DES VERNIS
Les vernis sont, avec la planche de cuivre, la hase même du travail de l’aquafortiste. On ne saurait donc trop s’y arrêter.
Nous les classerons en deux catégories :
1° Les vernis destinés à recevoir les premiers travaux ou vernis de premier état, ce sont : le vernis noir en boule, le vernis mou, le vernis au pinceau;
2° Les vernis à retoucher qui sont : le vernis au rouleau, pâte à la consistance du miel, le vernis blanc en boule ou liquide ;
DE L’OUTILLAGE
Enfin, un vernis indispensable, hors de cette division, parce qu’il ne sert jamais aux travaux de dessin, mais seulement à la morsure, est le vernis à recouvrir.
1° Ver 'ms noir en boule , enfermé dans une enveloppe de soie formant tampon; nous en verrons l’emploi lors de la préparation de la planche. Il existe un second vernis noir en boule, connu sous le nom de nouveau vernis , mais il est inutile à l’artiste qui n’a jamais besoin d’une morsure de plus d’une heure. Or, le nouveau vernis, exclusivement employé aux travaux de commerce, résiste 13 heures à l’acide, mais il est plus dur sous la pointe du graveur; on devra donc faire usage de l’ancien vernis, connu sous la simple désignation de vernis noir en boule.
Ce vernis et les suivants se trouvent tout préparés et si nous mentionnons des formules en notes, c’est plutôt à titre de documents et de curiosité1. Cependant certains graveurs
1. Autrefois on distinguait les vernis en deux sortes : les vernis durs qui servaient aux graveurs dont l’eau-forte se rapprochait du travail du burin, parla régularité des tailles et les procédés analogues qui ne laissaient à l’acide que le soin de creuser les travaux, les vernis mous, plus spécialement réservés à l’eau-forte des peintres. Aujourd’hui cette distinction n’a plus de raison d’être, les vernis employés étant tous des vernis plus ou moins tendres, le vernis mou étant réservé au genre tout spécial que nous avons dit et dont nous aurons à parler. Donnons ici à titre de document les diverses formules relatées par Perrot, en 1840, formule» qui ont servi de bases à la fabrication moderne et très modifiées par suite des progrès de la chimie industrielle.
Vernis dur.
Poix grecque, 120 grammes.
Résine de Tyr, 150 —
Huile de noix. 120 —
46 LA. GRAVURE A L’EAÜ-FORTË
composaient eux-mêmes leurs vernis , témoin l’excellent maître Courtry qui l’obtient ainsi :
Vernis brun anglais 2 tiers,
Essence de lavande 1 tiers.
Du vernis mou nous parlerons ultérieurement, puisqu’il fait, pour ainsi dire, corps avec le genre de gravure auquel il a donné son nom.
Le vernis au pinceau est un vernis qui sert aux retouches du premier état avant la morsure. Quand on juge un travail défectueux dont on veut supprimer toute trace dans l’épreuve, on le recouvre de vernis d’un coup de pinceau et l’on recommence; plus tard, après la morsure, si l’on juge que la pointe a légèrement entamé ou éraflé le cuivre en ces endroits défectueux qu’on a recouverts du vernis au pinceau, il suffira d’y passer le brunissoir, l’acide n’ayant pas mordu ces défectuosités, ces repentirs disparaîtront entièrement.
Vernis de Florence.
Huile grasse,
grammes
Mastic en larmes pulvérisé.
Vernis tendres
Vernis de Bosse,
Cire vierge blanche,
grammes
Mastic en larmes,
Bitume de Judée.
Vernis de Rembrci
ndt.
Cire vierge,
grammes
Mastic en larmes,
Asphalte ou ambre.
DE L’OUTILLAGE
Le vernis à recouvrir ne s’emploie que pour la morsure, c'est pourquoi nous en parlons après les vernis de premier état. Il est brun rouge et liquide, à base de bitume. Il est nécessaire de le mélanger dans un godet avec du noir de fumée qui aide à la prompte dessiccation. Au moment de la première immersion dans l’acide, on recouvre entièrement la planche, marge, bords biseautés et envers, mais non pas, bien entendu, la partie ou figure le travail qui est recouverte du vernis noir, afin d’éviter que l’acide attaque le métal en aucun endroit autre que celui qui a été découvert par la pointe. Ce vernis à recouvrir, séchant vite, n’offre aucune souplesse, il est donc impropre aux travaux de retouche, et ne peut, en aucun cas, remplacer le vernis au rouleau ; car, bien qu’il ne soit pas souple, il est extrêmement fluide et pénétrerait dans les tailles des parties qu’on ne voudrait pas recouvrir.
Vernis de Callot :
Cire vierge,
CO grammes.
Ambre ou bitume de Judée,
Mastic en larmes,
Résine,
Poix de Bourgogne,
Térébenthine.
encore :
Cire vierge ,
120 grammes
Asphalte ,
Ambre ,
Mastic en larmes.
LA GRAVURE A L’EAU-FORTE
Les vernis de retouches :
Le vernis au rouleau ou vernis à remordre qui a la consistance du miel en été. Il s’étend sur la planche à l’aide d’un rouleau d’encrage semblable aux rouleaux des imprimeurs. Ainsi répandu sur la plaque de cuivre, il en recouvre toute la surface sans entrer dans les tailles qu’il laisse à découvert, sautant pour ainsi dire par dessus. On peut donc faire mordre la planche à nouveau par immersion, et reprendre les travaux comme au premier état. Toutefois il ne faut pas conclure que ce vernis pourrait remplacer le vernis noir de premier état; il sèche d’abord plus lentement, 24 heures au moins sont nécessaires avant de commencer le travail de la pointe ; d’autre part, il a beaucoup moins de solidité et l’on ne saurait, comme avec le vernis noir, laisser, en cas d’empêchement ou de maladie, une planche en attente pendant plusieurs mois. En réalité, il sert à remordre et ne doit servir qu’à cela.
Autre formule :
Cire vierge,
grammes
Asphalte ,
Poix noire,
Poix de Bourgogne.
gr. 5
Cire vierge,
grammes
Poix de Bourgogne,
Résine ,
Asphalte,
Térébenthine.
>re :
Cire vierge,
grammes
Asphalte ou ambre.
Poix noire,
Poix de Bourgogne.
DE L'OUTILLAGE
Le vernis blanc en boule sert à la reprise des travaux et s’applique exactement comme le vernis noir. Il n’y a pas à l’enfumer, puisque c’est pour voir tous les travaux antérieurs qu’on l’emploie. Le vernis blanc liquide rend exactement le même service; on se sert du vernis blanc en boule lorsqu’on a toute la planche à revoir, du vernis blanc liquide lorsqu’on veut seulement faire quelque retouche partielle. Pour le vernis blanc liquide, il faut que la planche soit très fortement chauffée.
Les vernis souffrent peu de la chaleur atmosphérique, mais sont facilement dénaturés par le grand froid et surtout l’humidité, il y a donc quelques précautions à prendre. En général, les laisser sur la table de travail plutôt que de les enfermer dans des placards. D’autres observations sur les vernis trouveront place au cours de ce traité.
Tampons à vernis , lampe à alcool , torche de graveur. — ^ Les tampons à vernis en soie ou en peau doivent être en
Ou enfin, simplement :
Cire vierge,
grammes.
Poix noire,
Poix de Bourgogne, o o 7
Les vernis au
pinceau.
Bitume de Judée,
grammes.
Essence de térébenthine,
Cire vierge,
à 15 gr.
Cire vierge ,
grammes.
Bitume de Judée,
Mastic en larmes,
Poix grecque,
Kàhl Hou lut. — La Gravure a l'eau-forte.
LA GRAVURE A L’EAU-FORTE
tissu très fin. Ils contiennent de l’ouate en quantité suffisante et suffisamment serrée pour qu’il ne se forme à la surface aucun pli du tissu enveloppant, aucune rugosité à l’intérieur.
Les tampons.
Une lampe à alcool ordinaire servira pour chauffer la planche avant d’y appliquer le vernis.
La torche de graveur, qui sert à enfumer le vernis est composée de 8 branches de rat de cave en cire blanche ou jaune rassemblés et tordus en câble, qu’on écarte au sommet, à
Ou encore :
Cire vierge , 90 grammes.
Bitume de Judée, 120 —
Poix de Bourgogne, 60 - —
Toutes ces préparations doivent se faire h chaud, au bain-marie,
après broyage préalable de toutes matières dures.
Formules pour les vernis liquides à recouvrir ou petits vernis :
Vernis à recouvrir pour F immersion complète.
1° Bitume de Judée,
Essence de térébenthine Cire vierge,
30 grammes.
2° Essence de térébenthine Cire vierge,
DE L’OUTILLAGE
Bitume de Judée,
15 grammes.
Mastic en larmes,
Copal,
Petit vernis pour couvertures partielles.
Cire vierge,
60 grammes
Bitume de Judée,
Mastic en larmes,
Essence de térébenthine,
Essence de térébenthine,
Bitume de Judée,
Cire vierge,
Bitume de Judée,
Essence de térébenthine,
Cire vierge,
Mastic en larmes,
volonté, pour donner plus ou moins d’étendue à la flamme selon la grandeur de la planche.
Le rouleau à revernir , analogue au rouleau en peau dont se servent les lithographes, doit toujours être tenu en parfait
Presse d’amaleur.
état de propreté, le vernis n’y doit point sécher lorsqu’on ne s’en sert pas. Après l’usage il est indispensable de le remettre
en état en le nettoyant à fond avec l’essence de lavande. Son emploi est assez difficile, mais il constitue, en réalité, la grande ressource du graveur et l’on pourrait citer des planches qui n’ont pas subi moins de cinquante revernissages au rouleau.