GANGRÈNE DU POUMON
des collections purulentes dans d’autres viscères ou à l’extérieur. Leur existence doit toujours porter à rechercher s’il n’y a pas quelque phlébite, et dans les cas où on n’en trouve point il ne faut pas en conclure qu’il n’en existe pas , attendu que cette altération peut n’occuper parfois qu’un point circonscrit d’une petite veine et échappe ainsi facilement aux investigations. Un grand nombre de phlébites passent aussi inaperçues parce qu’elles occupent les veines osseuses. Ge n’est point ici le lieu de discuter la valeur des théories qu’on a proposées pour expliquer le développement des abcès dont je viens de parler. Je dirai seulement que les expériences ingénieuses de M. le professeur Cruveilhier doivent nous porter à admettre qu’une certaine quantité de pus ayant pénétré dans le torrent circulatoire par suite d’une inflammation veineuse, n’est point éliminé 5 il agit alors comme un corps étranger, et a pour effet de produire dans les viscères parenchymateux, et dans les poumons surtout , je n’ose dire des phlébites capillaires, car la chose ne me semble pas encore prouvée, mais des inflammations circonscrites qui parcourent rapidement leur période et se terminent en peu de temps par la formation d’un abcès. Celui-ci constitue donc une maladie idiopathique. Beaucoup de personnes comparent les abcès que je viens d’étudier à la pneumonie lobulaire ; mais ces deux ordres de lésions n’ont aucun rapport entr’elles; non-seulement elles sont essentiellement distinctes par la nature des causes qui président à leur développement , mais encore les caractères anatomiques sont tout à fait difîérens. En effet, la pneumonie lobulaire présente cette série de transformations qu’on observe dans les pneumonies ordinaires, et ce n’est que dans des cas fort rares qu’on la voit se terminer par des collections purulentes ; tandis que dans les pneumonies métastatiques une hémorrhagie interstitielle semble être le point de départ, l’inflammation parcourt rapidement ses périodes, et amène presque nécessairement la formation de plusieurs abcès circonscrits.
ARTICLE IV
De la gangrène.
Je n’ai jamais rencontré la gangrène des poumons à l’autopsie des individus qui avaient succombé à une pneumonie primitive.
' Cependant plusieurs auteurs ont rapporté des observations pour
60 ANATOMIE PATIIOLOGIQDE.
prouver que l’inflammation pulmonaire a pu quelquefois seterminer par gangrène ; mais c’est là une question que j’examinerai plus tard avec beaucoup de soin, et je discuterai alors l’imporLance des faits qui ont été' invoqués en sa faveur. Toutefois, je dois dire, dès à présent , qu’il n’est pas rare de voir une portion plus ou moins conside'rable des poumons présenter à la fois une gangrène et un ou plusieurs degrés de la pneumonie.
La gangrène existant dans un tissu pulmonaire qui est en même temps liépatisé, se présente avec des caractères diflérens. Ayant en effet étudié le rapport de chacune de ces altér;itions entre elles sur 18 individus, voici ce que j’ai observé. Sur tous ces sujets, la pneumonie était parvenue au deuxième ou au troisième degré; si, chez quelques-uns, ihy avait aussi un peu d’engouement, il n’est pas bien prouvé qu’il fût de nature inflammatoire ; chez 14 de ces sujets la gangrène était au centre même de l’hépatisation ; 10 fois elle était caractérisée par un vaste foyer envahissant une grande partie d’unlobeou même d’un poumon et rempli d’une bouillie, r>u d’un détritus noirâtre ou d’un gris verdâtre qui exhalait l’odeur caractéristique de la gangrène. Dans plusieurs de ces cas, la destruction était tellement étendue que la forme propre au viscère n’aurait pu se conserver si la couche la plus extérieure du tissu pulmonaire, frappée d’hépatisation rouge ou grise dans une épaisseur de cjuatre à cinq millimètres, n’avait formé une sorte de coque enveloppant le foyer gangréneux (1).
Dans deux cas la gangrène était disséminée çà et là à la surface et dans l’épaisseur du tissu hépatisé ; elle se présentait alors sous forme d’eschares brunes, noirâtres, ou grises, offrant tantôt une certaine résistance, mais le plus souvent tombant en déliquium, et laissant de’petites excavations noirâtres desquelles on faisait suinter un liquide noir ou bistre qui exhalait la même odeur fétide que précédemment. Enfin, sur 3 des individus dont je parle, l’hépatisation et la gangrène occupaient des points de poumon tout à fait opposés ou du moins assez éloignés les uns des autres, et séparés par un tissu entièrement sain , ou qui ne présentait c|u’un peu d’engouement; comme si, dans
(t) Voir un fait de ce genre dans le t. I dti Jour, hehdom. 1828, par 3T. Nicod. — Voir aussi dans un excellent travail M. Genest stir la Gangrène (les poumons, l’observ. 3, Gaz. nx-d.. f. IV.
GAiSGRÈNE DU POUMON 01
CCS cas, les deux lésions paraissaient être indépendantes l'une de l’autre.
Nous avons vu précédemment que la gangrène avait été quelquefois observée sur les individus qui succombent avec des abcès pulmonaires. On se rappelle que, dans ces cas, la mortification frappe les parois du foyer dans une étendue plus ou moins considérable, ou bien c’est un fragment même du poumon, qui, isolé des parties voisines par le travail de suppuration, finit par se séparer complètement. Nous avons déjà noté l’une de ces deux formes de gangrènes chez le cinquième ou le sixième des individus morts à la suite d’abcès primitifs, La même complication a aussi existé plusieurs fois dans les abcès par perforation. Mais je ne l’ai jamais rencontrée dans les cas d’abcès métastatiques qui, de toutes les collections purulentes des poumons, me paraissent être celles qui se compliquent le plus rarement de gangrène.
Ayant sur les causes et la nature de la gangrène pulmonaire, à peu près les mêmes opinions que Laënnec, je ne dois point m’étendre plus longuement sur les variétés que cette altération présente en anatomie pathologique. Je n’ai voulu déterminer que la manière dont la gangrène et l’hépatisation se comportent entre elles quand elles existent sur le même poumon. Nous avons vu que, dans la presque totalité des cas, ces deux ordres de lésions étaient réunies sur le même espace et souvent confondues entre elles. Mais pour déterminer si c’est la pneumonie qui a produit la gangrène, ou si, au contraire, c’est l’eschare qui a déterminé l’inflammation des poumons, l’anatomie pathologique est impuissante pour le décider ; et, dans la solution de ce problème, il faut s’éclairer par la succession des symptômes et la marche de la maladie.
Il est une altération des poumons, consecucïve à la phlegmasie des organes, que j'ai dû rapprocher de la gangrène, mais sur la nature de lacpelle je ne suis pas encore fixé suffisamment. Chez un individu qui mourut au neuvième ou dixième jour d’une pneumonie droite, je trouvai la plus grande partie du poumon frappée d’hépatisation rouge et grise ; mais au centre même du lobe inférieur existait un point d’une étendue de c[uati-e ou cinq centimètres, qui , par sa couleur acajou et noirâtre , tranchait assez brusquement avec la teinte grise des parties voisines* Dans
ANATOMIE PATUOLOGIQDE.
ce même point, la substance du poumon était convertie en une sorte de pulpe inorganique sans mélange de caillots sanguins ; elle n’exhalait aucune espèce d’odeur.^ s’échappait facilement sous un filet d’eau, et laissait à sa place une excavation irrégulière de deux centimètres de profondeur, dont les parois, imprégnées d’une couleur noirâtre, présentaient un grand nombre de filamens cellulo- vasculaires. Cette altération n’avait pas les caractères d’un foyer apoplectique ; elle différait aussi de la gangrène par l’absence totale de l’odeur caractéristique. Cependant je crois qu’il faut considérer ce ramollissement comme une espèce de mortification du tissu pulmonaire, comparable à certains ramollissemens des centres nerveux. Une pareille lésion me paraît excessivement rare; je ne l’ai encore rencontrée qu’une seule fois. Elle offre, d’ailleurs, beaucoup de ressemblance avec celle qui a été décrite par MM. Cruveilhier et Duplay. Le premier de ces auteurs rapporte (1) que, dans plusieurs cas de f neumonies adynamiques terminées par la mort, il avait trouvé à l’autopsie un ramollissement particulier du tissu pulmonaire. Celui-ci était alors converti en une pulpe inorganique offrant la couleur, la consistance, l’aspect de la boue, mais n’exhalant aucune odeur fétide. Les parties voisines étaient imbibées de pus ou d’un liquide grisâtre. M. le professeur Cruveilhier paraît regarder cette altération comme différant de la gangrène ; c’est d’après lui un ramollissement tout particulier du tissu pulmonaire. Dans le fait rapporté par M. le docteur Duplay (2), il s’agit d’une femme qui, ayant succombé au huitième jour d’une pneumonie, présenta à l’autopsie une hépatisation grise encore incomplète des lobes inférieur et moyen. A la base du lobe inférieur, la plèvre, séparée du poumon, formait une espèce d’ampoule qui, incisée, laissa échapper un liquide d’un gris sale. Le parenchyme, dans ce point, était profondément altéré ; il était ramolli, grisâtre et comme macéré, lorsqu’on y versait de l’eau, on voyait le détritus du tissu pulmonaire former des filamens qui flottaient au milieu du liquide. Ce ramollissement n’offrait point l’odeur de la gangrène. M. Duplay le regarda aussi comme étant d’une nature particulière.
(l) Analom. paih., 32'liv. in-fol., fig. coloriées. (3) Archives, 2® série, t. I, p. 161.
Après avoir exposé les caractères anatomiques de la pneumonie et les variétés qu’ils présentent, je dois, avant de passer à l’étude de l’état chronique, exposer les autres altérations viscérales qui compliquent le plus souvent les phlegma.sies pulmonaires.
ARTICLE V
Lésions concomitantes de la pneumonie aiguë.
§ I. — Etat des plèvres.
La plèvre participe presque toujours à l’inflammation du poumon; c’est ainsi qu’ayant noté l’état de celte membrane sur trente-cinq sujets, j’ai trouvé chez trente-trois une pleurésie plus oumoins étendue. Deux fois seulement laplèvrefut trouvée parfaitement intacte, quoique la pneumonie ne fût point centrale et qu’elle eût envahi les couches les plus superficielles de l’organe. En général, la pleurésie était limitée aux points occupés par la pneumonie. On voyait à ce niveau la plèvre viscérale tapissée par une ou plusieurs fausses membranes plus ou moins épaisses; je les ai trouvées plusieurs fois tellement minces et transparentes, qu’elles eussent facilement passées inaperçues .si on n’eût gratté avec l’ongle la surface du poumon, ce qui suffisait pour les détacher. En général, indépendamment de ces fausses membranes qui font souvent adhérer faiblement les deux surfaces contiguës de la plèvre, on trouve encore, dans la cavité de cette membrane, une ou plusieurs cuillerées d’une sérosité trouble, ou bien quelques flocons albumineux. Sur trois cadavres j’ai vu la pleurésie s’étendre beaucoup au-delà des limites de la pneumonie ; une fois elle était générale et avait produit un épanchement séro-albumineux très abondant.
Il résulte des relevés publiés par quelques auteurs, qu’aux deux extrêmes de la vie la pleurésie accompagne moins souvent la pneumonie que dans l’âge adulte. Ainsi MM. Hourmannet Dechambre, ayant décrit l’état de la plèvre dans soixante cas de pneumonies mortelles, ont trouvé vingt-deux fois seulement des traces d’une pleurésie récente (1). Chez les enfans la proportion des pleurésies est moins considérable encore. Le docteur Cuming dit en efiét que, dans toute la période de l’enfance.
(1) Archives, t. X, 2® série, p. 29G.
ANATOMI E X'ATUOLOGIQUE.
il avait rarement trouvé la plèvre participant à rinflainination des poumons (i), mais cet auteur ne justifiant son opinion ])ar aucun résultat numérique, on pouvait douter de son exactitude si elle n’eût été confirmée par les observations de MM. Yalleix et Vernois. Ces médecins ont vu que, sur 123 cas de pneumonie chez des cnfans âgés de moins de 8 mois , il n’y en avait c[ue 20, c’est-à-dire moins d’un sixième, chez lesquels l’inflammation de la plèvre fût réunie à celle du poumon. Ces résultats sont donc en opposition avec les idées de Bugès, qui prétendait c|uel’hépatisation existait presque toujours avec la pleurésie (2). Chez les enfans plus âgés, au-dessus de 2 ans par exemple, la pleurésie se rencontre un peu moins rarement, comme cela résulte surtout des recherches de MM. Rilliet et Barthez.
§ II. ■ — De Ce'tat des hronches.
L’examen des bronches nous offre à considérer : 1° le calibre de ces conduits; 2“ la coloration, l’épaisseur et la consistance de la membrane muqueuse qui les revêt; 3° les liquides; 4“ enfin les fausses membranes contenues dans leur cavité.
1° Calibre. J’ai noté le calibre des bronches sur 18 sujets, et dans aucun de ces cas elles n’étaient dilatées. Laënnec, MM. Andral, Choinel, Hourinann et Dechambre ne paraissent pas non plus avoir observé, dumoinsfréquemment, la dilatation desbronches chez les adultes et les vieillards qui succombèrent à une pneumonie aiguë. Cependant , il y a quelques années le docteur Ward, médecin du dispensaire de Birmingham, a publié (3) quelques recherches pour px ouver que rinflammation avait quelquefois pour résultat de produire la dilatation des bronches qui sont dans les portions hépatisées. L’auteur cite trois observations en faveur de son opinion. Dans la première il s’agit d’une petite fille de 15 mois qui fut brûlée au commencement de 1856 : depuis lors elle cessa de jouir d’une bonne santé ; elle mourut d’une pneumonie dans le courànt d'avril ; l’autopsie montra une hépatisation du lobe inférieur; les bronches oflraientdaus les points les plus enflammés, une dilatation générale telle que la sonde
(t) Ohser. on the perip. of cAi’AZrew, Dublin trans., v. .S.
(2) Recherches sur les maladies les plus importantes et les moins connues des enfants nouv.-ncs. Thèse de 182t, n" 64, p. 27,
(3) The London medical Gazette, 1838.
J.tSK)?>S L'Oi\c;0Mn’ANTi.S DE l,V l'NEUMOAlE.
pénétrait aisément clans toute leur étendue, jusqu’au-dessous de la plèvre ; dans les autres portions du poumon où l’inflammation avait été moins vive , les bronches étaient beaucoup moins dilatées.
Un deuxième enfant , âgé de huit ans , mourut d’une pneumonie rubéolose ; les deux poumons étaient hépatisés à leur base, et au niveau des points les plus altérés les bronches e'taient généralement dilatées. Enün la troisième observation publiée par M. Ward est relative à un enfant scrofuleux âgé de trois ans, qui mourut avec des symptômes de gangrène pulmonaire. L’autopsie fit constater des points gangreneux à la partie supérieure du poumon droit; les parties postérieures inférieures étaient hépatisées et les bronches correspondantes dilatées. Mais ces faits ne prouvent pas cju’il y ait eu une corrélation directe entre la pneumonie et la dilatation bronchique. D’ailleurs quelques autres détails anatomiques eussent été nécessaires ici pour déterminer si l’altération des bronches était récente ou ancienne. Quoi qu’il en soit, les recherches de MM. Rilliet et Barthez sont venu confirmer l’opinion du docteur Ward. Ces auteurs signalent en effet la dilatation des bronches comme une altération fréquente chez les sujets qui succombent à la i pneumonie, puisqu’il l’ont rencontrée surplus du quart des cadavres ; cette dilatation se présentait sous deux formes distinctes affectant tantôt le trajet du canal, d’autres fois bornée là ses extrémités.
Les bronches dilatées occupaient parfois une grande portion du poumon : d’autres fois l’altération était très circonscrite; mais toujours, sauf dans un cas, ces bronches étaient au centre d’un tissu hépatisé ou carnifié.
Cette dilatation des rameaux bronchiques , dont MM. Rilliet lit Barthez ont rencontré de si fréqucns exemples, était-elle conlécutive à la pneumonie, ou bien a-t-elle précédé de longtemps i.etle dernière affection. Il est difficile de résoudre cette quosion ; toutefois si on réfléchit cya’à l’exception de deux cas , les larois drs bronches dilatées n’avaient subi aucun épaississement, lest rationnel de supposer que cette dilatation datait de peu de emps, et qu’elle a dû se faire pendant le développement de la •neumonie elle-même. En supposant ce fait démontré , dironsous, avec le docteur Ward, que l’augmcuLatiou dans le calibre
anatomie pathologique.
des bronclics dépendait d’un ramollissement morbide des tissus, par cela seul qu’elle n’existait que dans la portion du poumon hépatisée? Rien ne saurait justifier cette supposition, f MM. Rilliet et Barthez trouvent plus rationnel d’expliquer l’am- i pliatibn des bronches d'une manière toute mécanique , par la | sécrétion abondante et le séjour prolongé des mucosités purulentes dans l’intérieur des canaux bronchiques. Cette manière de voir a quelque fondement. Il ne faut pas oublier en effet que tous les cas de dilatation bronchique dont nous venons de parler ont été observés chez des enfans, dont la pneumonie, comme nous le verrons plus tard, est souvent précédée de bron- ; chite capillaire. Or, il résulte des recherches publiées récemment par M. le docteur Fauvel (1), que chez tous les enfans qui succombent à cette dernière maladie , on trouve que le cahbre des bronches a subi une dilatation générale à partir des divisions moyennes ; ce qui s’explique par la grande quantité de liquide qui s’accumule incessamment dans l’arbre bronchique et qui est difficilement expulsée, à cause de l’épuisement des forces. Ainsi je conclus de ce qui précède que dans les cas où la dilatation des bronches qu’on trouve dans les parties hépatisées chez les enfans n’est pas l’effet d’une maladie antérieure , on doit l’attribuer bien moins à la pneumonie qu’à la bronchite capillaire, qui dans le jeune âge précède ou complique la plupart des phlegmasies des poumons.
Ap rès la dilatation des bronches je dois dire un mot de celle des vésicules.
Un anatomiste moderne a prétendu que lorsque le parenchyme pulmonaire devenait inperméable comme dans la pneumonie, etc., un emphysème survenait inévitablement, et que cette I lésion secondaire était toujours proportionnée à l’étendue du poumon devenue impropre à la respiration Je regrette de ne pouvoir soumettre cette opinion à l’analyse des faits , attendu que je n’ai pas suffisamment décrit à l’autopsie l’état des vésicules pulmonaires. ^
Toutefois l’opinion dont je parle mérite d’autant mieux d’être examinée que l’emphysème vésiculaire paraît ne pas être très rare sur le cadavre des enfans morts de pneumonie ; mais dans ces derniers cas , il serait important de recherclier si la
(l) Thèse de 1840 Sur la bronchite capillaire t p. 40.
dilatation des vésicules sej remarque indistinctement dans toutes les espèces de pneumonie de l’enfance ou bien seulement dans celles qui sont consécutives aux bronchites capillaires.
2°. Coloration, épaisseur, consistance de la membrane muqueuse. Dans les douze cas où j’ai examiné la membrane muqueuse celle-ci était d’un rouge obscur, bleuâtre ou vineux. Cette coloration commençait généralement à la bifurcation de la trachée , et elle était d’autant plus foncée qu’on s’approchait davantage des dernières ramifications bronchiques. Ces rougeurs étaient irrégulières et formées par des arborisations fixes, ou bien elles étaient uniformes , et dans ces cas elles étaient souvent produites par les tissus subjacens ; si alors on détachait la membrane muqueuse on la trouvait grisâtre ou tout à fait pâle. Elle ne m’a jamais paru ni boursoufflée, ni épaissie, ni amincie ; une seule fois elle était un peu friable au niveau des parties malades. Toutefois cette partie de mes recherches laisse beaucoup à désirer ; je me suis contenté en effet d’apprécier la consistance de la muqueuse en la grattant avec l’ongle : il eût été préférable sans doute de former des lambeaux ; mais il est assez difficile d’en obtenir, surtout dans les petites bronches. MM. Rilliet et Barthez ont éprouvé le même embarras ; d’ailleurs ils paraissent avoir rarement constaté le ramollissement de la muqueuse des bronches. Celle-ci paraît être également intacte chez la plupart des enfans nouveau-nés qui succombent à la pneumonie ; c’est ce qui résulte du moins des recherches de M. Yalleix. M. Vernois n’a trouvé que 13 sujets sur 104, chez lesquels il y eût des altérations appréciables des bronches. Elles consistaient en une rougeur et une friabilité notable de la muqueuse; les mêmes lésions se rencontraient dans la trachée (1). Ainsi donc l’ouverture des cadavres des sujets qui ont succombé à une pneumonie ne révèle l’existence d’une bronchite bien réelle que dans des cas assez rares. Je ne saurais donc partager l’opinion de M, Andral qui regarde la phlegmasie des bronches comme accompagnant constamment l’inflammation ( du parenchyme pulmonaire (2); la rougeur plus ou moins intense t delà muqueuse que M. Andral signale comme constante ne peut
(1) Cliniq, des enfants nouveau-nés. Paris, 1838 , p. 72.
(2) Cliniq,, 4® ctlil, t. III, p. 472,
68 ANATOMlJi l’ATHOLOGiyiJE.
à cllo so.ulc carai;t(n'iscr une phleymasie ; pour (jiie ccllc-ci soit cerlîûnc, il est nécessaire que Je tissu lueinbraneux ait suJji quelque modification importante dans sa consistance ou son épaisseur. La rougeur existant seule , ne peut indiquer qu'un état de congestion active ou passive.
8“ Liquides. — Les bronches contiennent le plus souvent une plus ou moins grande quantité de liquide ou de mucus blanchâtre ou coloré. Mais mon attention a été rarement fixée silice point, ou du moins je n’en ai pas suffisamment tenu compte dans mes notes. Il paraît, toutes choses égales d’ailleurs, que ces liquides sont beaucoup plus abondans chez les enfans et les vieillards .que chez l’adulle. Chez les premiers ils produisent peut-être la dilatation des bronches qu’on a fréquemment rencontréechez eux. Chez quelques vieillards la quantitédes liquides bronchiques est tellement considérable qu’ils obstruent tous les canaux aériens et refluent assez souvent jusque dans l’arrièregorge. La présence des mucosités, leur abondance indique-t-elle l’existence d’une inflammation des bronches? S’il est vrai de dire que les bronchites capillaires s’accompagnent presque toujom-s d’une accumulation assez considérable de liquides séreux dans les voies aériennes , il faut convenir aussi que fréquemment les mucosités existent en grande quantité sans qu’à l’autopsie on puisse constater l’existence d’une phlegmasie de la muqueuse. D’ailleurs il est bien prouvé aujourd’hui qu’une supersécrétion n’est pas nécessairement subordonnée à un état phlegmasique. Je dirai aussi que fre'quemment on ne trouve les mucosités en aussi grande abondance dans les tuyaux aériens que parce que l’expectoration a cessé de se faire dans les derniers jours de l’existence, à cause de la faiblesse des malades. C’est ce qui explique en partie pourquoi les liquides bronchiques sont plus abondans chez les enfants et les vieillards.
4“ Fausses membranes. — Je n’ai jamais rencontré de fausses membranes dans la cavité des bronches. Ce[)endant quelques auteurs en ont rapporté plusieurs exemples. Aussi Lobstein, dans un travail qu’ila inséré dans \as Archives médicales de Strasbour^{\) ^ dit que , dans le troisième degré de la pneumonie , il avait fre'quenunent trouvé lesbronches bouchées par une substancecouenneuse, solide dans les gros rameaux, et quelquefois creuse dans
(l) IN’’ nuins 1835, p. 9.
LÉSIONS CONCOMITANTKS DE L\ PNF.inviON lE. G9
les petits , d’où on pouvait l’extraire sous forme de tubes. La muqueuse bronchique était manifestement enflammée dans les points correspondaus. M. le docteur Reynaud parle également(l) d’une matière plastique pouvant existerdans lesbronches d’un petit calibre , s’y présentant sous la forme de cylindres solides, dont l’efiet est d’en déterminer la complète oblitération. Ce genre d’altération , quand il a son siège dans les très petites bronches, et qu’un grand nombre d’entre elles se trouvent simultanément affectées , constitue, d’après M, Reynaud, une forme particulière de pneumonie. Enfin , M. le docteur Nonat a réuni dix observations de pneumonies compliquées de fausses membranes dans les bronches , et qui furent recuéillies dans les hôpitaux de Paris pendant l’épidémie de grippe de 1837. Ces concrétions étaient libres ou adhérentes dans les bronches des lobes hépatisés, et présentaient pour la plupart les caractères physiques et chimiques des fausses membranes du croup bronchique (2).
La présence de concrétions polypiformes ou membraneuses dans les bronches est une lésion fort rare dans la pneumonie.
' Si parfois elle s’est montrée plus fréquemment que de coutume , elle se liait ordinairement à quelque influence spéciale de constitution médicale ou épidémicpie. Elle ne constituait d’ailleurs qu’une complication.
I III. — Etat des ganglions bronchiques.
Je n’ai examiné l’état des ganglions bronchiques que sur iineuf cadavres; et, chez sept, j’ai constaté qu’ils étaient le siège Ide quelque altération récente. Ainsi , leur volume était plus considérable, ils étaient plus ou moins ramollis, friables, parfois Jiffluens; plusieurs fois il avaient une couleur rouge ou iie- . le-vin , ou bien ils étaient nuancés de rose, de gris et de noir, l::uivant la quantité de matière colorante pulmonaire qui les rivait pénétrés. Une seule fois j’ai reconnu du pus infiltré dans I eur parenchyme , mais jamais ce liquide n’a été réuni en un beul foyer de manière à former un abcès. Bans un cas je n’ai prouvé qu’un seul ganglion altéré; dans tous les autres on en
I (t) Dicüonnnaire en 25 vol., t. VI, p. 28. — HSlàni. de l'Acad, royale
II le Médecine, Paris, 1835, t, IV, p. ISO.
I (i) Archives générales de médecine ^éne, \ . l^p. 214.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE
comptait plusieurs, et l’altération était généralement parvenue dans chacun d’eux à des degrés dilfe'rens. MM. Rilliet et Barthez ayant également examiné l’état des glandes bronchiques chez les enfans morts de pneumonie, les ont souvent trouvés volumineux, ramollis, rouges ou pâles. Il est inutile d’insister pour prouver que l’altération des ganglions bronchiques que je viens de décrire est produite par un travailinflammatoire. C’est une inflammation symptomatique delà pneumonie, analogue à ces engorgemens douloureux que nous observons si souvent à l’extérieur dans les ganglions superficiels qui reçoivent les vaisseaux blancs arrivant des parties enflammées. La phlegmasie des ganglions bronchiques marche en général beaucoup plus lentement que l’inflammation du tissu pulmonaire ; c’est ce qui explique pourquoi, même lorsque la pneumonie est arrivée au troisième degré, on trouve si rarement du pus, même à l’état d’infiltration, dans la glande bronchique. Cependant, dans quelques cas exceptionnels le travail de suppuration peut marcher plus vite , et un véritable abcès avoir lieu. Ainsi , M. le docteur Fauvel rapporte que, chez un enfant mort de pneumonie, il avait trouvé les ganglions bronchiques généralement volumineux , rougeâtres ou un peu jaunâtres et ramollis : l’un d’eux , placé à la racine du poumon droit, à l’angle rentrant de la bifurcation des bronches , était converti en un foyer purulent qui simulait un abcès ou une caveime pulmonaire , d’autant mieux que le tissu pulmonaire environnant était hépatisé. D’ailleurs, aucun ganglion ni aucun autre organe ne contenait de matière tuberculeuse (1).
§ IV.— Etat du cœur et des gros vaisseaux,
La consistance du cœur , la quantité plus ou moins considérable de sérosité épanchée dans le péricarde , n’ayant pas été notée , ou ne l’ayant été que vaguement , je n’en parlerai pas, mais j’étudierai avec quelques détails l’état du sang qui est contenu dans le cœur et les gros vaisseaux.
Dans le cœur de tous les cadavres des sujets morts de pneumonie , j’ai trouvé constamment du sang en quantité plus ou moins considérable , tantôt fluide, le plus souvent coagulé et formant des caillots , les uns noirs, mous et friables, les autres
(t) Arcli.y 5® série, t. VII, p. 77.
LÉSIONS concomitantes DE LA PNEUMONIE.
jaunâtres, denses, élastiques et glutineux. A l’exception de deux individus chez lesquels les cavités du cœur avaient subi une grande distension par l’effet de l’accumulation des caillots , je n’ai pas observé que sur les cadavres des pneumoniques l’organe fût sensiblement plus volumineux que sur les sujets emportés par d’autres maladies aiguës étrangères au poumon.
Parmi les vingt-cinq individus dont je parle il en est cinq dont les cavités du cœur ne contenaient plus de sang fluide ; mais elles étaient plus ou moins distendues par des caillots décolorés , jaunâtres, fibrineux, élastiques, un peu humides pour la plupart, adhérens aux parois des ventricules et des oreillettes ou entortillés entre les colonnes charnues et les tendons des valvules. Ils e'taient toujours plus abondans et plus volumineux dans les cavités droites que dans les cavités gauches; ils se prolongeaient parfois dans les veines pulmonaires, dans les veines caves, mais surtout dans l’aorte thoracique et dans l’artère pulmonaire ; chez trois j cadavres, ayant poursuivi les ramifications de ce dernier vaisseau
[ dans les poumons, je les trouvai pour la plupart obstruées par des caillots de même nature que les pre'cédens et dont quelques- > uns adhéraient assez fortement aux parois. Sur quatre autres ca- , davres les caillots étaient aussi volumineux que précédemment;
J mais ils étaient pour la plupart noirs, mous, et se laissaient fa- , cilement diviser à la moindre pression; toutefois on rencontrait J aussi chez tous ces sujets quelques concrétions fibrineuses et dé- ; colorées , qui étaient généralement appliquées sur les parois ou : entortillées autour des colonnes charnues, et qui se propageaient
à l’origine des gros vaisseaux artériels. Sur quinze cadavres, c’est-à-dir echezles trois cinquièmes, le sang trouvé dans le cœur i était noir, fluide ou réuni en caillots noirâtres, mous et friables, ^ L sans aucun mélange de caillots fibrineux. Enfin un seul cadavre i, i ^ ^ présente aucun caillot, ni dans le cœur ni dans les principaux
! vaisseaux ; le sang était partout fluide.
L aorte , les cavités du cœur ont été examinées avec soin dans tous les cas qui précèdent, et jamais, même lorsque les caillots iiit •' adhéraient fortement à la membrane interne , celle-ci n’a préfjCi > sente aucune modification d'épaisseur ou de consistance.
^ L âge , le sexe des malades , le siège , le degré de la pneumonie ; 1 époque plus ou moins avancée de la mort ; le traitement
ANATOMIIJ pathologique.
mis en usap^c, n’ont paru exercer aucune influence sur l’aspect tlu sang contenu dans le cœur. 11 n’y a même pas eu de rapport constant entre l’état du sang tiré pendant la vie et celui qui existait après la mort dans les gros vaisseaux et dans le cœur. C’est ainsi que sur onze des individus dont les caillots contenus dans le cœur étaient noirâtres et mous , il y en avait neuf dont le sang extrait de la veine et souvent à une époque voisine de la mort, avait présente un caillot dense, ets’était recouvert d’une couenne inflammatoire , épaisse et consistante. Dans deux cas seulement le sang des saignées avait été mou, difiluent et à peine couenneux. Chezles sujets qui présentèrent les caillots fibrineux, denses, élastiques, dont j’ai parlé en premier lieu, le sang tiré de la veine pendant tout le cours de la maladie avait toujours présenté un coagulum épais, dense et couenneux. La forme de la maladie paraît avoir quelque influence sur l’aspect du sang. Ainsi tous les malades, au nombre de six, qui ont succombé avec des symptômes typhoïdes très marqués ou pendant la constitution grippale de février 1837 , ont présente dans le cœur des caillots exclusivement noirs et mous , mêles rarement à quelques portions jaunâtres , denses et fibrineuses. Pour connaître l’influence que la pneumonie pouvait exercer sur l’aspect du sang contenu dans le cœur, j’ai examiné quel était l’état de ce fluide chez ceux qui avaient succombé à d’autres affections. Ainsi chez un peu moins de la moitié des individus qui sont morts de fièvres typhoïdes, le sang a présenté des caillots fibrineux plus ou moins rares ; constamment ils étaient unis .à des caillots noirs peu consistants. Chez plus de la moitié des cas le sang était fluide ou ne présentait que quelques grmneaax noirâtres. Sur vingt femmes qui succombèrent à la péritonite puerpérale je trouvai du sang noir et fluide dans le cœur chez huit; sur un nombre égal on trouvait aussi une certaine quantité de caillots noirs et mollasses; enfin ce ne fut que sur trois cadavres que je rencontrai quelques caillots fibrineux et denses; mais ils existaient exclusivement dans l’orcillelte droite, sans adhérer à ses parois; du sang fluide était contenu dans les autres cavités. J’ai obtenu le même résultat chez les sujets emportés par des fièvres éruptives. Il en fut â peu près de même pour huit sujets qui ont succombé rapidement, sans fièvre, à des maladies cérébrales; les caillots trouve's
j dans lec œur étaient volumineux , mais ils étaient en grand , partie noirs et mous. Enfin parmi les maladies chroniques qui ont amené la mort sans exciter de mouvement fébrile, du moins I considérable, les affections organiques du cœur sont celles qui I présentèrent à l’autopsie les caillots les plus abondans ; mais sur I vingt-deux cadavres que j’ai examinés, un seul a offert les cail- I lots denses , fibrineux, sans mélange de caillots noirs, tandis que ; chez tous les autres sans aucune exception les premiers étaient I rares en comparaison des seconds.
On peut se convaincre par ce qui précède que de tous les inj dividus qui succombent aux diverses maladies aiguës ou chroj niques dont j’ai parlé, ceux qui meurent de pneumonie sont j les seuls qui présentent à peu près constamment des caillots dans j le cœur ou les gros vaisseaux , puisque, en effet, nous ne les I avons vu manquer qu’une seule fois sur vingt-cinq. Chez dixneuf les caillots étaient entièrement noirs et mollasses , ou bien ils étaient mêlés à quelques concrétions fibrineuses , et sous ce rapport il n’y avait pas une bien grande différence entre les sujets morts de [pneumonie et ceux qui avaient succombé à d’autres maladies. Mais dans un cinquième des cas les caillots trouvés dans le cœur furent tout-à-fait décolorés , denses, élastiques, entortillés entre les colonnes charnues ou adhérens aux parois; disposition que j’ai rencontrée sur quelques sujets morts d’autres maladies; mais je n’ai jamais vu ces concrétions aussi marquées ni en proportion aussi grande que dans la pneumonie.
Ainsi se trouve confirmée l’opinion émise par Burserius (1), savoir que la pneumonie doit être regardée comme une cause des concrétions polypeuses du cœur. M. Bouillaud (2) a dit qu’on devait poser, en loi d’anatomie pathologicjue , que les concrétions sanguines existaient constamment chez les sujets qui I succombent à une pleuro-pneuinonie aiguë, franche, bien ca- I ractérisée et parvenue à son 2e ou 3e degré. Si par concrétion ■sanguine , M. Bouillaud avait voulu désigner indistinctement ttous les coagulum noirs ou jaunes , mous ou denses, qui peuvent se former dans les cavités du cœur, la loi pourrait être
(1) Inst, viedicinœ, tom. IV, p. 255.
(2) L’Expérience, t. III, p. 54 5. — Traité cliniq. des mal. du cœur, 2'* ('(litimi, Paris, 1841, 1. Il, pag. 71 C.
74 ANATOMIE PATIIOLOOTQÜE.
peut-être vraie, quoique on pût reprocher à l’auteur de l’avoir établie d’après un trop petit nombre de faits , et de n’avoir pas recherché si cette loi était seulement applicable à la pneumonie ou à tout autre étal morbide. Mais par concrétion sanguine^ M. Bouillaud n’ayant voulu parler que des caillots jaunes , glutineux , décolorés^, je crois qu’il a émis une proposition beaucoup trop géne'rale, comme cela résulte d’ailleurs des faits que je viens d'analyser.
Des concrétions analogues à celles dont je viens de parler peuvent également se former dans les gros vaisseaux. J’ai déjà dit que les caillots fibrineux du cœur se continuaient assez souvent dans les vaisseaux artériels et veineux qui partent de cet organe ou qui y aboutissent. M. Dalmas a rapporté à ce sujet un fait extrêmement remarquable d’oblitération de l’aorte par un caillot fibrineux récemment formé ; mais je reviendrai plus au long sur cette curieuse observation , lorsque je traiterai des complications qui, dans le cours des pneumonies , surviennent du côté des organes circulatoires.
Les concrétions qu’on rencontre dans le cœur ne se développent pas à la même époque. Nul doute que ces caillots noirâtres et mous plus ou moins volumineux qui sont libres dans les cavités du cœur, et surtout dans les cavités droites , ne se soient formés après la mort; car ils présentent tous les caractères des caillots récens. Quant à ces masses qui sont formées à la fois par un mélange de caillots noirâtres et fibrineux , libres ou adhérens aux parois, quelques-uns peuvent se concréter pendant l’agonie; mais je crois que la plupart se forment après la mort , comme je le démontrerai bientôt expérimentalement. Quant aux concrétions glutineuses, élastiques entortillées, entre les valvules, ou qui adhèrent intimement aux parois du cœur ou des vaisseaux, je crois qu’elles se forment un ou plusieurs jours avant la mort, ou au plus tard pendant l’agonie. And. Pasta (1), qui le premier osa s’élever contre la doctrine des polypes du cœur, soutint que toutes les concrétions, de quelque aspect qu’elles fussent, se développaient après la mort ; il ne faisait pas même une exception pour les caillots fibrineux adhérens, qu’il comparait, avec Zollincolfer , à la couenne du sang (2). Pasta avait prétendu
(t) Epist, de Card, Polypo.
(2) De epist. XXIV, § 30.
pouvoir produire à volonté toute espèce de concrétion sanguine. Il affirme en effet que si on reçoit le sang dans les ventricules du cœur d’un bœuf , il adhérera à leurs parois de la même manière que les polypes , pourvu que le sang soit couenneux. J’ai répété six fois l’expérience de Pasta. J’ai reçu dans un cœur humain , préalablement vidé et lavé , une certaine quantité de sang au moment où ce liquide était extrait de la veine d’individus atteints de rhumatisme articulaire fébrile, ou de pneumonie. Le sang était conservé dans le cœur dans un repos parfait, et à l’abri du contact de l’air. Vingt-quatre heures après, examinant le résultat de l’expérience , j’ai constamment vu le sang réuni en caillots noirs, mous, peu adhérens ; dans la moitié des cas il y avait également quelques portions fibrineuses distinctes ou mêlées au caillot noir et occupant la surface. Mais je n’ai jamais vu de concrétions entièrement jaunes, denses, élastiques, adhérentes, entortillées autour des colonnes charnues, semblables enfin à celles que nous avons rencontrées sur un cinquième des sujets morts de pneumonie.
Comment expliquer la formation des concrétions fibrineuses, et quelle en est la cause? Burserius, que j’ai cité précédemment , regardait la diathèse inflammatoire comme étant une des causes de ces concrétions. Il est certain qu’on ne peut révoquer en doute l’influence qu’exerce dans leur production l’existence d’une phlegmasie quelconque, mais surtout d’une pneumonie excitant un mouvement fébrile intense. C’est ainsi qu’ayant recherché comparativement l’état des caillots dans le cœur de huit sujets morts sans complication de phlegmasie, dans la dernière période des maladies organiques pour la plupart cancéreuses , j’ai trouvé constamment , quelle que fût la longueur de l’agonie, le sang partout fluide, décoloré ou réuni en caillots noirs, très mous et peu abondans. Tandis que, chez huit autres sujets qui, dans le cours d’une maladie organique arrivée à la même période , avaient été emportés par une phlegmasie intercurrente (péritonite, arachnitis et pneumonie), les caillots étaient plus volumineux, plus abondans, plusieurs étaient denses et fibrineux ; ces derniers étaient plus nombreux dans le cas où il y avait eu pneumonie. Ces faits démontrent donc d’une manière positive l’influence qu’exerce le mouvement fébrile dans la production des caillots fibrineux. Si l’on
anatomie PATIIOI.OGIQUE.
JernanJe comment s’exerce cette influence de la fièvre, j’avouerai tout à fait mon impuissance pour l’expliquer. Nous ne pouvons ici que constater des coïncidences , sans saisir précisément la cause intime du phénomène. Nous voyons dans la pneumonie un appareil fébrile intense, coïncidant avec une augmentation dans la plasticité du sang. Il est donc naturel de penser avec quelques auteurs anciens que les concrétions fibrineuses du cœur se foi ment suivant le même mécanisme que la couenne pleuréticjue.
Les expériences de Pasta sont venues confirmer cette manière de voir. Enfin les observations microscopiques de Malpighi l’ont encore rendue plus probable. On sait en effet que ce célèbre médecin, dans son petit écrit de Poljpo coi'dis, en indiquant la structure fibrineuse de la concrétion , telle qu’il l’a vue avec le microscope, affirme que c’est absolument la même que celle du sang coagulé à l’état sain, et que celle aussi de la portion de ce fluide qui forme la couenne inflammatoire.
§ V. — Etat des voies digestives.
Estomac. — Chez les sujets qui succombent à la pneumonie, il n’est pas rare de rencontrer un certain degré de ramollissement de la membrane muqueuse de l’estomac. C’est ainsi que chez 24 individus dont la muqueuse gastrique fut examinée avec soin, 6 ou un quart présentaient un ramollissement de cette membrane avec ou sans amincissement, et dans une étendue variable. Cette proportion paraît être un peu plus considérable que celle que M. Louis avait trouvée dans les faits analysés par lui (1). Dans la moitié des cas le ramollissement était borné au grand cul-de-sac ; dans l’autre moitié on l’observait également sur l’une et l’autre face. Une fois j’ai trouvé sur la grande courbure une ulcération, grosse comme une lentille, et qui paraissait avoir été produite par l’émétique qu’on avait administré à haute dose. Enfin, sur un cadavre, je trouvai toute la face postérieure de l’estomac d’un blanc mat, et il suffisait de la plus légère pression pour la déchirer et la réduire en pulpe. C’était probablement un exemple de digestion des parois de l’estomac par le suc gastrique dont on a cité d’assez nombreux exemples.
(l) Fièvres lyphoïtles, 2* éilil. Paris. \ S t I , t. 1, p. t 55.
Llî-SlOiNS CUNCOMlXAjNTl.S UjL LA l’MKUMOWlE.
Tous les individus qui ont ofFert à l’autopsie un certain degré de ramollissement avaient pris pendant un ou plusieurs jours la potion stibiée. Esl-ce à celle médication pourtant <|u’il faut attribuer l’altération de la membrane muqueuse ? Je ne le pense pas; car presque tous les autres qui ne présentaient pas la même lésion, avaient pourtant été soumis au même traitement. MM. CbomeletGenest , sur 24 sujets morts de pneumonie , ont wuhuitfois le ramollissement de la muqueuse gastrique; sur ces 8 individus, 3 seulement avaient pris pendant un ou deux jours l’émétique à haute dose, tandis que sur les 16 autres qui n’offraient pas cette lésion, près de la moitié avaient été soumis à la meme médication et dans les mêmes circonstances , en sorte que ce n’est pas à l’influence de ce moyen que l’on peut attribuer la fréquence du ramollissement de la muqueuse gastrique .dans les cas de pneumonie dont je parle (1). D’ailleurs le raimollissement n’est point particulier à la pneumonie; on le retrouve à peu près aussi souvent dans le cours des autres inala- ’Jies aiguës, et même un peu plus fréquemment dans la fièvre ji t typhoïde que dans toutes les autres afiections (Louis). J’ai )i pprouvé que le ramollisseinent était indépendant de la médicai; [ don, comme il l’est du siège qu’occupe la maladie elle-même. )M. Louis , qui le premier a fait connaître ces faits , les a aussi '.interprétés d’une manière fort juste. On doit admettre aujourl’iiui avec cet habile observateur, que dans un certain nombre de ;as où une aflection aiguë donne lieu à un mouvement fébrile de juelque durée , la membrane muqueuse de l’estomac devient, à tlLine époque variable de la maladie , le siège d’une lésion plus ou ; i' |moins grave, suivant la disposition du sujet (2). Le rainollissenent est-il de nature inflammatoire? Ce n’est pas le lieu de le e k'Illliscuter. Je dirai pourtant que les faits que j’ai observés ten- - ijplent à faire croire le contraire ; car on ne retrouvait autour de ca partie ramollie aucune des lésions caractéristiques d’un travail inflammatoire. D’ailleurs M. Louis émet les mêmes doutes que moi sur la nature pbleginasique du ramollissement de la mujueuse gastrique.
2“ Inlesiins. — La membrane muqueuse de l’intestin grêle !:tdu gros intestin a été presque toujours incomplètement exa-
(l) Leçons sur la fièvre tji)hoïde, Paris, 1834, p. 241. if) Lièvres Lyphoïdes, 2* cdil t. 1, p. 13(5.
78 ANATOMÏE PATHOLOGIQUE.
minée par moi ; je n’ai guère noté que le degré d’injection qui était considérable dans deux cas seulement. Quant à sa consistance et à son épaisseur, ne les ayant guère recherchées que dans un ou deux points, il me serait impossible, aujourd’hui, d’affirmer qu’elle fût à peu près intacte dans toute son étendue. Aussi je n’analyserai point mes observations sur ce sujet ; d’ailleurs la science est suffisamment fixée à présent sur l’état de la membrane muqueuse intestinale , chez les sujets qui succombent à une pneumonie. Il résulte, en effet, des observations de M. Louis, que l’intestin comme l’estomac s’affecte consécutivement à un mouvement fébrile qui a une certaine durée ; il paraît même que le ramollissement de la muqueuse intestinale est plus considérable chez les sujets qui succombent à la pneumonie que chez ceux qui sont enlevés par une autre affection, de manière que parmi les premiers 4 sur 30 seulement avaient la membrane muqueuse de bonne consistance dans toute son étendue (1). Chez les jeunes enfans et surtout chez les nouveau-nés, ou ne trouve presque pas de lésions secondaires appartenant à la pneumonie. M. Valleix l’explique par la durée plus courte de la fièvre dans le jeune âge; car l’on sait que, d’après les belles recherches de M. Louis, le nombre et la gravité des lésions secondaires sont toujours en rapport avec l’intensité et la dureté du mouvement fébrile.
Parmi les autres organes abdominaux, je n’ai guère examiné que le foie, la rate et les reins.
Foie. Le foie examiné avec soin dans 15 cas, m’a paru avoir toujours son volume normal. M. Louis avait également remarqué que le volume du foie n’était pas plus souvent considérable chez les sujets morts de pneumonie que chez ceux qui avaient succombé à d’autres affections. Dans cinq cas, l’organe dont je parle contenait une plus grande quantité de sang ; ce liquide ruisselait lorsqu’on y pratiquait des incisions. Quant à la consistance , elle était moindre chez onze , augmentée ou naturelle chez quatre.
Je ne dirai rien de la rate que j’ai toujours trouvée assez consistante, et d’un volume peu considérable.
4® Reins. Les reins ne présentaient aucune lésion bien notable.
(QL. cit.,p. 47.
PNEUMONIE chronique.
excepté chez deux individus chez lesquels j’ai retrouve l’altération caractéristique de la maladie de Brigth. Celle-ci était certainement antérieure à la pneumonie.
§ rV. — État du ceivcau.
Le cerveau n’a guère été examiné que dans les cas où on avait observé pendant la vie quelque trouble du côté de ses fonctions. Je dirai plus tard les altérations que j’y ai rencontrées, lorsqu’à l’article Complication^ je rechercherai si on peut expliquer par des lésions matérielles saisisscdDles des méninges et du cerveau, le délire , le coma et les autres accidens cérébraux qui sont assez fréquens dans le cours de la pneumonie.
ARTICLE YI.
Caractères anatomiques de la Pneumonie chronique,
§ I®'^. — Pneumonie chronique simple.
Les pathologistes ont donné le nom de pneumonie chronique à différentes formes anatomiques de l’induration pulmonaire. Considérée comme très-fréquente par les uns , comme très-rare par le plus grand nombre, on n’est pas encore parfaitement fixé sur ses caractères physiques. Pour les étudier le plus complètement possible, il importe d’établir une distinction et de diviser en deux groupes isolés les altérations que les auteurs regardent comme appartenant à la pneumonie chronique. Dans la première catégorie je placerai les indurations pulmonaires, existant seules, et s’étant développées indépendamment de toute autre altération du parenchyme des poumons ; dans le deuxième groupe j’étudierai les caractères et la nature des indurations qu’on observe assez souvent autour des productions accidentelles des poumons , et en particulier au voisinage des tubercules crus ou des cavernes.
L’induration du poumon, avec imperméabilité plus ou moins complète de son tissu , est le caractère essentiel, constant de la pneumonie à l’état chronique. Bayle, il est vrai, a prétendu I qu’il existait une pneumonie chronique à V état engouement,
I dans lec[uel le poumoir devenu plus ferme , plus rouge que dans l’état normal , était très-pesant , et fournissait à l’incision une
AN ATOMIK rATlIOLOCiigUli.
grande quantité de sang et de sérosité sanguinolente, etc. (1), Cette forme de la pneumonie chronique serait fréquente d’après liayle; mais cet auteur n’ayant fourni aucune preuve anatomique ou symptomatique en faveur de son opinion , elle ne saurait être acceptée. L’erreur de Bayle vient probablement de ce qu’ayant trouvé les poumons engoués chez des individus asthmatiques ou catarrheux , il a rattaché les accidens qu’il avait observés pendant la vie à cette congestion toute passive des poumons, et qui souvent même avait dû se faire uniquement dans les derniers jours de l’existence.
Ainsi, dans la pneumonie chronique , je dis que le tissu de l’organe est constamment dur et imperméable à l’air; il offre à l’extérieur une couleur variable, le plus souvent d’un gris un peu cendré , rougeâtre ou noire. Elle peut présenter la réunion de ces colorations diverses. Le tissu est très dur; car, pressé entre les doigts , il résiste beaucoup plus cjue dans l’hépatisation de l’état aigu, et il est parfois très difficile de le traverser. Si on le met dans l’eau, il se précipite rapidement au fond du liquide^ et lorsqu’on l’incise, il résiste beaucoup plus que l’hépatisation aiguë, mais ne crie point sous le scalpel, comme le ferait un tissu squirrheux. La coupe présente des nuances diverses; Laënnec dit que le gris violet ou le rouge livide y dominent. Suivant cet auteur, la surface des incisions offrirait l’aspect granulé d’une manière beaucoup plus marquée que dans la pneumonie aiguë. Lorsqu’on déchire ce tissu , ces granulations sont aussi plus distinctes, beaucoup plus fermes et plus sèches, et simulent, par leur rapprochement, des œufs d’insectes, pressés les uns contre les autres sans aucun intermédiaire (2).
Suivant M. Chomel, au contraire, le poumon chroniquement enflammé ne présenterait plus à la coupe ou à la déchirure ces granulations qui existent si ordinairement dans l’hépatLsation aiguë. J’ai eu l’occasion de rencontrer trois fois une induration pulmonaire cbi’onique plus ou moins étendue, et voici ce que j’ai observé : Sur deux sujets cjui succombèrent au progrès d’une maladie organique du cœur, j’ai trouvé le tiers du lobe inférieur d’un des poumons très dur, et tout-â-fait imper-
(1) Recher, sur la phthisie, p. 12 et 386.
(2) Auscul,, 4“ édit., t. r, p. 382.
inéable. Chez uu de ces sujets, la povliou du puuiuou üÜVaii une couleur grisâtre presque unifonue ; le tissu était partout lioiuogcne ; nulle part on ne put tiouvor aucun vestige de granulations. Sur l’autre individu, le tissu puluiouairc était encore plus résistant; il ne pouvait être pénétré par le doigt, cpaelque elïort que l’on fît. Si après l’avoir coupé, on grattait sa surface avec le scalpel , on produisait ce bruit, ce cri particulier qu’on détermine quand on promène l’instrument sur un tissu fibreux. En regardant de près la surface des incisions, celles-ci offraient un tissu grisâtre marbré de noir, presque partout uni; cependant on apercevait de distance en distance des granulations trèsdistinctes , d’un gris rougeâtre , dures , mais cependant résistant beaucoup moins que le tissu environnant. Ces granulations étaient d’une grosseur inégale , mais généralement plus j)elites que dans les hépatisations aiguës; elles étaient réunies par groupes de dix à seize environ. Enfin , chez le sujet dont plus tard je rapporterai Tbistoire, et qui succomba au soixantedouzième jour d’une pneumonie qui , aiguë d’abord, avait ensuite passé à l’état chronique , je trouvai le poumon gauche presque entièrement hépatisé et offrant des aspects différens, suivant les points où on l’examinait. Le lobe inférieur, dur, compacte, était d’un gris rougeâtre; à l’incision, on ne voyait qu’une surface plane sans granulations; celles-ci étaient assez distinctes lorsqu’on déchirait le tissu. Le lobe supérieur était induré partout, à l’exception de 3 centimètres du sommet où l’organe était encore crépitant. Son bord antérieur, que 1 l’inflammation n’avait envahi que dans les derniers temps , présentait tous les caractères de l’hépalisalion grise ordinaire ; le 1 reste de ce lobe n’olfrait qu’une hépatisation rouge, avec des ^granulations très-visibles à la coupe et à la déchirure ; mais elle différait de l’hépatisation aiguë par une dureté plus grande, et ipar une coloration qui offrait un reflet légèrement ardoisé. On \voit donc, d’après ce qui précède , que dans l’induration chro inique du poumon, on peut rencontrer des granulations comme nians l’état aigu ; dans d’autres cas , celles-ci manquent , et le l.issu pulmonaire oflre une surface lisse, unie à la coupe et lincme à la déchirure. D’après le petit nombre de faits (|ue j’ai ^observés, je suis porté à croire que l’aspect granulé est d’autant moins marqué que la maladie a duré plus longtemps. D’ailleurs
82 ANATOMIE tATllOlOCIQüE.
comme l’observe avec raison M, Chomel (1) , quelque avancée que soit l’altération, elle n’empêche pas de reconnaître dans la portion du poumon qu’elle occupe la texture de ce viscère , et en cela l’endurcissement que je viens de décrire se rapproche des phlegmasies, et s’éloigne des maladies organiques qui altèrent à tel point le tissu des parties , qu’il devient complètement méconnaissable. Dans deux des cas que j’ai observés , mais dans le deuxième surtout , j’ai été frappé du développement qu’avait acquis le tissu cellulaire interlobulaire , peu distinct dans l’état sain ; il avait pris, dans le cas dont je parle, de la densité, une dureté fibreuse , et il formait dans l’épaisseur de l’organe des cloisons irrégulières et grisâtres.
Le tissu d’un poumon chroniquement induré est en général moins humide que dans l’hépatisation aiguë ; on en fait suinter, à l’incision et en le comprimant, une petite quantité de sérosité rare, rougeâtre ou louche, non aérée; dans un cas même le tissu était tout-à-fait sec. D’après la différence d’aspect que l’on observe souvent dans un lobe chroniquement enflammé, il est facile de voir que la maladie n’a pas suivi une marche uniforme dans tous les points. Il paraît qu’on a quelquefois rencontré de petites collections de pus, disséminées au milieu d’un lobe frappé d’hépatisation chronique. Il peut arriver aussi, comme M. Andral en rapporte un exemple (2) , qu’une gangrène plus ou moins étendue frappe un poumon chroniquement enflammé ; mais les faits de ce genre sont si rares , qu’il est impossible de déterminer si dans ces cas il n’y a eu qu’une simple coïncidence ou bien un rapport direct de cause à effet entre les deux affections.
Doit-on admettre une forme de pneumonie chronique , uniquement constituée par la formation lente d’un abcès dans la substance pulmonaire, ou, en d’autres termes, un abcès froid peut-il se développer dans le poumon? Il existe dans la science un fait qui nous autorise à nous adresser cette question, bien que par lui-même il ne puisse peut-être pas la résoudre. On lit dans le Journal complémentaire l’histoire d’un jeune homme âgé de 16 ans, de constitution délicate , portant des engorgemens scro-
(1) Dictionnaire de médecine 1’’® édit., art. Pneumonie.
(2) T. XLI, p. 416.
(3) Clin,, 4» édit., 1840, t. III, obs. 64®, p. 446.
PNEUMONIE CHIIONIQUE. 83
fuleux au cou; un abcès s’étant formé au devant de la trachée, on l’ouvrit ; et l’ouverture , après s’être plusieurs fois fermée et ouverte, finit par rester fistuleuse ; l’air y enti ait et en sortait alternativement pendant les mouvemens d’inspiration et d’expiration ; pendant les efforts de toux il en découlait un pus de bonne nature, quoique très fétide. Le jeune homme succomba deux ans après la formation de l’abcès dans un état de marasme. L’autopsie fait découvrir que les deux ouvertures fistuleuses extérieures conduisent dans un foyer de 6 centimètres, situé dans l’intervalle des deux sterno-mastoïdiens. A la partie inférieure droite de ce foyer existe une ouverture de 6 millimètres, orifice supérieur d’un trajet qui s’enfonçant dans la poitrine, pénètre dans le bord antérieur du poumon , parvient dans la substance de l’organe, jusqu’à la partie supérieure du lobe inférieur, où il s’ouvre dans un foyer de 5 centimètres. Cette cavité est vide ; superficiellement placée, elle n’est séparée du muscle triangulaire que par une couche mince de tissu pulmonaire qui y adhère ; ses parois sont lisses , et l’on y voit l’orifice de deux ou trois ramifications bronchiques. Le lobe supérieur du poumon droit adhère au sommet du thorax ; son tissu est sain et ne contient aucun tubercule. L’organe offre pourtant une induration noirâtre bornée au voisinage du foyer. Le poumon gauche présente une hépatisation grise très circonscrite.
Ce fait manque malheureusement de beaucoup de détails sur les antécédens du malade. Cependant , il est probable qu’il doit être considéré comme un exemple fort rare , et peut-être encore unique d’abcès froid primitivement formé dans le poumon, et constituant ainsi une forme particulière de pneumonie chronique.
Il est d’autres espèces d’induration que les auteurs signalent comme pouvant caractériser aussi une pneumonie chronique. Ainsi l’induration noire du poumon , que l’on regarde généralement comme le résultat de l’infiltration de son tissu par une matière de production nouvelle par la mélanose, ne serait, d’après M. Andral, qu’une forme de pneumonie chronique (1). Ce professeur établit en effet, avec quelque apparence de raison, que l’induration d’un organe qui est en même temps coloré en noir
(t) Clin,^ 4e édit., t. IV, p. 228.
J OAJ 1 1; TA i’noii<)<; i ou l.
t’st inclépentlanlc de cette couleur noire, et qu’elle est le simple lésultat d’une pldegmasie chronique, (ielte induration coexiste en effet avec plusieurs autres colorations. Dans quelques cas meme, M. Audral a pu suivre, dans un même poumon , la transition insensible de la teinte fjrise à la couleur ardoise la plus foncée, et là où celle-ci n’existait pas, le parenchyme pulmonaire était tout aussi dur; d’où on peut conclure que l’état d’endurcissement simple du poumon ne diffère pas essentiellement du même état d’endurcissement avec coloration noire ou grisâtre ; et réellement une simple nuance de couleur est insuffisante pour regarder comme différents deux états qui se ressemblent d’ailleurs tout à fait sous le rapport de leurs autres caractères anatomiques. Aussi M. Andral pense qu’on doit ranger dans la pneumonie chronique la maladie que Bayle a décrite sous le nom de phthisie avec mélanose. Mais on sait que, sous ce titre, Bayle a compris des altérations diverses, et en particulier des phthisies tuberculeuses, dans lesquelles les granulations miliaires, ou les tubercules crus étaient entourés
tion diffère tout à fait de ce qu’on doit entendre par pneumonie cliroùique. Mais Bayle rapporte, dans le même chapitre, deux observations (1) d’induration pulmonaire, dans lesquelles le poumon, beaucoup plus dense c{u’un foie sain, offrait dans un des cas une couleur noire d’ébène , luisante et d’un aspect métallique. Il n jk avait nulle part ni tubercules ^ ni granulations grises. Ces faits seulement peuvent être considérés comme constituant une forme anatomique de la pneumonie chronique.
Je devrais peut-être ici discuter une autre opinion de M. Andral, qui consiste à regarder les granulations grises, demitransparentes de Bayle, comme le résultat de l’inflammation chronique des vésicules pulmonaires (2) ; mais les raisons sur lesquelles M. Andral appuie sa manière de voir, n’ont pu me convaincre. J’ai d’ailleurs vainement cherché un grand nombre de fois à saisir sur le cadavre cette succession d’altérations, dont les vésicules, d’après M. Andral, seraient le siège avant de
hoc. cil., obs. t 9'’ et 20®, p. 209 et 21t.
(2) Anal, palh., t. II, p. 319. j
PNEIIMONIF. CIII\ONlQlîi?. S 5
subir la transformation granuleuse ; aussi je ne saurais leur attribuer avec ce médecin une origine inflammatoire , et je professe sur leur nature et leur mode de développement les opinions qu’ont émises dans leurs ouvrages Laënnec et M. Louis.
La lésion que j’ai précédemment indiquée sous le nom de carnification , dans laquelle le tissu pulmonaire , flasque , résistant et imperméable, a l’aspect d’un tissu musculaire à fibres serrées et peu distinctes, est regardée par quelques personnes comme une variété de pneumonie chronique. Cette opinion ne peut être admise d’une manière générale ; on a vu en effet précédemment dans quelles conditions l’état de carnification pouvait survenir d’une manière aiguë. Toutefois je ne conteste pas que cette altération ne puisse aussi quelquefois caractériser un état chronique. Il est vrai que pour ma part je ne l’ai pas encore vu ; mais MM. llilliet et Barthez ont recueilli l’observation d’un enfant qui, ayant présenté pendant longtemps des signes de pneumonie à droite , finit par succomber à une pneumonie gauche , et offrit à l’autopsie une assez vaste carnification du côté droit, dans les points où l’auscultation avait primitivement annoncé l’existence d’une pneumonie (1).
Les caractères anatomiques que j’ai assignés à l’induration chronique des poumons, sont tellement faciles à saisir, que je crois inutile de dire en quoi cette lésion diffère de plusieurs «autres altérations des poumons telles que la transformation ssquirrheuse, encéphaloïde ou tuberculeuse. Dans celles-ci le i tissu de l’organe a disparu pour faire place à un produit accidentel ; dans l’induration chronique, au contraire, tous les éléments constitutifs des poumons existent encore, mais leur nu- |itrition a été plus ou moins modifiée par suite du travail inflamanatoire ; les uns en effet ont presque disparu , les autres par zontre ont subi une sorte d’hypertrophie.
Les altérations que je viens d’étudier sous le iroin de pneunronie chronique occupaient une étendue plus ou moins consilérable. Bornées en général à un seul lobe ou même à une porlion d’un lobe, elles ont quelcjnefois envahi tout un poumon , 3t la vingtième observation de Bayle semble prouver que la
(l) T,dc, cil., p. 02.
ANATOMIK PATHOF.OGIQUE.
pneumonie chronique peut aussi être double. Dans d’autres cas au contraire l’altération est très circonscrite et n’affecte que quelques lobules à la fois.
M. le professeur Cruveilhier a supposé (1) que lorsqu’une inflammation aiguë affectait la portion du parenchyme qui entoure le tissu induré , celui-ci résistant à l’espèce de dissolution qui resuite de l’infiltration du pus, se .sépare des parties voisines, et l’on trouve alors au centre d’une hépatisation grise une espèce de caverne remplie par un lambeau de poumon isolé de toutes parts, excepté par un pédicule délié formé par des ramifications bronchiques et par des vaisseaux. M. Gruvedhier, qui a observé deux cas de ce genre, dit que le lambeau de tissu pulmonaire qui flottait dans la cavité n’était pas gangrené. Il est fâcheux que le savant professeur dont je parle n’ait pas décrit avec plus de détails l’état dans lequel se trouvait le tissu pulmonaire. S’il a jugé qu’il n’y avait point mortification, par cela seul qu’il ne s’exhalait aucune odeur gangreneuse, je crois qu’il faut rester dans le doute sur la nature de l’altération qu’il a rencontrée ; car il pourrait se faire que cette portion de poumon qui était isolée fût réellement frappée de mort, et que ce fût encore là un exemple de gangrène sèche.
En résumé, l’induration pulmonaire rouge, grise ou mélanique, que j’ai précédemment décrite et qui caractérise anatomiquement la pneumonie chronique, est une des altérations qu’on rencontre le plus rarement. En effet, dans le très grand nombre d’autopsies que j’ai faites depuis 8 années, je n’ai eu l’occa-siou de la constater que trois fois. Laënnec l’a également rencontrée fort rarement (2) , et M. Chomel rapporte (3) que dans l’espace de 16 années pendant lesquelles il avait assisté à l’ouverture de plus de trois mille cadavres , il ne se rappelle pas avoir trouvé pins de deux fois une lésion du poumon qui lui ait paru constituer une pneumonie chronique. Cependant quelques médecins anciens, et en particulier plusieurs de ceux qui illustrèrent le dernier siècle , ont signalé dans leurs écrits la fréquence de la pneumonie chronique. Ainsi Avenbrugger et son coinmenta-
(t) Anat. pathol. du corps humain, 52* livraison, in-fol,, fig. col.
(2) Auscultât^ t. I**, p. 581.
(5) Dictionnair.c de médecine, t. XVII, p. 252.
PNEUMONIE chronique.
leur (1) ; Stoll (2) , Pujol (3) etc. , ont souvent parlé de squirrhes, d’indurations du poumon , d’inflammation sourde, latente de ces organes et devenant l’origine de certaines espèces de phthisie. Mais on ne saurait accepter des opinions qui ne reposent sur aucune preuve anatomique positive. D’ailleurs, il est facile de se convaincre que ces auteurs et ceux qui ont soutenu leur doctrine ont pris le plus souvent pour des pneumonies chroniques , soit des pleurésies anciennes , ou plus souvent encore la dégénérescence tuberculeuse des poumons ^ ces erreurs ont même été commises depuis l’époque où l’anatomie pathologique est cultivée avec soin. Ainsi Broussais n’a regardé la pneumonie chronique comme très commune que parce que , ressuscitant et exagérant une théorie surannée , il rapportait la phthisie pulmonaire à une phlegmasie chronique, ou bien encore il prenait pour des indices d’une altération ancienne des poumons, des hépatisations qu’il trouvait à l’ouverture des cadavres et qui ne s’étaient formées que peu de jours avant la mort. Ces méprises ont été faites par les hommes les plus habiles ; ainsi lorsqu’on voit Bayle prétendre qu’il avait ouvert un grand nombre de sujets morts de -pneumonie chronique sans tubercules dans les poumons (4), on doit craindre qu’il n’ait commis la même erreur que Broussais. La lecture de sa quarantième observation semble jusqu’à un certain point justifier ces soupçons.
§ II. — 'Pneumonie chronique tuberculeuse.
Chez les individus qui succombent à la phthisie pulmonaire on rencontre fréquemment autour des cavernes ou des tubercules suppures une induration du parenchyme des poumons qui a beaucoup de rapport avec celle que j’ai précédemment décrite.
Dans ces points en effet , le tissu de l’organe d’un gris ardoise plus ou moins fonce est très dur et complètement imperméable. Si on l’incise ou si on le déchire , on ne trouve point l’aspect grenu de l’hépatisation. Sa surface, dit M. Louis (5), a
(1) Pcrcuss. de la Poitrine, observ. VI.
(2) Aphorismes, n. 157.
(3) OEwres de Méd.prat., Paris, 1825, t. P*'.
Phthisie, p. 72.
(5) Recher, sur la phthisie, p, 9,
ANATOMITi pathologique.
KS
un coup (i’œil louche qu’on ne peut attribuer aux granulations miliaires qui n’existent pas. l'illeest traversée par des cloisons celluleuses blanches et épaisses comme dans certaines formes de la pneumonie chronique qui ne se complique point de la présence des tubercules. Ce tissu ainsi induré est exsangue et ne laisse généralement suinter aucun liquide quand on le divise ou qu’on le presse.
Il n’est pas rave de trouver disséminées à sa surface plusieurs granulalions grises ou même des tubercules à l’état cru ou suppuré. M. le professeur Chomel a fait observer (1) que cette induration particulière des poumons n’avait généralement que quelques millimètres d’épaisseur. Cependant j’ai trouvé plusieurs fois qu’elle avait acquis près de trois centimètres : mais son étendue en surface est plus considérable ^ car elle suit dans tous leurs contours les excavations tuberculeuses dont elle forme une partie des parois.
Cette altération que Laënnec paraissait regarder comme une dégénérescence tuberculeuse commençante, diffère pourtant par ses caractères de la matière grise ordinaire ou des tubercules crus. On voit au contraire par combien de caractères elle se rapproclie des indurations que j’ai décrites au commencement de cet article ; elle doit constituer une forme de la pneumonie chronique, toujours consécutive aux tubercules et généralement à leur ramollissement et à leur évacuation ;*elle offre beaucoup d’analogie avec ces indurations , ces callosités qui affectent le tissu cellulaire sous-cutané lorsque les ganglions tuberculeux qu’il entoure viennent à se ramollir. La marche de celte altération doit être extrêmement lente, et c’est peut-être à celte cause qu’il faut attribuer l’aspect non granulé de sa surface i\ la coupe et à la déchirure,
ARTICLE VI
Lé.slons anatomiques des paciimouies secondaires.
Les pneumonies qui surviennent dans le cours de.s maladies aiguës et chroniques présentent, dans la plupart des cas, les caractères anatomiques qu’on rencontre généralement dans les
(t) Diriion., 1"“ cdil., t. XVII. p. 22Ô, article Pneumonie.
PNEUIVIONIES SECONDAIRES,
pneuinonies franches et primitives ; c’est-à-dire que dans les unes comme dans les autres on retrouve les degrés d’engouement, d’hépatisation rouge et d’hépatisation grise ; cependant, toutes choses égales d’ailleurs, on peut dire que dans les pneumonies secondaires les altérations occupent une étendue moins considérable , et que, surtout, elles sont arrivées à un degré moins avancé que dans les cas de pneumonies primitives. On a vu précédemment que dans ces dernières l’inflammation n’avait jamais été trouvée lors de l’autopsie, à la période d’en- : gouement ; toujours il y avait eu une hépatisation plus ou moins complète, et même chez les trois quarts des cas à peu près il y avait déjà une infiltration grise, avec ou sans mélange d’hépatisation rouge. Dans les pneumonies secondaires les choses se sont passées différemment : il résulte d’un relevé de soixantequinze cas, que chez trente individus l’inflammation pulmo- . naire n’avait pas encore dépassé la période d’engouement ;
. chez trente-neuf la pneumonie était à l’état d’hépaiisation rouge (dans une partie, ou dans la totalité des points envahis; enfin chez six individus il y avait une infiltration purulente des poumons, c’est-à-dire que la pneumonie n’était arrivée au degré d’hépatisation grise que chez un douzième à peu près. Ces résultats auraient pu être prévus d’avance ; car on conçoit facilement que lorsque dans le cours d’une maladie grave et même aiortelle , qui a déjà profondément débilité le sujet, une phlegihnasie d’un organe aussi important que le poumon se déclare, :elle-ci a pour effet d’anéantir les forces qui restent, et d’ameler la mort avant que la maladie ait eu le temps de produire es altérations qu’on observé le plus communément chez les inlividus qui jouissent encore de toute leur vitalité. Cependant le ontraire peut arriver; j’ai trouvé en effet deux fois une hépatiatiou grise chez des individus dont les premiers symptômes de •neumonie dataient à peine de 48 heures. Mais ce sont là des faits xceptionnels et qui ne détruisent pas ce que j’ai dit précédemnent. On voit quelquefois aussi ces pneumonies secondaires se ermincr par la formation d’un abcès plus ou moins considéraile. Ainsi , parmi les vingt-deux observations de collections mrulentes que j’ai précédemment analysées, il y en a cinq qui talent survenues chez des sujets malades depuis longtemps.
•Te dirai plus tard l’iiiflacnce que le décubitus longtemps pro-
90 anatomie pathologique.
longé paraît exercer .sur le développement de certaines pneumonies secondaires. M. le professeur Piorry qui, le premier, a signalé cette influence, a fait remarquer avec raison que, dansles pneumonies qui surviennent alors, l’altération n’envaliit que les parties les plus déclives du poumon. Le point le plus malade est situé le plus inférieurement , et le tissu est d’autant moins altéré qu’on se rapproche davantage des parties supérieures (1). Mais ce ne sont pas là les seules différences que j’ai remarquées entre les altérations des pneumonies secondaires et celles des pneumonies primitives. L’analyse des faits m’a paru également démontrer que quelques-unes des lésions inflammatoires que j’ai décrites se rencontrent beaucoup plus fréquemment dans les premières que dans les secondes. Ainsi la forme lobulaire est rarement primitive , chez les adultes surtout. Chez eux, en effet, je ne l’ai vue telle que sur un seul individu, et même, dans ce cas exceptionnel, elle e.xistait avec une hépatisation giise qui avait envahi tout un lobe. La pneumonie qui complique la fièvre typhoïde se montre assez souvent sous forme de noyaux disséminés ; c’est du moins ce que j’ai rencontré sur près du sixième des sujets. Dans les pneumonies consécutives de l’enfance, la forme lobulaire est bien plus fréquente encore. Il résulte en effet d’une note que m’a communiquée M. Rilliet, que, chez les enfans qui succombèrent à la fièvre typhoïde, l’inflammation du poumon existait en égale proportion sous forme lobaire et lobulaire -, enfin, presque toutes les pneumonies qui, dans le jeune âge, viennent compliquer la bronchite capillaire et la coqueluche, sont mamelonnées. Il en est de même de celles qui surviennent dans le croup, comme cela résulte des recherches de M, Hache qui, sur sept cas de pneumonieconséculive au croup, a trouvé un nombre égal d’hépatisation lobulaire (2).
Lorsque la pneumonie est survenue dans le cours d’une phlébite, chez les sujets qui meurent après avoir éprouvé les symptômes des résorptions purulentes, je n’ai trouvé chez un tiers des individus qu’une hépatisation grise ordinaire ; mais chez tous les autres on voyait cette forme d’altération que j’ai précédemment décrite sous le nom à! abcès métastatiques. C’est la seule
(t) Voir son Mémoire sur la pneum. hypostatiquc dans les transactions médicales ^ t. XI, p. 175.
(2) Thèse de 183.'i, n. 500, p. 28.