VIT. CIRAGE
1. — Fabrication du cirage. — Le cirage que Ton emploie sur les peaux est un cirage essentiellement gras composé de noir de fumée, d'huile de lin, d'huile de foie de morue et de noir pour teindre la surface du cuir. Le corroyeur prépare lui-même son cirage ; celui vendu par les fabricants est loin d'avoir les qualités requises; de plus, ce cirage ne se conserve pas très longtemps.
On se sert de noir léger de qualité extra provenant de la combustion de la poix de Bourgogne, de l'essence de térébenthine, ou encore mieux de celle de l'huile ; le noir obtenu est calciné trois fois pour le débarrasser de toutes les impuretés qu'il peut renfermer. Comme le noir est vendu convenablement préparé dans le commerce, je me dispenserai de donner ici sa fabrication. Il doit être exempt de granulations dures et très léger. On doit le conserver dans un lieu sec et chaud; lorsqu'il a subi l'humidité, il n'est plus apte à faire du bon cirage.
Voici le dosage des matières qui entrent dans la fabrication d'un cirage ordinaire :
Huile de foie de morue 45 —
Huile de lin 20 —
Suif. 25 —
Noir de fumée léger 4 —
Fiel de bœuf 2 —
Cire jaune 1 —
Alcool 2 —
Pyrolignite de fer 1 —
Noir d'aniline 0,050 p. 100.
Carmin d'indigo 0,200 —
Dans un baquet on verse l'huile de lin, on y met par-dessus le noir de fumée et on laisse ainsi sans remuer pendant douze heures ; on le met le soir pour le lendemain matin; lorsque le noir est bon, il se délaye seul dans l'huile et forme en douze heures une pâte homogène très douce. On la met par petites portions sur le zinc d'une table et là un ouvrier la broie à la main, en appuyant avec la paume et en écartant avec les doigts les corps rugueux qui s'y trouvent. L'ouvrier remet sa pâte broyée dans un autre baquet, il
y ajoute l'huile de t'oie de morue en délayant dans tous les sens, puis il ajoute le suif fondu à une certaine température: 50 degrés; on obtient alors un liquide noir homogène très fin. On y ajoute les autres matières dans Tordre suivant en remuant constamment : fiel de bœuf, alcool, pyrolignite. La cire jaune a été fondue avec le suif. On fait dissoudre le noir d'aniline dans 200 centimètres cubes d'eau dans laquelle on délaye également le carmin d'indigo, et on ajoute le tout dans la masse. On remue jusqu'à complet refroidissement. En hiver on diminue la quantité de suif et on chauffe légèrement l'huile de foie de morue avant de la mélanger au noir.
Le fiel de bœuf est employé pour faire glisser le cirage sur la peau ; l'alcool pour le rendre siccatif; le pyrolignite pour mordancer la surface de la peau et donner du fond, ainsi que le noir d'aniline et le carmin d'indigo.
A la place du pyrolignite, on emploie le noir de bière ; quelques maisons le suppriment.
Enfin le broyage à la mécanique a été employé pour broyer le noir, mais l'ouvrage est bien moins fait qu'à la main : ce qui a le mieux réussi sont 3 paires de cylindres en caoutchouc tournant en sens inverse.
2. — Cirage extra. — Pour les peaux de première qualité et pour un finissage hors ligne, voici une formule employée dans une maison de premier rang qui la tient soigneusement secrète; elle n'a le défaut que de coûter un peu cher :
Huile de lin 20
Huile d'olive 40
Suif 15
Noir de fumée 4
Œufs 8
Alcool 2
Vanadate d'ammoniaque 0,010
On broie comme à l'ordinaire le noir dans l'huile de lin, on y ajoute l'huile d'olive, puis le suif fondu ; ensuite les œufs battus avec un peu d'ammoniaque, l'alcool, et enfin le vanadate dissous dans 200 d'alcool.