PNEUMONIES C O N > É C U T 1 V E F
égalenienl survenir un grand nombre de pneumonies. En tête de CCS maladies il faut placer la morve aiguë et la phlébite.
L’inflammation des poumons es.t peut-être, en effet, la lésion secondaire la plus constante de la morve. C’est ainsi que sur au moins vingt individus qui ont succombé à cette redoutable maladie, il y en a à peine trois chez lesquels les poumons aient été e'pargnés ; il est même probable que dans ces cas les recher- 1 elles auront été faites inconijilétement , puisque dans tous les ' faits qui ont été' recueillis en France depuis quelques années on ; a vu constamment une pneumonie survenir, et qui sauf quel- I ques rares exceptions s’est présentée avec les caractères anato- : iniques propres aux pneumonies des résorptions purulentes.
La phlébite est après la morve la maladie aiguë qui s’accom- • pagne le plus souvent d’inflammation pulmonaire. Sur 23 obs servations de phlébite traumatique que j’ai recueillies , ou qui ! m’ont été communiquées par le docteur Charcellay, aujourd’hui 1 médecin distingue à Tours , j’ai trouvé une pneumonie chez ; seize , et dans les trois quarts des cas elle se pre'sentait avec les ( caractères anatomiques des abcès métastatiques.
ICes pneumonies peuvent survenir ù l’occasion de toute es- } pèce de solution de continuité c]uelque légère qu’elle soit-, elles sont plus fréquentes après les amputations des membres infé- 1 rieurs que des membres supérieurs ; ce qui dépend probable- I ment de la plus grande étendue des surfaces suppurantes dans 1 le premier cas, et du nombre plus considérable de veines c|u’on e est obligé de diviser; circonstances qui augmentent nécessairenment le danger des phlébite?. Enfin , les os des membres infé- ; ! rieurs, étant eux-mêmes plus volumineux, leur section se faisant i le plus souvent, pour la jambe du moins, dans la portion la plus ' vasculaire ou à son voisinage, il en résulte fréquemment des 1 [ phlébites capillaires, bornées au lacis veineux qui existe dans . 1 les os, surtout dans leur portion aréolaire-, altération qui avait h ; fixé mon attention dès l’année 1831 , et qui est fréquemment [ i le point de départ des lésions viscérales si nombreuses, qu’on
observe chez ceux qui meurent à la suite des résorptions purul lentes. Ce que je viens de dii'e de la fréquence des phlébites osseuses expliquera pourquoi j’ai observé des pneumonies inétastalifjues deux fols plus fréquemment après les plaies de tête, avec dénudation des os, qu’à la suite des amputations faites dans la
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oonliiiiiiié des mcinbîes supérieurs. Si ou réflécliit, en eHel , ù la grande vascularité du diploë, au lacis veineux et aux sinus qui le traversent, on comprendra pourquoi les plaies de tête sont suivies si frequeininent des accidens de résorption et de pneumonies consecutives.
Si M. le docteur Tonnelle de Tours, dans un excellent compte rendu de la clinique de la Maternité, a trouvé une inflammation pulmonaire chez un douzième des femmes qui ont succombé à la lièvre puerpérale (Ij, je crois pourtant que ce n’est pas une raison pour regarder cette maladie comme une cause active de pneumonie. Il importe en effet de dire ici que sous le nom de fièvre puerpérale, les anciens comme les modernes, et M. Tonnelle avec eux , ont décrit des maladies dont le siège anatomique primiiif àmève beaucoup; ce tjui modifie égalejnent la frécpience et la forme des lésions secondaires. Dans les cas où il n’existe qu’une métio-péritonite simple, avec ou sans lymphangite , la pleurésie se jematque sur ïjA des cadavres; mais la pneumonie est un accident tellement rare alors, que sur 52 autopsies epre j’ai faites , j’ai toujours trouvé les poumons exempts de tout travail inflammatoire. Mais il n’en est plus de même dans les cas où sous le nom de fièvre puerpérale, ou a décrit des phlébites utérines ; alors on voit la pneumonie survenir comme dans tous les autres formes d’inflammation veineuse.
Après les maladies aiguës que je viens de nommer, celle qui s’accompagne le plus souvent de pneumonie , c’est sans contredit la fièvre typhoïde, pendant laquelle j’ai constaté des symptômes d’inflammation pulmonaire sur un septième des malades. M. Louis a observé cette même complication dans un sixième dos cas, et cette proportion est à peu près celle qu’on trouve chez les enfans.
Ce dernier chiffre me parait également exprimer à peu de chose près la proportion des pneumonies qui viennent compliquer les maladies aiguës de rencéphale, s’accompagnant d’une vivo réaction fébrile.
La pneumonie survient aussi très frétiuemment dans le cours de plusieurs maladies chronicpies. On a surtout signalé les tubercules pulmonaires comme étant une cause très active d’in-
(l) yi rohivoa, t. XXII, p. 4 8 7.
1»1V KUMON I lis CONSÉCUT I VF.8.
flammalion , en agissant sur le tissu de l’organe à la manière des corps étrangers» Mais cette question est difficile, et peut-être même impossible à résoudre dans l’état actuel de la science. Nous ne connaissons pas en effet le degré de fréquence de la pneumonie chez les sujets tuberculeux pendant les deux premières périodes de la maladie; car l’inflammation pulmonaire passe souvent inaperçue pour le malade et même pour le médecin. Mais en ne tenant compte que des pnenmonies qui surviennent à une période avancée, on voit que cette complication est extrêmement commune, puisque M. Louis l’a trouvée sur le 1^4 des cadavres qu’il a ouverts (1), proportion qui est un peu plus considérable que pour les autres maladies chronic|ues.
Les affections organiques du cœur me semblent pouvoir être placées immédiatement après la phthisie pulmonaire, comme favorisant le développement des pneumonies consécutives. C’est ainsi que sur 65 observations de maladies du cœur analysées par moi, j’ai trouvé sur 18, c’est-à-dire sur plus du 1/4, une pneumonie survenue comme lésion ultime. Ce résultat est conforme à celui qu’a indiqué le docteur Clendinning, d’après des faits beaucoup plus nombreux (2), puisque sur 145 autopsies que ce médecin a faites , il a trouvé une inflammation pulmonaire chez 36 sujets, c'est-à-dire dans la quatrième partie des cas. Aucune autre complication n’a été remarquée plus souvent.
Les affections cancéreuses des viscères, les maladies organiques du foie , et spécialement la cirrhose , enfin la néphrite albumineuse, m’ont paru avoir une influence à peu près égale
suite de mes observations et de celles publiées par les auteurs, qu’on verrait survenir une inflammation des poumons sur le sixième ou le septième des individus atteints des affections que je viens de nommer (3).
Georget (4) avait prétendu que les pldegmasies aiguës des
(t) Redl, sur la Phthisie, p. 57.
(2) Gaz. mcclic., année 1838, p. C05.
(.3) Voir mémoire de Becquerel sur la cirrhose , yh'chives, 5^ série, t. VIII, p. 49. — Malad. de Bright. Voir Rayer, Malad. des reins, t. Il , p. 291 , — yirchives , t. ^ 1 , 2*> série , p. 3 09. ■ — Ouvrage de Chris- /ison. — Brigh Reports of medical cases, London, 1827, in-4 .
(4) Diel. de méd. 2'^(â1it,, I. 7(Tlf,p. 294.
iCS IÎtIOLüOIE I)E L\ PNEUMONIE.
organes ilioiaclqncs, étalent assez rares chez les aliénés. Cette assertion est peut-être exacte pour les maniaques, mais elle cesse d’etre vraie si on veut l’appliquer aux aliénés qui sont tombés dans la démence, et chez lesquels raffaiblissement des facultés mentales s’accompagne d’un état de paralysie musculaire, partielle ou générale. Ainsi M. le docteur Bayle (1) a vu qu’un dixième environ de ces aliénés succombaient à une pneumonie intercurrente. Ayant également analysé les observations que M. Calmeil a réunies dans sa monographie (2) , j’ai trouvé que sur 40 aliénés morts avec les symptômes de la paralysie générale, 3 offraient les traces d’une pneumonie évidente, efdans deux autres cas (Observ. 30 et 31) il semble que la même altération a été rencontrée. Plus récemment M. Calmeil (5), dans ses recherches sur les maladies incidentes des aliénés, a annoncé c[ne de toutes les phlegmasiesdesorganesparenchymateux celles des poumons étaient les plus fréquentes. Ce laborieux observateur a vu en effet que sur 100 insensés pris au basai d dans un établissement public, on peut affirmer qu’on trouve les divers degrés d’hépatisation sur un cinquième d’entre eux, proportion qui est à peu près celle que donne le docteur Bouchet dans ses recherches statistiques sur l’hôpital de Nantes. Ce médecin ayant en effet déterminé la cause de la mort chez 106 aliénés, a trouvé que chez 24 elle avait été produite par une pneumonie intercurrente, et que la plupart avaient succombé à des maladies des organes de la respiration et de la circulation (4).
Deux de mes amis ayant bien voulu me communiquer le résumé de leurs observations sur les maladies incidentes des aliénés, ]’ai encore trouvé que la pneumonie s’était présentée assez fréquemment chez ces individus. Ainsi M, Baillarger, déjà connu dans la science par d’excellens travaux, m’a dit que sur 168 autopsies d’aliénés faites par lui à Cliarenton , pendant les années 1832, 33 et 34, il avait trouvé des traces de pneumonies cliez un neuvième environ clessujets. Plus récemment M.Thore, interne distingué des hôpitaux, ayant rechercbéles causes de mort
(t) Traité dcsmalad. du cen>. Paris, t82G, p. 488.
(2) Paralysie chez les aliénés , Paris, 1826 , p. 482. — Escpiirol , Des Maladies mentales, VaxÏs, 1S38, t. II, p. 27t.
(3) Dict. deméd., 2= édit,, t. II, p. 196.
(4) y1 anales d'hyg. et de méd, lég,, t. XXIII, p, 371 .
PNEUMONIES CONSECUTIVES.
. chez tous les aliénés qui ont succombé à l’hospice de Bicêlre pendant l’année 1839, a trouvé que sur 52 individus morts indépendamment de la folie, et par le fait seulement d’une maladie incidente, il y en avait 11 qui avaient succombé à une inflammation des poumons.
Il résulte donc des faits qui précèdent, que la pneumonie est lune des maladies incidentes les plus fréquentes chez les aliérnés; il est d’autant plus important de connaître ces faits, que l’inflammation étant presque toujours latente , ou bien les inùdividus se plaignant rarement, il est du devoir du médecin d’ex- ( plorer fréquemment les organes thoraciques.
En résumé nous voyons que la pneumonie est un des acciîdens les plus redoutables et les plus fréquens qu’on puisse ob- ■cserver dans le cours des principales maladies aiguës et chroniqques. Cette complication du côté des organes respiratoires se rremarque surtout dans les afl’ections les plus graves, et lorsque l.'l r:elles-ci sont déjà parvenues à une période plus ou moins t nvancée. Est-il possible d’en expliquer le développement par r: uine influence spéciale dépendant du siège anatomique de la iij maladie primitive ; ou bien pouvons-nous saisir, pour toutes les nnaladies que nous avons passées en revue, une ou plusieurs inrconstances communes auxquelles il faudrait attribuer la plus lApandc part dans le développement des pneumonies seconlaires? Il est incontestable que dans quelques cas rares la nature Ifti;t le siège de la maladie primitive rendent compte pourquoi me pneumonie est survenue comme complication plutôt que t|c.onte autre altération.
C’est ainsi qu’on s’explique très bien, par exemple, par le siège le la maladie préexistante le développement d’une pneumonie ' obulaire chez les enlans affectés de bronchite capillaire. C’est leut-être encore par une action directe qu’on peut expliquer le léveloppement de la pneumonie dans le croup et surtout dans a coqueluche ; car la complication survient spécialement dans ia période spasmodique, et lorsque les quintes étant le plus rapprochées et le plus intenses, entretiennent dans les poumons me congestion presque constante. Si de toutes les maladies culanées fébriles la rougeole est celle qui se complique le plus ouvent de pneumonie, il faudra peut-être aussi se l’expliquer lai une action spéciale que le virus inorlnlleux exerce sur les
ETlOI.ncn. DF. l.A PiNF.UMONir..
voies aeriennes. Il est en elï'et fort rare de voir une rougeole sans catarrhe pulmonaire. Or, comme nous le dirons bientôt, par le seul fait de la bronchite, l’individu est déjà plus prédisposé qu’un autre à la pneumonie. On se rend compte encore facilement pourquoi , dans quelques cas fort rares d’apoplexie pulmonaire, lorsque le poumon a été déchiré dans une certaine étendue il se développe dans les points correspondans • à l’épanchement une pneumonie qu’on pourrait appeler traumatique. Je dis d’ailleurs que la pneumonie consécutive est rare dans ces cas , puis([ue chez 17 cadavres sur lesquels j’ai examiné un grand nombre de noyaux apoplectiques, une seule fois je trouvai une inflammation dans les points correspondans du poumon qui était déchiré dans la plus grande partie d’un lobe. C’est encore par une action toute locale qu’on a prétendu expliquer la fréquence de la pneumonie dans le cours de la phthisie pulmonaire ; on a pensé que les tubercules agissaient : alors à la manière des corps étrangers et par voie d’irritation.
Je suis loin de contester absolument cette influence , niais je pense que ce n’est point de cette manière qu’on peut expliquer j le développement de la pneumonie ultime ; car, confine cela ré- [ suite surtout des recherches de IVl. Louis, il n’y a le plus sou- i vent aucun rapport entre la gravité et le siège des lésions pulmo- !. naires et la pneumonie consécutive. Ainsi sur 18 individus qui | ontprésenté une hépatisation, quatre seulement avaientde vastes j cavernes, tandis que les autres ne présentaient que des granu- j lations ou des tubercules incomplètement vidés ; enûu, dans | la plupart des cas la pneumonie par contre des tubercules ! occupait le lobe inférieur. Ces faits font donc présumer que i les tubercules agissent autrement que par une action mé- j canique dans la production des pneumonies. Cependant je dois dire que les tubercules me semblent être une cause active de pneumonie dans quelques cas de phthisie aiguë ; lorsque par exemple le parenchyme pulmonaire est envahi brusquement et sur une large étendue par une grande quantité de granulations miliaires. C’est ainsi que sur quatre observations de phthisie aiguë rapportées par M. Louis dans son ouvrage (1), trois se sont compliquées de pneumonie dans les derniers jours
(1) Ohs. Sô, 54, 5;“ et 5fi ilii Trriilc île fa phlïnsie.
PNKUMONIES CONSÉCUTI VnS,
Je la vie. Je n’ai observe qu’un seul fait de phthisie aip,uë, 3t il démontre encore l’influence que je viens de signaler. Un jeune homme d’une faible constitution et atteint d’une umeur blanche du coude, entra en 1832 dans le service le M. Breschet , à l’Hotel-Dieu , auquel j’étais alors attaché en [ualité d’elève interne : l’amputation fut résolue ; mais avant de a pratiquer, la poitrine fut examinée par nous avec beaucoup îfe soin. M. Breschet, suivant son habitude, pria un des médeins de l’Hotel-Dieu d’ausculter le malade , et tous nous fûmes inanimés pour reconnaître qu’il n’existait chez ce sujet aucun : igne rationnel ou physique de tubercules; l’amputation fut donc pratiquée. Les résultats immédiats furent satisfaisans, la )laie du moignon était presque entièrement cicatrisée, le ma- .ade se levait et digérait déjà une certaine quantité d’ali- ;iiens, lorsqu'il fut pris tout à coup et sans cause connue de
t'èvi’e intense, d’oppression, de toux ; le thorax était sonore dans DUS les points , l’auscultation n’indiquait partout que l’exissnce d’un râle sibilant assez fin; ce jeune homme succomba n moins d’une semaine avec une oppression extrême et dans nn état voisin de l’asphyxie. A l’autopsie je trouvai les deux oumons lourds, pesans, farcis à la surface et dans toute leur paisseur d’une quantité innombrable de granulations grises “emi'transparentes et confluentes prevue partout; le tissu pul- (lonaire .avait dans presque tous les points de sa surface de la iïsnsité et de la friabilité, ou bien il était infiltré de liquide Brireux et jaunâtre; mis dans l’eau, il surnageait incomplételltient ou gagnait le fond du vase. Dans ce cas il était impossible de méconnaître l’influence que les tubercules avaient ctercée comme cause excitante, dans la production de la pneu-
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Dans la plupart des cas le développement des pneumonies condaires ne peut s’expliquer par une action directe exercée ir la maladie primitive, mais il faut reconnaître alors un au- 3 mode d influence. Il y a dans les maladies aiguës et chro~ ^ques deux conditions communes à toutes, qui existent le lus souvent ensemble, d’autres fois isolément; ce sont le onyement fébrile et la faiblesse ; ces deux circonstances me nmblent jouer le principal rôle dans la production des pneuonies secondaires. Si on se rapporte à ce que j’ai dit pré-