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CHAPITRE IV

PRÉPARATION DE LA PLANCHE

Avec l’étau pris de la main gauche, on pincera la planche de cuivre sur un des deux côtés étroits, après avoir eu soin d’introduire entre les lèvres de l’étau deux petits morceaux de carte bristol pour éviter l’éraflement du cuivre, puis on procédera au nettoyage de la planche. Cette opération se fait à l’aide de l’essence de térébenthine ou de potée d’étain, certains se servent de potée d’émeri, mais l’émeri se réduit rarement en poudre impalpable, quelque grain venant à subsister pourrait rayer le cuivre; quand on le juge suffisamment nettoyé, on passe encore à la surface un peu de blanc d’Espagne. On peut encore se servir de la lessive de potasse d’Amérique dans la proportion de 10 centilitres de potasse pour un litre d’eau. Dans les premiers essais, et pour arriver à savoir d’instinct à quel moment le décapage est terminé, vérifier en trempant la planche dans l’eau pure et vous la tenez bien horizontalement durant quelques instants. S’il ne subsiste aucune tache graisseuse, si petite qu’elle soit, l’eau recouvrira votre planche entièrement; si, au contraire, la planche n’est pas suffisamment nettoyée, l’eau se retirera

LA GRAVURE A L’EAU-FORTE

par place, même si vous maintenez la planche bien horizontale. C’est là un signe certain que quelque corps graisseux subsiste à la surface, il faut recommencer le nettoyage.

La planche ainsi nette et dégagée de toute impureté, il s’agit d’y appliquer le vernis ; vous la chauffez donc, soit avec des morceaux de papiers roulés en boudins, soit à la lampe à alcool, soit sur un réchaud de terre, que vous promenez à l'envers de la surface nettoyée. Il ne faut pas que la planche soit trop chaude, car elle brûlerait le vernis. Un petit moyen de se rendre compte si elle est à point est d’envoyer sur la surface chauffée un peu de salive : si elle se réunit en boule, c’est bien, votre planche est à point. Vous retournez et appliquez le vernis en promenant la boule sur toute la surface du cuivre jusqu’à ce qu’il soit bien couvert, le plus également possible. Vous posez la boule et prenez le tam¬

pon d’ouate ; vous le chauffez légèrement ; puis , commençant par le haut à gauche, vous tamponnez, en tapotant régulièrement de gauche à droite, puis de droite à gauche et de haut en bas, puis de bas en haut , de façon à donner le plus

d’égalité possible à la couche de vernis. Il ne faut pas craindre d’employer une certaine vigueur dans cette opération. A mesure que le vernis se refroidit, il tire davantage sur le tampon avec un petit bruit : les graveurs disent qu’il chante. A ce point, notre opération doit être terminée, car,

PREPARATION DE LA PLANCHE

à mesure que le vernis se refroidit, il devient impossible de l’étendre en surface unie, le tampon n’opère plus. Si l’opération est manquée, il n’y a qu’à la recommencer. N’essayez pas de chauffer la planche, mauvaise affaire. Pour recommencer, il suffît d’enlever le vernis avec de la benzine que vous répandez sur la planche et frottez avec un chiffon emmanché au bout d’une hampe de bois et réservé toujours à cet usage; vous passez ensuite la planche à la potasse d’Amérique, la laver ensuite à grande eau et la repasser comme précédemment à la potée d’émeri, cette fois très légèrement, enfin au blanc d’Espagne. Cette opération, un peu longue à décrire, prend quelques minutes à peine.

Les moyens de décapage du cuivre varient beaucoup : certains graveurs se servent de

Cyanure de potassium1, 20 grammes.

Eau, 1 litre.

D’autres emploient :

Acide sulfurique, 10 cent.

Eau, 1 litre.

Ou encore, et ce dernier procédé est excellent :

Sel gris, dit de cuisine, 250 grammes.

Vinaigre blanc d’Orléans, 250 cent.

Eau, i litre.

Enfumage. — Le vernissage entièrement terminé et réussi, on procède à l’enfumage. Cette opération est nécessaire parce que le vernis, bien que noir, est étendu en

1. Dangereux et donné seulement à titre de formule pour les artistes, mais l’amateur doit s’en abstenir.

LA GRAVURE A L’EAU-FORTE

couche trop mince encore pour obscurcir le cuivre qui transparaît toujours, tandis qu’une mince couche de noir de fumée appliquée sur le vernis, qu’elle soit mate ou brillante, donne une surface noire où le moindre coup de pointe apparaîtra en trait lumineux. Voici comment on opère : le cuivre étant encore chaud et le vernis, par conséquent, non encore

refroidi, étant plus friand de noir de fumée, le happe au passage, tandis que si on le laissait refroidir, le noir n’adhèrerait pas suffisamment à sa surface. On retourne la planche qu’on tient toujours par l’étau et l’on promène dessous la flamme d’une torche de graveur. On obtient un enfumage brillant, lorsque, comme nous venons de le dire, on flambe le vernis encore chaud. Au contraire, si on laisse à la plaque et au vernis le temps de refroidir, l’enfumage prend un aspect mat. 11 est difficile de conseiller plutôt l'un que l’autre mode, c’est affaire de convenance toute personnelle. Toutefois, il faut considérer que plus on laissera la planche refroidir, plus on courra le risque de brûler le vernis en voulant 1 enfumer d’une manière convenable.

En résumé, pour qu’une planche soit bien enfumée, il faut que la surface présente un aspect uniforme et qu’on n y aperçoive pas le passage de la flamme qui a produit la fumée;

Ch. DAUBIGNY

Le Marais

PRÉPARATION DE LA PLANCHE

autrement, le vernis pourrait être brûlé, il se fendillerait et pourrait écailler par la suite. Mais, cependant, ce n’est pas là un accident certain : parfois, l’enfumage n’est pas très réussi; on peut, après l’avoir blaireauté légèrement, recommencer l’opération et obtenir cette fois une couche parfaitement unie. Néanmoins, il faut tenir compte que plus on va, plus la planche se refroidit et moins la couche de noir de fumée a de chances d’adhérer au vernis. Pour de petits travaux vivement expédiés, si l’on peut parler ainsi lorsqu’il s’agit de gravure, on peut recommencer un enfumage mal réussi, on ne doit jamais le tenter pour une planche importante1, un travail de longue haleine. Mieux vaut cent fois recommencer entièrement la préparation de la planche dont dépend toute la conduite du travail durant lequel vous auriez constamment à regretter l’insuffisance de la préparation, exactement comme un peintre ayant commencé une aquarelle sur un papier défectueux. Sans doute, un artiste de talent et expérimenté peut toujours s’en tirer, mais c’est au prix d’un surcroît de travail et d’un agacement fort nuisibles au résultat artistique.

1. Pour le vernissage des planches qui dépassent 50 centimètres, bien des graveurs, à Paris, ont recours à l’expérience de M. Lamour qui, par une pratique quotidienne, y a acquis une impeccable sûreté de main. De mémo et surtout pour le vernissage au rouleau, parce que cette opération est fort délicate, les accidents proviennent de ce que le rouleau servant rarement s’encrasse et ne donne pas une couche parfaitement nette, tandis que le rouleau du praticien servant chaque jour est toujours en état.

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