I. PROCÉDÉS MÉCANIQUES
1. — Disposition des cuves et des fosses. — On comprend que lorsque les peaux sont entassées les unes sur les autres, celles de dessous reçoivent une charge proportionnelle au nombre de peaux qui sont en cuve et à leur poids; cette charge presse les peaux les unes contre les autres et empêche au liquide tannant de les pénétrer. On a obvié à cet inconvénient capital: 1° en diminuant
la hauteur des cuves ; 2° en employant des cuves plates de 50 centimètres de hauteur sur 5 mètres de diamètre ; 3° en couchant en fosse comme à l'ordinaire, mais en mettant les peaux dans le même sens ; ces peaux étaient accrochées par la queue à une barre de cuivre disposée suivant une génératrice de la cuve; la fosse remplie, on la couchait horizontalement de manière à ce que la barre se retrouve en haut; ces peaux conservaient leur position respective, mais n'étaient soumises à aucune pression ; ce procédé a donné de bons résultats (Villon) ; 4° en séparant les peaux au moyen de claies en bois pour maintenir les peaux libres de tous les côtés dans la liqueur tannante (Nossiter), mais ce procédé a l'inconvénient de marquer les peaux parce que les claies s'impriment dans la peau ; 5° en divisant la cuve en 3 ou 4 compartiments par des fonds percés de trous et sur lesquels on étale les peaux comme à l'ordinaire ; on diminue de trois ou quatre fois la pression des peaux inférieures.
Système Royer. — Nous donnerons quelques détails sur ce procédé, qui nous paraît rationnel. Ce système fort simple se résume, comme Fa dit son auteur, ainsi : 4 petites roues supportant un châssis de bois auquel sont clouées 2 planches parallèles plongeant dans une cuve, et dans lesquelles sont pratiquées des rainures destinées à recevoir des liteaux mobiles retenant les peaux. Nous supposerons dans notre description le tannage des veaux de 7k,500 en raie, poids vert et avec têtes. Chacune des cuves devra contenir 100 veaux ; elle mesurera : longueur 2m,50, largeur 2m,30, profondeur 1 mètre. Sur chacun des côtés longitudinaux sont assujetties 2 petites solives de la même longueur portant une bande de fer de 0ra,04 de largeur destinée à servir de rail.
Le châssis en bois est composé de 4 branches disposées en parallélogramme ayant 2m,50 de long sur 2m,27 de largeur. Il est muni de 4 roues en fonte portant sur les rails, de telle façon que ce châssis, en place, se trouve à 0m,05 au-dessus delà cuve. Il peut rouler suivant le sens des rails. On pratique ensuite sur 2 planches de 2 mètres de longueur sur 0m,30 de largeur 50 rainures ayant 0m,02 de largeur, 0m,22 de profondeur et espacées entre elles de 0m,02. Ces 2 planches sont clouées sur le châssis, du côté des roues, la partie non découpée en bas, et plonge dans la cuve de 0m,20.
Il ne reste plus, pour compléter l'appareil, que de placer 50 liteaux dans chaque rainure, de manière à ce qu'ils descendent jusqu'au fond.
On remplit la cuve aux trois quarts avec du jus faible. On y place ensuite les d 00 veaux qui ont été coudrés pendant trois heures avec 100 kilos d'écorce. Ces peaux sont suspendues sur les liteaux comme suit : le milieu du veau sur le liteau, la tête et la culée suspendant au fond de la cuve, la fleur en dehors ; chaque peau est fixée sur son liteau avec de petits crochets de cuivre.
On met dans la cuve les 100 kilos d'écorce du coudrage et 50 kilos d'écorce neuve ; le lendemain on jette 50 kilos d'écorce matin et soir; le troisième jour même opération ; ce qui fait en tout 300 kilos d'écorce. Chaque jour les peaux sont remuées en faisant rouler l'appareil de droite à gauche, pendant deux minutes et trois fois dans la journée. Une fois par semaine, on lève les cuirs et on brasse la cuve avec un couloir. On peut encore employer pour ce brassage l'agitateur de Massoutier, composé d'un cylindre à palettes plongeant presque jusqu'au fond de la cuve, que l'on fait mouvoir par une manivelle.
Après quatorze jours la première poudre est épuisée, on retire les liteaux, on retire l'écorce épuisée avec la filoche, on replace 150 kilos d'écorce, on remet les peaux en place; le lendemain, ajoute de 50 kilos d'écorce le matin et le soir ; le troisième jour ajoute de 50 kilos d'écorce. Après vingt jours on donne la troisième poudre, composée de même ; elle dure vingt jours. On met en fosse deux ou trois mois.
2. — Agitation du liquide de la fosse. — Lorsque les peaux sont en fosse, le liquide dont elles sont baignées est rapidement dépourvu de tannin, et l'absorption de celui environnant ne se fait que par diffusion, très lentement. On remédie à cet inconvénient en suspendant les peaux à un cadre rond, horizontal, dans le sens de ses rayons; on met ce cadre dans la fosse, de manière que les extrémités des peaux soient à 25 centimètres du fond. Sur celui-ci se trouve une hélice, placée horizontalement, mue de l'extérieur.
Le jus reçoit un mouvement giratoire qui mêle les différentes
couches et le force à se renouveler au contact de la peau sans agiter celle-ci. Bons résultats.
3. — Circulation de la liqueur tannante. — Pour renouveler les surfaces de contact de la peau et du jus, on a eu l'idée : 1° d'employer une cuve à double-fond sur lequel on couche les peaux comme à Tordinaire jusqu'aux trois quarts de la hauteur; tous les jours une pompe ramène le liquide tannant inférieur sur la surface des peaux de façon à faire circuler tout le jus de la fosse. Pour les gros cuirs, on donne 3 poudres à un mois de différence ; pour les veaux on donne 2 poudres, une tous les vingt-cinq jours (Ogereau et Yos).
2° On peut rendre le précédent procédé méthodique, en faisant couler le jus d'une fosse plus avancée sur une fosse moins avancée et en allant graduellement. Supposons un train de 8 fosses à double-fond, portant à leur partie supérieure une couverture de 15 centimètres en contre-bas, portant un tuyau plongeant jusqu'au fond de la cuve, et débouchant sur la partie supérieure de la fosse suivante. On couche une première fosse, et, quinze jours après, on couche la suivante. On fait couler sur la première un jus plus fort que celui qu'on a préalablement mis, tout le liquide ajouté à sa surface oblige une quantité de liquide égal, provenant du fond de cette cuve, à rémonter par le tube latéral et à s'écouler dans la cuve suivante ; on s'arrête lorsque la deuxième cuve est pleine. On fait de même pour la troisième fosse successivement et aux mêmes intervalles jusqu'à la dernière, en faisant toujours écouler des jus de plus en plus forts sur la première. On charge les cuves avec trois fois leur poids d'écorce. Au bout de cent vingt jours, les 8 jus ont coulé sur la première, elle est tannée, on la lève, on le recharge, et elle devient dernière ; l'ajoute des jus se fait sur la deuxième, qui devient première, et ainsi de suite, (Bérenger et Sterlingue).
4. — Agitation des peaux dans le liquide tannant. — Ces procédés, en général, ont donné de moins bons résultats que les précédents, on leur reproche de creuser les peaux. Voici les différentes dispositions :
1° Les peaux sont cousues tête à tête ou queue contre queue, de manière à former une nappe sans fin posée sur un cylindre établi au-dessus des cuves et tournant de façon à faire passer la nappe dans le liquide à raison de 4 peaux par minute (Lowerdsidge).
2° Les peaux cousues comme il vient d'être dit, de manière à former une toile sans fin, passent entre 2 rouleaux tournant en sens inverse, à raison de 2 mètres par minute. Les peaux se trouvent dépouillées de la liqueur épuisée et plus aptes à absorber une nouvelle quantité de matière tannante. Le liquide exprimé par les rouleaux ne retombe pas dans la fosse, il est conduit sur une fosse faible par une rigole (Herepath).
3° Les peaux sont mises dans un grand tonneau fixe, traversé par un arbre armé de bras que Ton met en action à l'extérieur (Vauquelin).
4° On peut placer encore les peaux en tripe à Faction du foulon à pilon employé dans les fabriques de drap (Vauquelin), mais la peau est creuse et le nerf cassé.
5° On se sert également du foulon ordinaire, que nous avons décrit plus haut, pour vider les peaux de chaux ; on y place dedans les peaux et le jus tannant et on fait tourner à raison de 5 tours par minute ; on augmente graduellement la force des jus (Knoderer).
6° On dispose suivant les rayons d'un foulon ordinaire des cadres sur lesquels on fixe les peaux ; le foulon tourne à raison de 1 tour par minute; le travail donne aux peaux une forme concave, puis une forme convexe, et ainsi de suite, ce qui ouvre et ferme alternativement les pores sur chacune des faces. Ce procédé donne un cuir creux.
7° Les peaux sont mises dans un tonneau à claire-voie, mobile autour de son axe et plongeant dans une fosse remplie de jus de plus en plus forts. Ce tonneau ne peut ne plonger que jusqu'à Taxe dans le jus (Squire).
8° Emploi du foulon horizontal et du turbulent.
9° Tambours horizontaux dans lesquels on met les peaux, tournant dans des auges d'une construction appropriée contenant le jus ; le fond du cylindre est garni d'une couronne de chevilles
qui engrènent avec d'autres chevilles situées au fond de la cuve, de sorte que les cylindres, pendant leur mouvement de translation, tournent en même temps sur eux-mêmes et les peaux y sont constamment remuées (Chailly).
10° Emploi des coudreuses ; la peau est creuse.
11° Appareil agitateur composé d'un axe vertical formé par une vis portant un plateau écrou engagé dans les filets de la vis. A la surface extérieure de ce plateau sont emmanchées des tiges ou baguettes, sur lesquelles viendront s'étendre les cuirs, accrochés généralement par le museau et les pattes de derrière ; ils trempent donc verticalement dans les jus. Une clavette rend à volonté l'écrou solidaire de la vis. Supposons la clavette placée, l'axe tourne et entraîne les cuirs, à la vitesse de 6 tours par minute, par exemple, pendant quelques minutes ; puis un débrayage fonctionnant automatiquement change le sens de la rotation, un remous se produit, les cuirs tournent en sens inverse, à la même vitesse, jusqu'à ce que le débrayage ait de nouveau changé le mouvement, et continuellement, jusqu'à dix à douze fois par heure.
Lorsqu'on veut faire monter les cuirs, il suffit de démancher la clavette, et aussitôt, le mouvement des cuirs s'arrêtant, l'écrou s'élève sur la vis, élevant avec lui les cuirs qu'il porte par l'intermédiaire des tiges. On comprend facilement qu'on peut lever de la sorte un nombre quelconque de cuves, sans aucune maind'œuvre, puisque l'appareil opère de lui-même; les laisser à l'air le temps qu'on jugera nécessaire et les faire ensuite redescendre avec la même facilité qu'on a eue pour les monter. On peut faire fonctionner un nombre indéfini d'appareils contenant chacun 20 à 24 peaux, et il n'est pas nécessaire de les lever 1 à 1 pour leur faire prendre l'air.
Le remous produit dans le jus a pour effet de ramener à la surface les matières tanniques qui tendraient à se déposer au fond de la cuve, et d'entretenir ainsi constamment la même densité dans toute la masse du liquide (Tourin).
Les deux faces du cuir, chair et Heur, se trouvent de la même façon en contact avec des jus toujours de la même densité; il s'ensuit que les parties faibles profitent autant que les parties fortes : 12°. Le système précédent au lieu d'être vertical est horizontal;
les peaux reposent sur des cadres rectangulaires; elles se creusent fortement.
5. — Filtration des jus au travers de la peau. — 1° On coud les peaux grain contre grain de façon à former un sac pouvant contenir le jus de tan. On suspend ces sacs à des chevilles au moyen de cordes cousues à leurs côtés. On a laissé à la partie supérieure de chaque sac une ouverture pour y introduire un entonnoir au moyen duquel on verse la liqueur de tan froide, jusqu'à ce que le sac soit plein. Au bout de quelques jours la surface extérieure devient humide et des gouttelettes commencent à se former audessous du sac ; on les reçoit dans un vase convenable placé dessous, et lorsqu'on a une quantité suffisante de liquide, on le verse de nouveau dans l'entonnoir, de manière que le sac reste constamment gonflé.
On peut aussi faire arriver, au moyen d'un tuyau, constamment du jus dans le sac au moyen d'un tube et en quantité égale à celle qui filtre ; on dispose ainsi des rangées de sacs alimentés par un même tuyau.
On maintient la température de l'atelier depuis 20 jusqu'à 60 degrés jusqu'à ce que les peaux soient tannées, ce que l'on reçonnaît par le ralentissement de la filtration et que les cuirs commencent à noircir ; on vide le sac, le découd et on étale les peaux (Gox, Drake). Alterlerg, de Stockholm, fixe les peaux sur des planches et n'y laisse que 2 ouvertures ; une mise en communication avec un réservoir placé plus haut renfermant le tannin, et l'autre pour laisser échapper le liquide (1887).
2° Le tannage au cippage ou à la danoise consiste à coudre les peaux 2 par 2 en ne laissant qu'une ouverture de 25 à 30 centimètres, à remplir ces sortes de sacs avec de l'eau et du tan, à coudre l'ouverture à son tour, à les battre fortement et à les placer dans des fosses appelées nauffe. Ces fosses sont remplies de jus de tan, en quantité suffisante pour que les peaux en soient recouvertes, puis on recouvre avec des planches chargées de pierres. Le tannage dure deux mois. Les cuirs n'ont aucune solidité.
3° On tend les peaux sur des châssis de bois fixés entre eux au
moyen d'écrous, en sorte qu'ils constituent une fosse dont les peaux forment les parois. Au-dessus est une cuve remplie de jus que Ton introduit entre les 2 châssis au moyen d'un robinet, tandis que l'air s'échappe par une soupape qu'on ferme lorsque l'espace est plein. La pression du liquide force la liqueur à traverser les pores de la peau par une infiltration lente (Spilsbury).
4° La filtration peut se faire par pression en disposant les peaux sur des châssis que l'on assemble comme un filtre-presse et que l'on fait fonctionner de même (Valéry Hannoye).
5° Enfin la filtration peut se faire par la force centrifuge en plaçant les peaux à la périphérie d'un tambour ou cylindre perforé dans lequel le liquide tannant contenu dans un réservoir supérieur arrive par l'arbre qui est creux et percé de trous ; la paroi du cylindre, qui est en tôle perforée ou en toile métallique, est recouverte d'un feutre sur lequel on dispose la peau qui est ensuite recouverte d'une toile métallique (Solminihac).