PROFESSIONS
C’est ainsi que Cadet Gassicourl (1) ctlU, Méi at (2) ont prétendu que les ouvriers employés dans les inanulactures de tabac sont sujets aux affections aiguës et chroniques de poitrine, assertion qui a été réfutée victorieusement par M. D’Ai cet et Parent Duchâtelet (3). Ce dernier a également prouvé, contre l’opinion de Baumes, que le séjour prolongé de l’homme dans les souterrains, au milieu des vapeurs infectes, fétides ou enivrantes , n’enflammait pas plus souvent la poitrine que le ferait l’exercice de toute autre profession. Ramazzini et récemment M. Pâtissier (4) en s’occupant de ceux qui ont habituellement les jambes dans l’eau, leur attribuent spécialement toutes les maladies qu’on dit dépendre de la suppression de la transpiration , et parmi lesquelles figurent les pneumonies et les pleurésies. Mais le laborieux Parent a encore prouvé que ces opinions étaient au moins exagérées et qu’elles avaient été émises par les auteurs sur la foi d’tine vieille théorie , qui veut que toutes les affections de poitrine reconnaissent pour cause la suppression de la transpiration. Or, comme le froid, l’humidité, et surtout rimmersion dans l’eau , sont réputées les causes les plus actives de cette suppression on aurait pu en conclure à priori qu’aucune, classe ne serait plus gravement et plus fréquemment affectée de pneumonie , de rhumatisme, etc. , que les débardeurs. Cependant sur 670 hommes exerçant cette profession, et qui tous ful'ent interrogés par Parent, un seul avait eu une fluxion de poitrine, et tous les témoignages se sont réunis pour démontrer combien étaient rares chez eux les maladies attribuées vague* ment au refroidissement (Catarrhes, pneumonies, rhumatismes) (5). Thackrah dit aussi (6) que les briquetiers exposés aux intempéries et travaillant les pieds nus dans un gâchis humide, sont néanmoins assez rarement affectés de pneumonie , puisque ce médecin ayant interrogé 32 briquetiers sur leurs antécédents, il n’en trouva aucun qui eût éprouvé avant l’époque où il les
(1) Mém. cia la Soc. viéd. tV Emulai. t. VIII, p. 160.
(2) Diclionuaire des Sciences médicales, art. Tabac.
{7>) yf nnedes de l’hygiène publifjue, 1829, t. II, p. 558,
(1) Traité des maladies des artisans et de celles qui résultent des diverses professions. Paris, 1 822, p. 2G1.
(•“>) Jlyg.puhl., t. II, p. G07.
(C) The F.Jjects of arts, trades and pr^fesS. London, 1 857, p. 14.
KTlOI.Or.IP Dr. LA PNF.UMOMr.
observait, fpiclqne symptôme de pneumonie, quoique dans ce nombre il y en eût plusieurs très âgés.
Il est egalement certain que les ouvriers qui vivent au milieu d’une atmosplière cliarge'c de particules minérales ne sont pas plus souvent affectés de pneumonie c|ue les autres ; mes observations le prouvent. Si on veut, en outre, consulter les recherches de Trackrali et de Foibcs sur les mineurs, celles de Jolinstone de Worcester, et de Knight sur les fabricans d’aiguilles et les émouleurs, etc., etc., on se convaincra quêtons ces ouvriers meurent en grand nombre de consomption sans être plus sujets que d’autres à l’inflammation des poumons. Toutefois, la pneumonie affecte peut-être plus souvent les malheureux ouvriers d’Edimbourg occupés à tailler des pierres. C’est, du moins , ce qui semble résulter du travail du docteur Alisson (1), qui a généralement trouvé chez ceux qui ont succombé des portions plus ou moins considérables des poumons où le tissu était dur, condensé , tandis cjue dans d’autres points existait un ramollissement pulpeux ressemblant en (juelciue sorte au tissu ordinaire de la rate. Ces altérations sont évidemment le résidtat d’un travail inflammatoire ; mais il resterait à déterminer si ces pneumonies sont primitives ou secondaires, et s’il n’y a pas c[uelque autre circonstance que la profession c[ui pût en expliquer le développement.
Puisque les hommes livrés aux travaux rudes , exposés au froid et à l’humidité, à l’intempérie des saisons et aux changemens brusques de température sont affectés de pneumonie en plus grand nombre, il semblerait assez naturel de supposer que cette maladie dût sévir particulièrement chez les marins. Cependant, malgré les conditions en apparence si fâcheuses auxquelles ces individus sont exposés journellement , la pneumonie est peut-être une maladie qu’on observe moins communément qu’on ne croit à bord des navires qui naviguent en pleine mer. Plusieurs médecins signalent bien la gravité de la pneumonie chez les marins; mais ils ne disent pas
( I ) Ohseiv. on the pathol. of Scrofulous (Transactions of thc mcdico' cliirnrgir.'il of F.dinbnrgli, 1824, f. I, ]>. SC.^).
pnnrF.ssioNs. 119
I que celte maladie soit trcs fréquente chez eux. Jolin Ciarck (1 ) ,
! dans une bonne relation qa’il donne d’un voyage dans les Indes Orientales , MM. Lesson (2) et Eydoux (3), dajis leur voyage autour du monde, et pendant une navigation pénible de trois ou quatre ans, n’observèrent aucun cas de pneumonie, bien qu’ayant passé par les latitudes les plus opposées , les marins eussent été exposés aux causes les plus f)uissantes de refroidissement.
Il est difficile de dire pourquoi la pneumonie est une affection qu’on observe aussi rarement sur les navires qui naviguent en pleine mer. Quelques personnes peut-être croiront expliquer cette rareté de la maladie , en disant qu’à latitiule égale, le froid se fait sentir moins vivement sur mer que sur terre ; car dans la première, il n’y pas ces accidens de terrain qui, sur le continent , concentrent et accélèrent les vents. Mais, à suppo- ! ser que ce fait soit exact, il est constant cependant, d’après le i témoignage des chirurgiens de marine , que les équipages sont I fréquemment exposés aux mêmes causes de refroidissement que I nous, et que, lorsqu’ils sont sous cei'taines latitudes, ils sont sou- I mis à des intempéries, à des variations brusques de tempéraj ture , bien autrement fortes que celles que nous invoquons tous j les jours pour expliquer le développement de plusieurs maia- I dies aiguës. Je crois que cette fréquence moindre de la pneu- I monie et de la plupart des autres maladies graves chez les ma- I rrins, dépend plutôt de ce qu’au milieu même des fatigues de Heur état, ces individus mènent une vie assez régulière. Mais si, rau lieu de naviguer dans la haute mer , le marin est employé dans les croisières, lorsque surtout il peut descendre souvent à titerre , et que , libre du joug de la discipline du bord , il se 1 livre sans frein à tous les excès possibles, on voit alors les ma- ' ladies aiguës sévir chez lui en plus grand nombre.
D’après quelques renseignemens qui m’ont été adressés par M. Reynaud, médecin en chef de l’hôpital maritime du port de iloulon, la pneumonie ne serait point en effet une alfcction rare
(1 ) Ohs. on ihe disenses wliicli pvevcdl in long ooj-ages lo ihat connlries. Lomlon, lliircl ed. \ 809.
(2; F oyage autour du monde sur la corvette la Cocpiillc. Paris, 1 829.
'~>}Joiirn. hchdom., aimée tSTO.
ETIOI-OCIE DE LA PNEUMONIE.
sur les navires de guerre qui croisent dans la Méditerranée, et surtout dans les mers du Levant. Il paraît inéine que dans le printemps de l’année 1840, la pneumonie régna épidémiquementà bord du vaisseau V Alger. Cependant, dans les temps ordinaires, cette affection n’est pas très-commune dans les mêmes parages. Il résulte, en effet, de trois relevés qui m'ont été adressés sur les maladies qui régnèrent à bord de trois bâtimens de l’état en station sur les cotes de la Méditerranée , que la pneumonie n’a formé qu’un vingt-huitième ou vingt-neuvième , et même un soixante-dix-septième des maladies internes qui furent observées à une certaine époque. Il est vrai que, d’après quelques autres documens qu’on m’a fournis, la pneumonie paraîtrait être un peu plus commune dans la Méditerranée que je le dis ici; toutefois, comme les renseignemens ne sont pas assez précis, comme ils ne s’appuient sur aucun résultat numérique , je n’ai pu les utiliser pour éclairer la question que j’étudie actuellement.
Quels que soient d’ailleurs le climat et la latitude, les pneumonies paraissent sévir plus fréquemment sur les navires qui sont à peu de distance des côtes que sur ceux qui tiennent constamment la haute mer ; mais pourtant même alors, la maladie ne doit pas être regardée comme très-commune chez le marin , eu égard surtout aux conditions fâcheuses auxquelles ces individus sont journellement exposés. C’est ainsi qu’un navire qui pendant onze mois stationna à Madagascar, aux îles de France, Bourbon, Séclielles, etc., ne compta que 11 pneumonies sur 25G9 hommes à bord. Si on lit la relation médicale que W. Donelly a publiée (1) sur les maladies qui furent observées pendant une navigation de trois ans et quatre mois sur un vaisseau anglais en croisière sur les côtes d’Angleterre et de l’Amérique du nord, on voit que sur 1150 maladies qui se déclarèrent à bord on ne compta que 14 cas de pneumonie. Il serait impossible d’expliquer ce petit nombre de pneumonies ]>ar une influence de climat, puisque , si on consulte les registres de riiôpital maritime d’Hallifax, on trouve que la pneumonie y est fréquente , puisqu’elle forme le dixième des maladies qui y sont habituellement traitées. Des faits que je viens d’exposer,
(1) Edinh. ived. and surgir. Jovimnl. J mmry, ^835.
rnoFESsioNs.
il semble résulter que la pneumonie est une affection qui dans les temps ordinaires se montre ])eu communément à bord des navires navifjuant dans la haute mer. Au contraire, la maladie est plus fréquente sur les équipaf;es en croisière ou qui communiquent souvent avec la terre. Enfin, dans les ports de mers la pneumonie paraît être observée assez fréquemment ; c’est ce que nous avons vu pour l’hôpital d’Hallifax ; on dit aussi que dans celui de Toulon la maladie est assez commune, et il paraît qu’elle affecte surtout les conscrits destinés aux corps spéciaux de la marine ou appelés à servir comme marins sur les bâtiinens de l’état.
En résumé, il faut convenir que, considérées d’une manière générale, les professions de l’homme qui exigent de grands efforts musculaires, celles qui sont exercées en plein vent, et qui exposent les ouvriers aux intempéries de l’air, comptent deux fois et demie plus de pneumoniques que les états sédentaires exercés pour la plupart dans des lieux clos ou à l’abri des vicissitudes atmosphériques. Cependant on a vu, par ce qui précède, combien il est dilficile de résoudre les questions qui se rattachent il l’inhuence des professions, et on a pu se convaincre aussi cju’il n’y a pas un rapport constant entre la fréquence des vicissitudes atmosphériques auxquelles certains états exposent et le nombre de pneumonies qu’on observe dans plusieurs classes d’ouvriers.
Parmi les professions que les femmes exercent , y en a-t-il quelques-unes qu’on doive regarder comme prédisposant davantage que d’autres à la pneumonie? Faut-il croire, par exemple , avec J. Frank , que la maladie sévit surtout chez les blanchisseuses et les cuisinières , dont les occupations les exposent à des changemens de température et à de fréquens i efroidissemens? Mes observations ne confirment point l’opinion émise par J. Frank, puisqu’il résulte de l’analyse des faits, que les professions de cuisinière et de blanchisseuse réunies ne fournissent pas le quart des pneumonies que j’ai observées chez les femmes reçues dans nos hôpitaux.
Pour aj)précier d’une manière plus complète l’influence des professions , chez la femme j’ai établi deux catégories. Dans la
première j’ai placé toutes les professions sédentaires, exercées ù 1 abri des intempéries de l’air ; j’ai rangé dans la deuxième toutes
KTI0I.0r.iR DE LA PNEUMONIE.
celles qui sont faites en plein air, ou celles qui cxpo-sent d’une manière quelconque les personnes qui les exercent, ù l’iiuiuidité, aux refroiclissemenl.s, aux cliangeiuents brusques de température (1). Or, sur 68 cas de pneumonies, observées chez les femmes , 33 appartiennent à la première catégorie et 35 à la deuxième. Ces résultats pourraient faire croire que les professions diverses exerce'es par les femmes n’ont aucune influence sur le développement des pneumonies. Cependant , une pareille conclusion ne serait point exacte. On sait en efïet qu’à Paris , il y a bien plus de femmes qui se livrent aux professions sédentaires qu’aux professions actives, et si on trouve un nombre à peu près égal de pneumonies dans ces deux catégories, il faut en conclure que, comme nous l’avons déjà vu chez l’homme, les professions actives prédisposent davantage aux inflammations des poumons que celles qui sont sédentaires. Il faut se rappeler d’ailleurs, que, d’après les recherches des docteurs Muneret et Riief, dans les pays où les femmes partagent touKàfait avec les hommes les travaux agrestes, la proportion des pmeumonies devient à peu près égale dans les deux sexes; et qu’il paraît en être de même dans les prisons.
En résumé, nous voyons encore que, considérées d’une manière générale, les professions rudes, qui exigent de grands efforts ou qui exposent les femmes aux intempéries, prédisposent davantage aux pneumonies que les professions sédentaires. Cependant, de même que chez l’homme on ne saurait en préciser aucune spécialement, qu’on pût considérer comme ayant une action plus directe que les autres, et tout ce qu’on a dit à ce sujet est loin d’être démontré.
La menstruation , rallaitement et l’état puerpéral sont tout autant de circonstances qu’on a encore signalées comme pouvant favoriser le développement des pneumonies chez les femmes.
Menstruation. On croit assez généralement que les femmes, pendant la période menstruelle, sont plus sensibles aux difterenlcs causes morbides , et que les affections aigues débutent
(l) Dans la première catégorie, j’ai place' les couturières, les moJistes, les demoiselles de comptoir, les femmes de chambre, les brodeuses, etc.; dans la seconde sont comprises les cuisinières, domestiques, repasseuses, blanchisseuses, journalières, les marchandes à la balle, les marchandes ambidanles, etc,
MENSTRUATION , Al.LAlTEMENT,
! souvent à celte époque. J’aurais voulu déterminer s’il en était ainsi relativement à la pneumonie ; mais les faits que j’ai rccueillis sont trop peu nombreux pour résoudre la question, et si j’en donne l’analyse, c’est afin de provoquer de nouvelles recherches sur ce point. Chez 1 1 femmes qui eurent une pneumonie, je déterminai avec précision toutes les circonstances qui se rattachaient à la menstruation. Celle-ci était parfaitement réguhère cliez 10 malades, 4 avaient eu leurs règles depuis huit, quinze ou vmgt jours lorsque la pneumonie débuta. Une des ■femmes avait un retard de douze jours lorsqu’elle tomba mallade. Enfin, les 6 autres étaient arrivées à l’époque menstruelle. Parmi celles-ci , 3 furent affectées de pneumonies pendant que lies règles coulaient encore. Une circonstance qui mérite d’être ; rmentionnée, c’est cjue l’écoulement sanguin eut à peu près l’a- Ibondance et la durée qu’il avait dans l’état de santé et ne fut pas ^sensiblement modifié par la maladie. Les 3 autres femmes .étaient arrivées à l’époque menstruelle lorsqu'elles tombèrent iiinalades; mais les règles n’avaient pas encore paru, et la pneui inonie eut pour efi’et d’en empêcher l’éruption. S’il était permis ide conclure d’un aussi petit nombre de faits, je dirais cpie penidant toute la durée de l’époque menstruelle , les femmes sont (plus prédisposées à la pneumonie que dans les autres temps; il <2st donc prudent qu’elles évitent alors avec plus de soin que ..amais les causes qui pourraient en provoquer le développement. La non-apparition des règles à leur époque ordinaire , ceur suppression brusque ou la diminution dans la quantité et a a durée de l’écoulement peuvent-ils détenniner l’explosion [ l’une pneumonie? Les auteurs l’ont dit, mais ne l’ont point nroiivé, et jusqu’à présent je n’ai vu moi-même aucun fait qui '8 démontre.
2® Allaiiement . J. Frank a prétendu (1) cjue la pneumonie
tf^cte fréquemment les nourrices. Cette opinion est d’ailleurs jrt ancienne; car si on parcourt les livres d’accouchement ou qui •aitcnt des maladies des femmes , surtout ceux des derniers iècles , on voit que les médecins de ces époques regardaient les '.iinmes récemment accouchées et celles qui allaitent leur en- : lant comme étant fréquemment affectées d’inflammation pul-
(l) Lnc. cit., p. St /(.
KTIOLOr.IE DE LA PiVEUMONTE.
monalre. Cette opinion est certainement exagerée ; je n’ai observe qu’une seule fois une pneumonie survenue chez une nourrice. Attache' pendant une année entière à la salle d’accouchemens de l’IIôtel-Dieu où nous avons conservé souvent pendant une partie de l’hiver des femmes qui allaitaient leur enfant, je n’ai jamais eu occasion d'observer, ni chez elles ni chez les autres femmes récemment accouchées, aucun cas de pneumonie ; pareille remarque a été faite à Thospice de la Maternité, par mon ami le docteur Jacquemier, dont le nom est déjà si honorablement connu dans la science obstétricale. Enfin, pendant un service de huit mois au bureau central où j’ai eu l’occasion de visiter un grand nombre de nourrices malades , je n’ai jamais rencontré chez elles des cas de pneumonie. Cependant, elles n’en sont pas à l’abri, car, sous l’influence de certaines constitutions médicales, les pneumonies ont pu parfois se montrer assez fréquemment chez elles ; c’est ce qui eut lieu , en particulier pendant l’année 1830, à la Maternité , où dans un seul trimestre on en observa onze cas (1). Mais c’est là un fait exceptionnel et qui n’empêche pas d’établir que les femmes récemment accouchées et les nourrices ne sont point spécialement prédisposées auxphlegmasiespulmonaii es comme on l’a dit généralement. Il en est de même des femmes grosses, chez lesquelles je n’ai vu la pneumonie que trois fois.
Plus tard je reviendrai sur ces observations et sur celles que les auteurs ont publiées pour déterminer l’influence que la pneumonie exerce sur la grossesse et celle que l’état puerpéral imprime à son tour à la pneumonie elle-même.
§ VIIII. — Influence des climats.
La pneumonie règne dans tous les pays du globe, mais sa fréquence n’est pas la même partout. On la regarde comme étant une maladie commune dans les climats froids, plus rare dans les pays tempérés et surtout, dans les régions équatoriales. Cependant, on ne possède encore à ce sujet que des données vagues et plus ou moins incertaines. J’ai donc essayé de réunir sur cette question les divers matériaux épars dans la science, afin de déterminer le plus exactement possible l’influence qu’exercent les climats sur la production des phlegmasies pulmonaires.
(l) Comptc-remlu de M, Dnplay. Jojiv. fiehdom,, i830, t. VII, p.3C9.
CLIMATS
Nous ne possédons aucun renseigneinenl précis sur le degré de fréquence de la pneumonie dans le nord de l’Europe, Cependant , M. Dubois d’Amiens , après un séjour qu’il a fait en Russie ; a annoncé qu’à Saint-Pétersbourg la pneumonie était une maladie assez commune , mais que son degré de fréquence n’était pas en rapport avec l’intensité du froid (1). Il est à regretter que M. Dubois n’ait pas essayé de déterminer, d’après des clnffres , le degré de fréquence de la pneumonie comparé à celui des autres maladies. La pneumonie paraît être encore une maladie fréquente et meurtrière à Hambourg, puisqu’elle figure pour un dix-septième dans le nombre total des décès qui ont eu lieu dans cette ville en 1837 (2)- Enfin, Hoffmann a désigné la pneumonie comme étant une des maladies endémiques qu’on observe dans quelques parties de la Westphalie, de la Suède, de la Poméranie, du Danemarck et de la Russie (3). C’est pour l’Angleterre que nous possédons les renseignemens les plus nombreux. Le premier relevé annuel, publié par le docteur William Farr (4) , contient en effet des détails précieux sur la question que j’étudie en ce moment. Sans vouloir être garant de l’exactitude et de l’authenticité de tous les documens c|ui ont été publiés par ce laborieux médecin , je crois néanmoins que les soins qu’il a mis pour les recueillir doivent inspirer un certain degré de confiance. Quoi qu’il en soit, il résulterait du travail dont je parle, que la pneumonie serait une maladie assez commune dans toute l’Angleterre , puisque la vingt-cinquième partie des individus qui meurent dans ce pays, succombent à cette affection ; et, en ne tenant compte que des causes de mort produite par les maladies appartenant à la pathologie interne, on trouve que la pneumonie figure pour un vingt-unième dans la mortalité. C’est à Londres que cette affection paraît avoir son maximum de fréquence ; c’est dans cette ville , du moins , qu’elle est la plus meurtrière , puisqu’elle compte pour un quinzième si on réunit toutes les causes de décès , et pour un treizième si on n’a égard qu’à celles qui appai-
(t) Topographie de Saint Péiershourg. Thèse de 1828, n° 111.
(2) ^Expérience, 1 838, 11° 58, p. 236.
(3) Cjclopedia of praclical of mcdicine, Lond., 1854, t. III, p. 407.
(i) First aiiniial report. London, 1839. — Annales d’hygiène,
t. XXIII, p. 11 1.
liTlOLÛÜIi; tu: J,A l'Nt.lJMü'Jli:.
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tiennent à la pathologie médicale. Après Londres ou voit la pneumonie se'vir spécialement à Manchester, à Birmingham , à Leeds et dans le INorthumberland , etc. Il est d’ailleurs impossible d’expliquer le plus ou moins de fréquence de la maladie dans les divers districts de l’Angleterre, d’après leur topographie. Il est fort curieux de voir la pneumonie se montrer en plus grand nomlare dans les villes les plus populeuses et qui sont le centre de l’industrie, du travail et de la fortune. C’est là en effet que la pneumonie, à l’instar de la plupart des autres maladies aiguës et chroniques, paraît être la plus meurtrière, et je ne pense pas qu’on doive exclusivement, avec quelques personnes, en rechercher la cause dans l’insalubrité de l’atmosphère , dans l’entassement des populations dans des espaces circonscrits ; mais il faut se rappeler que les excès du travail chez les uns, l’ivrognerie chez la plupart, la misère, les privations qui accompagnent les crises commerciales si frequentes en Angleterre , sont tout autant de causes dont il faut tenir compte pour expliquer la fréquence et surtout la mortalité plus grande de la plupart des maladies et de la pneumonie en particulier, dans les villes populeuses et au milieu des grands centres de l’industrie humaine. Enfin, pour terminer, je dirai qu’en Angleterre et dans les pays de Galles réunis, la pneumonie est, parmi les affections aiguës, une de celles qui tue le plus grand nombre d’individus, puisqu’elle vient immédiatement après les fièvres typhoïdes. On a calculé que dans ce pays, sur un million d’hommes 927 mouraient de pneumonie, et que sur un nombre égal de femmes la même affection en emportait 741.
Si maintenant nous recherchons quelle est la fréquence de la pneumonie à Paris et dans les diverses provinces de la France, nous manquons malheureusement des ëlémens nécessaires pour arriver à la solution du problème ; car nous ne possédons encore que quelques relevés partiels , qui, pour la plupart, ne portent que sur un petit nombre de faits. Ainsi M. Lombard (1) a estimé qu’à Paris la pneumonie formait un quatorzième des maladies qu’on observe chez l’adulte , tandis que chez les enfans la proportion varie entre un quart et un cinquième. L’estimation faite par M. Lombard me paraît être à peu près juste pour l’àge adulte;
(I) Arch,, l. XXV, p. es.
CLIMATS
caT , en comparant pendant trois années la fréquence de la pneumonie, relativement à celle de toutes les autres maladies médicales, j’ai trouvé que dans les hôpitaux d’adultes, à Paris, les phlegmasies pulmonaires formaient la 14®, 16® ou 17" partie j des affections aiguës et chroniques qui sont du domaine de la i pathologie interne. Dans les hospices de vieillards, la proportion I des pneumonies paraît être, année commune, d’un 6® ou d’un 7' j environ. Quant à ce qui a lieu dans les hôpitaux des enfans , je l’ignore, et je ne connais encore aucun travail d’après lequel on pourrait comparer le degré de fréquence relative des différentes 1 maladies de l’enfance. D’après ce que je viens de dire on voit c|u’ii îuous est impossible de connaître quelle est la véritable fréquence de la pneumonie à Paris, attendu que je n’ai pu parler que des faits observés dans les hôpitaux, et qu’il serait necessaire, pour .avoir tous les élémens de la question , d’y joindre les résultats i Cou rnis par la pratique civile. Les documens nous manquent I tiussi pour décider si la pneumonie présente une égale fréquence dans les différentes provinces de la France. M. le professeur IForget a publié un compte-rendu de sa clinique , ducpiel il résulte qu’à l'hôpital de Strasbourg la pneumonie formerait la 15® partie des maladies qu’on y reçoit (1); proportion cjui , izomme je l’ai dit, est à peu près celle qu’on observe à Paris. 'Pour Genève et sa banlieue nous ignorons quelle est la fré- I {uence de la pneumonie, par rapport aux autres maladies aiguës : U chroniques; toutefois il résulte d’un travail statistique très intéi t essant , publié par M. le docteur Marc d’Espine , de Genève (2),
1 [ue dans le pays dont je parle, du moins pour l’année 1838, la 1 ' meumonie a formé un 17® des décès qu’on y a observés.
Si on pouvait se fier aux brillantes descriptions que les voya- I ■ eurs enthousiastes font du climat de la Provence et de l’Italie, :n pourrait croire que dans ce jardin de l’Europe la pneumo- . ie est une maladie excessivement rare. Cependant il est cerain que dans plusieurs provinces des régions méridionales U pneumonie est plus fréquente et plus meurtrière que dans îs pays septentrionaux. C’est ainsi que les inflammations puli lonaires paraissent être très communes à Florence , à Naples
(t) Expérience, t. 111, p. 323, année 1839.|' — Annaks d’hygiène, XXllI, p. 24 7.
(2) Aniudes d’hygiène, 1839, t. XXlll, p. 3 et suîv.
hTlOLOGUi DE LA l'NEUMüNlE.
et dans toute la Roma{>nc (1); mais elles semblent avoir leur maximum de fréquence dans le Milanais ; Rasoii estime en eftet, que dans ce pays la pneumonie forme le dixième des maladies qu’on y observe (2). On a aussi pre'tendu qu’en Italie la pneumonie était tellement fréquente dans le voisinage du Vésuve, qu’on pouvait la regarder comme y régnant d’une manière endémique (3). On a expliqué cette fréquence de la maladie par l’influence fâcheuse que les vapeurs sulfureuses , qui s’exhalent en grande abondance du volcan, exerceraient sur les organes respiratoires ; mais aucun relevé statistique ne justifie jusqu’à présent ces opinions qu’on ne saurait jiar conséquent accepter qu’avec la plus grande réserve.
Les écrits d’Hippocrate prouvent que les plilegmasies pulmonaires étaient des maladies assez fréquentes dans l’ancienne Grèce , et il est infiniment probable qu’il en est de môme aujourd’hui. D’après une note que M. Graperon a envoyée à M. le docteur Valentin de Nancy (4), il semble résulter que dans la Crimée ou que du moins à Symphéropol et dans ses environs la pneumonie est une maladie très rare. Ce fait, s’il est exact, mériterait d’autant plus d’être remarqué que dans ce pays on observe fréquemment des changemens brusques de température.
Si nous recherebons le degré de fréquence de la pneumonie dans les diverses stations anglaises de la Méditerranée, nous voyons qu’à Malte , que dans les îles ioniennes et à Gibraltar, la maladie fait périr partout un grand nombre de soldats , sans qu’il soit toujours possible d’expliquer cette fréquence de la maladie par l’insalubrité du climat, par la direction des vents ou les vicissitudes atmosphériques. Si quelques personnes ont pu se rendre compte du grand nombre de pneumonies qu’on observe à Naples par la position topographique de la ville qui reçoit tantôt le souffle brûlant que l’Afrique lui envoie, tandis que quelques instaus après elle est frappée par les vents glacés des Apennins ; il n’est plus possible, quand il s’agit de l’île de
P (l)iVuoco Mcrcurio delle scienze meclichc, octobre et novembre 1829.
(2) Archives de médecine, t. IV, et Bayle, Bibliotli. thérap., Paris,
(3) Vivenzi epislola ad Halle.
(4) Jour. ocVi.j t. L^Xlll) p. 398.
CLIMATS
Malte, d’invoquer les mêmes raisons. Là, en effet, lé thermomètre ne descend jamais à 0, la température de la nuit n’est inférieure que de quelques degrés à celle du jour, enfin on voit bien rarement ces alternatives brusques de température auxquelles on attribue une si grande part dans la production de toutes les maladies de poitrine. Cependant, malgré des circonstances si heureuses en apparence , la pneumonie est plus fréquente à Malte que dans la plupart des villes d’Angleterre.
A Malte en effet, la pneumonie produit la quinzième partie des décès qu’on observe chez les soldats (1), et l’on estime qu’il y a 33 pneumonies pour chaque mille hommes de troupes. Ce résultat est bien important à signaler ; car il est contraire à toutes nos idées théoriques et à toutes les opinions généralement reçues à ce sujet.
Si, au contraire, on étudie la fréquence de la pneumonie dans les îles Ioniennes, on voit qu’à l’exception de Corfou, la maladie y règne moins fréquemment qu’à Malte, puisque le nombre d’hommes atteints a varié de 10 à 32 pour chaque mille soldats. On sera surpris d’un pareil résultat lorsqu’on saura que contrairement à Malte on voit souvent survenir dans les îles Ioniennes de brusques vaiiatlons atmosphérifpies ; il n’est pas rare en effet, d’observer en quelques heures une élévation ou un abaissement de température de 20 à 24° F...
Mais, de toutes les stations que l’Angleterre possède dans la Bléditerranée , c’est à Gibraltar qu’on voit la pneumonie sévir avec le plus de fréquence ; on estime en effet que cette maladie figure pour un dixième dans le nombre total des affections médicales, et que sur mille soldats il y en a chaque année au moins 41 qui sont atteints d’inffammalion pulmonaire (2). Peut-on attribuer unrésultat aussi fâcheux à la fréquence du vent d’est , qui est pour Gibraltar ce qu’est le sirocco pour Naples, et qui entraîne toujours avec lui beaucoup d’humidité et de brouillards? On pourrait peut-être accuser avec plus de raison le vent d’ouest cjui est frais et sec, et cpii soufffe surtout en novembre et en janvier, mois pendant lesquels
{i) Sla/isticnl reports, p. 4 8, A. et Sequen.
(2) Topo^'raphic de Gibraltar, par Iley. Thèse de 1833, n° t 38.
IT10LUi;Ui i)E LA i’M.l.MU.N JE.
les pncimionies semblent avoir leur maximum de fréquence.
Jjü pneumonie paraît être une maladie fort rare sur le continent airiciiin. Si on consulte en ellet le tableau synoptique , publié par M Maillot, sur les maladies qu’il a traitées à rijopilal de Eone , du 9 février 1834 au 15 mars 1835, on trouve que sur 3,765 malades admis dans son service , six seulement étaient affectés de pleuro-pneumonies aiguës (1) ; plus récemment M. le docteur Thevenot (2) n’a pas signalé la pneumonie comme étant une maladie fréquente au Sénégal. Il résulte donc des faits que je viens d’exposer que, dans nos possessions d’Afrique les variations brusques de température , le passage subit du chaud au froid, les alternatives de chaleur et d’humidité dans l’atmosphère , produisent très rai*ement des pneumonies, tandis qu’ils ont pour effet le plus constant de déterminer des dysenteries, des fièvres intermittentes ou rémittentes ëpidémitjues. Il est à jirésumer que dans les Indes orientales, où le climat ressemble beaucoup è celui de l’Afrique, il doit en être de même : toutefois ce n’est là qu’une supposition ; mais ce qui la rend probable , c’est que Lind et Annesley ne parlent nulle part de la pneumonie comme étant une maladie qu’on observe communément dans le Delta du Gange. Enfin dans une statislic[ue des maladies observées chez les Européens qui habitent Ceyl.an, on voit cjue la pneumonie y est excessivement rare, puisqu’elle ne forme lait que la 615'-' partie des autres affections aiguës et chroniques (3).
D’après ce que j’ai dit précédemment on a du voir que la pneumonie affectait fréquemment les soldats employés dans les nombreuses colonies anglaises de l’Amérique septentrionale; mais là comme en Europe la maladie ne sévit pas partout avec la même intensité. C’est dans le Canada qu’elle est, sans contredit , la plus fréquente, puisqu’elle forme à peu près la 13e partie des maladies médicales qu’on y observe, et que sur chaque
(1) l'raitc des fievres. Paris, 185G, tableau 2, p. 1 14.
M. Maillot parle ensuite de sept pneumonies chrouicpics. Il est proba-
par là desphthisies pulmonaires.
(2) Traité des maladies des Européens dans les pay s vhaiiUs, Paris,
I 840, in-8.
(Tl) Note du Cours d’bygièiic de JU, Audral.
CLIMAIS.
mille iiomincs de troupes on compte tous les ans au moins 43 pueumoniques. On peut expliquer la grande fréquence de la pneumonie au Canada par les conditions fâcheuses dans lesquelles les soldats se trouvent.
Dans ce pays, en effet, le froid est parfois assez intense pour congeler le mercure ; dans l’espace de quelques heures, on voit survenir des variations qui dépassent 50“ F., et le soldat qui quitte l’intérieur des corps de garde pour aller monter sa faction se trouve soumis parfois à un changement hrusque de température qui dépasse 100“. Ici l’influence du climat est tellement évidente, que si ces mêmes individus se trouvent transportés en Angleterre, lisseront affectés deux fois moins souvent de pneumonie qu’au Canada, puisque j’ai calculé cjue dans les troupes qui résident dans la Grande-Bretagne on ne compte guère que 14 pneumonies pour mille soldats.
Ce que je viens de dire du Canada peut s’appliquer à la Nouvelle Ecosse et au New-Brunswick, pays humides, froids et exposés à des variations de température qui peuvent être de 50 à 52“ F. dans les 24 heures. Aussi on voit généralement chaque année les inflammations du poumon affecter 33 soldats sur mille. Mais si au Canada et dans la Nouvelle Ecosse on peut invoquer l’âpreté du climat et les vicissitudes atmosphériques, comme la cause des pneumonies si fréquentes dans ces contrées, où trouverons-nous la raison de celles qu’on observe chez les militaires qui tiennent garnison aux îles Bermudes?
Sans prétendre avec quelques personnes que ce pays jouit d’un été continuel, ce qui serait exagéré , il est néanmoins vrai de dire que la température est assez uniforme, et qu’il est impossible de trouver dans le climat aucune cause capable d’expliquer le nombre des maladies pulmonaires qu’on y observe. La pneumonie y est surtout fréquente, puisqu’on calcule que chaque mille hommes de troupes en fournissait 37; c’est-à-dire que dans les Bermudes la maladie est plus commune <|u’à la Nouvelle Ecosse, qu’elle y est aussi deux fois et demie ])lus fréquente qu’en Angleterre, et cependant ciuelle différence 1 de climat entre ces différens pays !
I En nous rapprochant davantage de l’équateur , nous voyons ^ la pneumonie diminuer de fréquence ; c’est ainsi que dans les l Antilles anglaises et françaises cette inâladie doit être considérée
ÉTIOLOGIE Dli LA l’fîLL’.MOKlL.
comme étant une des plus rares. M. Rufz m’a envoyé une note dans laquelle il me parle du peu de fréquence de la pneumonie à la Martinique; cette maladie y est en effet si rare, que pendant trois années d’une pratique très étendue, M. Rufz n’en a observé que trois exemples. Je ne saurais rien affirmer pour les autres Antilles françaises ; cependant, d’après une topof^raphie de nie Saint-Martin faite par le docteur Miltiade Grall (1), on peut également regarder la pneumonie comme étant assez rare dans la partie de cette île qui est sous la domination française. Ces résultats sont d’accord avec ceux qui ont été obtenus dans les Antilles anglaises, la Trinité, Tobago, Saint-Vincent, barbades, Sainte-Lucie, Antigoa, etc. Dans ces diverses stations réunies, la pneumonie doit être considérée comme une maladie assez rare, par rapport à ce qu’elle est dans les autres pays; les tableaux que j’ai donnés précédemment le prouvent suffisamment. 11 est rationnel d’attribuer cette rareté des pneumonies aux Antilles à la chaleur de ces contrées et surtout à la grande uniformité de température qui y règne , et à l’absence presque complète des variations barométriques. Ce qui justifie cette assertion , c’est cjue vers la même latitude il y a une contrée (la Jamaïque) plus humide que les autres, où les vicissitudes atmosphériques sont aussi très fréquentes et où aussi la pneumonie se montre beaucoup plus souvent que dans la plupart des autres pays inter tropicaux.
Ici se bornent les renseignemens un peu précis que la science possède pour déterminer le degré de fréquence de la pneumonie dans les diverses parties du globe. D’après l’examen auquel je viens de me livrer , il résulte que la pneumonie ou du moins que les affections aiguës de poitrine doivent être considérées comme des maladies de tous les pays, et que, sauf quelques rares exceptions, elles se montrent partout avec violence. Cependant c’est dans les pays froids comme l’Angleterre, dans ceux où, indépendamment de l’abaissement de la température , le thermomètre éprouve des variations fréquentes et subites comme au Canada et à la Nouvelle Ecosse , que l’on voit la maladie se montrer avec le plus de fréquence. Enfin , il y a des pays, tels que les îles Bermudes et Malte, dans la topographie et le climat
(t) ICssai de topographie médicale, TJicsc 1855, n® 151.
LOCAI.ITÉS.
tlerSiquels on ne saurait trouver la raison des pneumonies cpi’on y observe trèsfrcquemment ; il me serait impossible d’indiquer aucunes causes probables ; c’est à une observation ultérieure à les déterminer.
§ IX. — Localités. Pays marécageux . '■
Hippocrate a prétendu (1) que lapneumonie était très fréquente dans les pays marécageux. Cette assertion du père de la médecine a été récemment sanctionnée par l’autorité et les observations de J. Frank. Ce grand médecin dit en effet qu’il n’a vu nulle part un si grand nombre et une si grande variété de pneumonies, que parmi les paysans livrés à la culture du riz , dans le canton du Tessin (2). Cependant , une pareille opinion repose sur des données trop vagues pour pouvoir être adoptée sans contestation.
J’ai donc dû l’examiner avec d’autant plus de soin qu’elle était admise dans la science avec la sanction des plus graves autorités. Afin d’arriver à un résultat positif, j’ai recherché les statistiques que j’ai crues les plus exactes sur les maladies observées pendant un temps plus ou moins long , dans les pays marécageux; or, voici ce que j’ai trouvé ; dans les Antilles anglaises et à nie de la Jamaïque , dont le sol est couvert de nombreux marécages , les fièvres intermittentes et rémittentes forment à elles seules près de la moitié des maladies qu’on y observe, et cependant nous avons vu précédemment que c’est précisément dans ces contrées que la pneumonie est peu fréquente. Dans la Guyane française, et surtout à Cayenne, si insalubre par le grand nombre de marais qu’on y trouve , et qui a été si meurtrière pour nos compatriotes , les maladies graves des organes respiratoires s’y rencontrent rarement, comme cela résulte des recherches de M. le docteur Segond , qui exerce dans ce pays (3), et malgré l’opinion contraire de Campet (4).
Dans la province du Canada, on observe à la fois et beaucoup
(1) OEuvres complètes, Iracl, par E. Littré. Paris, tSîO, t. Il, p. 13^
(2) Praxeos inedL, vol. Il, part, tl, p. 515.
(5) Aperçu sur le climat et les maladies de Gajenue. Thèse de Paris,
(1) Mahid. lies pays chauds, Paris, an X, p. 2 H.
j'i iDi.oiui; ni- i,A l’Nr.UMONii;,
de pneumonies , et beaucoup de fièvres inlenniüentcs. (le fait paraît d’abord favorable à l’opinion d’ilippocrale et de J. Frank; mais si on étudie séparément et comparativement la fréquence de chacune de ces maladies, dans le Canada supérieur et dans le Canada inl’érieur , on trouve que dans le premier, couvert j)ar d’immenses étanp,s, les fièvres rémittentes et intermittentes existent en beaucoup plus ijrand nombre que dans le second , et cela dans l’énorme ditlérence de 178à2(>, tandis c[ue la pneumonie, suivant une marche inverse, est une fois plus fréquente dans la province méridionale que dans celle (|ui est au nord (comme 60 à 130); de sorte que ce fait, cjui tout d’abord semblait favorable à l’opinion du père de la médecine , lui est au contraire entièrement opposé. On sait aussi , d’après un compte-rendu publié par M. Maillot , c{ue les pneumonies sont excessivement rares à boue (Afrique) , et personne n’i^jiiore pourtant c]ue dans cette partie de la légcnce nos pauvres soldats sont décimés par les fièvres intermittentes et subcontinues.
Si nous recherchons ce qui se passe dans des pays plus tempérés, nous voyons c|ue M. Monfalcon (1), tout en sij^nalant la frécprence des catarrhes pulmonaires dans les pays marécageux, ne parle nulle part de la pneumonie comme y étant une affection très-commune. M. Nepple à son tour (2) dit bien que la pneumonie est une des maladies les plus fréquentes chez les indigènes des pays d’étangs. Cependant, si on consulte le tableau du mouvement de l’bopital de Montluel (Ain), c|ue ce médecin a publié (3), on voit que dans l’espace de quatre ans et demi, sur 1352 individus reçus, les fièvres intermittentes et rémittentes composent à peu près les trois septièmes des maladies qui ont été traitées, tandis que les pneumonies ne figurent guère c[ue pour un seizième, ce qui n’a rien d’extraordinaire, eu égard à notre climat.
Si , faisant maintenant uiie contre-épreuve , nous parcourons les pays où la pneumonie est la plus fréquente, tels que la Nouvel le-Éco.ssc , Gibraltar , Malte, les îles llermudes, nous voyons
(1) flisl. nu‘<]. (les innrais, 2'^ édit., p. 500.
{^'1) siu- h-s fu:\>r(-s ititcr. et remit . 18 28, p; I‘i.
(.^,) 1(1. p. 207 cl sc((.