APPLICATION
Leçon écrite , d’après Maxime Lalanne , avec annotations recueillies auprès de différents maîtres de la Gravure à l’eau forte.
« Voici une planche, dit-il à son élève, je la nettoie à l’essence; une fois bien essuyée, avec un linge fin, et à la rigueur après l’avoir épurée au blanc d’Espagne, je la prends avec l’étau par le bord, en plaçant un morceau de papier assez épais (de la carte bristol) sous les dents de l’étau, pour ne pas entamer le cuivre à la pression; je présente l’envers de la planche à ce réchaud; la flamme du papier (vieuxjournal froissé en forme de boudin) ou une lampe à l’esprit de vin servent également : quand la planche est suffisamment chauffée, je place à la surface polie cette boule de vernis ordinaire enveloppée de soie; la chaleur la fait fondre. Si la planche est trop chauffée, le vernis bouillonne en se fondant, alors on attend un peu, car il brûlerait. Je passe la boule sur toute la surface du cuivre, sans l’inonder toutefois; puis avec le tampon, je frappe dans tous les sens assez fortement et vite en commençant, de manière à bien étendre et égaliser la couche de vernis; et en finissant, à mesure que le vernis se refroidit, j’appuie le tampon plus délicatement. Quand on remarque de l’inégalité et comme de petits points dans le vernis, c’est qu’il est trop épais; on tamponne jusqu’à ce qu’on ait obtenu une couche parfaitement homogène; elle sera mince, suffisante pour résister à de fortes morsures et
LA. GRAVURE A L EAU-FÔRÎE
permettra d’exécuter à la pointe des travaux très fins, ce qui serait difficile avec trop de vernis. »
Puis il passe à l’opération de l’enfumage, que nous avons décrite plus haut en détails suffisants.
« La planche ainsi préparée, on transporte la calque ; puis après avoir placé une glace devant sa planche, sur une table et le plus près possible, entre cette glace et la planche on met le modèle à copier, dont l’image se trouve ainsi reproduite à l’envers, soit dans le sens du tracé qu’on exécute, on commence le travail de la pointe.
ce Voulez-vous copier une eau forte deDaubigny1, œuvre pleine de charme et de couleur, d’un effet harmonieux ? Prenez une seule pointe, et maintenez votre travail serré pour les fonds et plus large pour les premiers plans; ceci vous paraît paradoxal, l’acide nitrique vous renseignera sur ce point. Je vous indiquerai, quand votre planche sera mordue, les cas où vous agirez autrement, c’est-à-dire où vous devrez serrer ou élargir indistinctement dans les différents plans les travaux delà pointe. » Les traits indiqués paraissent larges : il suffit alors de poser à plat une feuille de papier végétal ou de papier glace, après avoir épousseté très légèrement avec un pinceau doux les parcelles de vernis enlevées par le passage de la pointe, et l’on voit très bien le travail.
« Continuez et suivez votre sentiment; travaillez sans crainte de mal faire; vous pourrez remédier à quelques erreurs : ainsi, si vous vous trompez, vous étendrez au pinceau une légère couche de vernis liquide sur la partie manquée, dans quelques instants le vernis sera sec et vous ferez le raccord. Vous aurez recours à ce moyen pour corriger un faux trait ou pour faire revivre une partie blanche que vous auriez couverte par mégarde. »