurs exercés peuvent facilement les reconnaître lorsque le poil est court.

Le salage en cuve, dit salage nouveau, se fait de la manière suivante : on lave et on décrotte les peaux et on les met pendant quatre jours dans une dissolution saturée de sel marin et quelquefois d'autres matières minérales lourdes et solubles dans l'eau, dites plombantes. On lève les cuirs, on les saupoudre de gros sel, on les plie, les ficelle et les expédie. C'est une méthode frauduleuse, les cuirs paraissent salés comme à l'ordinaire et

son! achetés au poids de boucherie* A la détrempe tout s'en va, et le déchet, au lieu de ne se trouver que de 10 à 12 p. 100, s'élève à 15, 18, 20 p. 100. Les tanneurs devront toujours s'assurer de la bonne livraison de leurs peaux par la pesée avant leur mise en chaux.

Les substances plombantes ordinairement ajoutées sont : le sulfale de zinc, le chlorure de calcium ou de baryum, le glucose, le silicate de potasse; et nous avons analysé, il y a peu de temps, une peau salée chargée avec le sulfhythiolate de plomb.

On sale quelquefois les peaux en deux fois ; c'est ce qu'on appelle le double salage.

Pour le transport au loin des peaux salées, on les fait quelquefois sécher; pour cela on les étend à l'ombre, le côtéde lachairen dehors.

Les peaux bien salées se purgent bien, se tannent facilement et avec bon rendement; c'est pourquoi, à poids égal, on les paye plus cher que les peaux sèches.

0. — Peaux étrangères. — Les peaux d'origine étrangère nous arrivent principalement de l'Amérique du Sud et de l'Inde ; elles proviennent de bœufs sauvages, de buffles, de bisons et de chevaux tués à la chasse. Ces peaux sont fort maltraitées et présentent de nombreux défauts.

1° On est dans l'habitude de marquer les immenses troupeaux de ces pays au moyen d'un fer rouge sur les cuisses et même sur le dos pour les reconnaître plus facilement. La partie de la peau brûlée est inerte, ne se tanne pas et occasionne une forte dépréciation de la peau, surtout lorsque la marque se trouve bien en avant dans les meilleures parties de la peau. On a évalué à 12 millions de dollars (54 millions) les pertes causées annuellement par le marquage au fer rouge. On a bien prescrit le marquage à la tête, aux cornes, aux jambes de devant ou de derrière, mais on n'a tenu aucun compte de ces utiles mesures.

Dans P Amérique du Nord on a recours à une méthode qui devrait être suivie dans tous les pays. On perce l'oreille de l'animal au moyen d'une pince et on y introduit une boucle d'oreille en fer étamé portant d'un côté le nom du propriétaire et de l'autre le numéro d'ordre.

2° Les animaux sont tués et dépouillés par des hommes peu habiles ; aussi les peaux sont-elles couvertes de coutelures et de trous. On remarque cependant depuis quelques années une amélioration notable.

3° Les peaux sont soumises à une dessiccation primitive et sans aucun soin. Dans les immenses plaines du Rio et de la Plata, les peaux sont tendues au soleil, la chair en dessus, à une hauteur de 15 à 20 centimètres au-dessus du sol, au moyen de chevilles de bois. Le soleil sèche rapidement la peau du côté de la chair, tandis que le côté du poil, qui est tourné vers la terre, reste mouillé par la précipitation de l'humidité du sol, qui se condense sur le poil. Sous l'influence de cette chaleur humide, les peaux fermentent et s'altèrent du côté de la fleur; dans l'été, la putréfaction atteint jusqu'au milieu de leur épaisseur. Ces peaux étant complètement sèches, il est difficile à l'œil le plus exercé d'en reconnaître l'altération : aucun signe extérieur ne peut mettre l'acheteur en garde. Mais au travail de rivière et du tannage, cela change, elles se déchirent et se dissolvent en partie : le rendement tombe, dans certains cas, à 15 ou 20 p. 100.

Les peaux de l'Amérique du Sud sont les plus prisées sur les marchés français et anglais, qui sont les principaux débouchés. Les plus estimées sont les Buenos-Ayres et les Montevideo, qui portent le nom de leur port d'expédition. Ce sont les plus épaisses et les plus lourdes, donnant un bon cuir fort au tannage.

Les bœufs sauvages existant dans l'Amérique du Sud sont de deux espèces, le bos americanus et le bos moschatus, qui vivent à l'état sauvage dans les pampas et les llanos. Ils sont chassés par les Gauchos au moyen du lasso. Ce lasso est une corde de cuir, tressée dans sa fraîcheur, d'un pouce et demi au moins de circonférence, et long de 20 à 30 pieds, avec un nœud coulant à l'une des extrémités. Le lasso étant graissé lors de la fabrication, est d'une grande flexibilité, dure longtemps et rivalise avec une corde ordinaire trois fois plus épaisse. Celui qui veut le jeter élargit l'ouverture formée par la courroie qui traverse le nœud coulant, et commence par le tourner au-dessus de sa tête, en ayant soin que l'ouverture ne se ferme pas. Lorsqu'il a bien pris ses mesures, il le lance avec une telle précision, qu'il ne manque

jamais son but. Un bœuf est saisi par les cornes, un mouton ou tout autre animal par le cou, et comme cela se fait au galop, le cavalier tourne autour de son corps la partie du lasso qu'il tient à la main, et arrête tout à coup son cheval, qui reçoit alors une telle secousse que parfois il en est renversé.

Les animaux que l'on capture ainsi sont conduits dans d'immenses pâturages où ils vivent et se multiplient en troupeaux et font la richesse des Iiatos élevés dans les manos.

Ils sont abattus dans les saladeros de Montevideo.

Après les précédentes viennent les Rio-Grande, moins épaisses qu'elles.

Les Indes occidentales et les Indes orientales et la colonie anglaise du Gap expédient des peaux sèches ou salées sur les marchés d'Europe. Les peaux du Gap sont épaisses et rivalisent bien avec celles de Buenos-Ayres. Viennent ensuite celles de Madras, de Calcutta, de Manille et de Bornéo.

Au Chili, Yalparaiso nous envoie ses peaux, au Pérou elles viennent de Lima, enfin du Brésil elles sont exportées par Rio- Janeiro, Pernambouc et Para.

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