‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 25 sur 103 · VENTS · texte numérisé non relu

VENTS

iinatsdans lesquels on observe. Si en effet J. Frank a vu dans la Lombardie et en Allemagne les pneumonies sévir en plus grand : nombre pendant que les vents du nord venaient à souffler, il n’en est plus de même pour certains pays, puisque, comme je l’ai dit pre'cédemment , à Gibraltar le vent d’ouest est celui qui pré- P ' domine pendant les mois qui présentent le plus grand nombre ide pneumonies. Cependant, à part quelques autres rares exf ceptions, on peut dire que presque partout les vents nord et ^nord-est sont ceux qui coïncident le plus souvent avec le de'vep! doppement du plus grand nombre de pneumonies ; c’est ce qu’on à) ^abserve en particulier aux îles Bermudes et à la Nouvelle- *1 Ecosse. A Paris , voici quelle a été la direction des vents pendant le développement de 54 pneumonies.

13 Pneumoules sont survenues avec le vent nord-est.

avec le nord- ouest, avec le vent nord, avec le sud.

avec le sud-est.

avec le sud-ouest, calme parfait.

Il semble résulter de là , qu’à Paris les vents du nord sont ;eux qui coïncident le plus souvent avec le développement des meumonies, et que de tous les vents c’est celui du nord qui emble exercer le plus d’influence sur la production des inflainuations pulmonaires. Mais le nombre de faitsest encore trop peu onsidérable pour avoir une opinion bien arrêtée sur ce sujet, e (lois dire pourtant que mes résultats ont été confirmés par les •ecberclies de MM. Hourmann et Dechambre (1). Ces observaeurs ont remarqué pendant 3 années de suite à la Salpétrière , [ue pendant tout le temps qu’une augmentation considérable uU lieu dans le nombre des pneumonies , la flèche de l’église 'vait pris la direclion du nord-est et s’y était maintenue invaliiablement. L’on sait aussi que Le Pecq de la Clôture (2) avait ut les mêmes remarques pour la Normandie.

Cependant l’influence réelle qu’exercent les vents du nord ‘ ans la production des pneumonies pourra paraître encore dou-

ce. Clt.

(-) Malcul. cpul. Paris, 1 776, Ut partie, p. 13,

J.riULOGlE Uj: la I’JNJ.LMOML.

teuse, si on léflëchu qu'à Genève, pendant l’année 1838, on vit que le maximum de mortalité et probablement aussi de fréquence des pneumonies avait eu lieu en mai, et le minimum eu septembre, bien que les vents du nord eussent également prédominé pendant ces deux époques (1).

§ XII. — Variations baromètr'uiujcs .

On conçoit que des changeinens survenus dans la pression atmosphérique doivent surtout, s’ils sont brusques, atnener une perturbation dans la circulation des liquides de l’économie , et spécialement dans la circulation pulmonaire ; aussi la théorie porte à admettre que sans leur influence on devrait voir survenir beaucoup de plilegmasies thoraciques. Ainsi , suivant J. Frank (2) les pneumonies seraient observées en plus grand nombre lorsque la colonne barométrique est très élevée. Mais ayant voulu rechercher cette influence dans 52 cas de pneumonie , je n’ai pu arriver à aucun résultat positif, car j’ai trouvé indifféremment et à peu près en nombre égal tantôt un maximum d’élévation dans la colonne de mercure et tantôt un minimum , de telle sorte qu’il m’est impossible de rien conclure sur l’influence que peut exercer dans la production des pneumonies le degré plus ou moins considérable de pression atmosphérique. .Te dirai également qu’à Genève M. Marc d’Espine a trouvé ])eu dé différence poür la moyenne barométrique entre les mois de mai et de septembre. Cependant, comme je l’ai déjà dit, les pneumonies ont eu leur maximum de fréquence dans le premier, et leur minimum dans le second.

ARTICLE II

Causes cxcitautes ou occasionnelles de la pneumonie.

§ I. — Causes traumatiques.

La pneumonie peut être produite par des causes traumatiques, telles que contusions du thorax (3), surtout lorsqu’une

(G Despine, Annal. d’Hyg., t. XXUI. Les vents du nord ont soulUc 22 jours en mai et 2 4 jours en septembre.

(2) Loc, vit., p. 54 2.

(5) Rouppc, de Morhis iiaviganUum, p. h h.

CAljàlib TBAUJlATK^üKS.

sl'i

1 , ou ^^lusieurs cotes ont été fracturées en inêine temps, et que iruü des fraqniens enfoncés vers rintérieur appuie contre le poumon et Tirrite. Lieutaud (1) et Portai (2) ont meme pre- !, tendu que la pneumonie, à l’instar de l’hépatite, pouvait succéder à des coups violens sur des parties très éloignées. Ce serait, si je puis parler ainsi, des inflammations par contre- . coup qui pourraient survenir, par exemple, à la suite d’une chute faite d’un lieu plus ou moins élevé, sur les genoux, 'les talons ou le siège. Toutefois, je ne connais aucun exemple ^authentique qui prouve qu’une pneumonie ait jamais succédé à une pareille cause ; il est probable que les auteurs ont ici raisonné par analogie; ils ont supposé qu’il devait en être pour les poumons comme pour le foie et le cerveau dont le tissu délicat et friable se déchire facilement à la suite des violences extéirieures , ce cpii a rarement lieu pour les poumons ; circonstance, l’ailleurs, dont on trouve l’explication dans la structure de ces Diganes. Toutefois , la pneumonie survient quelquefois brusquement chez des individus qui essayent de soulever un fardeau au-dessus de leurs forces; j’en ai observé deux exemples. Une .douleur violente se faitalors sentir, et plus ou moins long-temps iprès on voit apparaître les autres syïnplômes de la pneumonie, f. Frank rapporte avoir vu un fait semblable à la clinique de fpavie chez un portefaix qui, ayant mal chargé un sac de riz sur •on dos, éprouva dans la cavité thoracic|ue une sensation de cré- )itation , et fut pris aussitôt des symptômes de pneumonie (3). ^dominent expliquer ici le développement de la maladie ? Il est trobable que dans les efforts pendant lesquels l’air reste emnrisonné et comprimé dans la poitrine, pendant lesquels aussi outes les parties molles et dures sont dans un état de tension, 'iquelcjue rupture a dû s’effectuer dans le parenchyme pulmoiaire ; de là la douleur vive ressentie instantanément par les iialades et les accidens inflammatoires consécutifs.

Enfin, tous les chirurgiens, et Dupuytren en particulier, signalent la pneumonie comme étant un des accidens les plus onstans qu’on doive redouter dans les plaies pénétrantes de

(t) Hisl. Parisiis, J7G7, t. I".

(•2) Cours d’ anatomie J U V, p. 72.

'3) Loc, cit,. p. 316.

LllOLOGIi: DE LV l'NElIMOME.

poitrine qui intéressent le poumon ; ils disent que cette complication peut survenir, quels que soit le genre et la nature de la plaie. Toutefois, on l’observe spécialement dans celles que déterminent les armes de guerre, surtout si elles se compliquent de la présence d’un corps étranger quelconque.

Si on n’avait égard qu’à l’organisation du tissu pulmonaire, à sa grande vascularité, on pourrait admettre a priori que ces organes doivent s’enflammer avec une extrême facilité sous l’influence des causes traumatiques que je viens d’énumérer. Mais l’observation clinique ne confirmant point les idées que la théorie pouvait faire croire vraies, démontre au contraire que le poumon est un des organes de l’économie qui s’enflamme le plus difficilement sous l’influence des violences extérieures, quelc[ue graves qu’elles soient.

Rien n’est plus rare, en effet, que d’observer des ]>neumonies consécutives à la contusion du thorax avec ou sans fracture des côtes. En réfléchissant d’ailleurs à la structure de la poitrine, on conçoit pourquoi les organes intérieurs et surtout les poumons souffrent si rarement à la suite des contusions. La poitrine, en effet, est composée de pièces cartilagineuses et osseuses, élastiques et mobiles , séparées par des espaces que remplissent des parties molles et qui amortissent ou décomposent les chocs qu’on porte sur elle, et qui, par conséquent, se transmettent rarement aux organes intérieurs qu’elles sont chargées de protéger. Dans les cas assez rares où la contusion .atteint le poumon lui-même , elle a le plus souvent pour effet de produire à la superficie de l’organe une infiltration sanguine, véritable ecchymose qui se résorbe rapidement, sans donner lieu à aucun symptôme; si la contusion a été plus forte, la trame de l’organe a pu être déchirée, et il en résulte alors un véritable épanchement sanguin assez semblable aux noyaux d’apoplexie pulmonaire. C’est ce que j’ai eu occasion d’observer deux fois chez des individus qui avaient succombé à la suite d’une chute faite d’un lieu élevé. La mort ayant eu lieu les quatrième et neuvième jours , le sang épanché commençait à se résorber sans qu’on pût découvrir dans le point contus, ni dans son voisinage, aucun vestige d’un travail inflammatoire. Enfin, les expériences faites sur les animaux vivans par M. Jobert (1) , et les

(t) Plaies d’armes a yett. Paris, 1 853, in-8, p. 173.

CAUbl.S Tr.ALfllA'ilQl)KS.

observations sur l’iiomme, ont prouve aussi que les plaies nés poumons par instruinens piquans, tranchans ou contoudans, iion-seuleinent n’éiaicnt guère suivies de pneumonie elenduc, mais encore que leur cicatrisation était en général très rapide (1).

Les corps étrangers qui pénètrent dans les poumons peuvent être la cause d’une pneumonie grave, et qui se termine fréquemment par la formation d’un abcès. Ces corps étrangers arrivent dans le tissu de l’organe , tantôt par une plaie extérieure, ou bien ils y sont portés par la partie supérieure des voies respiratoires. Cependant, il serait erroné de croire qu’une pneumonie accompagne nécessairement la pénétration du poumon par un corps étranger,- car les annales de la cbirurgie renferment un grand nombre de faits qui’prouveraient le contraire. Je dirai même que dans les plaies des poumons par arme à feu , l’inflammation consécutive est souvent presque nulle , du moins elle reste peut-être assez généralement limitée au trajet de la blessure, et à la profondeur de quelques millimètres seulement. C’est ce que j’ai vu chez 3 individus qui , ayant succombé les quatrième, septième et neuvième jours , d’une plaie du poumon , présentèrent à l’autopsie le tissu pulmonaire toutà-fait intact autour du trajet que le projectile avait suivi, cjuoique pourtant la plaie contînt encore plusieurs morceaux de vêtements. Dans un eas seulement , il y avait une petite induration rouge sur le trajet de la plaie, mais elle ne s’étendait guère qu’à une profondeur de 7 ou 8 millimètres.

Les corps étrangers qui s’introduisent par la partie supérieure des voies respiratoires, deviennent au contraire assez souvent l’origine de pneumonies plus ou moins graves ; il arrive fréquemment en effet, quelesaccidensde suffocationque détermine leur entrée dans le larynx se calment ou même cessent tout-à-fait ; cependant si le corps étranger n’est point expulsé par les efforts de la nature ou extrait par les secours de l’art, il finit par déterminer presque nécessairement la mort. Dans les deux tiers des cas celle-ci n’arrive qu’après un temps fort long et avec tous les symptôjnesde la consomption pulmonaire. Chez les autres malades , le corps étranger placé à la bifurcation de la trachée ou dans l’une des

(i) Voir une observation dcM. Toulmouchc , Avck'wes ou Revue med, t. V, p. 413. — Cliassaignac, Thèse de 1833, n° 59, p. C5,

ÉTlÜLüGlli UJi L<1 PMiLMÜiML.

bronches provoque dans le poumon correspondant un travail inflammatoire qui emporte le sujet; et suivant que la maladie a duré quelques jours ou plusieurs mois, on trouve une hépatisation (1) ou un abcès circonscrit dans le parenchyme pulmonaire (2). Si le corps étranger est de nature à pouvoir cheminer profondément dans l’épaisseur du poumon, il y provoquera alors nécessairement une inflammation dont la marche sera plus ou moins rapide. C’est ainsi que les Mémoires de V Académie de chirurgie (3), les Ephéinérides (4), les Actes de Leipsik (5), les Archives de médecine CG), les Bulletins de la société analomifjue (7), etc., contiennent de nombreux exemples d’épis de graminées , qui ayant pénétré dans la trachée et les bronches, avaient déterminé des accideus de pneumonie, laquelle affecte presque toujours un même mode de terminaison, que j’étudierai plus tard.

§ U. — Vapevurs iivilanles.

L’inspiration de vapeurs irritantes a été notée par tous les auteurs comme pouvant déterminer une pneumonie plus ou moins grave. On a surtout signalé comme produisant cet effet, l’ammoniaque , les acides chlorhydrique et sulfureux. Van Swiéten (8) et J. Frank (9) surtout citent l’histoire de plusieurs individus qui s’étant exposés sans précaution aux vapeurs des acides dont je parle, furent affectés de pneumonie et d’hémoptysies graves. Il est probzdjle c|u’il n’y eut dans ces cas qu’une bronchite capillaire avec exhalation sanguine , affection que les anciens confondaient généralement avec la pneumonie. Pour ma part je n’ai jamais vu d’inflammation du parenchyme pulmonaire survenir sous l’influence des causes que

(t) Journal de Duhlin, vol. V, 1834.

(2) Edinb. med. and surg-. vol. XXXV, 1831.

(3) Tome 1er, p. 4 n, Paris, 1819, in- 8.

(4) 1 dx., 1 an, obs. 181; 2 dcc. an I, obs. 144, cent. 1 et 2 append.

(5) Année 1710, p. 137.

(6) T. XII, p. 4C5.

(7) 3= série, 1833, p. 85.

(8) Loc, cil., ^ 824.

(9) Loc. til,, p. 0 17.

REFU01DlSSliMEÎ>T.

i’indique. J’ai vu quatre individus qui , ayant respiré une grande quantité d’acide sulfureux , éprouvèrent à l’instant même une violente oppression , avec chaleur générale dans la poitrine 5 la toux devint fréquente et douloureuse ; la fièvre s’alluma ; il y eut chez l’un d’eux des crachats d’hémoptysie ; chez tous je constatai une bronchite capillaire assez intense; mais chez aucun des malades et à aucune époque de l’affection, je ne pus découvrir de symptômes de pneumonie. Je crois qu’il doiten être de même dans la plupart des cas ; Tinspiration des vapeurs irritantes n’ayant lieu que pendant un temps assez court, se borne à irriter, à phlogoser la membrane muqueuse des voies aériennes sans enflammer le parenchyme pulmonaire. L’ammoniaque paraît devoir exercer le même mode d’action, comme le prouvent d’ailleurs les observations publiées dans la Gazette de Santé {!), dans le Journal d’ Edimbourg (2) et dans \a.Re(^ue Médicale (3). Bien que je ne connaisse aucun exemple authentique de pneumonie, produit par l’action de vapeurs irritantes, ^j’en admets cependant la possibilité ; mais il faut probablement pour que cet effet ait lieu que les malades restent exposés pendant assez longtemps à l’action de cette cause ; c’est du moins ce que semble prouver une expérience faite par M. Bretonneau (3) ^ Ce savaut médecin ayant plongé des animaux dans des tonneaux d’où se dégageait beaucoup d’acide chlorhydrique , et les retirant seulement au moment où ils allaient périr, a trouvé ensuite à Tautopsie beaucoup d’hépatisations lobulaires disséminées sur les deux poumons, succédant à une multitude d’ecchymoses, qui étaient l’effet immédiat de l’inspiration de l’acide. Mais peut-être c’était là moins encore des indurations inflammatoires des poumons que des noyaux d’apoplexie.

§ III. ^ Injliience du Ref roidissement.

On admet assez généralement que presque toutes les pneumonies reconnaissent pour cause occasionnelle les vicissitudes atmosphériques, les changemens brusques de température , les

(1) Du 21 mai 1816, Obs, de Nysien.

(2) T. XIV, p. 042.

(3) T. XVII, p. 205.

(4) Diphtcrite, loo.

i.TIOLOUlE lili L\ l'MiUjnONlt.

refroidissemens survenant chez des individus qui ayant le corps échauffé ou couvert de sueurs, s’exposent à un courant d'air froid ou ingèrent une plus ou moins grande quantité de liquide. Cette opinion règne dans la science comme parmi le vulgaire, qui désigne les pneumonies sous le nom de sueur rcn~ trée , d’après l’idée qu’il se forme sur la nature de la cause qui les produit ordinairement. Personne, que je sache, n’a osé mettre en doute l’influence incontestable qu’exerce dans la production des pneumonies , le refroidissement du corps, survenant dans les circonstances que je viens d’indiquer. Je dirai même c]ue parmi les causes occasionnelles saisissables , le refroidissement est celle qu’oii constate le plus fréquemment ; mais prétendre avec un professeur allemand que le froid est la cause unique des pneumonies (1), soutenir même que cette cause a agi d’une manière évidente dans la presque totalité des cas, c’est commettre une grave erreur d’étiologie , contre laquelle j’ai essayé dans un autre écrit (2) de prémunir les observateurs.

Lorsqu’on interroge un malade pour connaître s’il a été ^ soumis à un refroidissement quelconque , le praticien doit prendre quelques précautions pour ne pas être induit en erreur. Si l’on demande simplement au malade : Vous êtes-vous refroidi? le plus souvent il vous répondra par l’aflirmalive ; mais si vous précisez davantage vos questions, vous pourrez vous convaincre que dans un grand nombre de cas il confond le refroidissement avec le frisson d’invasion qu’il est ordinaire d’observer au début des maladies aiguës et de la pneumonie en particulier. D’autres individus confondront avec le refroidissement la sensibilité plus grande du corps au froid extérieur dans l’imminence ou pendant les prodromes des maladies aiguës. On retrouve enfin une autre cause d’erreur dans l’opinion de certains malades, qui, dominés, à l’instar de beaucoup de médecins, par une théorie ou par une idée préconçue, veulent à toute force expliquer leur maladie par un refroidissement dont ils n’ont eu aucune conscience ou dont ils ne conservent aucun souvenir 5 mais ils disent s’être refroidis parce que beaucoup d’entre eux ne conçoivent pas que leur maladie puisse reconnaître d’autre cause

(1) Ilildcnbraïul, InslU. pracL. mcd,, l. III, p. 194.

(2) Mcmoirc sur laPacwn., Jour, hchd,, 1830, (. II, p. 74.

REFROIDISàKMENT.

qu’un refi'oiciissement. Pour parvenir à connaître la vérité, dans ces cas il faudra adresser au malade une série de questions, afin de constater quel était l’état de chaque fonction el de la santé générale au moment même de l’acliou de la cause ; on précisera la manière d.)nt le refroidissement a eu lieu ; on indiquera les sensations éprouvées parles malades, et l’état de santé immédiatement ou peu après l’action du froid.

Or, sur deux cent cinq malades qui ont été interrogés par moi en suivant exactement les règles que je viens d’établir, je n’en ai trouvé que quarante-neuf chez lesquels l’impression du froid prit être considérée comme la cause qui avait déterminé le développement de la maladie. Chez quatre sujets je n’ai pu avoir aucun renseignement, ou ceux que j’ai obtenus ont été tellement vagues , que ces faits ont dû être écartés et considérés comme non-avenus. Il résulte donc de ce qui précède, que ce n’est guère que chez le quart des malades qu’un refroidissement quelconque a été la cause occasionnelle et évidente de la pneumonie. Ces résultats diffèrent peu de ceux que M. Choniel (1) avait obtenus avant moi, puisque sur 79 malades atteints de pneumonie, qui furent interrogés par lui avec le plus grand soin, 14 seulement avaient éprouvé un refroidissement quelconque. Enfin sur 125 pneumonies observées par M. Barth à la clinique du même professeur, 38, ou un peu moins du tiers , reconnaissaient un refroidissement comme cause déterminante (2).

Suivant Pd. Bouillaud (3), au/ contraire, presque toutes les [ pneumonies auraient pour cause occasionnelle l’action du froid.

! Ce médecin signale comme n'ayant aucune 'vocation pour la médecine en général ^ et particulièrement pour V art d'interroger les malades (4), tous ceux de ses confrères qui osent élever le moindre doute à ce sujet. J’ose espérer que ce jugement sévère ne sera pas sans appel. Voulant être d’ailleurs beaucoup plus charitable envers M. Bouillaud , je lui dirai seulement que si ses résultats sont dilferens de ceux de M. Choinel et de ceux que j ai obtenus moi-même, cela dépend uniquement de

(1) Loc. cit., p. 213.

(2) Scslicr, p. 440.

(5) Dlci, de méd. et de chir. prat., art. Pneumonie, t. XIIT, p 539. (^0 C/m. 71/cv/., t. 11, p. 151.

ï;TIOLOCIE DF. LA PNEUMONIE,

ce qu’il interroge ses malades autrement que nous. Ce professeur ne croit pas à toutes les causes d’erreur que j’ai précédemment indiquées; il paraît dédaigner les précautions que je conseille pour de'couvrir la vérité dans une question plus difficile qu’on ne croit (1). C’est là, sans contredit , une mauvaise disposition d’esprit; c’est se placer d’ailleurs dans des conditions bien fâcheuses , et c’est réunir contre soi beaucoup de chances d’erreurs, que de nier l’existence d’im péril auquel on s’expose tous les jours ; ou de prétendre qu’on peut l’éviter sans user des précautions que la prudence et l’expérience conseillent.

Que les médecins qui consentent à n’accepter que des faits parfaitement démontrés, lisent les observations particulières de M. Bouillaud, ils éprouveront le même embarras, le même doute que moi. Suffit-il, en effet, quand on recherche la cause déterminante de la pneumonie, de dire simplement qu’elle s’est déclarée à la suite d^un coup d’air ou parce que le malade a travaillé exposé au vent, etc., etc. Quand il s’agit de l’étiologie, il faut procéder avec un peu plus de précision et ne pas dédaigner des précautions, peut-être minutieuses j’en conviens, mais indispensables ce pendant si on veut éviter de graves erreurs. C'est parce que M. Bouillaud s’en affranchit que nous devons nous montrer plus exigeant envers lui ; nous avons d’autant plus de droit de l'être, qu’un jeune médecin a déjà prouvé à ce professeur, que, relativement à l’influence du froid et des causes occasionnelles dans la production des maladies , ses assertions n’étaient pas toujours d’accord avec l’analyse de ses observations particulières (2),

Convenons donc une fois pour toutes que dans le plus grand nombre des pneumonies il est impossible de reconnaître comme cause déterminante l’influence du froid; et cpie si un refroidissement a eu lieu, dans ces cas, il ne nous est pas permis du moins de le constater. Gardons-nous bien surtout de croire avec quelques médecins , qui si l’on rencontre des cas dans lescpiels il est impo.ssible au malade d’indiquer le temps, le lieu , les circonstances où un refroidissement a pu agir, pour

Clin, médicale de Vhâp. de la Charité. Paris, 1837, t. II, p, 243. (•2) Voirie mémoire de M. Hache sur la Péricardite. Archives, I. IX, 2*^ série.

K r.Fll 01 DISSEMENT.

produire la maladie , l’action de cette cause n’en est pas moins certaine , parce qu’il faut supposer dans ces cas que les malades ont été inattenlifs à la sensation du froid qu’ils ont dû éprouver. Mais ce serait appliquer alors à la pneumonie le raisonnement illogique que Gianni faisait pour se rendre compte des nombreux cas de rhumatisme articulaire , pour lesquels il ne pouvait saisir aucune cause appréciable. Comme si , dans les sciences d’observation et surtout en médecine, quand il s’agit d’étiologie, il était permis d’admettre comme réelles, l’influence de causes qu’il a été impossible de constater. M. Boiiillaud, qui nous accuse d’impuissance, parce que nous n’exagérons pas comme lui l’influence des refroidissemens, ignorait sans doute que des observateurs dont la science s’honore ajuste titre, sont loin de partager ses croyances. M. le professeur Andral, par exemple, s’est exprimé avec une grande réserve sur l’influence du refroidissement, comme cause de pneumonie. Parmi les individus, dit-il, qui ont été exposés à l’action d’une température froide, tandis qu’ils étaient en sueur , le plus petit nombre est frappé d’une inflammation du poumon j d’un autre côté, une phlegmasie pulmonaire se manifeste souvent sans qu’on puisse la rapportera aucune cause occasionnelle appréciable (1). C’est ce c[ue Yan Swiéten avait lui-même déjà observé (2), et J. Frank, médecin aussi érudit que praticien éminent , a dit avec raison et avec un grand bonheur d’expression : « V anum est originem peri-‘ pneinnoniat'um solum ducihus harometro et tliermometro e.rplicare 'velle. Enim'vero siculi oculiim non mordet sua lacryma^ siculi urina non vellicat 'vesicam suam, ita etiam aer densus et frigidusper senon lædit pulinones{3). » Enfin, même les résultats donnés récemment par M. Briquet (4), quoique diflérens des miens et de ceux de M. Cliomel , prouvent encore combien M. Bouillaud a exagéré l’influence du refroidissement cpmme cause occasionnelle des inflammations pulmonaires.

L'action du froid dans la production des pneumonies est plus obscure et plus difficile encore à constater chez h’s enfans. Bien que

(l) Clin, mcd., 4^ cdit., t. III, p.

(•2) In aphor., § 8S1.

(s) Loc. cit., p. 312.

[h) y/l chiites, stînc, I. YII, p. 48//.

i'T:ni.oniF, de i,a pneumonie.

Plenck (1) et Dugès surtout (2) aient signalé les refroidissemens comme étant la seule cause évidente des inflammations pulmonaires qu’on observe dans le jeune âge , cependant , quand on veut vérifier sérieusement l’exactitude d’une pareille assertion, on trouve que la chose est le plus souvent impossible, parce que tantôt on manque de renseignemens , et d’autres fois les petits malades ont été placés dans des conditions telles , qu’un refroidissement a été peu probable. Ainsi , à l’hospice des Enfans-Trouvés, comment savoir, dit M. Valleix, si les enfans ont été exposés au froid? Toutes les pneumonies surviennent dans les salles qui sont tenues à une température constante de 15 à 17 degrés. Tous ont les mêmes vêtemens, tous sont soignés avec les mêmes précautions-, il paraît donc impossible de dire pourquoi , dans des circonstances semblables , quelques-uns échappent aux pneumonies dont tant d’autres sont victimes , et l’on n’a pas plus de raisons de croire que les uns ont été exposés au froid que les autres (3).

Lorsque le froid agit comme cause déterminante dans la production des pneumonies , c’est surtout, comme Laënnec l’observe (4), dans les cas où le corps est médiocrement échauft'é et couvert de sueur moite, ou bien encore lorsque son action se prolonge assez longtemps. Les phlegmasies pulmonaires sont au contraire moins à craindre dans les cas où l’impression du froid succède brusquement à une haute température, et que son action est peu prolongée. Ainsi, le Puisse qui sort de son étuve pour se rouler dans la neige ne contracte pas, dit-on, de pneumonie. Laënnec dit que la même immunité se remarque pour les boulangers qui , quittant à peu près nus l’atmosphère brûlante de leurs fournils, s’exposent ensuite à un froid de plusieurs degrés au-dessous de 0. Mais il est bien necessaire alors que l’action du froid ne soit, pour ainsi dire, qu’instantanée et ne se prolonge point. Dans les quatre cinquièmes des cas où le froid a agi comme cause déterminante , les individus ayant chaud

(l) Dict. dccong., p. 14 G.

^2) Thèse 1821, 54, p. 23.

(3) Loc. cil., p. 17c.

nErROIDlSSF.TME!ST.

s’étaient exposés à un courant d’air froid , ou bien avaient eu leurs vêteinens mouillés par la pluie. Dans les autres cas, la j pneumonie avait été consécutive à l’ingestion dans l’estomac j d’une certaine quantité d’eau froide , pendant que le corps échauffé par un violent exercice était couvert de sueurs.

! Toutes les fois que le froid a agi comme cause déterminante, :-son action a été prompte et ses effets se sont bientôt fait sentir ;

L c’est ainsi que sur 34 observations, dans lesquelles j’ai noté avec précision le temps qui s’était écoulé entre l’action de la cause ict le début de la maladie , j’ai trouvé que chez 18 sujets les ^ symptômes pneumoniques , ou du moins le malaise et les symp- 1 tômes prodromiques se sont déclarés pendant l’impression ; même du froid ou peu d’instans après ; chez 11 , l’elfet nuisible du froid ne s’est fait sentir qu’aprèsune, deux ou trois ! heures ; enfin, chez 4 malades, il y a eu un intervalle de un à , (deux jours entre l’action de la cause et le début des premiers I symptômes. Mais, dans ces derniers cas, doit-on croire que ;le froid a agi réellement pour produire la maladie? et si on ré- I j pondait par l’affirmative, jusqu’à quelle époque faut-il admettre rque se prolonge l’action de cette cause? C’est une question qu’il ; : paraît difficile de résoudre. Cependant, si on réfléchit que dans I la majorité des cas , le froid, à l’instar des causes traumatiques,

I a une action presque instantanée ; que, dans la presque totalité ! ( des autres , les premiers phénomènes morbides suivent de près U’impression du froid, on sera tenté de croire qu’il n’y a eu ( qu’une simple coïncidence, lorsqu’il se sera écoulé vingt-cjuatre 1 heures, et à plus forte raison deux jours, entre l’action de la I cause et le développement de la pneumonie. Il importe bien Idans ces cas d’interroger les malades avec le plus grand soin ; il ne suffirait pas alors de leur demander d’une manièie : générale , si immédiatement après l’action du froid , ils se sont sentis malades ou indisposés ; car beaucoup n’ayant éprouvé l]ue peu de malaise , pourraient bien répondre négativement ; mais on devra passer en revue toutes les fonctions, et si on apnrend que peu après avoir reçu l’impression du froid l’individu ' i éprouvé un malaise général, ou dans un point quelconque du corps , qu’il a perdu l’appétit ou les forces , on devrait dans ces I :as reconnaître l’action délétère du froid , quand même les ifi cympiôincs cnrarléi’istiques de la ]mcumonie n<’ surviendraient

KTIOLOniE DR L\ PNEUMONIE.

que plusieurs jours après. Si au contraire un malade nous dit qu’après avoir subi un refroidissement cj[uelconque, ila été bien portant sous tous les rapports, pendant un ou deux jours, il sera fort douteux de rattaclier à celte cause la pneumonie qui surviendrait plus tard. Pour moi, je n’hésite pas à ne voir là qu’une simple coïncidence ; mais comme ce fait peut paraître encore incertain à quelques personnes, j’ai diï tenir compte des 4 observations dans lesquelles un intervalle de un à deux jours a séparé l’action du froid et le début du premier malaise.

Dans les pneumonies qui reconnaissent pour cause l’action du froid, celui-ci ne peut être considéré que comme cause occasionnelle , c’est-à-dire que la maladie préparée plus ou moins longtemps d’avance par une prédisposition intérieure, éclate à l’occasion d’un refroidissement auquel l’individu s’est exposé. La prédisposition est ici la condition essentielle, indispensable ; car la plupart des individus qui contractent une pneumonie après Faction du froid s’étaient exposés nombre de fois , quelques-uns même s’exposent tous les jours impunément à la même influence. Il faut donc admettre que le jour où le froid a déterminé une pneumonie chez l’individu qui l’avait bravé tant de fois , il y avait quelque circonstance qui n’existait pas antérieurement. Ajoutons que le froid n’a pas toujours les mêmes résultats ; ses effets varient chez les divers individus, précisément en raison de la prédisposition de chacun d’eux. C’est ainsi que l’un contractera une angine , un autre un rhumatisme , un troisième une pneumonie , une bronchite ou un coryza, suivant qu’ils étaient prédisposés à l’une ou à l’autre de ces maladies avant l’action de la cause déterminante.

Quel est le mode d’action du froid lorsqu’il détermine une pneumonie? Nous avons dit qu’il produisait généralement cet effet chez des individus qui s’étaient exposés à son influence, le corps échauffé et baigné de sueurs. Dans ce cas , le premier effet du froid est de supprimer la transpiration et de refouler brusquement le sang de la périphérie du corps vers les cavités. De ces deux effets c|uel est celui qui agit dans la production de la pneumonie, c’est ce qu’il est impossible de déterminer. Je m’abstiendrai donc de toute explication à ce sujet, et dans un ouvrage destiné aux praticiens, je crois pouvoir

•Pi

Page 1