‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 8 sur 221 · I. - - DU TANNIN · texte numérisé non relu

I. - - DU TANNIN

1. — Définition. — On a donné le nom de tannin ou d'acide tannique h un certain nombre de principes immédiats à réaction légèrement acide, solubles dans l'eau, de saveur astringente, qui précipitent F albumine, la gélatine, les alcalis organiques et les sels métalliques, dont le plus caractéristique d'entre eux est celui obtenu avec les sels de fer, qui est tantôt noir bleu, tantôt vert, tantôt vert olive. Ces principes ont la propriété principale de se combiner à la peau pour donner une substance imputrescible, le cuir.

L'astringence, c'est-à-dire la propriété de déterminer une sorte de crispation dans les tissus, de resserrer les orifices de certains organes, comme par exemple sur les papilles de la langue, n'est pas spéciale au tannin, qui est l'astringent par excellence ; il le partage avec un certain nombre de sels styptiques tels que : l'alun, le sulfate de fer, le sulfate de zinc, l'acétate de plomb ; certains acides, comme l'acide sulfurique étendu, l'acide acétique étendu et l'acide gallique.

2. — Etat naturel. — Ces principes sont très répandus dans la nature. On avait considéré le règne végétal comme produisant exclusivement le tannin; nous avons découvert en J 887 la présence de ce corps dans le règne animal.

Dans les végétaux on le rencontre dans toutes les parties:

écorce, bois, racines, feuilles, fleurs, fruits, excroissances, sucs, sève, semences. La nomenclature des substances tannantes faite plus loin donne le nom et la provenance de chaque végétal renfermant du tannin.

Jusqu'à ce jour nous n'avons rencontré le tannin animal que dans deux insectes : 1° le charançon ou calandre du blé {Calandra granavia), insecte coléoptère de la tribu des Cnrculoniens, famille des fracticornes ; 2° le papillon des farines ou teigne des farines, Epheslia kuchniella, insecte connu seulement depuis 1880 et que nous avons spécialement étudié.

3. — Variétés de tannins. — Comme Proust l'avait déjà remarqué, on connaît aujourd'hui un grand nombre d'espèces de tannins. Suivant le genre botanique auquel ils appartiennent, on leur a donné des noms qui indiquent leur origine ; c'est ainsi que l'on a donné les tannins suivants : „

Acide gallotannique

le tannin de la noix de galle.

— quercitannique

du chêne.

— rhusitannique

du sumac.

— mimotannique

du mimosa.

— cachoutannique

du cachou.

— morin tannique

du bois jaune.

— coccotannique

du kino.

— pinitannique

du pin.

— cafétannique

du café et du thé.

— cinchotannique

du quinquina.

— ziziphotannique

du jujubier.

— quinovatannique

du Portlandia grandiflorà.

— aspertannique

du petit muguet.

— rubitannique

de la garance.

— gallitannique

de l'herbe de Galium verum.

— ratanhiatannique

du ratanhia.

— fîlixitannique

de la fougère.

— tannocortépinique

du sapin.

— salicitannique

du peuplier.

— tormentillotannique

de la tormentille.

— bistortannique

de la bistorte.

— nuphartannique

du nénuphar.

— ellagotannique

de l'écorce de grenade.

— ■ ipécacuanhatannique

de l'ipécacuanha.

— aspidospertannique

du quebracho (Villon).

— castanéatannique

du châtaignier (Villon}.

Acide cornusitannique le tannin du cornouiller mâle (Villon).

— dyospirospertannique — du kaki (Villon).

— androméditannique — de l'andromède (Villon).

— trichomanotanniquo — du ténaki (Villon).

— curupatannique — du curupraï (Villon).

— cascalotannique — de la cascalote (Villon).

— yervamatetannique — du thé du Paraguay (Villon).

— osyristannique — de YOsyris compressa (Villon).

— leucospertannique — du Leucospernum conocarpum

(Villon).

— mangostanatannique — du garcinamangostana (Villon)

— cayotitannique — de la cayota (Villon).

— fracticornitannique — animal (Villon).

Tous ces acides tanniques ont été isolés, obtenus à l'état cle pureté et étudiés séparément; on a pu voir qu'il y avait des différences entre eux, qu'ils possédaient certaines propriétés particulières caractéristiques qui les font rechercher dans certains cas, mais ils ont tous les mêmes propriétés fondamentales qui définissent le tannin. Aussi en tannerie désigne-t-on toutes les espèces d'acide tannique, quelles qu'elles soient, sans distinction du végétal ou de la partie du végétal duquel on les retire, sous le terme général de tannin.

4. — Classification des tannins. — On a classé les tannins en s'appuyant sur l'action qu'ils ont avec les sels de fer ; ils ont été divisés en trois groupes :

1° Les tannins qui colorent en noir bien les sels ferriques, tels que : ceux de la noix de galle, du chêne et du sumac ;

2° Les tannins qui colorent en vert les sels ferriques, tels que: ceux du cachou, du gambier, du kino, du café, du thé, du quinquina, du saule et du bois jaune;

3° Les tannins qui colorent en gris verdâtre les sels ferriques, tels que : ceux du rathania, de l'absinthe, de l'arnica, etc.

Cette classification est très arbitraire et peu absolue; ainsi la couleur bleue pourrait être obtenue par la présence de l'acide gallique dans le tannin.

M. Wagner sépare les tannins en deux catégories : le tannin pathologique H l<1 tannin physiologique. Cette théorie n'a pas été adoptée par tous les chimistes. Mais, néanmoins, comme elle pré-

sente beaucoup d'intérêt et comme elle est susceptible de certaines applications sur l'origine des tannins, nous la rapporterons.

U acide pathologique ne peut être considéré que comme un produit pathologique qui se développe sur les genres quercus et rhas et qui est fourni principalement par la piqûre d'un insecte, la femelle d'un cynips ; c'est cette piqûre qui donne la noix de galle et les pédoncules qui viennent sur le quercus infectoria, le quercus cervis, le quercus oustrica, et le quercus ilex. On y comprend les excroissances pathologiques connues sous le nom de gallons, lesquelles proviennent de l'épanchement des sucs des jeunes glands; ces excroissances sont dues aussi à un cynips. On y comprend également les galles de Chine, qui sont produites par un puceron (Aphis) qui vit sur les deux espèces de sumacs : le Rhus javanica et le Rhus smialata. Il n'existe pas dansl'écorce de chêne.

Cet acide, dit Wagner, se distingue par les caractères suivants : 1° il se dédouble par Faction des acides étendus, ainsi que par la fermentation, et fournit, comme produit de ce dédoublement, de l'acide gallique ; de plus, il se forme, pendant le dédoublement et par l'immixtion de l'eau, un corps analogue au sucre, probablement du glucose, qui, toutefois, par les progrès de la réaction, se dédouble en alcool et en acide carbonique, puis en acide lactique, propionique, butyrique, corps humiques, etc! ; 2° c'est le seul qui, parmi les acides tanniques, puisse fournir de l'acide pyrogallique ; 3° il précipite complètement la gélatine de ses solutions dans l'eau, mais n'est pas de nature à transformer le derme ou corium en un cuir propre aux arts et résistant, à la décomposition.

L'acide tannique physiologique se rencontre dans les écorces de chêne, de pin, de saule, dans lebaablah, dans les avelanèdes, dans ledividivi, dans les sumacs. 11 se distingue du pathologique en ce qu'il ne se dédouble pas par la fermentation ou par les acides étendus en acide gallique et ne fournit pas, par la distillation, de l'acide pyrogallique, mais de l'acide oxyphénique.

C'est l'acide tannique physiologique qui est la véritable matière tannante : le pathologique n'est jamais employé dans le tannage proprement dit, mais seulement pour venir en aide dans l'opération.

Ces deux tannins présentent cependant des propriétés identiques : ils agissent de la même manière sur les papilles de la membrane muqueuse de la langue en produisant ce qu'on appelle La saveur astringente; ils précipitent tous les deux la gélatine en donnant des précipités doués de propriétés différentes. Tandis que le précipité de gélatine avec l'acide pathologique se décompose très aisément dans l'eau, le précipité obtenu avec l'acide physiologique peut se conserver aisément, et, au bout d'un mois, il n'a subi aucune altération.

Cette classification des tannins n'est pas rigoureuse ou du moins ne présente pas des différences bien nettes et des caractères bien tranchés. Ainsi, l'acide gallotannique et l'acide rhusitannique qui, dans cette classification, sont séparés, ont des propriétés bien semblables.

5. — - Constitution du tannin. — On sépare les acides tanniques en trois groupes quant à leur constitution intime :

1° Dans le premier groupe on comprend les acides tanniques, qui n'ont pas de fonction glucoside, c'est-à-dire ne se transformant pas en glucose et acide gallique par l'ébullition avec les acides étendus, comme les acides cachoutannique, ratanhiatanrïique, bistortannique, callutannique.

2° Dans le second on comprend les acides tanniques à fonction glucoside, fournissant par dédoublement, en présence des acides étendus, de la glucose et des composés cristallisés, tels que : l'acide gallotannique, l'acide ellagotannique, l'acide nymphéatannique et l'acide nuphartannique.

3°Enfin la troisième renferme les acides qui fournissentpar dédoublement des produits amorphes analogues au phtobajihènes, comme les acides quercitannique, filixitannique, malitan nique, etc.

M. Wurtz pense que les tannins à fonction glucoside ne sont que des combinaisons de dextrine ou de gomme avec un tannin unique, ne donnant le glucose que secondairement par la transformation de la dextrine sous l'influence des acides étendus.

Nous avons établi dans un mémoire que les tannins glucosides n'étaient que différentes sortes d ethers galliques de sucre, à atomicité élevée.

Les tannins du premier et du second groupe appartiennent à Yacide digallique. Depuis les travaux de M. Schiff le tannin ne serait qu'une anhydride gallique, résultant de la combinaison de deux molécules d'acide gallique avec perte d'une molécule d'eau, d'après la réaction :

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