I. MACHINES A REFENDRE
Les machines à refendre ont été importées d'Angleterre et d'Amérique : elles ont été perfectionnées en France par MM. Lepelley, Martin, Girandon, Cauvain, Yarin et Millet, Baudoin et Damourette.
Une des premières dispositions brevetées en France est celle de Duport (brevet du 21 février 1848), dans laquelle l'auteur applique la pression atmosphérique à la refente et au drayage des peaux, mais elle n'est pas entrée dans la pratique.
En 1854, la machine de Flanders et Mardsen (brevet du 10 octobre) fit son apparition ; elle consiste principalement en une lampe d'acier sans fin agissant comme une scie à ruban.
La machine de Lepelley (1856) a pour base le même principe.
Il faut arriver à la machine Baudoin et Damourette pour avoir des produits réguliers. Dans cette machine la refente se fait au moyen d'un couteau, dont la longueur est p'ius grande que la largeur de la peau et qui est animé d'un mouvement rapide de vaet-vient. Ce couteau doit rester toujours parfaitement droit et présenter un biseau aigu, rectiligne et bien affûté. Il faut éviter que la peau fasse des plis au moment où elle passe sous le couteau ; chaque pli déterminerait un trou dans la fleur. Pour éviter ces plis, un clavier à touches mobiles presse la peau sur la table en cuir le long de laquelle se fait la coupe. De chaque côté la peau est tendue par un cylindre à double hélice ; ses spires, en cuivre, à arête légèrement arrondie, sont inclinées à 45 degrés et se développent à droite et à gauche à partir du milieu. Le couteau fait 400 à 500 allées et venues par minute.
Pour refendre une peau, on relève le couteau pour l'affûter, on le laisse retomber et on l'assujettit sur son châssis ; on approche la table de coupe jusqu'à ce qu'elle soit à la distance voulue pour laisser à la fleur l'épaisseur qu'on désire lui donner.
On écarte le chariot de 25 centimètres, on jette la peau dessus, on l'attache au rouleau entraîneur par les crochets ; on développe ses plis sur une table inclinée, en bois, garnie de zinc, placée en dessous de la table flexible. On met le cylindre en marche en laissant le couteau immobile; on rapproche le chariot jusqu'à ce qu'il rencontre la vis de butée et on le maintient dans cette position. La peau commence à s'enrouler sur l'entraîneur, puisque la roue qui commande cet organe se trouve embrayée par le rapprochement môme du chariot. Après un parcours de 3 ou 4 centimètres, la peau a dépassé l'arête de la table de coupe ; on met le couteau en marche et la refente s'opère jusqu'à la partie extrême de la peau.
Dans la machine à refendre Martin, le cylindre hélice n'existe pas ; les ouvriers le remplacent en tirant la peau avec des tenailles ; le chariot n'existe pas, il est nécessaire, pour placer la peau, d'arrêter complètement la machine et remonter le porte-couteau et le clavier.
La machine de MM. Gauvain, Varin et Millet ne diffère pas sensiblement de celle de M. Martin ; le cylindre de coupe est remplacé par la table plane de Damourette.
FABRICATION DES CROUTES 197
Dans la machine Giraudon la peau se place sur la surface extérieure d'un tambour en fonte devant lequel se trouve, sur un plan légèrement incliné et tangent a la surface extérieure du cylindre, un couteau tranchant en acier dont le biseau tranchant est ondulé de manière qu'il opère comme une scie dont les dents sont arrondies.
Le cylindre a un diamètre égal à lm,330; sa circonférence est donc de 4ra,178 ; ce cylindre ne tourne qu'un deux cent quarante-quatrième de l'arbre moteur. Le couteau donne 100 coups à la minute et tranche chaque fois 1 centimètre; en une minute il débitera donc 0m,200 de peau. Une peau de 2m,16 demande pour être refendue onze minutes.
Comme la machine Giraudon ne marche qu'à 75 tours, le refendage d'une peau de même longueur demande quinze minutes. En une journée de douze heures on découpe 36 peaux, y compris le temps pour monter les peaux sur la machine.