ETIOLOGIE DE LA PNEUMONIE
céderamcnt, on verra en effet les inflaininations du poumon acquérir leur maximum de fréquence dans les maladies où les deux conditions dont je parle existent réunies. C’est ce qui explique pourquoi les pneumonies secondaires sont si fréquentes dans la fièvre typlioïde et la phthisie. En général, c’est lorsque l’appareil fébrile dure déjà depuis longtemps , et que les forces sont le plus prostrées qu’on voit survenir la plupart des phleginasies pulmonaires : ainsi chez les tuberculeux le plus grand nombre des pneumonies se déclare à la lin de la troisième période, et chez les typhoïdes c’est communément entre le deu- i xième et le troisième septénaire de la maladie. |
Mais lequel de l’état fébrile ou de la faiblesse a la plus ! grande part dans la production des pneumonies secondaires? Je i n’iîésite pas à dire que c’est la faiblesse. Dans les maladies, en ' effet, où il y a un appareil fébrile violent sans que la prostratien ' soit bien forte, on voit assez rarement survenir des pneumonies secondaires ; je citerai entre autres affections l’érysipèle de la face, et le rhumatisme articulaire. Au contraire, dans les ma^ ladies apyrétiques qui s’accompagnent d’une grande prostration, comme dans les lésions organiques du foie , du cœur et des autres viscères, dans les paralysies générales c[ui accompagnent la démence, etc., nous voyons les pneumonies survenir en très grand nombre ; il en est de même dans les maladies seplic|ues, dans les affections gangréneuses , dans lesquelles la prostration , l’anéantissement des forces est un des symptômes prédominans. Telle est, par exemple, la stomatite gangréneuse des enfans.
L’influence qu’exerce la faiblesse dans la production des pneumonies secondaires est encore prouvée quand on considère la frécjuence de la pneumonie aux différens âges. Je dirai plus 1 tard combien souvent la , pneumonie vient compliquer toutes les maladies de l’enfance ; on verra aussi que la proportion des phlegmasies pulmonaires va en augmentant à mesure qu’on avan- ■ ce davantage dans la vie. Ainsi, les pneumonies secondaires i ont leur maximum de fréquence aux deux extrêmes de l’existence de l’homme, c’est-à-dire aux deux époques où l’organisme réagit le moins contre les agcns de destruction et où la plupart des maladies pour peu qu’elles se prolongent s’accompagnent d’une grande prostration. Toutes les causes débili- j tantes chez l’enfant et le vieillard deviennent des causes actives
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pneumonies consécutives. 173
de pneumonie. C’est ainsi qu’à l’hôpitaldes cnfans on voit succomber à celte maladie un grand nombre d’individns qui ne sont ilteints d’aucune maladie déterminée, mais dont la constitution ;’est afi'aiblie , dont les forces se sont prostrées par un séjour nolongé dans des salles trop souvent insalubres, La même renarque peut être faite pour les vieillards. A l’époque où je fus .atacbé, en qualité d’interne, dans des salles de chirurgie , spé- .diilement à l’hospice de la Salpetriere et a 1 Hotel-Dieu, j avais .‘té surpris du grand nombre de vieillards qui étaient emportés aar des inflammations pulmonaires intercurrentes , et le plus ouvent latentes. Cette complication se remarque surtout dans les cas de fracture des membres inférieurs exigeant le re- ,)os au lit dans une position qui varie peu, et un séjour de pluiieurs mois dans des salles d’hôpital; circonstances qui débilitent rapidement les individus. Je regrette de n’avoir à produire ici aucun chiffre pour convaincre le lecteur ; mais je ne loute pas que cette observation ne soit sanctionnée plus tard )ar des relevés numériques. En attendant, je ne saurais trop ena;ager les chirurgiens à surveiller l’état de la poitrine chez les irieillards qu’ils traitent, car c'est de ce coté que le péril arrive ■ e plus souvent
Broussais, ayant observé un certain nombre de pneumonies dans le cours des fièvres intermittentes , s’était expliqué leur nroduclion par une action spéciale exercée par le mouvement ébrile. Ce célèbre médecin avait prétendu (1) que le frisson qui marque le début des accès fébriles pouvait être une cause déterminante d’une phlegmasie , qui tantôt restait bornée à la inu- [ueuse bronchique, mais qui pouvait aussi gagner le parenchyme )uhnonaire. Suivant l’auteur du Traité des Phlegmasies chronili'ucs, le frisson fébrile agirait en supprimant les évacuations cuanées et en déterminant vers les viscères, et surtout du côté de& cioumons, descongestions plusou moins intenses, bientôt suivies :.’inflammaiion. Enfin, Broussais prétendait (2) que l’hépatisaion , l’induration des poumons était un accident très fréquent liez les individus qui, ayant éprouvé pendant longtemps des accès ile fièvre intermittente, restaient ensuite jaunes, faibles, lan-
(1) Hist. des phleg. chron., 4« edit. Paris 1 829, t. I, p, 131.
(2) Id., t. pf, p. 1 23.
K'X'IOLOOIE DE L/V PNEUMON ] E.
fouissants et infiltres. Cette sorte de cachexie était regardée par Broussais comme dépendant le plus communément de quelque phlegmasie pulmonaire ou des voies digestives (1), Cependant si on lit les observations particulières rapportées par l’auteur, on ne voit pas que le frisson initial des accès fébriles ait eu sur la production des pneumonies l’influence qu’il lui attribue. Car, comme il l’observe lui-même (2) , les malades qui succombaient avec une induration pulmonaire , n’éprouvaient plus de fièvre depuis im certain temps, comme quinze jours ou un mois. 11 est vrai que Broussais considérait cette induration du poumon comme le re'sultat d’une phlegraasie chronique , et par conséquent , il en faisait remonter le début à une époque déjà éloigne'e; mais rien encore ne justifie cette opinion. Il faut, je crois, regarder les hépatisations du poumon que Broussais a rencontrées chez ces sujets, comme indiquant une inflammatioji récente, et semblable à celles que nous avons vues déjà survenir en grand nombre dans le cours de la plupart des maladies aiguës et chroniques. C’est encore par la faiblesse que s’explique le développement des pneumonies secondaires chez les individus qui , après avoir été longtemps tourmentés par des fièvres d'accès , gardent le teint jaune paille , ont les membres infiltrés , le sang appauvri, toutes les fonctions enfin dans un état de langueur. Cependant je suis porté à croii'e que les phlegmasies pulmonaires sont loin d’être aussi fréquentes dans ce cas que Broussais l’a prétendu. Si , en effet , on consulte le tableau que le docteur Maillot (3) , l’un de ses élèves , a publié sur les lésions viscérales qu’ou rencontre dans les fièvres intermittentes, on voit que sur 1880 individus qui ont présenté des altérations diverses du côté des viscères , il n’y en a que deux qui aient été affectés de pleuro- pneumonie. Les autres auteurs, même parmi les modernes, ne signalent pas non plus la pneumonie comme étant une maladie qu’on observe fréquemment, soit comme complication soit comme lésion ultime des' fièvres intermittentes prolongées.
Pour terminer ce qui se rapporte au mode de génération des
(l) Loc. cit., t. !«>, p. 12G.
(^2) Loc. cil. y p. 138.
(3) Trailc clesj'icv. ou irril. cércbro-spin. inlerm., Paris, 1 836, p. i U.
PNl-DMOMüS CONSÉCUTI V1£S.
pneumonies secondaires, je dirai que dans les affections mobiles on peut voir les pneumonies se déclarer par suite d’un véritable transport de la cause morbide. C’est ce qu’on observe spe'cialement dans quelques pneumonies qui surviennent dans le cours des attaques de rhumatisme ou de goutte. Les anciens médecins avaient d’ailleurs beaucoup exagéré cette influence. Frappés de l’extrême mobilité de ces affections, ils avaient coutume de leur attribuer la plupart des plilegmasies viscérales qu’ils observaient chez les goutteux et les rhumatisans. Barthez (1) surtout prétendait que de toutes les inflammations rhumatic[ues des viscères la pneumonie était la plus commune. Ces médecins admettaient l’influence rhumatismale ou goutteuse, non-seulement I lorsqu’ils voyaient la pneumonie succéder à une brusque dis- ! parition des douleurs articulaires ; mais ils supposaient l’action I de la même cause chez des sujets qui avaient eu antérieurement un ou plusieurs accès de goutte. La pneumonie semblait même, d’après quelques auteurs , pouvoir être supplémentaire de la goutte. Mais une observation plus attentive a dû faire modifier I des opinions qui avaient régné longtemps dans les écoles- Nul j doute que les anciens n’aient exagéré la fréquence des inétasta- I! ses rhumatismales vers les poumons; il est probable qu’ils prenaient pour des pneumonies de simples pleurodynies, qu’il n’est pas rare en effet de voir concurremment exister avec des douleurs articulaires.
Cependant l’observation journalière démontre que les phlegmasies des poumons sont une des complications qui surviennent ' le plus xarement dans le cours du rhumatisme articulaire. Pour I ma part , je ne l’ai vu que chez deux malades, et MM. Chomel et Bequin n’eu parlent point dans leur monographie, i Dans les cas dont il s’agit, la pneumonie apparaît tantôt comme un accident presque indépendant de l’affection prei ! mière ; d’autres fois, au contraire, celle-ci constitue réellement ! la cause déterminante de la maladie qui vient la compliquer.
I Dans ce dernier cas, l’invasion de la pneumonie coïncide avec i la diminution ou même avec la cessation subite des douleurs 1 articulaires. Les anciens disaient alors qu’il y avait métastase,
[ (l) Maladies gouUeuses, Paris, 1819, t. Il, p, 128, etGuilbcrt, Trait»
' ' de la gouue, p. r,9.