III. MISE AU VENT
1. — Foulage. — Les peaux sont placées dans des baquets renfermant de l'eau ou du jus de tan, et on les foule avec des dames jusqu'à ce qu'elles soient complètement ramollies. L'emploi du foulon mécanique est généralement adopté ; on y introduit les peaux pliées en manchon et les foule jusqu'à ce qu'elles soient redevenues en tripe. On les laisse dégorger quelques heures dans de l'eau claire.
2. — Outils. — On se sert d'une table d'une longueur de 3ra,50, largeur lm, 50. 3 solides tréteaux de 65 centimètres de hauteur la supportent. Cette hauteur est calculée suivant la taille de l'ouvrier ; elle doit être suffisante pour utiliser toute sa force musculaire. On y pose un marbre dessus de 3 ou 4 centimètres d'épaisseur et légèrement incliné du côté opposé où se tient l'ouvrier. Quelques corroyeurs emploient à la place du marbre une table d'ardoise.
La queurse se compose d'une plaque d'ardoise emmanchée (fig. 53) ; on emploie un outil plus fort pour les gros veaux et plus petit pour les veaux légers. La carre de la queurse doit être vive, le biseau légèrement abattu, pour éviter qu'elle ne s'égrine trop vite; les coins doivent être arrondis; on la repasse bien à plat pour éviter les effleurures; on la repasse sur le grès.
U étire doit être de force moyenne; c'est une plaque de fer ou de cuivre de 2 millimètres d'épaisseur sur 10 centimètres de hauteur et 15 centimètres de largeur assujettie fortement dans un manche de bois que l'ouvrier tient des deux mains. Sa lame est terminée en un tranchant arrondi qui a la forme d'un arc de cercle d'un grand diamètre; les deux angles sont arrondis. On repasse l'étiré sur la pierre douce en évitant le morfîl, qui altérerait la fleur.
Une brosse de chiendent ordinaire et un seau en bois.
3. — Mise au vent. — L'ouvrier prend un veau dans le cuveau où on les a mis dégorger, le place sur le marbre, la chair en dessus, la culée à droite, la queue sur le marbre et la raie du collet à
10 centimètres du bord du marbre; ayec l'étiré il colle la raie du dos en donnant un coup parallèle au bord de la table et dans la direction de la queue, à partir des épaules, et un autre coup partant du même endroit et se dirigeant du côté opposé; il étire la gorge en appuyant avec force sur l'étiré et en la dirigeant en travers, puis partant toujours du môme point, la hauteur des
Fig. 53. Fig. 55.
Fig. 50 à 55. — Outils pour mettre au vent.
Fig. 50, foulon avec manche, appelé encore dame. — Fig. 51, bigorne avec manche. — Fig. 52, étire a mettre au vent. — Fig. 53. queurse à mettre au vent. — Fig. 54, brosse de plume pour mettre au vent (Bossicrc). — Eig. 55, brosse de chiendent ordinaire.
épaules, il dirige les coups en prenant 3 ou 4 centimètres de peau et o0 de longueur; il va ainsi jusqu'au nombril; à partir de ce moment les coups sont dirigés parallèlement au dernier coup en déplaçant peu à peu le point de départ sur la ligne du dos ; arrivé vers la culée, les coups doivent être serrés et obliques pour passer sur la fesse et la queue, qui est écartée par des coups de droite à gauche : finalement il rassemble tous ses coups.
Nous donnons dans la figure 56 la direction des coups pour chaque partie de la peau. Cette dernière est alors plaquée sur le marbre sans aucune manchette ou pli. On trempe la brosse dans l'eau du seau, et on lave la peau à grande eau.
La peau est retournée, puis étirée de l'autre côté île la même façon ; après quoi, on la plie en 4 et on la met sur le bord du marbre ou dans de l'eau claire. Cette façon a pour but de briser le nerf de la peau, de ratisser les parties les plus épaisses, d'enlever les dernières traces de chair qui restaient adhérentes à la peau, de rentrer les parties fortes et enfin de déplacer le cuir pour le préparer à la mise au vent de fleur qui suit.
Fig. 56.
La direction des coups d'étiré a pour but : de plaquer la surface du cuir sans plis, de pousser sans beaucoup de difficultés le brochet, c'est-à-dire la portion de peau qui court devant l'étiré, de déplacer le trop de cuir du collet et de la gorge et de le répartir sur les autres parties du cuir. C'est l'étirage de chair.
4. -— Mise au vent de fleur. — On plaque la peau sur le marbre de la môme manière que précédemment, mais à la place de l'étiré on emploie la queurse en observant les mômes principes et les mômes directions des coups. La peau est lavée à la brosse. On recommence le môme travail en laissant traîner la queurse en revenant; celle-ci ressaute et ronfle sur la fleur; plus le ronflement est sec, plus la peau est serrée. Toutes les veines doivent disparaître, sauf la veine du sang, qui doit se montrer sur F épidémie de la fleur, qui est un indice que la peau est suffisamment queursée. On lave de nouveau la peau. On recommence le même travail à l'étiré en la serrant fortement.
On fait les mêmes opérations de l'autre côté de la peau.
Un ouvrier prépare 3 douzaines de peaux par jour.
Les peaux mal tannées, trop pelanées, ou surprises au tannage ou aux acides, sont difficiles à mettre au vent.
LE VEAU GIHÉ 245
La mise au vent des veaux se fait toujours à la main, quoique (bs machines soient employées pour fabriquer le lissé et le cuir noir.
5. — Retenage. — On fait essorer les peaux en les suspendant au séchoir ou par l'action de la presse hydraulique ; en été, ou retient sans essorer.
Le retenage se fait au moyen de l'étiré, comme la mise au vent de fleur.
Cette opération a pour but de bien développer la patte de devant, faire disparaître les manchettes, rentrer le flanc de derrière, polir la fleur et de préparer la peau à l'opération suivante :