‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 29 sur 103 · ETIÜLÜUIE UF, LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

ETIÜLÜUIE UF, LA PNEUMONIE

OU transport de l’immcur, de la cause rliumalisiiiale des jointures sur les poumons. Quelques faits recueillis par les médecins modernes viennent confirmer cette manière de voir. M. le professeur Andral a rapporté dans sa Clinique (1) l’observation intéressante d’un homme de vingt-cinq ans, affecté d’un rhumatisme articulaire aigu fébrile , chez lequel les douleurs dont les jointures étaient le siège, disparurent tout à coup , et en même temps une oppression considérable survint ; bientôt le malade éprouva une toux rare et sèche d’abord, mais qui, vers le troisième jour, s’accompagna d’une expectoration de crachats rouillés et caractéristicjues d’une pneumonie , que l’auscultation permit de localiser dans la fosse sous-épineuse droite. 11 y a quelcpes années un fait à peu près semblable a été observé Si l’hôpilal de la Charité, dans le service alors confié à 3M- Dalmas. Un homme, atteint d’un rhumatisme articulaire aigu, arrivé au troisième jour, fut frappé brusquement de pneumonie double avec prédominance de pleurésie après la cessation subite des douleurs articulaires. Enfin , il y a un an, j’ai observé une jeune fille de dix-sept ans, bien réglée, d’une .constitution chétive, qui était affectée d’un rhumatisme fébrile occ.upant les poignets, les genoux et les pieds; elle accusait aussi une vive douleur dans les muscles des régions lombaires qui rendait les mouvements du tronc à peu près impossibles. Au dixième jour de la maladie la douleur qui occupait les reins cessa tout d’un coup ; pendant la nuit, et à l’instant même, la malade ressentit un violent point de côté au niveau delà mamelle gauche. L’oppression devint extrême, une toux sèche survint , et la malade éprouva en même temps un frisson violent. A la visite du matin je constatai l’existence d’une pleuropneumonie gauche. Je m’assurai que les douleurs des articulations non-seulement n’avaient pas cessé; mais que dans plusieurs d’entre elles , elles avaient acquis plus d’intensité ; que ]iar conséquent dans ce cas la métastase n’avait eu lieu qu’aux dépens de la cause rhumatismale , qui avait primitivement envahi les muscles des régions lombaires.

■ En résumé , les maladies nombreuses aiguës ou chroniques que nous venons de passer en revue, agissent dans la produc-

(l^ Ciiniq, tned., obs., 61, t. III, p. 436.

l>:<i;UMOMES CÜNSliCUIl VLS.

tioii des pneumouies secondaires, tantôt par continuité ou coutiguité de tissu , comme lorsqu’une inflammation des bronches se propage au parenchyme des poumons ; ou bien , lorsque des tubercules éclos tout d’un coup en grand nombre , ou du sang épanché sur une grande surface , irritent et enflamment les parties qui les entourent; tantôt c’est une maladie qui se déplace et qui se porte d’un organe primitivement envahi sur l’un ou l’autre poumon. Le plus souvent enfin les maladies provoquent l’explosion des pneumonies secondaires par suite delà faiblesse qu’elles produisent, soit que celle-ci agisse en rendant plus fréquentes et plus faciles les congestions passives des poumons , soit que l’in* dividu affaibli soit plus impressionnable et résiste moins aux causes ordinaires des pneumonies.

Après avoir étudié les conditions spéciales qui président au développement des pneumonies secondaires , il me reste à déterminer la part qu’ont aussi dans leur production , les principales causes prédisposantes et occasionnelles des pneumonies primitives. Je vais donc examiner l’influence de l’âge , du sexe, des saisons; mais j’insisterai surtout sur celle que le décubitus exerce.

1® A^c. Nous avons vu combien les pneumonies primitives survenant au milieu d’une santé parfaite, étaient rares chez les enfans; par contre les pneumonies consécutives sont extrêmement fréquentes à cet âge. MM. Rufz et G erhard affirment même (1) qu’il est bien peu de jeunes enfans de 2 à 5 ans qui succombent à une maladie quelconque sans en offrir des traces. Cette remarque a été confirmée par les recherches ultérieures de plusieurs autres médecins. Ainsi, dans le jeune âge, toute maladie aiguë ou chronique peut provoquer le développement d’une pneumo nie mortelle. La faiblesse des sujets, consécutive à une maladie antérieure, le séjour prolongé dans les salles d’un hôpital, l’aflaiblissement de la constitution par suite d’un mauvais régime ou d une diarrhée prolongée , enfin l’état rachitique et scrofuleux sont, indépendamment de toutes les maladies aiguës et chroniques dont j ai parle précédemment , tout autant de conditions qui rendent la pneumonie tellement fréquente à l’hô- ] pital des enfans que pendant longtemps un praticien juste-

( I ) Mémoires ciiés.

i.T10LüGIK Dli LA PNEUMONIK,

ment estimé , M. le docteur Guersaiit, a cru à la contagion de la maladie. De cinq à quinze ans les pneumonies secondaires , quoique généralement plus fréquentes que dans les âges qui suivent , le sont cependant beaucoup moins que dans la période qui comprend les quatre ou cinq premières années de l’existence.

La période de 16 â 20 ans est celle pendant laquelle on voit ! les pneumonies survenir le plus rarement comme complication, | tandis que les plileginasies pulmonaires consécutives sont ensuite d’autant plus fréquentes que les individus sont , parvenus à une période plus avancée de la vie. Voici , en effet, suivant quelle proportion ont été réparties 69 pneumonies qui se sont déclarées chez des sujets déjà affectés d’autres maladies aiguës ou chroniques. ,

De te à 2 0 ans 5

de 20 à 50 8

de 30 à *0 9

de 40 à 50

de 50 à 60 45

de 60 à 70 4 9

2® Sexe, Le sexe ne paraît exercer presque aucune influence. C’est ainsi que sur 67 malades atteints de pneumonie consécutive, je trouve 30 femmes pour 37 hommes, proportion bien différente de celle que nous avons donnée précédemment pour les pneumonies franches. Ce résultat vient confirmer l’opinion que j’ai émise, savoir, que si l’hommé adulte I est plus souvent affecté de pneumonie franche que la femme , cela dépend bien moins du sexe des individus que d’une influence qu’exerce la différence du régime et des occupations.

3® Saisons. L’influence des saisons froides n’est pas moins I évidente dans la production des pneumonies secondaires quel dans celles qui sont primitives. C’est ainsi que sur 29 pneumo-| nies consécutives dans lesquelles on a noté l’époque de l’année I à laquelle elles sont survenues, j’en trouve 22 pour l’hiver eti le printemps et 7 seulement pour l’été et l’automne. j

4^ Décubitus. S’il nous a été impossible précédemment d’af- i firiner que l’espèce de décubitus eût de l’influence dans la pro- ■ duction des pneumonies primitives , il n’en est plus de même i pour celles qui sont consécutives. Plusieurs auteurs ont déjà :

PNEUMONIES CONSEXUlIVES. l79

signalé les congestions passives comme la cause de la plupart des pneumonies secondaires ; ils ont pensé que le décubitus longtemps prolongé sur la même partie du corps, sur le dos, par exemple, devait finir par déterminer dans la partie postérieure des poumons une congestion passive, une siase sanguine d’autant plus forte que la résistance vitale était d’autant plus affaiblie par une maladie antérieure, par le régime, par l’âge ou un séjour prolongé à l’hôpital. Le sang ainsi accumulé finirait , en agissant comme corps étranger, par provoquer une véritable pblegmasie du parenchyme pulmonaire. C’est surtout chez les jeunes enfans que la pneumonie a été regardée comme étant un i résultat assez ordinaire et presque constant d’une stase sanguine dans les poumons. Ainsi, Billard (1) attribue la fréquence plus . grande des pneumonies droites chez les nouveau-nés à l’habii tude où l’on est à l'hospice de coucher les enfans sur le côté . droit. M. Denis (2) a émis la même opinion ; il dit ayoir vu en 1823 que dans les salles de M. Breschet, les enfans, par suite 1 d’un préjugé des infirmières, étaient tous couchés sur le côté I droit ; aussi les pneumonies furent nombreuses, et compa- : rées à celles du poumon gauche elles étaient dans la proportion I de 10 à 1. On parvint à forcer les infirmières à placer les en- I fans sur le côté gauche, et la même affection fut notée sur i le poumon gauche dans une proportion approximative de 10 à I, ' M. Léger (5), et plus récemment MM,RillietetBarthez(4) disent s aussi que chez plusieurs enfans le coucher sur le dos longtemps c continué leur a paru la seule cause qu’on pût invoquer pour ex- [ pliquer le développement de quelques pneumonies secondaires.

Le decubitus dorsal a été également signalé comme une cause fréquente des pneumonies consécutives qu’on observe chez les |. adultes. M. le professeur Piorry (5) a décrit, dans un mémoire I intéressant, cette forme de pneumonie qu’il a nommée I statique, et qu il signale comme fréquente chez les individus qui, affaiblis par lâge ou les maladies, restent pendant longtemps

(1) Loc. cil., p. SI 2.

(2) Rech. sur les mal. des enfans, j). 374.

(3) Loc. cil., p, 4 7.

(4) Loc. cil., p. 83.

(•») Transactions méd., l. XI, p. 173.

ETIOLOGIE DE LA PMUMONIE.

dans le décubitus dorsal. Il est démontre aujourd’hui qu’à mesure que chez riiomme malade on voit diminuer la puissance vitale, les lois physiques reprennent peu à peu tout leur empire. C’est ainsi que l’engorgement sanguin que nous remarquons dans nos autopsies à la base et sur le bord postérieur des poumons n’est pas un phénomène purement cadavérique; Bayle (1) a prouvé, en effet, que cette stase sanguine se formait pendant l’agonie ou dans les derniers momens de la vie,* tandis que la position qu’on avait donnée aux cadavres avait été sans influence sur le siège et les limites de cet engorgement. M. Léger (2) a tenté plus tard des expériences qui ont confirmé les recherches faites antérieurement par Bayle. Je crois que cet engorgement sanguin des poumons vers les parties déclives , survient chez les individus affaiblis bien avant le commencement de l’agonie, comme on peut s’en convaincre facilement à l’aide de la percussion et de l’auscultation.

Cet engouement est réellement la cause d’un grand nombre de ' pneumonies consécutives ; celles-ci, en effet, occupent presque toujours les parties les plus déclives, c’est-à-dire que sur 28 pneumonies secondaires affectant des individus adultes qui sont depuis un temps plus ou moins long dans le décubitus dorsal, il y en a 25 qui occupaient le lobe inférieur ou le bord postérieur de l’un ou l’autre poumon, quelquefois des deux poumons ensemble, tandis î que trois fois seulement l’hépatisation était limitée au lobe supé- i rieur. Cette influence du décubitus est si réelle pour la produc- • tion des pneumonies secondaires, qu’on pourrait, pour amsi dire, , les faire naître à volonté sur telle ou telle partie des poumons, en variant les positions des malades. Ainsi dans le mois de février 1 840, '

une femme de 36 ans mourut vers le quarantième ou quarantecinquième jour d’une fièvre typhoïde; des escarrhes qui étaient survenues au sacrum et sur les trochanters, nous avaient forcé de r laisser celte malheureuse couchée constamment sur le ventre i. pendant les 18 derniers jours de la vie ; on put toutefois dans la I '■ dernière semaine, la pdacer alternativement sur le venlr^: et sur le | Il côté gauche du corps. A l’autopsie je ne trouvai aucune espèce | j; d’engouement à la partie postérieure des deux poumons; le | I

(1) Chômai, path. générale, 3« édit., p. 552. ’

(2) 27jc5C, p. 17. ^

PNCUMONIPS CONSECUTIVES. 181

tissu y était parfaitement souple et crépitant ; au contraire le bord antérieur de ces organes était complètement induré ; l’hépatisatioii était à un degré d’autant plus avancé que l’on se rapprochait davantage du bord tranchant. Elle cessait à droite à 3 centimètres de la scissure , tandis qu’à gauche la pneumonie occupait le lobe inférieur dans les 3/4 antérieurs .de la circonférence. M. le docteur Barth m’a dit avoir observé, à riiopital Saint-Louis, un fait exactement semblable. Enfin, M, Renault , professeur de clinique à Alfort , à qui je demandais des renseiguemens sur le siège ordinaire des pneumonies ;hez les quadrupèdes , m’a affirmé que lorsque la maladie St idiopathique, elle occupe presque toujours, comme chez l’homme, le bord supérieur ou postérieur de l’organe, tandis jue, lorsque l’inflammation pulmonaire se déclare chez des inimaux affaiblis qui présentent des symptômes typhoïdes , >n la voit alors envahir exclusivement les parties déclives de ’organe , c’est-à-dire le bord inférieur ou antérieur, à tel point que dans un grand nombre de cas on ne sait si on a afaire à une pneumonie ou bien à un épanchement pleuétique.

5® Causes occasionnelles, — Dans l’immense majorité des cas es pneumonies secondaires surviennent sans le concours d’aulune cause occasionnelle appréciable. L’action directe du froid ..’a été évidente que chez deux sujets qui, ayant le corps échauffé i t en sueur, s’exposèrent momentanément à un courant d’air, lihez tous les autres malades, la pneumonie a paru se déclarer indépendamment de cette cause ; en effet , la plupart e.es individus affaiblis et déjà parvenus à une période avancée e leur maladie, ne quittaient plus leur lit; ils étaient bien I ouverts et étaient dans des salles suffisamment chaudes ; ils taient par conséquent dans les conditions les plus favorables our éviter un refroidissement. Cependant je conviens qu’il I St beaucoup de malades affaiblis qui se lèvent ou se décourent étant en sueur, quelquefois à leur insu , comme pendant î sommeil, de sorte qu'il est à peu près impossible de dire, t »ême approximativeraent , le nombre des pneumonies seconaires qui surviennent sous l’influence d’une cause excitante, et pécialement à l’occa.sion d’un refroidissement.

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