‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 14 sur 103 · PNEUMONIES SECONDAIRES · texte numérisé non relu

PNEUMONIES SECONDAIRES

forme anatomique de pneumonie qui ne puisse probablement jamais être primitive. Lorsqu’on la rencontre à l’autopsie, elle indique constamment sinon une phlébite coexistante, du moins une de ces maladies infectieuses qui s’accompagnent des symptômes ordinaires des résorptions purulentes. Ainsi, chezles malheureux qui sont emportés par la morve aiguë, il paraît qu’on trouve constamment des lésions inflammatoires du côté des poumons; chez la plupart des sujets, ce sont des abcès métastatiques semblables à ceux des phlébites. Mais dans quelques cas très rares, et qu’on doit regarder comme accidentels, on a observé d’autres altérations. Aussi Roots et Ellioston ont vu une hépatisation lobaire, Hart^ving une vomique ; enfin sur les poumons que Mac-Donnel et Graves examinèrent, ces médecins ont constaté à la surface de ces organes la présence de pustules semblables à celles qui existaient sur la peau, les unes isolées, jaunes au centre , entourées par un bord ecchymosé ; d’autres réunies en groupes. Ces dernières altérations me semblent devoir être rapportées aux abcès métastatiques (1).

La splénisation est encore une lésion qui survient plus souvent dans les pneumonies secondaires que dans celles qui sont primitives. En effet, sur dix cas de splénisation des poumons que j’ai rencontrés sur le cadavre , il y en a six observés chez des individus dont l’inflammation pulmonaire était venu compliquer une maladie plus ou moins ancienne. Chez les quatre autres sujets qui restent , la pneumonie était à la rigueur primitive , car elle s’était déclarée chez des personnes qui n’offraient aucun symptôme de maladie antérieure bien ca*ractérisée ; cependant tous ces individus , à l’exception d’un seul, étaient d’une constitution détériorée, affaiblie. On serait donc porté à conclure de ces, faits que l’affaiblissement des malades par une maladie antérieure ou par un vice de la constitution, tend à modifier les caractères anatomiques d’une pneumonie intercurrente, et à remplacer l’hépatisation par la splénisation. Ceci explique pourquoi un auteur français, M. le docteur Léger , a signalé la splénisation comme étant la lésion la plus ordinaire qu’on rencontre chez les enfans morts de pneumonies (2). Cette opinion n’est pas exacte ; il est probable que

(1) Voir Vigla, Thèse sur la morre, année 1859.

(2) Thèse inaugurale, 1825, n. 49.

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l’auteui’ ne l’eût pas émise si, au lieu d’écrire d’après ses souvenirs, il eût analysé et compté les observations qu’il avait recueillies. Mais il en résulte du moins que M. Logera été frappe', chez les enfans , du grand nombre de cas où le deuxième degré' de la pneumonicétait caractérise par une splénisation ; ce que le lecteur s’expliquera aisément loi squ’il verra plus tard que les pneumonies primitives sont rares dans le jeune âge, et que dans la plupart des cas elles surviennent dans le cours d’une maladie aiguë ou chronique, ou chez des sujets débilités par une cause quelconque. Il y a quelques années, M. le docteur Bazin a prétendu que la fièvre typhoïde donnait heu à une pneumonie particulière ayant des caractères anatomiques spéciaux (1). L’auteur décrit, en effet, un premier degré qui diffère peu de l’engouement inflammatoire, tandis que le deuxième n’est autre (jue la splénisation. Mais comme M. Louis l’a fait observer avec juste raison (2), l’opinion qui consiste à attribuer des caractères anatomiques spéciaux à la pneumonie des fièvres typhoïdes, n’a aucune espèce de fondement. Elle n’a été émise c[ue par suite d’un examen incomplet, et parce qu’on a e'ludie' seulement les poumons des malades emporle's par la fièvre typhoïde sans les comparer à ceux des individus qui avaient péri à la suite d’autres maladies aiguës, comparaison indispensable et sans laquelle les hommes les plus habiles doivent nécessairement tomber dans de graves erreurs. Celte comparaison a été faite par M. Louis, et elle démontre que les poumons des individus emportés par l’affection typhoïde n’ofï’rent aucune lésion particulière, et qu’on ne rencontra à peu près dans la même proportion chez des sujets qui succombent à toute autre maladie aiguë. Cependant chez ces derniers l’altération était ordinairement à un degré un peu moins avancé, et avait lieu dans une étendue moins considérable qu’à la suite de l'affection typhoïde, mais sans aucune autre différence appréciable.

Je crois qu’on peut conclure de tous les faits qui précèdent, que l’inflammation des poumons ne produit la splénisation de ces oi'ganes que chez les individus déjà débiles, chez ceux dont la vitalité est émoussée et chez lesquels les liquides , obéissant

Thèse inaiig., août 1854.

(2) l''iè\'i'c typhoïde, 2'^ tïlil.,, Paifs, 1841. t. f, p. 536,

r^’EüMONllib SECOJMDAIUES.

par cela même davantage aux lois de la pesanteur, engorgent les tissus, les macèrent pour ainsi dire, et modifient ainsi les caractères ordinaires de 1 inflammation*

Je ne dirai rien de la carnification, n’ayant pas encore observé suffisamment cette altération ; toutefois je rappellerai cpic les deux fois où je l’ai rencontrée , la pneumonie était encore secondaire et était survenue dans le cours d'un épanchement pleurétique ancien.

Je conclus de tout ce qui précède que les caractères anatomiques de la pneumonie, qu’on pourrait appeler insolites , tels que la splénisation, la carnification, l’hépatisation lobulaire, se rencontrent plus souvent dans les inflammations pulmonaires consécutives que dans celles qui affectent des individus forts et dans un état de santé parfaite. Quant aux abcès métastatiques du poumon, c’est une altération qui probablement n’est jamais primitive et qui est toujours symptomatique de quelque infection purulente du sang.

Ce n’est pas ici le lieu de déterminer si les pneumonies secondaires se terminent plus souvent par gangrène que les pneumonies primitives. Ce point sera étudié plus tard. Quant aux pneumonies chroniques qui, comme je l’ai vu deux fois, peuvent survenir chez des sujets affectés depuis longtemps de cjuelque maladie grave, elles ne paraissent pas avoir d’autres caractères anatomiques que ceux qu’on rencontre communément dans les pneumonies chroniques primitives.

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