‹ Traité pratique de la gravure à l'eau-forteChapitre 29 sur 44 · LE VERNIS MOU - LA POINTE SÈCHE - - LA MANIERE NOIRE · texte numérisé non relu

LE VERNIS MOU - LA POINTE SÈCHE - - LA MANIERE NOIRE

l’aqua-teinte

Cos deux procédés, dont l’un, la pointe sèche, n’a en réalité qu’un rapport très éloigné avec l’eau-forte, puisqu’on n’y emploie point la morsure, ont repris de nos jours une importance assez considérable et quelques artistes en ont tiré un excellent parti. C’est qu’aussi la pointe sèche et le vernis mou laissent au graveur une telle indépendance qu’il peut y exprimer sa moindre pensée, traduite en un croquis au trait, ou bien en une pochade à reflet qui suffisent parfois au résultat le plus satisfaisant, et qui répondent bien à notre époque avide de productions multiples et nouvelles. — Pour le vernis mou, voici comment on opère : on vernit le cuivre comme pour l’eau-forte, après avoir eu soin d’ajouter au vernis en boule en égale quantité un corps gras quelconque, suif, axonge, vaseline ou autre, l’hiver, moins en été, naturellement. Quelques-uns enfument le vernis, cela n’est pas indispensable, d’autant que l’œil de celui qui entre-

Karl Robert. — La Gravure a Veau-forte.

prend ce genre doit être suffisamment exercé pour distinguer les travaux à même le vernis. On place ensuite sur la planche une feuille de papier à grain fin qu’on maintient, de façon qu’il ne puisse bouger, puis avec un crayon de mine de plomb un peu ferme mais non dur, on dessine, sur le papier, comme si l’on voulait reporter un calque. Partout où passe le crayon, il enlève un même trait de vernis qui vient adhérer à l’envers du papier, creusant ainsi sur la planche un sillon de même forme. Quand le dessin est achevé, on fait mordre comme à l’ordinaire. Il est essentiel de se servir d’un appuie-main pour travailler, le vernis étant disposé à recevoir la moindre empreinte qui ferait tache après la morsure.

L’inconvénient de ce procédé est l’impossibilité presque absolue des retouches, après la morsure, autres que la pointe sèche dont les travaux se marient mal avec ceux du vernis mou, d’où il résulte toujours une certaine monotonie. Dans sa très intéressante lettre à l’imprimeur Delàtre1, l’excellent graveur F. Rops explique comment il remédie à cet inconvénient.

Voici comment il opère . seul :

cc Je choisis un cuivre dépassant la dimension du dessin que je veux graver, et pouvant me laisser des marges de trois ou quatre centimètres de largeur, en tout sens. Je prépare plusieurs feuilles de papier de différentes sortes et de grains différents, mais de peu d’épaisseur. Il suffit pour cela de faire quelques recherches ; à Paris, on finit toujours par trouver les choses dont on a besoin. Pour éviter l’obscurité, nous désignerons les différentes espèces de papier par des numéros, le n° 1 représentera le papier calque ou végétal ; le n° 2 sera très léger et d’un grain très fin, le papier dont se servent les fleuristes pour fabriquer les roses blanches est excellent ;

1. Eau-forte , pointe sèche et vernis mou, par Delàtre, Paris, 1887.

PROCEDES DIVERS

le n° 3 aura le grain plus fort, un papier écolier très léger fera notre affaire ; le n° 4, employé très rarement, désignera le papier au plus gros grain ; presque tous les papiers de Hollande légers peuvent servir. Ces papiers, excepté le n° 1, le papier calque, seront découpés, selon la dimension du dessin à graver . »

L’artiste trace les contours de son dessin avec une encre légère, sur le papier calque dont les bords doivent être un peu plus grands que le cuivre, et trace en marge des points de repère. Il pose ce papier sur le vernis et le fixe, en le collant du haut seulement et rabattant les autres côtés sous la planche, H dessine alors au crayon les contours qui se trouvent, par conséquent, repasser sur le premier dessin tracé à l’encre, et repasse aussi, à l’aide d’une pointe à décalquer, pour plus de netteté, les points de repère des marges. Le papier végétal étant alors relevé, il fait mordre seulement les points de repère des marges, en passant un pinceau imbibé d’acide nitrique à 30 degrés. Ces points étant mordus et l’excédant d’acide enlevé avec les précautions d’usage, il enlève le vernis qui recouvrait ces points de repère. Il place alors le papier n° 2, le pose sur le cuivre, rabat le calque, le tout en place identique grâce aux points de repère des marges, et dessine alors les parties qui demandent un grain plus soutenu. 11 répète enfin la même opération pour le papier n° 3 et au besoin pour le n° 4, selon le sujet à traiter, se servant d’un crayon plus ferme que la première fois. 11 fait mordre non pas à l’acide nitrique, mais au bichromate de potasse, selon la formule suivante :

Chlorate de potasse . 20 grammes,

Acide chlorhydrique . 100 grammes,

Eau . 880 grammes.

Le procédé du vernis mou, dont II. Somm et surtout F. Rops ont tiré un excellent parti, donne aux modelés une

LA GRAVURE A L’EAU-FORTE

douceur extrême ; on l’appelait autrefois la gravure en manière de crayon, parce que, non seulement le trait gros ou fin du crayon y est imitable, mais aussi les modelés à l’estompe, ce cpii permet d’envelopper les formes davantage qu’à l’eau forte ordinaire et rend mieux la morbidesse des chairs ou l’atmosphère d’un paysage. Hâtons-nous d’ajouter qu’il faut s’y consacrer entièrement, dès qu’on l’aborde, car il y faut une extrême habileté, sous peine de tomber en des productions molles, cotonneuses, sans respect des formes et des valeurs.

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