ETIOLOGIE DE LA PNEUMONIE
ARTICLE III
Des Pneumonies qui sont conse'cutives à une bronchite.
On aura peut-être été surpris que dans l’article que je viens de consacrer aux causes des pneumonies secondaires, je n’aie point parlé spécialement de celles de ces maladies qui sont consécutives à une bronchite aiguë ou chronique ; mais l’analyse des faits m’ayant prouvé que les pneumonies qui arrivent dans ces circonstances ne diffèrent en rien, chez l’adulte du moins, de celles qui se déclarent au milieu de la santé la plus parfaite, je n’ai pas cm devoir les confondre avec les inflammations des poumons qui compliquent si souvent les maladies graves, et qui se présentent avec des symptômes et des caractères spéciaux, comme on le verra par la suite. Je ne pouvais non plus, sans inconvénient, considérer la bronchite comme constituant un véritable prodrome de la pneumonie ; c’est pour ces motifs que , j’ai dû examiner à part les faits dont je parle actuellement.
Laënnec, tout en avouant (1) que quelques pneumonies se i greffent sur un catarrhe aigu ou chronique , convenait dans un i autre endroit de son immortel ouvrage, que la bronchite était l’affection de poitrine qui admettait le plus difficilement cette complication. M. le professeur Andral a jugé qu’il y avait un peu d’exagération dans cette assertion de Laënnec, car il a vu lui-même tous les hivers un certain nombre d’individus atteints de pneumonie, après avoir eu, pendant plusieurs jours, une simple bronchite (2j. M. Chomel a aussi constaté le même fait. Cependant aucun de ces auteurs n’ayant essayéde déterminer la proportion des pneumonies qui succèdent à une bronchite aiguë ou chronique, il était impossible de savoir si dans les faits qu’ils avaient rapportés, il n’y avait eu qu’une simple coïncidence ou bien un rapport plus direct de cause à effet. Voulant mer : former une opinion précise sur une question dont la solution l i me paraissait importante, j’ai interrogé les malades avec le plusl ' grand soin .sur l’état des fonctions respiratoires, avant le déve-* loppement de la pneumonie. Or, sur 201 individus qui ont pu»
(t) Auseul. mcd. t. P‘", 4« edit. p. 1 52 et 588.
(2) Notes a LaënneCf rm^nie vol., p. *8ff.
piteumüjnies consécutives. 183
me fournir, sur leurs autécéJciis, des iensei|>nemens positifs, j’en ai trouvé 76 qui toussaient depuis un temps plus ou moins long; 23 avaient un catarrhe bronchiquedepuis plusieups années, et il est impossible d^afFirnier cju’il ait eu quelque influence sur la production de la pneumonie. Chez les 53 malades qui restent, l’afFection catarrhale des bronches était récente, c’est-àdire qu’elle remontait tout au plus à trois semaines ou un mois 1 lorsque des symptômes d’inflammation des poumons se déclarèi rent. La proportion des pneumonies qui sont précédées de broncchites m’a paru être un peu plus grande chez l’homme que chez tla femme ; j’ai trouvé également que chez les adultes ce nombre e était en général d’autant plus considérable que les individus e étaient plus avancés en âge. C’est ainsi que chez presque tous lies sujets compris entre 50 et 70 ans, la pneumonie ne s’est ■développée que consécutivement à une bronchite aiguë ou chroinique. Les mois de juillet , d’août, de septembre et d’octobre ij contétéles seuls pendant lesquels je n’ai pas vu la bronchite ^précéder l’inflammation du poumon ; dans tous les autres mois la proportion est restée à peu près la même pour chacun d’eux. Ces résultats n’ont pas beaucoup varié pour chacune des an- ,nées 1836, 37 et 40. Il résulte donc des faits qui précèident, que chez l’adulte on voit, chez le quart environ des ma- .lades, la pneumonie survenir consécutivement dans le cours id’un catarrhe pulmonaire aigu. M. le docteur Briquet, dans le itravail que je me plais à citer souvent, dit avoir trouvé exactement la même proportion (1). Le nombre des pneumonies précédées de bronchite est donc assez considérable pour nous autoiriser à penser qu’il n’y a pas seulement entre les deux maladiesun : simple rapportde coïncidence. Mais faut-il admettre que dans ces cas la pneumonie n’est survenue que par l’extension de la phlegmasie de la muqueuse bronchique, au parenchyme pulmonaire ? ;[l est vrai que chez cinq malades la bronchite s’accompagna de perte d’appétit et des forces, et d’un mouvement fébrile ûotable ; elle fut en un mot assez intense pour qu’on puisse , peut-être, avec quelque apparence déraison, attribuer l’in- (lammation pulmonaire à l’extension de celle qui occupait déjà la muqueuse des bronches. Mais si on réfléchit que chez les
3» série, l. VII, p, 4 92.
(l) /Ircfi .,
KTIOI.OGIK nr. LA PNEUMONIE.
quarante-lmlt malades qui restent la bronchite était très légère, qn’ellc ne s’accompagnait d’aucun trouble appréciable vers les fonctions, que la pneumonie s’est déclarée brusquement, sans que la bronchite ait paru augmenter d’intensité, il sera alors fort douteux que chez ces malades l’inflammation du poumon soit survenue par suite de l’extension de la phlegmasie qui occupait primitivement les bi'onches. Je crois donc que le catarrhe pulmonaire ne doit point être considéré comme une cause occasionnelle ou active de pneumonie; mais il constitue plutôt une sorte de prédisposition ; il dénote un état de l’organisme à être plus facilement influencé par les causes ordinaires des inflammations pulmonaires. Dans tous les cas, les faits précédons nous avertissent de ne jamais négliger une bronchite, quelque bénigne qu’elle soit, attendu qu’elle n’est souvent que le prélude d’une pneumonie qui se prépare. Chez les 4\6 des malades dont la pneumonie fut ainsi consécutive au catarrhe pulmonaire, la maladie survint sans le concours d’aucune cause occasionnelle appréciable. Dans le cinquième des cas , au contraire, l’inflammation du parenchyme pulmonaire se déclara brusquement à la suite de l’impression du froid.
Chez les enfans, la pneumonie est plus fréquemment que chez l’adulte précédée d’une bronchite plus ou moins intense ; ainsi Delaberge (1) avait émis l’opinion que la pneumonie lobulaire des enfans avait toujours son point de départ dans l’inflammation de la terminaison vésiculaire des bronches. MM. Rilliet et Barthez (2), tout en reconnaissant que toutes les variétés de pneumonie dont les enfans sont affectés sont précédées pendant un certain temps par de la toux et differentes altérations du bruit respiratoire, qui sont regardées comme propres à la bronchite , ont néanmoins reconnu que fréquemment il n’y avait aucun rapport , soit de gravité , soit d’étendue , entre le catarrhe qui précède et la pneumonie qui suit. L’affection des bronches est également regardée par ces auteurs, plutôt comme une cause prédisposante de la phlegmasie du poumon que comme une cause occasionnelle active, produisant l’inflammation du parenchyme par continuité de tissu. Enfin MM. Hourinann et
(\)Journ. hehdom., 1854, t. Il, p. 421.
(2) Loc. cît., p. 8 3.
pnODROMES DE LA PTCEUMONIK.
I Dechambre ont aussi regardé la bronchite chronique comme I un état de bronchorrhée habituelle , constituant chez les vieil- I lards la prédisposition la plus active à la pneumonie (1). Mais I comme ces auteurs n’ont donné aucune preuve, aucun relevé I statistique pour confirmer leur assertion , comme il n’est pas I probable qu’ils aient comparé la fréquence relative de la pneu- I monie, chez les vieillards atteints de bronchorrhée, et chez ceux 1 dont les bronches n’étaient le siège d’aucune sécrétion morbide, il est impossible d’avoir encore à ce sujet aucune opinion posi- :tive.