AN A TO MIE !■ A'J'1 10 1.OC IQUE
du poumon el des bronches dilatées; il suffit d’inciser la bronche dans toute sa lonjjueur pour éviter la méprise que je signale. Une caverne tuberculeuse peut simuler aussi un abcès du poumon, et réciproquement. C’est ainsi que la suppuration des poumons, que Dazile a décrite comme particulière aux nègres , n’est autre chose que la phthisie pulmonaire (1). Pour éviter la méprise dont je parle , il faut tenir compte de l’état des parois qui, dans les cavernes tuberculeuses, sont frappées d’une induration chronique, et tapissées par une membrane qu’on reconnaît pour être de date plus ou moins ancienne. Ces cavernes sont, en général, multiples. Enfin les parois comme les parties voisines contiennent un nombre plus ou moins considérable de tubercules crus ou ramollis, ou bien des granulations grises Dans quelques cas très rares il pourrait arriver pourtant , comme M. Louis en cite peut-être un exemple (2j, qu’il n’existât qu’une seule excavation dans le poumon sans trace de tubercules, ou de granulations dans aucun point. Là. question, dans ces cas, est très difficile à juger, et pour sa solution on doit rechercher les lésions concomitantes, et s’éclairer souvent par la marche de la maladie et la nature des symptômes observés ])endant la vie. Enfin, il est des abcès qui sont consécutifs à la mort, et qu’on forme facilement par la pression qu’on exerce sur certains points du poumon très ramollis, lorsqu’on fait effort pour l’extraire de la poitrine. Ces abcès, ainsi artificiellement formés, ne sont jamais entourés de fausses membranes ; ils contiennent à la fois du pus et de la substance pulmonaire réduite en détritus. Cette collection occupe le point précis sur lequel les doigts ont appuyé fortement; enfin, dans des cas douteux il est souvent possible, en exerçant une semblable pression sur une autre portion du poumon affectée au même degré, d’y déterminer une collection purulente tout à fait semblable à la précédente. J’ai trouvé deux fois des abcès du poumon qui avaient été certainement produits suivant le mécanisme que j’indique ici. C’est surtout à M. le professeur Chomel que l’on doit la connaissance de ce fait, qui paraît s’être souvent reproduit sous ses yeux.
(t) Observât» sur les maladies des nègres, Paris t776, p, (2) Recherch. sur la Phthisie, p. 28, obs. 3.
MICE.S DU POUMON
5 11. — Abcès pulmonaires consécutifs ou par perfomlion.
; Les archives de la science contiennent un assez grand nom- I bre d’exemples d’abcès des poumons, qui sont symptomatiques de raltèration d’un organe plus ou moins éloigné. C’est ainsi qu’on a vu des abcès primitivement formés dans le foie , dans j la rate, les reins, les épiploons , dans les parois abdominales ou i les médiaslins ; enfin on a vu des abcès produits par une carie j vertébrale se faire jour dans les poumons et y creuser des exca- 1 vations plus ou moins nombreuses et profondes. J’ai réuni 11 faits de ce genre , épars dans les auteurs , et voici les considérations anatomiques qui résultent de leur étude et de leur comparaison.
j Le poumon, au niveau de l’abcès, a contracté des adhérences avec les parties voisines , et dans une étendue plus ou moins I considérable. Ainsi , lorsque c’est un abcès du foie qui s’est fait jour dans les bronches, on trouve le lobe inférieur du poumon droit uni au diaphragme par des adhérences plus ou moins anciennes (1). Si l’abcès est l’effet d’une maladie de la rate ou des reins , il siégera dans le lobe inférieur du poumon gauche, qui aura contracté avec le diaphragme les mêmes adhérences que précédemment (2) . Les abcès des médiastins , ceux cjui sont symptomatiques d’une carie vertébrale, peuvent s’ouvrir indifféremment dans l’un ou l’autre lobe, suivant la hauteur à laquelle est placée l’altération organique qui les a produits (3).
Le lobe du poumon dans lequel l’abcès intérieur s’est ouvert ; peut présenter une fluctuation manifeste si la collection purulente est placée superficiellement ou seulement à un travers de ; doigt de la surface, comme dans le cas rapporté par le docteur I Kunde. D’autres fois , le lobe est hépatisé en totalité ou en
(t) Voir entre autres exemples Stokes. Bis. of the chest, p. 562 et ' c 366, — Kunde de Berlin dans Gaz. méd. de t837, p. 338. — Pepper,
>1 the americ. Jour., febr. 1 8 38. — Idem, 1 837, etc.
(2) Lepneveii, Thèse inaugurale 1841. De Haën Prat. med. cen.
I, § 5, p. 9. Thèse de Othmarheer, dissertatio de renum morbis, in-4®.
Ilalæ, 1790. — Jour.de Vandermonde, \1%\ .
(3) Doct. boriep de Berlin, the Medizinisch, zeiiung, july 1834; et I Dublin Jour., t. VII. Jour. hehd. 182 9, t. XI, p. 99, par Sabatier. Stat iiius V ochcnscurijïfür, die gesammle Keilkunde, 1836, n. 8.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
partie. Cette induration est tantôt de date re'cente, et présente Jes caractères du deuxième ou du troisième degré de la pneumonie ; d’autres fois , comme dans une des observations de M, Stokes , le tissu pulmonaire induré est grisâtre, non granulé; altération qui indique que la maladie du poumon remonte déjà à une époque plus ou moins éloignée. L’abcès a une étendue variable. On a vu un lobe presque entier être converti en une vaste caverne. D’autres fois la cavité est moins ample ; elle pourrait loger une pomme ou un œuf seulement. Sa cavité contient une plus ou moins grande quantité de pus, dont les propriétés varient suivant une foule de circonstances et surtout d’après l’organe primitivement affecté et la cause qui a présidé au développement de l’abcès. Indépendamment de la matière purulente , on peut encore trouver dans le foyer des débris d’bydatides , des fragments d’os nécrosés , etc. Les parois de la caverne pulmonaire sont plus ou moins irrégulières ; 4 fois sur 6 elles ont été tapissées par une fausse membrane épaisse, résistante et même demi-cartilagineuse. On y voit differentes ouvertures en nombre plus ou moins considérable; les unes sont l’orifice des bronches, et ont ainsi permis au pus de l’abcès de s’évacuer au dehors pendant la vie. Les autres ne sont autre chose que les per luis des trajets fisluleux, qui de l’intérieur des poumons vont aboutir aux organes où la suppuration a commencé par se faire ; et il suffit de les suivre pour découvrir la lésion qui a été le point de départ de tous les accidens. En général , il existe une large communication entre la caverne pulmonaire et l’abcès primitif; qu’il y ait une ou plusieurs ouvertures , il est généralement facile de s’en assurer. Mais, dans les cas où l’état des tissus ou bien la ténuité des trajets fistuleux ne permettrait pas de les suivre dans tous leurs détours, on pourrait s’assurer que les deux cavités communiquent entre elles , par l’injection d’un liquide ou l’insufflation. Ainsi, dans le fait si remarquable rapporté par M. Lepneveu, où un abcès du rein gauche s’était ouvert dans le poumon correspondant, il suffisait d’introduire une sonde dans Turetère , et de souffler ensuite pour faire à l’instant jaillir du pus par la bronche du même côté. Si après avoir versé de l’eau dans cette bronche, on continuait l’insufflation , on voyait aussitôt bouillonner le liquide qui était chassé du tuyau aérien.
ABCÈS DU POUMON
En résumé , les abcès pulmonaires consécutifs ou par perforation diffèrent des abcès idiopathiques ou primitifs, 1<> par leur volume généralement plus considérable ; 2® par leur communication presque constante avec un ou plusieurs tuyaux bronchiques; 3® par la présence peut-être plus fréquente d’une fausse membrane , qui offre en même temps une dureté , une densité et une épaisseur beaucoup plus considéi’ables ; 4° par les matières contenues ; le pus est en effet rarement phlegmoneux, et l’on peut trouver en outre dans le foyer, divers débris organiques; 5® enfin, par leur siège; car ils occupent plus souvent le lobe inférieur de Tun ou l’autre poumon, que les lobes opposés,
Ç III. — Abcès met asiatiques.
Il se forme fréquemment dans les poumons à la suite des phlébites et des résorptions purulentes des abcès circonscrits et en nombre plus ou moins considérable. Remarqués depuis longtemps par les chirurgiens, confondus par eux avec des tubercules dont la fièvre traumatique aurait déterminé la fonte rapide, leurs caractères, leur marche et leurs rapports avec la lésion primitive ont été parfaitement étudiés depuis. quelques années parles pathologistesfrançais,etenparticulierparDance(l), Maréchal (2), MM. Blandin (3), Cruveilhier (4) et Breschet (5). Ces abcès, en général multiples, sont disséminés le plus souvent dans les deux poumons à la fois ; à l’inverse des tubercules ils commencent presque toujours par envahir le lobe inférieur, I] puisque sur onze sujets je n’ai rencontré aucune exception à celte ji règle. Situés communément à la surface de l’organe , immédiatement au-dessous de la plèvre , quelquefois profondément I placés, ils donnent au doigt qui les presse la même sensation que les noyaux d’hépatisation lobulaire; leur coloration est moire, brune ou blanche, suivant leur degré de maturité. ilLeur point de départ est une ecchymose ou plutôt une vérita-
(t) Archives, t. XVIII et XIX.
(2) Thèse de 1 828.
(3) Thèses de 1 824, n° 216.
f4) Anal, pathologique du cotps humain, 2® livraison, in-fol. fig. coloriées, et Dict.’dc med, et chirur. pratiques, art. Phlébite, t. XII, p. 6 3 7. (5) Diction, de méd,, art. Phlébite,
ANATOMIE pathologique.
ble apoplexie capillaire sans déchirure des poumons , mais dans laquelle un sang noir se trouve intimement combiné avec les tissus. Il en résulte des noyaux durs, dont le volume varie entre celui d’une petite lentille et celui d’une grosse noixj ces noyaux présentent d’abord à la coupe une surface uniforme ou d’un noir un peu plus foncé au centre qu’à la périphérie ; mais à une époque plus avancée, on découvre çà et là des points opaques et purulens qui deviennent de plus en en plus manifestes et envahissent bientôt toute la surface ; enfin le noyau se ramollit du centre à la circonférence, et finit par se convertir en un abcès, dont le pus est le plus souvent blanc , épais et phlegmoneux. On rencontre généralement chez le même sujet les différents degrés de l’altération que je viens de décrire. Le noyau est tantôt complètement transformé en abcès; d’autres fois la collection purulente n’existe que dans sa partie la plus centrale, tandis que les parois du foyer sont formées par l’induz’aiion noire dont j’ai parlé.
Le pus est le plus souvent en contact avec le tissu pulmonaire ; d’autres fois il en est séparé par une membrane blanche, assez épaisse et résistante, qui l’enveloppe de toutes parts. Les parties voisines de l’abcès sont intactes dans la plupart des cas, ou du moins elles sont simplement engouées. Mais chez le 1[4 des sujets, j’ai remarqué une hépatisation rouge ou grise, sur une plus ou moins grande étendue. On a dit que, dans le premier degré d’infiltration sanguine , on avait parfois rencontré au centre de l’induration une ou plusieurs veinules remplies de pus. Lorsque l’abcès est tout-à-fait formé, il est encore possible, d’après M. Cruveilhier, de suivre des veines enflammées juscpe dans leur voisinage et même dans leur cavité. Jusqu’à présent, je n’ai pu constater cette disposition, bien que je l’aie recherchée sur au moins vingt noyaux parvenus à difîérens degrés de développement. Il est inutile d’insister ici pour prouver que l’altération que je viens de décrire est de nature inflammatoire. Il ne pourrait y avoir du doute que pour le premier degré ou la période d’induration noire ; mais le tissu est grenu et ramolli, et sa friabilité augmente à mesure que l’infiltration purulente devient plus manifeste.
Les abcès métastatiques du poumon s’accompagnent de pleurésie dans la moitié des cas; ils coexistent généralement aussi avec