‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 85 sur 221 · V. — MISE EN HUILE DE CHAIR · texte numérisé non relu

V. — MISE EN HUILE DE CHAIR

1. — Moellon. — Le moellon est la matière grasse extraite des peaux chamoisées. (Voir Chamoiserie.) Cette matière s'émulsionne facilement dans l'eau ; cela provient de matières résinoïdes formées pendant les opérations multiples de la chamoiserie, aussi l'huile que Ton retire du moellon a-t-elle une densité plus considérable que celle de l'huile de poisson, qui est de 0,928, tandis que l'huile résinifiée a une densité de 0,950. Le moellon renferme des fibres qui se sont détachées des peaux, fibres que Ton retrouve dans les analyses sous le nom de matières organiques ; c'est de leur proportion que dépend la plus ou moins grande fluidité du moellon.

Le moellon pur, tel qu'il s'écoule des peaux, a pour composition :

Eau 12 p. 100.

Huile de poisson 75 —

Matières organiques 15 —

Matières résinoïdes 8 —

Le moellon est peu employé pur ; il entre dans la fabrication des dégras, qui se fait par des fabricants spéciaux ordinairement chamoiseurs ou par les corroyeurs eux-mêmes, qui le fabriquent euxmêmes pour ne pas courir les risques de ses nombreuses falsifications.

2. — Dégras. — Le dégras est un mélange de matières grasses animales avec du moellon. On mélange ensemble le moellon, le dégras provenant du lavage des peaux dans les bains alcalins, de l'huile de poisson et du suif . Dans le moellon-dégras on mélange le moellon dans la proportion de 20 p. 100 et pour le dégras il n'y entre que pour la part infime de 5 p. 100. On a appelé, non sans raison, les dégras, une boite à encre, c'est-à-dire pouvant renfermer tout ce que l'imagination spéculative cherche à ajouter pourdimi-

LE VEÀU CTRÉ 247

nuer le prix de revient et augmenter les bénéfices. Quand nous décrirons la chamoiserie, nous donnerons sa fabrication et les manipulations dont il est l'objet de la part des chamoiseurs.

3, — Analyse du dégras. — L'analyse du dégras est la cbose la plus indispensable à faire dans une corroierie; de sa négligence peut découler de graves inconvénients et de sérieuses pertes. Mais nous devons ajouter ici que les laboratoires de chimie ne font ces analyses que très médiocrement, surtout les laboratoires de facultés, dont les chimistes ignorent complètement les différentes manipulations de la peau et le but du dégras ; on devra donc s'adresser à des chimistes spéciaux ou imposer au chimiste que le corroyeur a h sa disposition la méthode suivante, qui est la plus correcte, due à M. Ferdinand Jean.

1°. — Dosage de F eau. — Dans une capsule tarée on pèse 20 grammes de dégras, on y incorpore du sable préalablement lavé à l'acide et calciné au rouge, de façon à obtenir une masse solide à peu près sèche ; on peut employer toute autre substance inerte. On pèse une seconde fois pour avoir le poids total et par déduction celui de la silice ajoutée. On dessèche à l'étuve à 120 degrés. La perte de poids sert à établir la quantité d'eau contenue dans le dégras. Quelquefois on évapore dans le vide en présence de l'acide sulfurique, mais cela inutilement.

2°. — Dosage de la matière grasse. — On dissout 20 grammes de dégras dans de l'éther de pétrole et l'on filtre sur une petite allonge, fermée par un tampon d'ouate, séchée à l'étuve et tarée. L'éther de pétrole qui s'écoule est distillé en partie, puis évaporé au bain-marie dans une capsule tarée ; on sèche à 120 degrés et l'on pèse la matière grasse.

3°. — Dosage des matières insolubles. — Pour connaître le poids des matières insolubles, il suffit de dessécher l'allonge à l'étuve à 120 degrés. L'augmentation de poids permet de calculer les matières insolubles. On fait tomber le tampon d'ouate et la matière restée dans l'allonge dans une capsule de platine tarée, et l'on calcine au rouge. Si la matière insoluble est d'origine organique, la calcination laissera un résidu insignifiant. Si la matière insoluble contient une partie minérale, le résidu de la calcination sera pesé,

puis analysé, pour y rechercher l'argile, la craie, les sulfates de chaux et de baryte, Falun, l'oxyde de plomb, etc.

4. — Dosage des cendres. — On détermine le poids des cendres en calcinant 5 ou 10 grammes de dégras dans une capsule de platine tarée. Si le dégras avait une réaction alcaline, il faudrait dissoudre les cendres dans l'eau distillée et y titrer le carbonate alcalin.

Lorsque au contraire le dégras a une réaction acide, on en fait bouillir 25 grammes dans 200 centimètres cubes d'eau distillée, on laisse refroidir dans un entonnoir à robinet, on soutire le liquide sous-jacent et, après s être assuré de la nature acide qui est ordinairement de l'acide sulfurique, on titre l'acide dans 50 centimètres cubes de liquide clair.

5. — Dosage de la matière résinoïde. — On prend 150 à 200 grammes de dégras que Ton chauffe à feu nu jusqu'à ce que la masse n'émette plus de bulles gazeuses, et l'on filtre sur une toile. On prend 20 grammes de matière grasse, on l'épuisé par de l'alcool à 40 degrés, on chauffe au bain-marie, on agite le tout, on laisse refroidir. L'huile de poisson et les matières grasses neutres sont très peu solubles dans l'alcool froid, tandis que la résine s'y dissout facilement. En évaporant l'alcool, on obtiendra un résidu dans lequel on pourra reconnaître la présence de la matière résinoïde. En traitant la matière résinoïde ainsi obtenue par de l'éther de pétrole qui dissout la résine et laisse la matière résinoïde, on obtient le poids de chacune d'elles.

6. — Dosage des huiles minérales, — On chauffe vers 200 degrés 25 grammes de dégras contenus dans une capsule et l'on en effectue la saponification avec 15 centimètres cubes de soude à 40 degrés Baumé et 15 centimètres cubes d'alcool à 36 degrés ; on reprend le savon par l'eau distillée, on fait bouillir et après refroidissement, on agite la solution avec de l'éther, qui dissout toutes les matières non saponifîables. A l'aide d'un entonnoir à robinet on sépare la solution de savon de l'éther, et on la traite encore à deux reprises par l'éther, de façon à séparer toute la matière non saponifiable. Par distillation et évaporation, l'éther abandonne les matières qu'il avait dissoutes ; on en détermine le poids et la nature.

7. — Dosage des acides gras libres. — On pèse 5 grammes de matière grasse extraite du dégras (comme en 5) que Ton fait bouillir à 100 centimètres cubes d'alcool, on verse quelques gouttes d'une solution alcoolique de phtaléine du phénol et on titre au rouge avec une solution de potasse titrée (0 gi*. 159 de potasse (Ko) correspond à 1 gramme d'acide gras d'huile de baleine.)

8. — Dosage de la colle. — Les dégras renferment souvent de la gélatine provenant du contact de l'eau chaude avec les peaux ou les débris, ou encore ajoutée frauduleusement pour augmenter la consistance du dégras.

Nous faisons bouillir 20 grammes de dégras dans 100 centimètres cubes d'eau pendant dix minutes, nous prélevons 50 centimètres cubes de solution au moyen d'une pipette, nous y ajoutons 20 centimètres cubes d'une solution à 20 p. 100 d'alun et nous déterminons la gélatine par une solution de tannin à 1 p. 100. Les deux corps se combinent à poids égaux.

Un bon dégras doit avoir la composition suivante :

Matière grasse neutre .... 70 }). 100.

Acides gras 12 —

Matières organiques 1 —

Matières résinoïdes o —

Eau 12 —

Gendres 0,25

Un bon dégras ne doit renfermer ni acides libres, ni alcalis libres, ni résine, ni huiles végétales, ni huiles minérales, ni fer, ni gélatine.

4. — Dégras artificiels. — Gomme le dégras, ou plutôt le moellon, ne doit ses qualités qu'à la présence des matières résinoïdes qui se forment par oxydation des huiles employées dans le chamoisage, on a donc cherché à obtenir un corps possédant toutes les propriétés du moellon et moins cher. Les recherches ont abouti à un résultat satisfaisant, exploité sur une grande échelle de nos jours. Les principaux procédés employés sont les suivants :

1. — Procédé Livache. — Ce procédé consiste à agiter l'huile avec un mélange de plomb divisé (obtenu par précipitation, au

moyen de lames de zinc d'une solution d'azotate ou d'acétate de plomb) et de nitrate de manganèse, sel dont la solubilité est notable dans les huiles, puis à agiter l'huile après décantation, avec de l'oxyde de plomb, de manière à décomposer l'excès de nitrate de manganèse dont la déliquescence serait un inconvénient. Dans ces conditions, avec de l'huile de morue ou de baleine, on obtient une huile épaisse, visqueuse, qui a augmenté 8 p. 100 de son poids et qui s'émulsionne très bien à l'eau et s'incorpore très bien dans la peau.

2. — Procédé Schill et Seilacher. — L'oxydation se fait par un courant d'air atmosphérique dirigé dans l'huile chauffée à 90 degrés ou dans une émulsion préparée avec : huile 100 parties, eau la, soude caustique 0,1.

Un autre procédé des mêmes auteurs consiste dans l'emploi de l'eau oxygénée mélangée mécaniquement avec l'huile, à la température de 30 degrés ; la température s'élève un peu et la matière prend la consistance de la graisse. On emploie 2 p. 100 d'eau oxygénée.

3. — Procédé à l'acide nitrique. — Ce procédé consiste à chauffer l'huile à 80 degrés, puis à y incorporer 3 p. 100 d'acide nitrique à 36 degrés ; on laisse la réaction se prolonger jusqu'à non-réaction, on neutralise l'excès d'acide par un peu d'ammoniaque. Ce procédé donne une huile fortement colorée, qui n'est pas employable en France ; quelques villes de l'Allemagne n'en ont pas d'autres.

4. — Tour à oxyder. — Nous avons fait construire un appareil pour fabriquer du moellon artificiel au moyen des huiles de foie de morue et de baleine. Il consiste en une tour en tôle de 5 mètres de long sur 0m,50'de diamètre. Le haut de cette tour est terminé par un réservoir contenant l'huile qui s'écoule sur une plate-forme percée de nombreux trous de petit diamètre ; dans chacun de ces trous passe un fil de coton tressé, terminé par un nœud faisant office de bouchon sur chacun des trous. Chacun de ces fils a 4ra,75 de long et est maintenu tendu perpendiculairement dans la tour. 200 fils sont ainsi placés. L'huile en arrivant sur la plate-forme coule par capillarité, lentement, le long des fils, jusqu'en bas, où elle est reçue sur une seconde plate-forme, d'où

elle coule dans un réservoir. Un courant d'air à l'A) degrés circule de bas en haut dans la tour et s'échappe par une cheminée liaversant la plate-forme supérieure. L'huile doit passer trois fois pour être oxydée convenablement.

5. — On arrive à oxyder les huiles en y ajoutant du phosphate d'ammoniaque et en favorisant le développement de cryptogames et particulièrement celle de Yoleorum microcladus (Villon) ; ou encore en faisant passer un fort courant électrique dans les huiles en présence de gaz oxydants (Muthel et Lùkke).

Il n'y a plus qu'à mélanger les huiles oxydées avec du suif, 5 ou 10 p. 100, pour donner de la consistance.

A l'analyse les dégras artificiels donnent les mêmes résultats que le moellon, ils sont même plus purs.

5. — Huiles employées dans le graissage des peaux. — Le corroyeur a de ce côté un grand choix parmi les 120 huiles animales qu'il peut employer. Il devra se guider sur les prix, sur sa position géographique, le climat, les sortes de peaux, les propriétés particulières de chaque huile, etc. Il fera des mélanges pour arriver à un résultat économique et supérieur.

Nous donnons ci-après quelques renseignements, les plus importants, sur chacune des principales huiles ou graisses qui sont employables pour nourrir les cuirs.

1. — Huile de foie de morue. — On retire du foie de morue 3 variétés d'huiles : l'huile blanche ou huile pâle, d'un beau jaune d'or; densité 0,923,; l'huile brune, d'une couleur approchant de de celle du vin de Malaga ; densité 0,924 ; l'huile noire, couleur brun foncé tirant sur le noir avec reflet verdâtre ; densité 0,930. L'huile de foie de morue renferme 12 p. 100 d'acides gras libre et 2 p. 100 de matière résinoïde.

La véritable huile de foie de morue est extraite du gadus morrhua ; les autres variétés sont extraites du gadus œglefmus, du gadus carbonarius et du squalus glacialis. Pour différencier ces huiles on met dans une bouteille bouchée à Fémeri 10 parties d'huile et 1 partie d'un mélange composé de parties égales d'acide sulfurique et d'acide nitrique concentré, et secouer fortement. L'huile du gadus morrhua devient de suite d'un rose vif , qui se

change promptement en un jaune citron. Les huiles de gadus aeglefînus et carbonarius commencent également par devenir rose vif, mais le jaune qui survient ensuite n'est pas aussi pur. L'huile du squalus glacialis commence par devenir d'un rouge rose, qui se change ensuite en violet brunâtre.

On falsifie l'huile de foie de morue avec l'huile de phoque. Pour la reconnaître, on ajoute à l'huile de l'eau régale composée de 2 parties d'acide chlorhydrique et 1 partie d'acide nitrique ; l'huile de foie de morue devient jaune foncé verdàtre, qui devient et reste brun en une demi-heure, tandis que l'huile de phoque donne un jaune très clair (Rossler).

Pour reconnaître l'huile de foie de raie, on traite par un courant de chlore : l'huile de morue se colore en brun, tandis que l'huile de raie reste jaune après une demi-heure d'action.

Pour reconnaître les huiles de poisson, on traite par l'acide azotique fumant : l'huile pure prend une belle coloration rose qui ne se manifeste pas avec l'huile mélangée (Boudard).

On mélange les huiles de morue avec les huiles d'olive, d'œillette et de colza, mélanges très préjudiciables pour la peau ; pour les découvrir, on dose l'iode de l'huile qui en renferme 0,02 à 0,03 p. 100 ; toute huile qui en renferme moins est suspecte. On ne peut jamais extraire l'iode ou l'iodurc de l'huile pure lorsqu'on la traite par l'eau ou l'alcool, tandis qu'on extrait par ces dissolvants l'iode ou liodure d'une huile mélangée artificiellement avec ces corps. Enfin on introduit dans l'huile de foie de morue des résines de la colophane ; cette huile en corroierie est souvent la cause de nombreux désagréments; elle s'épaissit sous l'action oxydante de l'air et ressort sur le cuir sous forme de gouttelettes gluantes. Pour reconnaître cette fraude, on introduit dans un tube de verre gradué de 30 centimètres de long sur lo millimètres de diamètre, 1 centimètre cube d'huile à essayer et douze fois son volume d'éther acétique de densité 0,890 ; on ferme le tube avec le doigt, on agite vivement, on ramène à la température de 17 degrés et on laisse reposer une minute. Si, après cet intervalle' le liquide est trouble, on est certain que l'huile renferme de la résine. Pour que la dissolution devienne limpide avec une huile pure, il faut 15 volumes d'éther acétique. Moins il faut d'éther,

LE VEAU CIRÉ 2ii3

] > i li s la résine est abondante. Chaque volume en moins Je 15 correspond à 5 p. 100 de résine.

Huiles de poisson. — Couleur jaune orangé brun, densité 0,930 elle ne se solidifie pas à 0 degré, 100 parties d'alcool à 0,95 dissolvent 122 parties d'huile, la solution ne commence à se troubler qu'à 63 degrés. Elle n'est point acide. Mêmes caractères que la précédente.

Huile de baleine. — Ordinairement blanche, densité 0,930, elle se congèle à 0 degré et laisse déposer une graisse blanche, elle est soluble dans son volume d'alcool à 75 degrés.

Huile de cachalot. — Jaune clair, transparente, densité 0,884, se solidifie à 8 degrés.

Huile de dauphin. — Jaune citron, densité 0,920, se solidifie à 3 degrés, 100 parties d'alcool à 0,81 en dissolvent 110 parties à 70 degrés, 100 parties d'alcool absolu en dissolvent 123 à 20 degrés. La solution alcoolique se trouble à 52 degrés ; elle n'a pas d'action sur le tournesol.

Huile de marsouin. — Jaune pâle, densité 0,938, 100 parties d'alcool bouillant à 0,81 dissolvent 20 parties de cette huile, ne 'rougit pas le tournesol.

Huile de thon. — Jaune rougeâtre, densité 0,927, se fige à o degrés.

Huile d'alligator. — Couleur rougeâtre, semi-fluide, onctueuse, densité 0,928, se solidifie à -f 5 degrés.

Huile de crocodile. — Rougeâtre, plus fluide que la précédente, densité 0,900, se solidifie à + 2 degrés.

Huile de requin. — Rougeâtre, épaisse, densité 0,891, se solidifie à + 2 degrés.

Huile de phoque. — Jaune, densité 0,92^, se congèle à + .'i degrés.

Huile de saumon. — Blonde claire, densité 0,920, se congèle à 0 degré.

Huile de sardine. — Blonde, se solidifie à + 20 degrés, rougit le tournesol.

Huile debeloïKja. — Blonde ou jaune rougeâtre, densité 0,910, rougit le tournesol.

Huile de menhaden. — Brune, densité 0,933, se solidifie à -f 4 degrés.

6. — Suifs et graisses employés dans le graissage des cuirs. —

On emploie pour mélanger avec les huiles précédentes des graisses et des suifs pour augmenter leur consistance et les approprier au travail de la mise en huile. On emploie généralement le suif, mais on peut y adjoindre d'autres graisses animales. Yoici les plus employées :

Suifs. — Le suif tel qu'on le retire des animaux est renfermé dans un tissu cellulaire; on le nomme suif en branches ou en rames. On sépare la graisse de la membrane en faisant fondre à feu nu ou par l'action des acides. On doit donner la préférence au suif fondu au creton et non aux acides. 100 kilos de suif en branches donnent 80 kilos de suif fondu.

On distingue : le suif de mouton, renfermant le suif des béliers, des brebis et des chèvres; il est blanc rosé, dur; il fond à 39 degrés ; le suif de bœuf, renfermant celui de vache et de taureau, blanc rosé, dur, non opalin, fond à 37 degrés ; le suif de veau, blanc rosé, très mou, fond à 35 degrés.

Axonge. — Ou graisse de porc, saindoux, etc., blanche, inodore, fusible à 28 degrés, densité 0,938.

Flambart. — Blanc jaunâtre, fusible à 26 degrés.

Moelle de bœuf. — Blanche ou jaunâtre, fond à 45 degrés.

Suif d'os. — Blanc jaunâtre, fond à 36 degrés.

Suint. — Cette matière, que l'on retire des lavages de la laine, a aujourd'hui une grande consommation en corroierie; elle s'assimile très bien au cuir. Nous citerons plusieurs formules de dégras dans lesquelles on emploie le suint. Cette matière est traitée de différentes manières pour donner la suintine, la stéarine de suint, l'oléine de suint, etc., etc.

7. — Composition de la nourriture pour peaux. — Le corroycur fait lui-même la nourriture qu'il doit passer sur la peau, il l'apprête suivant la température, la saison, la qualité des peaux et beaucoup d'autres conditions qui sont du ressort du corroyeur accompli.

La nourriture se prépare d'une manière générale de la manière suivante : le corroyeur prend 70 kilos de dégras, les place dans un baquet d'une contenance double, d'autre parti! fait fondre 30 kilos

de suif jusqu'à ce qu'il soit très chaud, qu'il n'y puisse plus tenir le doigt, il verse le suif fondu dans le dégras pâteux; la chaleur du suif étant assez élevée, le dégras se liquéfie, et il ne se forme qu'un même corps huileux liquide qui s'épaissit au fur et à mesure qu'il se refroidit. On a soin de bien agiter avec un ràble pendant tout le temps du refroidissement, de manière à avoir une matière onctueuse, semi-fluide, douce, sans aucune apparence de granulation. Dans l'été cette solidification demande longtemps, un jour même, suivant l'importance de la masse, on l'active en faisant circuler autour de la cuve un courant d'eau fraîche, mais alors on doit activer le battage pour qu'il ne se produise aucune séparation; on doit également moins chauffer le suif. Dans l'hiver on chauffe au contraire davantage le suif, on en met moins : 80 kilos de dégras pour 20 kilos de suif, et on remue fortement pour éviter tout dépôt solide provenant du trop brusque refroidissement de la masse

Voici la méthode que nous recommandons aussi bien pour les petites que pour les grandes corroieries : Faire le dégras dans un local spécial, faire fondre le suif à la température de 45 degrés dans une chaudière en fonte, faire fondre le dégras à la température de 30 degrés dans une pareille marmite en fonte. Ceux qui pourront employer la vapeur, feront l'opération dans 2 cuves en bois chauffées par un serpentin fermé et placées à lm,20 au-dessus du sol. Chacune de ces cuves sera munie d'un tuyau de vidange situé vers le bas pour faire écouler les matières dans une cuve située sur le sol. Cette cuve sera longue et rectangulaire comme les barques des teinturiers; sa contenance sera proportionnelle à la capacité des 2 cuves. Le dégras et le suif avant de couler dans la cuve passeront sur un tamis en fil de cuivre ou de fer galvanisé de plus fin numéro, cela pour retenir les matières étrangères qui se rencontrent toujours dans les graisses et qui produisent le plus fâcheux désagrément sur les outils coupant avec lesquels la peau doit subir d'autres façons. L'emploi de la cuve longue a pour but de faciliter le brassage qui se fera en long. Nous ne voyons aucun avantage au brassage mécanique, un manœuvre fait plus d'ouvrage qu'une machine pour le même prix, car lorsque le dégras s'épaissit, l'agitateur mécanique demande une force considérable ; le bras-

sage mécanique a en outre le désavantage de compliquer les opérations, car, pour sortir le dégras de la cuve, il faut enlever l'agiteur, le frotter sur toutes ses parties pour en détacher le dégras adhérent, etc.

8. — Nourritures artificielles. — Quoique le dégras précédent donne d'excellents résultats lorsqu'il est fabriqué avec des matières pures, on a cherché, soit par raison d'économie, soit pour augmenter le rendement, les combinaisons d'autres matières grasses animales ; nous donnons ci-après quelques-unes de ces compositions que nous avons eu l'occasion de voir employer en France et à l'étranger. La préparation se fait dans une chaudière en fonte chauffée à feu nu, ou dans une cuve en bois chauffée à la vapeur. On commence par mettre les matières les plus solides que l'on fait fondre d'abord, puis on ajoute les matières moins solides; les matières liquides s'ajoutent après cessation de chauffage.

Huile de foie de morue. .

Suif

Huile de suint

Eau

Dégras artificiel

Huile de l'oie de morue. .

Suif

Dégras artificiel

Suif

Huile de pieds de bœufs. .

Huile de foie de morue . .

Suif

Eau

Huile de pieds de boeufs. .

Huile de baleine

Suif

Inutile d'ajouter que Ton peut remplacer les huiles de morue dans ces dégras par les huiles de poisson que nous avons citées.

è LE VEAU CIRÉ 257

9. — Mise en huile. — On étale le veau sur le marbre jusqu'à la hauteur de l'épaule, on examine avec soin les parties épaisses et les parties faibles. Avec une brosse demi-douce on prend le dégras, que Ton a mis sur le coin du marbre ; le premier coup se donne sur la fesse gauche pour y laisser assez de dégras, puis on fait de même sur celle de droite et on égalise le tout en appuyant légèrement, en croisant les coups sur la culée, puis en étendant les coups sur toute la largeur de la peau sur toute la partie comprise entre la culée et les épaules ; avec la brosse on reprend du dégras et on applique une seconde couche sur les pattes de derrière, la culée, le bord du ventre et le noyau, chacun suivant sa force. Les mâles reçoivent une couche presque égale, les femelles, dont la culée et les flancs sont faibles, doivent recevoir moins de nourriture, les noyaux étant plus forts on les charge davantage.

On lève à moitié la peau collée sur le marbre, puis on lui fait faire un pli de façon à coller le collet sur le marbre avec délicatesse, on applique du dégras sur la partie forte, on l'étend et on l'égalise comme on a fait pour la culée, on recharge les parties fortes, telles que le nerf de la patte de devant, le brochet et l'épaule ; on doit ménager les côtés du cou.

On emploie 25 à 30 p. 100 du poids de la peau en dégras. On emploie 5 p. 100 du poids de la peau de nourriture de fleur.

Cela fait, avec une serpette on fait une fente de 3 ou 4 centimètres de longueur sur chacune des pattes de derrière, on y passe une baguette en cornouiller, on tire la peau et on la porte à la sèche.

Le dégras doit être appliqué sur la peau humide, afin que l'huile ne pénètre que peu à peu et à mesure que le cuir sèche. Pour bien pénétrer le dégras, on a besoin de contenir 10 p. 100 d'eau pour faire une émulsion, ce qui facilite beaucoup la pénétration du mélange homogène. C'est le but du dégras, du moellon de maintenir cette émulsion et de conserver l'homogénéité de la masse grasse.

Lorsque le dégras est mal fait, lorsqu'il estgrené ou que l'émulsion n'est pas intime, la matière fibreuse de la peau opère une séparation, le suif reste dessus et ne pénètre pas et l'huile au contraire filtre rapidement et perce du côté de la fleur ; la peau n'est

pas nourrie et pourtant elle regorge d'huile. Un bon dégras doit fondre à 24 degrés. Un metteur en huile fait 6 douzaines de veaux par jour.

10. — Mise en huile au foulon. — On met quelquefois les veaux en huile au foulon; pour cela, on les met dans un foulon ordinaire avec la quantité de nourriture nécessaire, 50 p. 100, on fait tourner le foulon à raison de 3 tours à la minute. Par le battage les peaux s'échauffent et amènent la liquéfaction du dégras, qui pénètre pour ainsi dire par force dans la peau. Nous avons reconnu une température de 50 degrés dans le foulon à mettre en huile. On doit aussi faire le dégras plus dur par une addition à 25 p. 100 en plus du suif ajouté. On met par exemple dégras: ordinaire 60 et suif 40. En deux heures la mise en huile est terminée.

Par cette méthode on arrive à charger davantage les peaux en dégras, on économise la main-d'œuvre et le dégras, mais par contre la peau n'est pas aussi soignée qu'avec la mise en huile à la main ; les parties fortes n'ont pas assez de nourriture, tandis que les parties faibles en regorgent ; le grain de la peau n'est pas aussi fin non plus.

Pour 100 kilos de peau on met 35 à 40 kilos de dégras.

11. — Sèche sur la mise en huile. — On porte à la sèche en accrochant les baguettes à des pitons placés dans une étuve semblable à celle que nous avons décrite pour le séchage des cuirs. La température doit être de 18 à 20 degrés. Le séchage des veaux demande six à huit jours; si le séchage durait plus longtemps, on exposerait les veaux à moisir; s'il était trop précipité, le dégras coulerait et les veaux seraient marbrés.

Les veaux secs, on les tombe et on les met en pile, pliés en 2, la fleur en dedans ; on fait des tas de 12 douzaines, on met des planches dessus que l'on charge de pierres. On les laisse sous presse au moins huit jours ; les grandes fabriques les laissent, avec raison, un mois. Pendant ce temps le reste de la matière est absorbé, les veaux prennent plus de poids et une plus belle couleur.

Page 1