II. — DÉRAYAGE
Le dérayage, ou drayage, a pour but de débarrasser la peau des chairs et à lui donner une épaisseur égale en la ratissant à l'aide d'un couteau spécial.
La première opération consiste à butter la peau au moyen du buttoir, outil à lame compacte ou à tranchant émoussé que l'on promène sur la peau étendue sur un chevalet pour la débarrasser de la tannée. On peut exécuter l'opération à la mécanique.
1. — Drayoire ou couteau à revers. — Ce couteau (fig. 41) a 30 centimètres de longueur sur 14 à 16 de largeur; sa lame est à 2 tranchants ; le fil du tranchant est rabattu à angle droit avec la lame, d'abord sur la pierre de grès, puis sur la pierre d'émeri, et enfin avec le fusil; de telle sorte que pour se servir du couteau on doit le mener de façon que sa lame soit perpendiculaire à la peau. Le maintien du fil est une opération délicate qui ne s'acquiert qu'avec une longue pratique, de même pour la bonne conduite du couteau sur la peau.
Lorsqu'on veut donner un fil au couteau, on le démonte, on sépare la lame du manche soit avec le tourne-vis simple ou le tourne-vis mécanique; on passe la lame trempée dans l'eau sur le grès demi-haut en lui donnant un mouvement de va-et-vient bien exactement à la surface de la pierre. Cette pierre se trouve placée sur une planche reposant sur les bords d'une cuve remplie d'eau; l'ouvrier termine sur la pierre écossaise octogone. On remonte la lame avec les manches, puis, l'ouvrier plaçant le couteau entre son estomac et le chevalet, il achève le fil avec le
Fig. i9.
Fig. 41 à 49. — Outils de dérayage.
Fig. 41, couteau de dérayage ou drayoire. — Fig. 42, lunette. — Fig. 43, fusil à couteau. — Fig. 44, fusil a deux manches à retourner. — Fig. 45, tourne- vis mécanique pour sortir la lame du couteau.
— Fig. 4G, grès de marcilly simple. — Fig. 47, pierre d'Ecosse octogone. — Fig. 48, pierre douce.
— Fig. 4!), chevalet anglais pour dérayer.
fusil à manche seul ou avec le fusil à 2 manches en le promenant bien perpendiculairement à la lame. Certains corroyeurs donnent au fil une certaine courbure.
On remplace quelquefois le couteau par la lunette, couteau de forme annulaire, dont la lame a 6 à 8 centimètres de large; elle est un peu courbe et c'est le dos que l'ouvrier promène sur la peau en passant la main dans le vide central. La peau est alors tendue sur le paroir (cadre).
2. — Dérayage. — L'ouvrier prend une peau, la pose sur le chevalet, fait revenir les bords en dessous de façon à bien la plaquer sur la partie plane du chevalet et il la maintient dans cet état avec ses genoux, manœuvre son outil de haut en bas et élimine les parties saillantes du cuir, enlève des pellicules minces comme une feuille de papier en plusieurs reprises sur les parties épaisses pour égaliser la peau d'une manière parfaite. On doit traverser la peau en donnant des coups sûrs et légers. Un dérayeur peut façonner ainsi 4 douzaines de veaux dans sa journée.
Les bons ouvriers sont rares et on comprend quelle attention il doit porter à l'opération pour éviter les raies, les coupures, les éraflures, pour économiser le plus de peau possible. On doit éviter de dérayer en long, parce que quoique on aille plus vite on perd 5 p. 100 de plus de peau.
3. — Dérayage mécanique. — Cette façon n'a pu être jusqu'ici faite mécaniquement. Les machines Oit (voir Maroquin) et Jesson ne donnent pas un travail régulier et expéditif. MM. Baudoin et Damourette ont imaginé une machine à dérayer qui se rapproche le plus du but. Elle se compose en principe d'une lunette, concave, en acier, fixée sur la tête d'un arbre vertical tournant avec rapidité. La peau se place sur un chevalet articulé du pied que l'ouvrier peut écarter ou rapprocher, et dont la plate-forme supérieure, en cuivre, monte ou descend suivant l'épaisseur à laisser à la fleur; celle-ci est entraînée par des rouleaux alimentaires ou par une mâchoire qui monte et descend alternativement. La peau est travaillée par bandes.
Ces machines ont été perfectionnées par un mécanicien anglais, R. Pitt.